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ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU MALI RAPPORT FINAL Mars... |
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ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT
SUPERIEUR AU MALI
RAPPORT FINAL
Mars 2019
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Sommaire
Pages
Liste des acronymes………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 4
Résumé exécutif……………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 5
Introduction…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….. 10
I. Les mécanismes actuels du financement de l’enseignement supérieur malien……………………………………………… 13
A. Le financement étatique……………………………………………………………………………………………………………………… 13
A.1 Un financement déterminé en plusieurs étapes…………………………………………………………………………… 13
A.2 L’évolution du financement étatique de l’enseignement supérieur……………………………………………… 16
A.3 La gestion des crédits votés………………………………………………………………………………………………………… 19
B. Les autres financements nationaux……………………………………………………………………………………………………… 21
B.1 Les entreprises……………………………………………………………………………………………………………………………… 21
B.2 Les ménages………………………………………………………………………………………………………………………………… 23
C. Les financements extérieurs……………………………………………………………………………………………………………….. 25
C.1 Les appuis budgétaires………………………………………………………………………………………………………………… 25
C.2 Les appuis projets………………………………………………………………………………………………………………………… 25
C.3 L’assistance technique………………………………………………………………………………………………………………… 26
D. Les ressources propres des IES publiques……………………………………………………………………………………………. 27
E. Récapitulation des financements de l’enseignement supérieur…………………………………………………………… 28
II. Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur…………………………………………………………………………. 29
A. Les choix globaux………………………………………………………………………………………………………………………………… 29
B. L’estimation du flux de nouveaux étudiants………………………………………………………………………………………… 30
C. Le nombre et la répartition des étudiants……………………………………………………………………………………………. 32
D. Les dépenses courantes de l’enseignement supérieur public………………………………………………………………. 34
E. Les investissements dans l’enseignement supérieur public…………………………………………………………………. 38
F. Les ressources étatiques pour financer les dépenses d’éducation……………………………………………………….. 39
G. La soutenabilité financière des choix opérés………………………………………………………………………………………. 41
III. L’analyse financière et les contraintes y afférentes des IES…………………………………………………………………………… 44
A. Les coûts unitaires………………………………………………………………………………………………………………………………. 46
A.1 Les établissements publics………………………………………………………………………………………………………… 46
A.2 Les établissements privés…………………………………………………………………………………………………………… 49
B. Le financement…………………………………………………………………………………………………………………………………… 52
C. La comparaison public-privé des coûts et du financement étudiant……………………………………………………. 53
D. Les leviers d’action……………………………………………………………………………………………………………………………… 55
E. L’action sociale en faveur des étudiants……………………………………………………………………………………………… 56
IV. Les financements innovants dans l’éducation : état des lieux et perspectives………………………………………………. 58
A. Perspectives de développement des dispositifs de financement innovants…………………………………………. 59
A.1 La nécessité d’une rupture avec les financements classiques……………………………………………………… 59
A.2 Les principes et caractéristiques fondamentaux des financements innovants……………………………… 60
B. Analyse des pratiques de financements innovants en Afrique et dans le monde…………………………………. 63
C. Remarques générales sur les prêts aux étudiants………………………………………………………………………………… 69
V. Les stratégies proposées………………………………………………………………………………………………………………………………. 71
A. Pour le financement étatique……………………………………………………………………………………………………………… 72
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A.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 72
A.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 72
B. Pour le financement par les autres acteurs nationaux…………………………………………………………………………. 74
B.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 74
B.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 75
C. Pour un meilleur fonctionnement des IES publiques……………………………………………………………………………. 78
C.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 78
C.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 78
D. Pour la gestion des flux d’étudiants…………………………………………………………………………………………………….. 80
D.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 80
D.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 81
E. Pour des relations avec l’enseignement supérieur privé……………………………………………………………………… 83
E.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 83
E.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 83
F. Pour des relations nouvelles avec les financeurs extérieurs………………………………………………………………… 84
F.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 84
F.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 85
VI. Un plan d’action…………………………………………………………………………………………………………………………………………… 86
Annexes…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 90
1. Termes de référence de l’étude…………………………………………………………………………………………………………… 91
2. Les organismes et établissements contactés……………………………………………………………………………………….. 95
3. Financement de l’enseignement supérieur en France…………………………………………………………………………. 96
4. Une vue d’ensemble des missions et des activités du CENOU……………………………………………………………… 102
5. Problématique du financement de l’enseignement supérieur privé…………………………………………………….. 106
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Résumé exécutif
La présente étude sur le financement de l’enseignement supérieur au Mali a pour objectif général
d’analyser les mécanismes et sources actuelles de financement du sous-secteur et de proposer des
mécanismes de financement pérennes impliquant des acteurs potentiels de l’enseignement
supérieur du Mali.
Elle a été réalisée entre septembre 2018 et mars 2019 par le Bureau d’Etudes, d’Evaluation et de
Formation en Education (BEEFE) sis à Bamako, dans le cadre d’un appel d’offre international émis
par le Projet d’Appui au Développement de l’Enseignement Supérieur (PADES).
Après avoir analysé les mécanismes actuels du financement de l’enseignement supérieur malien
ainsi que les prévisions à long terme formulées pour ce sous-secteur dans le cadre du PRODEC 2,
les rédacteurs ont procédé à une analyse financière détaillée d’institutions d’enseignement
supérieur (IES) publiques et privées dans un but comparatif et pour déduire des leviers d’action
possibles. En parallèle, une étude a été menée sur des financements innovants dans plusieurs pays
africains et deux pays du Nord.
A partir des constats opérés, des stratégies ont été proposées dans six directions : pour le
financement étatique, pour le financement par d’autres acteurs nationaux, pour un meilleur
fonctionnement des IES publiques, pour la gestion des flux d’étudiants, pour des relations établies
avec l’enseignement supérieur privé et, enfin, pour de nouvelles relations avec les financeurs
extérieurs. Un plan d’action, regroupant une trentaine de mesures, a été proposé pour la période
2019-2020 afin de répondre aux principaux défis auxquels l’enseignement supérieur malien est
confronté.
L’enseignement supérieur malien est doublement complexe : (i) dans ses statuts d’abord puisqu’un
enseignement privé se développe rapidement aux côtés des IES publiques sans communication
entre ces deux composantes ; (ii) Les IES publiques sont elles-mêmes de nature variable avec, d’un
côté, les grandes écoles qui peuvent sélectionner les étudiants à l’entrée et fixer le montant des
frais de scolarité et, de l’autre, les quatre universités de Bamako qui accueillent les nombreux
étudiants orientés vers elles et qui disposent de frais de scolarité symboliques comme ressources
propres.
I. Les mécanismes actuels de financement de l’enseignement supérieur
Cette étude ne traite que des IES publiques et commence par chiffrer et analyser leurs ressources
qui ont quatre origines : Etat, autres financeurs nationaux, financements extérieurs et ressources
propres.
Le financement étatique est, de loin, le plus important. L’Etat malien accorde une grande priorité
budgétaire à l’éducation avec près du tiers de son budget accordé à l’éducation contre le quart dans
la CEDEAO. A l’intérieur de ces ressources accordées à l’éducation, l’enseignement supérieur reçoit
environ 20% et les prévisions faites dans les budgets-programmes laissent à penser que ce
pourcentage sera difficile à maintenir étant donné la priorité accordée à l’enseignement
fondamental. Un autre aspect du financement étatique est la gestion des crédits votés : les taux
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d’exécution des dépenses courantes, s’ils se sont améliorés récemment, pourraient être encore
accrus, ce qui rapporterait environ un milliard FCFA par an. Les grandes écoles et le CENOU se
caractérisent par d’excellent taux d’exécution des dotations budgétaires révisées.
Parmi les autres acteurs nationaux, les entreprises ont commencé de signer des conventions avec
les universités de Bamako amorçant ainsi un processus qui devrait se développer en ce qui concerne
les formations professionnalisantes et faciliter l’insertion professionnelle des étudiants concernés.
Les ménages, quant à eux, sont de plus en plus sollicités avec le développement de l’enseignement
supérieur privé où les frais, pour les études de licence, peuvent varier de 0,6 à 1,6 million FCFA par
an, seulement au titre des frais d’inscription et de scolarité dans les écoles reconnues avec des
diplômes rendant l’insertion professionnelle sans déclassement plus facile qu’à l’issue d’autres
études.
Les financements extérieurs ont plusieurs origines et peuvent prendre jusqu’à cinq formes. C’est
dire qu’ils sont diversifiés et complexes dans leur gestion, notamment dans les appuis projets. Après
s’être taris au cours des années 2012 et 2013, les flux financiers en direction du supérieur ont repris
mais connaissent des variations annuelles considérables au niveau des dépenses exécutées,
situation peu favorable à un développement harmonieux de ce flux de ressources important pour
les IES publiques.
Enfin, quant aux ressources propres des IES, elles ne paraissent pas être envisagées comme une
source importante de revenus, surtout par les universités. Leur développement passe par une vision
différente de la gestion des établissements et par la mise en place d’une véritable structure dédiée
à cette recherche de fonds.
II. Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur
Elles sont en cours de finalisation dans le cadre de l’élaboration du PRODEC 2. Elles reposent, en
premier lieu, sur un modèle de simulation financière du secteur éducation avec une partie
consacrée à l’enseignement supérieur public. Il s’agit d’un modèle calculant les coûts liés à
l’évolution des effectifs d’élèves et d’étudiants. Dans le scénario étudié actuellement, le nombre
d’étudiants dans l’enseignement public devrait s’accroître de 5% chaque année avec une
répartition de ceux-ci qui doublerait la part des grandes écoles et instituts et réduirait celle des
universités publiques : accueil passant de 8,5% en 2015 à 18% en 2030 pour les grandes écoles et
de 92% à 82% pour les universités.
L’analyse de ces prévisions nous conduit à dire qu’il apparaît qu’elles dépendent de nombreuses
variables qui ne sont pas maîtrisées mais dont les effets peuvent être mieux connus par une analyse
plus approfondie du fonctionnement des composantes de l’enseignement supérieur.
Les dépenses courantes sont, de loin, les plus importantes et elles devraient s’accroître d’un tiers
entre 2015 et 2030 en monnaie constante. Les principales dépenses sociales – trousseau et bourses
– devraient voir leur montant rester identique, hors inflation, à celui de 2015. Le pourcentage de
bénéficiaires diminuerait fortement dans toutes les disciplines sauf en sciences exactes où il serait
maintenu à 54%.
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La soutenabilité financière des choix faits pour l’enseignement supérieur n’est malheureusement
pas chiffrable car elle n’est envisagée qu’au niveau du secteur éducation. Il reste donc à modéliser
l’évolution des ressources de l’enseignement supérieur pour arriver à chiffrer sa soutenabilité
financière faute de quoi ce sous-secteur risque d’avancer sans vision chiffrée cohérente de l’avenir.
III. L’analyse financière des IES
La recherche de financements pérennes est liée à la connaissance de la formation des coûts dans
les IES car cette formation n’est pas forcément optimale a priori. S’il est important de rechercher
des ressources, il est aussi utile de s’interroger sur les économies possibles dans le fonctionnement
des établissements.
Pour mieux connaître la situation, des enquêtes ont été menées tant dans des IES publiques
(universités et grandes écoles) que privées (universités et grandes écoles également). Le but
recherché était d’arriver à chiffrer des indicateurs permettant de comparer des établissements
assez semblables et de statut différent. Cela a été tenté, avec plus ou moins de réussite, au niveau
des coûts unitaires. On a pu également comparer les conditions de formation de ces coûts au
travers du coût des enseignants permanents, du taux d’encadrement ou encore des frais payés par
les étudiants.
La première leçon qui a été tirée de cette enquête a été la difficulté d’obtenir des données chiffrées,
en particulier dans les IES publiques et cela pour diverses raisons qui sont exposées plus bas. Il a
donc été très difficile de procéder à des comparaisons significatives car trop souvent il manquait
des données malgré les relances et les retours dans les établissements. Dans ces IES publiques, les
seules comparaisons possibles ont pu porter sur cinq grandes écoles et plus particulièrement sur
deux d’entre elles parmi celles qui accueillent le plus grand nombre d’étudiants. L’enseignement y
représente entre 84% et 91% des coûts de l’étudiant et le financement issu de ce dernier représente
entre 3% et 7% des ressources. Il faut toutefois bien préciser que ces résultats sont fondés sur des
déclarations.
Dans les IES privées, les dépenses d’enseignement représentent un pourcentage plus faible du coût
de l’étudiant (75% en moyenne sur quatre écoles analysées).
La comparaison public-privé au niveau du coût de l’étudiant n’a pu être faite que pour quatre écoles
de plus de 500 étudiants où les coûts unitaires globaux (enseignement + logistique) hors
investissement sont assez comparables : autour de 800 000 FCFA. On retrouve cette proximité,
toujours dans les écoles publiques et privées ayant plus de 500 étudiants, en ce qui concerne le
coût annuel moyen des enseignants permanents qui est quasiment identique (7,5 millions FCFA).
En revanche, les taux d’encadrement divergent fortement : 16 étudiants par enseignant permanent
dans les grandes écoles publiques contre 47 dans les grandes écoles privées. L’écart est aussi
considérable au niveau des frais payés par les étudiants, surtout pour les études conduisant à la
licence.
En complément, une brève analyse chiffrée de l’action sociale en faveur des étudiants a été
conduite.
IV. Les financements innovants
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Ils représentent, pour certains responsables, un espoir pour atteindre la pérennité dans le
financement de l’enseignement supérieur. Il faut d’abord préciser que ce terme recouvre des
approches très variées (i) qui viennent en complément des sources classiques de financement, (ii)
qui relèvent de contextes nationaux très différents ou encore (iii) qui demandent d’être
accompagnées d’une bonne gouvernance.
Des pratiques innovantes ont été analysées dans six pays africains et deux pays du Nord
(Canada/Québec et France) et un tableau comparatif a regroupé les caractéristiques de ces
financements. Un développement spécifique a été fait sur les prêts aux étudiants à partir du cas
français.
La palette des mécanismes est assez large : aides et prêts d’études au Burkina Faso, affectation de
fonds provenant de l’exploitation du pétrole au Ghana ou de l’exploitation des mines de diamant
au Botswana, prêts aux étudiants au Kenya, mise en place d’un dispositif de financement
complémentaire au Québec, prêts bancaires garantis partiellement par l’Etat dans certains cas en
France. Le Sénégal et la Guinée, qui accordent des bourses et des aides aux étudiants dans une
proportion supérieure à 50% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur, sont à la
recherche d’un mode de financement soutenable à terme.
V. Les stratégies proposées
Les propositions résultent de l’analyse des situations rencontrées dans six domaines. On rappellera
ici les principales d’entre elles.
Pour l’Etat, les propositions portent (i) sur un accroissement de la prévisibilité des flux de ressources
par une planification contractuelle pluriannuelle, (ii) par l’instauration de critères explicites de
financement des IES publiques et, enfin, (iii) par la diversification du financement.
Pour les autres acteurs nationaux, des pistes sont suggérées pour une prise en charge progressive
de financements pour l’enseignement supérieur de la part des collectivités territoriales à conditions
qu’elles en soient les premières bénéficiaires. En ce qui concerne les entreprises, il importe
d’amplifier le mouvement de rapprochement Etat-entreprises qui s’est amorcé récemment afin de
développer les filières professionnelles. Enfin, une proposition est faite pour un accord entre l’Etat
et les étudiants en vue d’un meilleur fonctionnement des IES publiques, en particulier en direction
d’une meilleure qualité des formations.
S’agissant des IES publiques, l’accent est mis sur l’autonomie qui doit être préparée
systématiquement afin qu’elle soit réellement profitable à ces établissements qui devront au
préalable améliorer leur gouvernance.
La gestion des flux d’étudiants est abordée ensuite avec des propositions concernant la régulation
de ces flux en utilisant plusieurs leviers pour agir sur l’orientation vers des filières prioritaires, sur
le rythme d’avancement dans les études et sur la réussite à l’examen. En outre, des propositions
sont faites pour étudier l’opportunité de développer à titre exploratoire un système de prêts aux
étudiants avec une garantie partielle de l’Etat.
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Avec l’enseignement privé, il est apparu nécessaire de nouer des relations contractuelles afin de
pouvoir orienter des étudiants vers des établissements conventionnés respectant un cahier des
charges précis et sous le contrôle d’une autorité reconnue par les deux parties.
Enfin, avec les financeurs extérieurs, il apparaît nécessaire de relancer le dialogue avec les PTF et
les ONG, d’améliorer la coordination des appuis ainsi que le système d’information sur ces appuis.
VI. Un plan d’action
En fin de compte, un plan d’action synthétique est décrit en classant les mesures proposées par
rapport à une triple entrée :
- les trois principaux défis à relever : (i) une gestion transparente, efficace et efficiente, (ii)
une employabilité des sortants et (iii) une maîtrise des flux d’étudiants ;
- les deux principales composantes étudiées : les IES publiques et les étudiants ;
- les financeurs : principalement l’Etat mais aussi l’extérieur, les entreprises et les
collectivités territoriales.
Dans la préparation des mesures envisagées, l’accent est mis sur la nécessité d’aboutir à un
consensus pour une durabilité de ces mesures : de nombreux groupes de travail devront être mis
en place avec, pour les questions techniques, des appuis d’experts.
Finalement, le coût de cette élaboration et du lancement de la trentaine de mesures proposées ne
devrait pas être très élevé d’autant que certaines d’entre elles devraient déjà être préparées
rapidement. Un financement extérieur devrait pouvoir être mobilisé sans beaucoup de difficultés.
Ce document ne pouvait manifestement pas fournir des réponses définitives à tous les problèmes
que le financement de l’enseignement supérieur soulève actuellement et va sans doute soulever
dans l’avenir. Il propose des solutions et permet d’ouvrir un débat sur des bases chiffrées, seule
méthode pour avancer véritablement vers une amélioration qui, de toute façon, ne viendra que de
l’action des parties prenantes.
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Introduction générale
Le rapport présenté ici s’inscrit dans l’un des deux grands axes autour desquels s’articule l’action
du PADES : la gouvernance institutionnelle améliorée. Plus précisément, cette approche se situe
dans la série d’analyses menées dans ce cadre et qui portent (i) sur la production régulière
d’informations de qualité concernant les étudiants dans le cadre du déploiement du Système
Informatisé de Gestion, (ii) sur l’insertion professionnelle des sortants et la satisfaction des
employeurs, (iii) sur l’analyse, en cours d’exécution, des questions institutionnelles et de
gouvernance au sein de l’enseignement supérieur privé.
D’une manière générale, La problématique du financement de l’enseignement supérieur est au
cœur des principaux enjeux de développement de tous les pays de la planète. Ces enjeux
apparaissent encore plus importants pour les pays africains en voie de développement pour
lesquels l’enseignement supérieur a souvent été considéré comme un bien de luxe, notamment à
cause de leur retard chronique dans l’accès à la scolarisation universelle de base. Cette relégation
de l’enseignement supérieur au second plan des agendas nationaux et internationaux est en partie
imputable aux effets des politiques d’ajustements structurels appliquées au secteur de l’éducation
dans les années 90. Ces années ont coïncidé avec le démarrage des politiques internationales
d’accélération de l’Education pour Tous caractérisées par une priorité nette accordée l’éducation
de base au détriment des autres ordres d’enseignement en termes d’allocation de ressources
nationales et de l’aide. Ces politiques n’ont pas suffisamment pris en compte les relations
systémiques entre les différents ordres d’enseignement. En conséquence, la désaffection vis-à-vis
de l’enseignement supérieur a eu des répercussions négatives sur tous les ordres d’enseignement,
répercussions qui se sont traduites par l’insuffisance de ressources humaines hautement qualifiées
pour mieux gérer l’accélération de l’amélioration de l’accès et de la qualité des enseignements
primaire et secondaire.
Aujourd’hui, personne ne conteste la légitimité pour tous les pays, y compris les pays africains, de
consacrer un maximum d’efforts financiers simultanément à chacun des ordres d’enseignement
avec l’espoir que l’enseignement supérieur soit le levier de renforcement durable de toutes les
autres politiques sectorielles de développement.
Contrairement à la période des années 90, il est reconnu aujourd’hui que l’enseignement supérieur
à des retombées significatives aussi bien sur la société que sur l’individu. Ce changement de
paradigme justifie la nécessité de faire financer l’enseignement supérieur aussi bien par des
ressources publiques que par celles des bénéficiaires à travers plusieurs modalités dont le paiement
de frais de scolarité.
De plus, une des dimensions importantes de la problématique du financement de l’enseignement
supérieur est constituée par les implications du financement sur l’équité dans l’accès des citoyens
aux ressources nationales. En effet, l’accès à l’enseignement supérieur étant devenu un droit
humain à côté d’autres droits comme la santé, l’accès à l’eau et aux autres services sociaux de base,
se pose la question de la « nature régressive » du financement de l’enseignement supérieur fondé
sur les ressources de l’ensemble des contribuables alors que toutes les recherches montrent que
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ce financement profite plus aux classes aisées qu’aux couches modestes et pauvres de la
population. Ce risque de distorsion de l’équité dans l’accès du plus grand nombre aux ressources
nationales est un des fondements théoriques de la légitimité de financer l’enseignement selon une
approche différenciée faisant recours aux ressources publiques. Cette approche doit en principe se
fonder essentiellement sur des critères d’excellence et sur des critères de prise en compte des
besoins spécifiques de couches les plus défavorisées dans un contexte malien marqué par près de
60% de la population en deçà du seuil de pauvreté.
Pour sa part, l’enseignement supérieur malien est entré, depuis plusieurs années, dans une zone
de turbulences avec des problèmes complexes à résoudre, notamment pour les institutions
publiques confrontées à :
(i) une forte croissance prévisible des néo-bacheliers ;
(ii) une orientation de ceux-ci vers des formations sans débouchés professionnels
suffisants pour absorber les diplômés ;
(iii) des conditions physiques d’accueil à rénover et à développer ;
(iv) des doutes sur la qualité des formations dans plusieurs grandes institutions ;
(v) un fonctionnement des institutions parfois défaillant ;
(vi) des exigences d’équité qui peuvent prendre des formes coûteuses ;
(vii) des besoins de souplesse dans la gestion des établissements en liaison avec une
autonomie maintes fois réclamée ;
(viii) de nouveaux rapports à inventer sur des bases solides avec l’enseignement supérieur
privé.
Dans ce contexte, le financement joue un rôle clé dans la mesure où il est transversal et innerve
donc toutes les composantes de l’enseignement supérieur. Toutefois, il est plus pertinent de parler
des financements que du financement pour les institutions d’enseignement supérieur (IES)
publiques qui bénéficient de ressources en provenance de quatre grands origines : Etat, autres
financeurs nationaux, financements extérieurs et ressources propres, chacune ayant sa logique et
devant être analysée de manière spécifique.
En matière de financement, une autre diversité se situe au sein de l’enseignement supérieur public
avec, d’un côté, les grandes écoles, la jeune université de Ségou et quatre instituts d’université à
Bamako qui peuvent sélectionner les candidats à l’entrée par concours ou sur dossier. De l’autre
côté, on trouve les quatre grandes universités de Bamako avec leurs facultés accessibles sur
inscription libre sous réserve d’être titulaire de séries spécifiques du baccalauréat. Ces dernières
institutions regroupaient 81% des étudiants en 2017-18.
Cette diversité est fortement amplifiée par le fait que les grandes écoles fixent des droits
d’inscription et/ou de scolarité élevés alors que les facultés ne peuvent compter, jusqu’à la licence,
que sur un droit d’inscription de 5 000 FCFA par étudiant orienté chez elles, montant inchangé
depuis de nombreuses années.
De plus, rechercher des financements supplémentaires – et si possible pérennes – ne dispense pas
de se poser des questions sur le fonctionnement de certains établissements qui connaissent des
dysfonctionnements avérés. La recherche de ces financements pérennes est gravement
compromise dans les plus grands établissements publics qui accueillent les quatre-cinquièmes de
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la population étudiante dont ils ne maîtrisent ni le nombre ni les capacités.
Le présent rapport est ordonné autour de six parties :
Dans un premier temps, sont passés en revue les mécanismes actuels de financement de
l’enseignement supérieur, formulation générale qui recouvre, en fait, l’enseignement supérieur
public. L’examen de séries chiffrées montre que l’Etat demeure le financeur quasi exclusif et, qu’en
termes financiers, son effort tend à diminuer au profit des niveaux scolaires situés en amont.
Une analyse documentée des prévisions en cours est ensuite réalisée à partir des travaux actuels
d’élaboration du PRODEC 2. La place du supérieur est étudiée et l’on constate qu’il n’est pas
possible de chiffrer la soutenabilité financière des évolutions prévues pour ce sous-secteur.
Un certain nombre d’IES publiques et privées sont ensuite examinées en détail afin de calculer des
coûts unitaires significatifs et d’étudier les possibilités de comparer les IES à statuts différents. Ce
travail a été mené à partir d’enquêtes qui ont montré, en particulier, les difficultés existantes dans
la collecte d’informations chiffrées sur les établissements.
D’autres développements sont consacrés aux financements innovants dans des contextes
différents : Afrique et pays du Nord. Quelles sont les expériences ? Sont-elles transposables au
Mali ?
Diverses stratégies sont alors proposées dans plusieurs domaines en partant de la situation actuelle
et en faisant des propositions précises visant à améliorer cette situation.
Enfin, un plan d’action est proposé pour mettre en œuvre la trentaine de propositions faites pour
disposer de solutions au cours des années 2019-2020.
Le présent rapport résulte d’un contrat passé entre le Projet d’Appui au Développement de
l’Enseignement Supérieur (PADES) et le Bureau d’Etudes, d’Evaluation et de Formation en
Education (BEEFE) suite à un appel d’offre international émis par le PADES. Il a été rédigé par MM.
Serge CUENIN, expert international en économie et planification de l’éduction, Bréhima
TOUNKARA, consultant et Koulougna Edmond DEMBELE, consultant. Les opinions émises ne
sauraient engager que ces rédacteurs.
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Ière partie : Les mécanismes de financement de l’enseignement supérieur malien
La présente étude prend en compte principalement les institutions d’enseignement supérieur (IES)
sous tutelle du ministère de l’Education Nationale (MEN) – anciennement Ministère de
l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS). Il faut souligner, d’emblée, que
le financement actuel des IES publiques est complexe et mal connu, à la fois par manque d’études
fouillées sur ce thème et par la difficulté d’accéder aux informations.
Très schématiquement, les ressources de ces IES publiques ont quatre grandes origines :
- Le financement étatique
- Les autres financements nationaux
- Les financements extérieurs
- Les ressources propres des établissements
Il est dressé ci-dessous une première typologie des sources et mécanismes de financement des IES
en insistant sur leurs principales caractéristiques. La question des financements innovants sera
développée par la suite à partir d’un certain nombre d’expériences africaines et du cas de la France
et du Québec.
A. Le financement étatique
A.1 Un financement déterminé en plusieurs étapes
A.1.1 Le cadrage à long terme
Il est opéré à l’occasion de l’élaboration du Programme Décennal de Développement de l’Education
(PRODEC). La préparation technique du PRODEC 2, actuellement en cours, est en phase terminale.
En s’appuyant sur l’analyse sectorielle réalisée en 2016-17 (RESEN) et sur des hypothèses de
financement qui se veulent à la fois ambitieuses et réalistes, un scénario a été retenu qui décline
l’évolution du système éducatif malien jusqu’en 2030 (voir deuxième partie). A cet effet,
l’enseignement supérieur a fait l’objet d’analyses et de discussions pour fixer un scénario qui (i)
prenne en compte la mise en place du système Licence, Master, Doctorat (LMD) dans les universités
et les grandes écoles, (ii) préserve au moins et même accroisse la qualité des formations tout en
accueillant des flux d’étudiants toujours plus importants.
A.1.2 Le cadrage à moyen terme
Dans le cadre de la réforme budgétaire récente, la gestion budgétaire est devenue pluri annuelle
et elle a été couplée avec la présentation du budget par programmes. Ainsi, le Document de
Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD) prévoit, pour une période de 3 ans, l’évolution
des crédits en fonction des objectifs stratégiques poursuivis.
En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les dépenses sont structurées ainsi en 4 programmes
et 9 actions :
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Programme 1 : Administration générale
Action 1 : Coordination et pilotage de la politique nationale d’Enseignement supérieur (ES)
et de Recherche scientifique (RS)
Action 2 : Gestion financière et matérielle
Action 3 : Mise en œuvre des actions de l’UNESCO et de l’ISESCO au Mali
Programme 2 : Développement de l’Enseignement supérieur
Action 1 : Orientation et suivi de la mise en œuvre de la politique en matière d’ES et de RS
Action 2 : Gestion des oeuvres universitaires
Action 3 : Mise en œuvre de la politique en matière d’enseignement supérieur
Programme 3 : Développement de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique (IT)
Action 1 : Mise en œuvre de la politique nationale en matière de Recherche Scientifique et
d’Innovation Technologique
Action 2 : Développement de la Recherche linguistique
Programme 4 : Financement de la Recherche et de l’Innovation technologique
Action 1 : Appui à la Recherche et à l’Innovation Technologique
Le tableau suivant regroupe les aspects financiers de ces programmes et actions. Les données
relatives à 2017 proviennent de l’avant-dernière édition du DPPD, les autres nombres étant tirés
de la dernière édition de ce document.
Tableau I.1 : Répartition des dépenses par programmes et actions
(Millions FCFA de 2017)
Programmes Actions 2017 2018 2019 2020
Administration
générale
1
2
3
Total
3 293
9 057
58
12 408
4 331
7 346
83
11 760
4 499
8 038
85
12 622
4 697
8 798
91
13 586
Développement de
l’Ens. supérieur
1
2
3
Total
2 486
22 315
38 825
63 625
2 560
22 807
44 243
69 610
2 795
22 714
45 098
70 606
2 692
22 984
45 685
71 362
Développement de la
Rech. Sc. et de l’Innov.
Technologique
1
2
Total
532
358
891
602
501
1 103
605
500
1 105
646
515
1 161
Financement de la
Rech. et de l’Innov.
Technologique
Total 2 333 2 617 2 783 2 962
TOTAL 79 257 85 090 81 580 87 115
Source : MEF/DGB : CBMT 2019-2021 – Classification analytique.
Un examen rapide des dépenses prévues montre qu’il y a trois grandes masses :
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15
- L’Administration générale : coordination, pilotage et gestion financière et matérielle (14% des
dépenses totales prévues en 2018).
- La gestion des œuvres universitaires (27% des dépenses totales en 2018).
- La mise en œuvre de la politique de l’enseignement supérieur (52% des dépenses totales en
2018) dont la moitié pour le paiement des salaires et des indemnités d’heures
supplémentaires.
En complément à cette présentation par actions, une classification des dépenses prévues est faite
par nature : personnel, biens et services, transferts et subventions, investissements. Cette
classification concerne les programmes et les actions.
Tableau I.2 : Présentation des dépenses prévues par programme et nature de la dépense
(Millions FCFA de 2017)
Programmes Nature des dépenses 2017 2018 2019 2020 2021
Ensemble des
programmes
Personnel
Biens et Services
Transferts & Subventions
Investissement
Total
19 482
14 595
28 478
16 762
79 257
6 894
2 044
58 880
17 272
85 090
6 894
2 504
60 546
11 636
81 580
7 519
2 635
60 567
16 394
87 115
8 084
2 739
61 247
17 001
89 071
Sources : DPPD.
Les dépenses courantes représentent la part principale des dépenses prévues : environ 80%. En
2018, il y a eu un changement de nomenclature : les dépenses de personnel et les biens et services
des IES ont été transférés sous la rubrique « Subventions ».
La notion d’investissement est assez extensive puisqu’elle inclut tout le financement de la
Recherche et de l’Innovation technologique avec principalement le financement des projets pour
2,3 à 3 milliards FCFA par an.
L’exercice 2019 se caractérise par une diminution sensible des dépenses prévues : - 4%, soit 3,5
milliards FCFA. La baisse concerne surtout les investissements (- 5,7 milliards FCFA). Il faudra
attendre 2021 pour qu’ils retrouvent leur niveau de 2018. Toujours en 2019, les dépenses
courantes progressent, en monnaie constante, de 1,5 milliards FCFA (+ 3%) par rapport à 2018.
Outre cette baisse des investissements en 2019, on remarquera, dans les dépenses courantes
prévues, la stagnation des crédits destinés aux œuvres universitaires malgré une progression
sensible attendue du nombre d’étudiants. Si le montant de la bourse reste constant, le nombre de
bénéficiaires devrait baisser sauf à réduire significativement les autres postes de dépense. On
remarquera que, pour 2019, le paiement des bourses et trousseau des étudiants nationaux
représentera 15,7 milliards FCFA (69% du coût des œuvres) et l’acquisition de matériels
didactiques, pédagogiques et autres dépenses liées 4,2 milliards FCFA (19%) soit 88% du coût des
œuvres pour ces deux postes.
La stabilisation des dépenses prévues pour les œuvres universitaires sur cinq exercices budgétaires
conduit à une baisse de leur part dans le total des dépenses de l’enseignement supérieur (hors
recherche) qui devrait passer de 29,3% % en 2017 à 27,3% en 2020.
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A.2 L’évolution du financement étatique de l’éducation et de l’enseignement supérieur
Les ressources d’origine étatique dont bénéficie l’enseignement supérieur sont déterminées à la
suite de choix politiques relatifs au montant du budget de l’Etat et de celui de l’enseignement
supérieur et de la recherche scientifique (ESRS). Ces choix sont davantage révélés lorsque l’on
examine la place de l’ESRS dans le budget du secteur éducation même si le périmètre de ce secteur
a pu changer à la marge au cours des dernières années.
A la base, il y a donc le budget de l’Etat dont les ressources évoluent principalement en fonction (i)
de la pression fiscale mesurée par rapport au PIB, (ii) des recettes non fiscales de l’Etat
(relativement faibles) et (iii) de l’aide budgétaire globale extérieure qui peut varier en fonction de
la situation du Mali.
D’un autre côté, si les prévisions budgétaires révèlent les objectifs poursuivis par les responsables
politiques, leur examen doit être complété par celui de l’exécution budgétaire des dépenses
prévues. Cette dernière est fournie par les comptes administratifs qui ne sont publiés qu’après un
long délai (au moins un an). On peut cependant recourir aux rapports provisoires sur l’exécution
budgétaire en fin d’année civile et qui sont publiés généralement durant l’année suivante. Il s’agit
là de crédits effectivement liquidés dont le montant peut être parfois assez éloigné des prévisions.
On a, en effet, la séquence suivante : (1) programmation pluriannuelle, (2) projet de budget élaboré
par le gouvernement, (3) loi de finances votée par l’Assemblée Nationale, (4) loi(s) de finances
rectificative(s) qui, pour l’enseignement supérieur, se sont souvent traduites par une baisse des
crédits au cours des dernières années, (5) dotation (initiale et parfois révisée), (6) engagement, (7)
liquidation. Le tableau I.3 ci-après résume les évolutions des grandeurs significatives et pertinentes
pour la présente étude.
Tableau I.3 : Evolution des éléments de cadrage des dépenses d’éducation
au travers du PIB et du budget de l’Etat
2013 2014 2015 2016 2017
PIB réel (milliards FCFA de 2017) 7 399 7 927 8 436 8 522 8 928
Budget de l’Etat exécuté
(milliards FCFA de 2017)
1 493 1 576 1 704 1 915 2 216
Budget Etat / PIB 20% 20% 20% 22,5% 25%
Sources : PIB : Autorités maliennes et estimations du FMI.
Budget : Ministère de l’Economie et des Finances / Direction Générale du Budget.
On constate que le budget de l’Etat s’est accru de près de 50% en monnaie constante et qu’il
représente une part croissante du PIB qui, lui-même, s’est accru de 21% en 4 ans, toujours en
monnaie constante.
Dans un deuxième temps, il convient d’examiner la place des dépenses d’éducation dans le budget
de l’Etat (Tableau I.4).
Les travaux prospectifs consacrés à l’élaboration du PRODEC 2 et les RESEN sont l’occasion
d’évaluer l’effort financier public en direction de l’éducation. Cet effort est mesuré de deux façons :
(i) par la part des dépenses publiques d’éducation dans le PIB et en comparaison avec des pays de
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la sous-région (ii) par la part du budget de l’Etat et des collectivités allant à l’éducation avec,
toujours, la comparaison avec les pays de la sous-région.
L’effort public pour l’éducation se réfère d’abord aux dépenses d’éducation sur financement
national, c’est-à-dire hors appuis budgétaires extérieurs bien identifiés (ABS et BSI extérieur). Cet
effort est mesuré par le ratio suivant : dépense nationale d’éducation sur financement national /
PIB. Ce ratio s’est accru entre 2006 et 2015, passant de 3,2% à 3,8%.
Un tel effort mérite d’être souligné. Au sein de la CEDEAO, la moyenne observée entre 2010 et 2014
était de 25,4% contre environ 31% au Mali. Seul le Sénégal faisait un effort supérieur avec 35,3%
en 2013.
Ainsi, relativement aux autres pays de la sous-région, le Mali accorde une grande priorité
budgétaire à l’éducation. Il sera difficile, dans cette période d’incertitudes en matière de sécurité,
d’aller bien au-delà de ces pourcentages. On constate même une diminution de la part des
principales composantes de l’éducation dans la période récente (Tableau I.4 ci-après)
Une marge de manœuvre peut cependant être recherchée au niveau de la pression fiscale : si le
gouvernement malien accorde toujours la même priorité à l’éducation dans les prochaines années,
le montant correspondant peut s’accroître, hors inflation, si les recettes fiscales augmentent
sensiblement. Les données disponibles montrent en effet que le gouvernement pourrait encore
accroître ses ressources d’origine nationale car le taux de pression fiscale, s’il s’est accru d’un point
entre 2005 et 2015 – passant de 15,4% du PIB à 16,4% - reste encore inférieur au taux recommandé,
et donc pas hors de portée, par l’UEMOA qui est de 17%. Un meilleur recouvrement des impôts
pourrait le permettre. On soulignera que le scénario retenu actuellement dans le PRODEC 2 table
sur un taux de pression fiscale de 18% en 2030.
En résumé, en maintenant son effort budgétaire pour l’éducation et en accroissant les recettes
fiscales par un meilleur recouvrement des impôts et/ou par une croissance économique soutenue,
des ressources supplémentaires pourraient être trouvées pour l’éducation.
Les données fournies par la Direction Générale du Budget pour la période 2010-2017 et examinées
ci-dessous ont le mérite de la cohérence, ce qui n’est pas toujours le cas dans les séries chiffrées.
Ces données se réfèrent à trois composantes : le budget de l’Etat, celui de l’Education de base et
celui de l’Enseignement supérieur. Les statistiques globales utilisent souvent le concept d’Education
dont le périmètre peut varier dans le temps ; ce n’est pas le cas ici. On comparera donc l’ensemble
des budgets de l’Education de base et de l’Enseignement supérieur au budget de l’Etat puis le
budget de l’Enseignement supérieur à l’ensemble Education de base + Enseignement supérieur.
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Tableau I.4 : Evolution des dépenses d’éducation et mesure de l’effort national en
faveur de ce secteur (milliards FCFA courants)
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
Budget Etat (exécuté) : A 1 064 1 269 919 1 403 1 491 1 632 1 890 2 216
Budgets Education de base +
enseign. supérieur (exécutés) : B
199 256 226 242 267 315 317 363
B/A 19% 20% 25% 17% 18% 19% 17% 16,4%
21% 17,5%
Budget enseignement supérieur
(exécuté) : C
73 73 69 84 88 90 88 108
C/B 37% 29% 31% 35% 33% 29% 28% 30%
32% 29%
Source : Direction Générale du Budget.
En premier lieu, on observe que, sur les huit années suivies, la part des deux grandes composantes
de l’Education dans le budget de l’Etat diminue : de 21% entre 2010 et 2013 à 17,5% entre 2015 et
2017. La forte hausse du budget de l’Etat au cours des deux derniers exercices budgétaires explique
en grande partie cette diminution mais pas totalement. La situation en 2018 sera intéressante à
observer : va-t-elle confirmer ou infirmer cette tendance ?
En second lieu, la part de l’Enseignement supérieur dans la dépense d’éducation, définie ici plus
restrictivement que dans d’autres statistiques mais de façon homogène, tend elle aussi à baisser :
de 32% pour les trois premières observations à 29% pour les trois dernières. Le degré de priorité de
l’enseignement supérieur se mesure à la part de ce sous-secteur dans les dépenses publiques
d’éducation et, particulièrement, les dépenses courantes qui en représentent une très forte
majorité (en moyenne 85% des dépenses totales d’éducation sur financement national entre 2006
et 2015 selon nos calculs) et qui évoluent généralement d’une manière plus régulière que les
dépenses d’investissement.
En matière d’éducation, la priorité est accordée à l’enseignement fondamental qui doit accueillir
chaque année une part croissante des classes d’âge concernées afin d’arriver le plus rapidement
possible à la scolarisation universelle effective. On constate cependant que la part du budget de
l’Education de base dans le budget de l’Etat tend elle aussi à diminuer légèrement sur la période
d’observation.
En résumé, étant donné la priorité constamment réaffirmée en faveur de l’enseignement
fondamental et, en conséquence, du niveau secondaire qui devra accueillir toujours plus d’élèves en
se diversifiant aux plans technique et professionnel particulièrement coûteux, on peut estimer, qu’au
mieux, l’enseignement supérieur maintiendra sa part dans le partage des ressources publiques
allouées à l’éducation.
Ainsi, comme on l’a noté plus haut, une croissance - hors inflation - des crédits publics pour ce niveau
ne pourra venir que d’une croissance économique plus forte et/ou d’un meilleur recouvrement des
taxes et impôts par l’Etat.
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A.3 La gestion des crédits votés
Si l’on examine à présent l’incidence concrète des différences entre dotations et exécution, force
est de constater que cela représente des sommes non négligeables. Le document « Rapport sur la
situation d’exécution du budget de l’Etat au 31 décembre… » permet de calculer le taux d’exécution
du budget qui est le rapport des crédits liquidés aux dotations révisées. Par exemple, pour 2017, le
taux d’exécution pour l’enseignement supérieur public a été de 97% % contre 95 % en 2016 avec
un périmètre légèrement différent : une grande école était encore sous la tutelle d’un autre
ministère en 2016. Les principales composantes analysées dans l’étude figurent dans les tableaux
ci-dessous :
La ligne « Différence » indique les sommes qui n’ont pas pu être dépensées pour différentes raisons
qui seront explicitées plus bas. On constate une amélioration du taux d’exécution des dépenses
courantes et des variations sensibles au niveau de l’exécution des crédits destinés à
l’investissement.
Le tableau suivant détaille la situation pour les trois grandes composantes, en termes financiers, de
l’enseignement supérieur. On soulignera que le taux d’exécution des dotations budgétaires révisées
du CENOU est particulièrement élevé.
2014 2015 2016 2017 2014 2015 2016 2017
Universités (1) 83% 95% 97% 96% 3 612 1 108 761 1 108
Grandes Ecoles (2) 98% 95% 96% 98% 117 342 321 157
CENOU 100% 98% 96% 99% 41 548 686 100
Total 3 770 1 998 1 768 1 365
(1) Sans l'université de Ségou en 2014.
(2) 5 grandes écoles en 2016, 6 en 2017.
(3) En millions FCFA courants.
Source : Nos calculs d'après le Rapport d'exécution cité.
Composantes
Taux moyen d'exécution Sommes non dépensées (3)
Tableau I.7 : Détail des taux d'exécution du budget de l'Etat pour 3 composantes
de l'enseignement supérieur
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20
Une analyse plus détaillée de gestion des ressources conduit à mettre l’accent sur certains points
qui font régulièrement l’objet de discussions – parfois âpres – entre le ministère en charge du
Budget et les structures de l’enseignement supérieur.
C.1 La pratique des « réserves »
On observe la mise en réserve systématique de 5% des crédits votés. Ceci n’est pas forcément
critiquable mais peut le devenir si, systématiquement, les sommes correspondantes ne sont pas
versées aux structures concernées.
C.2 Les rétentions de crédits
Au cours de l’année budgétaire, des rétentions de crédits par le ministère en charge du budget
peuvent avoir lieu sans explication. Ici, également, elles sont rarement débloquées complétement.
C.3 Délais très/trop longs
Il existe un délai jugé trop long par les structures concernées pour connaître le montant exact des
notifications révisées des crédits. Ceci réduit d’autant les délais pour consommer ces crédits et
pousse à une accélération de leur consommation avant la date limite d’engagement des dépenses.
L’année 2018 a été particulièrement exceptionnelle en termes de raccourcissement des délais pour
la consommation des crédits puisque les structures ont été informées le 15 octobre que la date
limite d’engagement des dépenses serait fixée au 1er novembre au lieu du 30 novembre
habituellement. Il a été observé un double rétrécissement du temps pour engager les dépenses :
retard dans l’annonce du montant révisé des crédits disponibles et avancement précipité d’un mois
de la date limite d’engagement.
Ainsi, d’après les données disponibles à la Direction des Finances et du Matériel (DFM) en charge
de certaines opérations pour l’enseignement supérieur et qui concernent l’ensemble des structures
de l’enseignement supérieur à l’exception du CENOU, de l’IPR/IFRA et du CERFITEX, au 15 novembre
2018, le ratio crédits engagés / crédits notifiés s’élevait à 87,1%. Donc, au mieux, ce dernier chiffre
sera le taux d’exécution pour 2018, taux calculé habituellement à partir des crédits liquidés. Or, au
15 novembre, le taux réel d’exécution reposant sur les crédits liquidés à cette date était égal à 72%.
On est donc loin du taux de 97% calculé pour 2017.
C.4 D’autres longs délais
On observe également de longs délais pour que les crédits notifiés soient effectivement disponibles
sur le compte bancaire des structures de l’enseignement supérieur.
C.5 Une fongibilité limitée
On constate que la fongibilité entre les lignes budgétaires n’est pas complète pour certaines d’entre
elles. Il n’est donc pas toujours possible d’utiliser les crédits disponibles dans un chapitre budgétaire
pour financer des dépenses urgentes rattachées à un autre chapitre. Par exemple, les excédents du
chapitre Communication & Energie ne peuvent pas être utilisés pour financer des déficits dans
d’autres chapitres, ce qui n’est pas une incitation à faire des économies d’énergie.
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B. Les autres financements nationaux
Outre l’Etat, deux autres sources nationales de revenus pour les IES ont été examinées, à savoir les
entreprises et les ménages.
B.1 Les entreprises
On dispose d’une estimation de leur contribution dans l’enseignement professionnel à travers le
Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA) résultant d’un
partenariat entre le gouvernement et le Conseil National du Patronat Malien (CNPM). La taxe de
formation professionnelle (TFP : 2% de la masse salariale) que les entreprises payent au FAFPA peut
financer une formation supérieure des agents des entreprises qui en font la demande mais à
condition que ce soit une formation continue et non initiale et qu’elle réponde à l’exercice d’une
nouvelle fonction ou d’une nouvelle activité (cas d’adaptation au poste de travail, d’adaptation à
de nouvelles technologies ou démarrage de nouvelles activités).
Le FAFPA, créé en 1997, est un établissement public à caractère administratif et constitue l’outil
privilégié de financement de la formation continue pour les entreprises privées. La présidence du
conseil d’administration du FAFPA est assurée par le Conseil National du Patronat Malien et sa
mission essentielle est de « contribuer à la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en
matière de formation professionnelle qualifiante, continue et par apprentissage ». Ses objectifs
sont, entre autres, (i) améliorer le niveau de qualification de la main-d’œuvre locale afin de
répondre aux besoins du marché de l’emploi ; (ii) renforcer et développer les compétences des
ressources humaines des entreprises ; (iii) améliorer la qualité et la capacité des organismes de
formation professionnelle afin de répondre aux exigences du marché de l’emploi et (iv) faire
participer les opérateurs économiques au financement de la formation de leurs employés.
Pour le financement des formations des agents d’entreprises au supérieur, le FAFPA exige des
entreprises demandeuses de présenter les motivations (exercice de nouvelle activité, adaptation
au poste de travail, adaptation à de nouvelles technologies) de la formation et de s’engager à
employer l’agent à la fin de la formation. Ainsi, durant l’année académique 2017-2018, le FAFPA a
participé au financement de la formation au supérieur de sept (7) agents d’entreprises dont deux
(2) dans des IES privées de Bamako, trois (3) en France, un (1) à Dakar (Sénégal) et un (1) en Inde
dans diverses filières telles que Finance Management et Management International ; Information
Technology and Business Management ; Santé Publique, Travail, Environnement ; Gestion des
services de santé ; Neurologie ; Echographie et imagerie non invasive cardiaque et vasculaire
méditerranéenne. Le coût total de ces formations était de 47 millions FCFA sur lequel la part payée
par le FAFPA a été de 33 millions FCFA, soit 69% du coût de la formation.
Cependant, les entreprises estiment que les procédures de mobilisation des fonds du FAFPA sont
très lentes et c’est pourquoi, très souvent, elles préfèrent financer sur fonds propres la formation
de leurs agents dans le supérieur. Dans de tels cas précis, elles s’adressent plutôt à l’enseignement
supérieur privé qu’à l’enseignement supérieur public. Par exemple, de 2010 à 2017, la Chambre de
Commerce et d’Industrie ainsi que certaines entreprises affiliées au Conseil National du Patronat
du Mali ont financé la formation de certains de leurs cadres dans des universités privées de la place.
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Toutefois, les entreprises, par la voix du CNPM, déclarent être prêtes à financer dans les IES
publiques des formations pour des effectifs réduits dans des filières telles que : Agro–industrie,
Nouvelles technologies, Energies renouvelables, Mines et Carrières.
C’est d’ailleurs pour cela que le Conseil National du Patronat vient de signer en novembre 2018 des
conventions de collaboration avec les quatre universités de Bamako. Selon les termes de ces
conventions, le Conseil National du Patronat du Mali s’engage avec chacune des quatre universités
à :
- mettre en place un cadre permanent et périodique de concertation ;
- élaborer des projets conjoints de recherche ;
- participer à l’organisation de colloques et conférences sur des thèmes convenus avec
l’accompagnement du Centre d’Etudes et de Réflexion au Mali (CERM).
De façon spécifique, le CNPM a pris des engagements particuliers avec trois universités de Bamako ;
il s’agit :
1. Pour l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako (USJPB) : « participer à
la mise en place d’une Clinique juridique et de l’école d’été des laboratoires selon des
modalités convenues d’accord parties ».
2. Pour l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB) :
a) « l’échange d’équipements de formation et de recherche » ;
b) « l’échange d’expérience en matière de gestion administrative et pédagogique»;
c) « toute autre activité convenue d’accord parties ».
3. Pour l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) :
a) objectif de la convention : « renforcer les relations entre l’université et le milieu
socio- économique dans le but d’améliorer l’employabilité des étudiants et de
promouvoir l’innovation, l’esprit d’entreprise et de créativité par des formations
professionnelles mieux adaptées aux besoins d’emploi du secteur privé ».
b) engagements :
- b1. « faire participer les experts/compétences du secteur privé dans les
activités d’enseignement (travaux pratiques, travaux dirigés…) et
dans la révision des offres de formation» ;
- b2. « appuyer toutes autres initiatives allant dans le sens de l’amélioration
de la gouvernance universitaire, de la qualité des
produits de l’université et du développement du secteur privé ».
c) financement des actions : « Pour couvrir les frais entraînés par la réalisation des
actions, conformément aux modalités de financement convenues dans leurs
termes de référence, chaque partie contractante mobilisera les ressources
matérielles et financières nécessaires ».
La signature de ces conventions augure, d’une part, d’une très proche participation du Conseil
National du Patronat Malien au financement de l’enseignement supérieur public et, d’autre part,
d’une plus grande ouverture de l’université au monde du travail. Quand les entreprises seront
impliquées dans l’élaboration des contenus d’enseignement, elles seront alors mises en confiance
et pourront accueillir des étudiants stagiaires.
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23
La mise en œuvre effective de ces conventions renforcera assurément la synergie tant recherchée
entre le secteur économique malien et l’université pour une meilleure réponse aux préoccupations
du marché de l’emploi et aux besoins socio-économiques du pays.
En plus du FAFPA, les entreprises disposent d’un autre outil de financement de la formation de leurs
agents au supérieur : il s’agit de l’INPS, à travers le Centre de Perfectionnement et de Reconversion
(CPR) de l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE). Le CPR a été créé depuis 1966 et a pour mission
« l’organisation de la formation et du perfectionnement-reconversion des agents en cours d’emploi
des services publics, parapublics et privés et l’encadrement de tout groupe en quête de formation
continue ». On accède au CPR sur demande de son employeur et après avoir été reçu au concours
d’entrée organisé à Bamako et dans les régions. L’agent reçu au concours ne paye rien directement
pour sa formation car, étant affilié à l’INPS, 1% est prélevé mensuellement sur son salaire pour la
formation. C’est avec ces ressources que l’INPS assure le financement de la formation continue des
admis au CPR en vue de l’amélioration de la qualité des ressources humaines de tous secteurs
confondus. Pendant longtemps, le CPR a formé les agents pour des diplômes nationaux de niveau
secondaire (Certificat d’Aptitude Professionnelle, Brevet de Technicien) et parfois de niveau
supérieur (DUT Finance).
A partir de 2010, suite à une demande du Conseil National du Patronat Malien (qui occupe 4 sièges
dans le Conseil d’Administration), entérinée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche Scientifique, le CPR a ouvert un cycle supérieur de licence professionnelle dans deux
filières appliquant le LMD. Ces filières sont (i) Création et gestion d’entreprise (option finances
comptabilité), (ii) organisation et gestion des organisations (option gestion des ressources
humaines) et les enseignants sont tous des prestataires et non du personnel permanent. La fin de
la formation est sanctionnée par l’élaboration et la soutenance d’un mémoire dont le thème a été
choisi d’un commun accord avec l’employeur. La première cohorte admise au concours a démarré
les cours durant l’année académique 2012-2013 et, aujourd’hui, la septième cohorte (2018-2019)
est en fin de premier semestre avec un effectif de 80 étudiants dont 40 dans chaque filière. La
sixième cohorte (2017-2018) comportait également le même effectif global et le même effectif
pour chaque filière. Les coûts totaux de formation cumulés des deux dernières cohortes s’élèvent
à 142 millions FCFA dont 61 millions FCFA pour 2016-2017 et 81 millions FCFA pour 2017-2018.
B.2 Les ménages
Leur financement est connu grâce aux enquêtes effectuées périodiquement. Les résultats de la
dernière, à notre connaissance, ont été publiés dans le RESEN 2017. Il s’agit de l’enquête EACI
(Enquête Agricole de Conjecture Intégrée) conduite en 2014.
Cette enquête a permis d’estimer que la dépense moyenne par étudiant en 2015 était égale à
83 500 FCFA avec une forte différence entre l’enseignement public et l’enseignement privé : 58 700
FCFA dans le premier et 248 000 CFA dans le second, soit environ 4 fois plus. Il s’agit de l’argent
dépensé par les familles pour les frais occasionnés par une année passée dans une
institution d’enseignement supérieur : frais d’inscription, scolarité, transport, logement,
restauration, etc. Il ne s’agit pas du coût réel puisque celui-ci englobe les aides publiques diverses,
dont les bourses en premier lieu.
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Ces données étant un peu anciennes, elles peuvent varier dans l’enseignement privé avec la
création récente de nouveaux établissements demandant des frais plus élevés et parfois par une
revalorisation sensible des frais demandés par certains établissements plus anciens. D’un autre
côté, on peut estimer la dépense globale des familles en 2015 pour leurs enfants inscrits dans
l’enseignement supérieur public car on connaît le nombre d’étudiants recensés cette année-là dans
l’enseignement supérieur public : 75 590. Si l’on suppose que ce nombre correspond à l’effectif réel
d’étudiants, la dépense correspondante sera estimée à 75 590 x 58 700 FCFA = 4,4 milliards FCFA.
A cette somme, on doit ajouter la dépense pour les étudiants inscrits dans les établissements privés
- mais on ne connaît pas ce nombre – tout en sachant que 1 000 étudiants dans l’enseignement
privé coûteraient environ 250 millions FCFA à leurs familles. Un rapide sondage a amené à retenir
le nombre de 4 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur privé en 2015, soit une
dépense familiale totale égale à 1 milliard FCFA.
Ainsi, à supposer qu’il y avait bien 75 590 étudiants physiques régulièrement inscrits dans
l’enseignement supérieur public et suivant les enseignements dispensés, la dépense totale pour les
ménages pourrait être estimée à 4,4 + 1 = 5,4 milliards FCFA. Cependant, étant donné que l’année
suivante (2015-16) seulement 59 000 étudiants étaient enregistrés dans les IES publiques, on est
fortement tenté d’estimer qu’un nombre non négligeable d’étudiants étaient fictifs en 2015 : peut-
être 20 000 ? Ceci diminuerait alors la contribution des familles de 1,7 milliard FCFA et conduirait à
une estimation de cette contribution égale à 3,7 milliards FCFA. Pour 2017, en supposant une
hausse des prix égale 4 % par rapport à 2015, la dépense des familles pour leurs enfants inscrits
dans les IES publiques peut être estimée à 61 000 FCFA x 85 300 = 5,2 milliards FCFA auxquels il faut
ajouter une estimation des dépenses liées aux inscriptions dans l’enseignement supérieur privé :
258 000 FCFA x 6 000 = 1,5 milliard FCFA. Le coût total pour les familles en 2017 pourrait alors être
voisin de 6,7 milliards FCFA, ce qui n’est, bien sûr, qu’un ordre de grandeur.
En ce qui concerne les IES privées, les données recueillies pour l’année 2017-18 montrent que les
frais à la charge des familles sont nettement plus élevés que la moyenne citée plus haut. Par
exemple, des études en licence pourront coûter entre 600 000 FCFA et 1 650 000 FCFA sans compter
les frais d’intendance : nourriture, logement, transport, etc.
Il s’agit là d’écoles reconnues avec des diplômes rendant l’insertion professionnelles plus facile qu’à
l’issue d’autres études. Parmi la centaine d’autres écoles supérieures privées recensées, beaucoup
demandent des frais d’inscription et de scolarité nettement moins élevés. Il faut également
compter avec la prise en charge gratuite d’étudiants classés comme « cas sociaux » et dont le
nombre pourrait, aux dires des responsables de l’enseignement supérieur privé, varier de 20% à
40% des effectifs.
C. Les financements extérieurs
On peut distinguer trois grandes origines à ces financements :
- La coopération multilatérale
- La coopération bilatérale
- Les autres formes (via des ONG sur leurs fonds propres, par exemple)
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Ce financement peut prendre cinq formes regroupées ci-dessous en trois catégories :
- Appui budgétaire général
- Appui budgétaire sectoriel
- Inscription au BSI de l’Etat
- Appui projets
- Assistance technique
C.1 Les appuis budgétaires
C.1.1 L’appui budgétaire général (ABG)
Il est versé à l’Etat qui l’utilise où bon lui semble. L’enseignement supérieur peut en bénéficier mais
on ne le sait pas puisque les sommes correspondantes ne sont pas affectées. Les sommes
correspondantes sont donc comptabilisées comme des dépenses étatiques.
C.1.2 L’appui budgétaire sectoriel (ABS)
Il a été institué en 2006 au Mali et concerne principalement les premiers niveaux du système
éducatif. Ce mode de financement s’est rapidement développé puis, à la suite de difficultés
rencontrées dans sa mise en œuvre, il s’est fortement réduit.
C.1.3 Le Budget Spécial d’Investissement (BSI extérieur)
Dans le budget de l’Etat, une partie des dépenses d’investissement est financée sur le BSI qui
comprend deux parties : le BSI intérieur (financement national) et le BSI extérieur (financement
extérieur). Dans l’éducation, ce dernier a connu une baisse à partir de 2010 et même un arrêt en
2012 et 2013 suite à la crise politique. Ce mode de financement, bien identifié dans le budget de
l’Etat, a repris timidement en 2014 et plus nettement à partir de 2015. Pour sa part, l’enseignement
supérieur a peu bénéficié de ce BSI dont l’utilisation dépend conjointement des responsables
nationaux et des PTF concernés.
C.2 Les appuis projets
Ils ont été pendant longtemps la principale source de financement aux côtés de l’assistance
technique.
Ici également, comparativement aux autres niveaux d’enseignement, l’enseignement supérieur a
peu bénéficié de projets au cours des dernières années, la priorité allant au financement de
l’éducation fondamentale. Toutefois, en termes financiers, la part de l’enseignement supérieur
s’est accrue. Ces projets mobilisent aussi des fonds étatiques de contrepartie qui, budgétairement
parlant, sont séparés des autres dépenses budgétaires. Le tableau ci-dessous est construit à partir
des informations figurant dans le « Rapport de Suivi Technique et Financier » publié chaque année
par la CPS.
La gestion des projets est diversifiée : (i) par l’entité bénéficiaire, (ii) par le bailleur lui-même ou
encore (iii) par une structure tierce : ONG, par exemple, lorsqu’elle est spécialisée dans le domaine
du projet et que le bailleur lui fait confiance pour mener à bien les activités prévues sous réserve
d’un contrôle de sa part.
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A la lecture du tableau I.7 ci-après, outre les valeurs absolues des flux financiers, on soulignera
plusieurs points :
- Les montants figurant dans ce tableau n’incluent pas les fonds de contrepartie financés par
le ministère en charge de l’enseignement supérieur.
- Ne sont pas comptabilisés les investissements chinois pour l’édification du campus de
Kabala.
- Ces crédits ne concernent que l’enseignement supérieur dont le « poids » dans l’ensemble
des flux financiers pour l’éducation varie du simple au double en cinq ans : 15% en 2013,
19% en 2014, 32% en 2016 et 21% en 2017.
- L’évolution des crédits exécutés a connu des variations importantes avec un pic en 2016.
- La part des crédits exécutés du secteur éducation allant à l’enseignement supérieur,
mesurée ici par le « poids » de l’enseignement supérieur, a aussi sensiblement varié sans
que l’on puisse en déduire une tendance.
- Les écarts entre prévisions et réalisations ont atteint, en 2017, le montant de 13 milliards
FCFA. Les résultats pour 2018, connus sans doute en avril 2019, devraient montrer si une
partie de ces sommes a pu être utilisée. S’il n’y a pas de rattrapage, on peut en déduire que
les prévisions sont irréalistes et/ou que la gestion est déficiente.
Tableau I.7 : Evolution des flux financiers récents en direction de l’enseignement
supérieur – Exécution des crédits (Millions FCFA courants)
2013 2014 2015 2016 2017 2018
TOTAL exécution (2) 3 367 5 406 ND 25 381 8 213 ND
Rappel prévisions
Taux d’exécution
3 207
99%
8 295
65%
29 933
85%
21 293
39%
(1) Hors assistance technique.
(2) D’après les RSTF élaborés par la CPS pour les revues sectorielles.
C.3 L’assistance technique (AT)
Pendant longtemps, elle a représenté une forme d’appui efficace le plus souvent mais coûteuse. A
présent, elle est très réduite et ne concerne que quelques bailleurs pour l’enseignement supérieur.
On ne l’estimera pas ici car il s’agit d’une ressource affectée pour laquelle la structure bénéficiaire
n’a aucune marge de manœuvre sauf à l’accepter ou à la refuser.
Au total, les financements extérieurs en direction de l’enseignement supérieur ont évolué ainsi que
le montre le tableau ci-dessous :
Tableau I.8 : Evolution des dépenses d’éducation sur financement extérieur
pour l’enseignement supérieur (Milliards FCFA courants)
Années
Financements extérieurs
inscrits au budget
Appui
projets
Total
ABS BSI Ensemble
2008 19,5 10,9 30,4 33,2 63,6
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2009 9,9 13,9 23,8 24,7 48,5
2010 9,3 9,5 18,8 28 46,8
2011 11,1 8,9 20 14,1 34,1
2012 - - - 1,1 1,1
2013 - - - 1,3 1,3
2014 - 0,9 0,9 14,2 15,1
2015 4,3 11,3 15,6 21,1 36,7
Source : Rapports de Suivi Technique et Financier de la CPS.
D. Les ressources propres des IES publiques
Cette forme de financement est peu répandue au Mali, situation qui peut s’expliquer par l’action
de plusieurs facteurs parmi lesquels on peut citer :
- Elle n’est pas vraiment envisagée comme une source importante de revenus.
- Les membres de la communauté éducative (enseignants principalement) peuvent se
procurer des ressources sans en rendre compte à l’institution dont ils dépendent
(consultations, formations, etc.).
- Cette institution ne demande généralement pas de comptes à ces membres alors qu’elle
pourrait en tirer un profit.
- Ceci nécessiterait de mettre en place une structure administrative dédiée à cette recherche
de fonds avec des profils de postes différents de ceux des personnels universitaires.
Les enquêtes réalisées auprès de certaines universités et grandes écoles publiques ont montré deux
choses à propos des ressources propres : (i) un fort pourcentage de non réponses et (ii) cela
concerne des sommes relativement faibles. Il s’agit, généralement, des recettes issues des frais
payés par les étudiants et dont la fixation du montant échappe aux IES publiques puisqu’il est décidé
par le gouvernement. Pour les universités, ce montant (5 000 FCFA), très faible, n’a pas été
revalorisé depuis de nombreuses années.
Ce mode de financement n’est pourtant pas à négliger.
E. Récapitulation des financements de l’enseignement supérieur
A la suite des développements précédents, il a été procédé au chiffrage de l’estimation des
financements de l’enseignement supérieur. Compte tenu des incertitudes mentionnées au sujet du
montant attribué à chaque source de financement, le tableau suivant donne un ordre de grandeur.
Tableau I.9 : Estimation de l'évolution des financements de l'enseignement
supérieur public (Milliards FCFA courants arrondis)
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2011 2012 2013 2014 2015
Dépenses publiques sur
financement étatique
Montant 73 69 84 88 90
% 70 99 99 85 68
Dépenses sur financement
extérieur
Montant 34 1 1 15 37
% 30 1 1 15 28
Dépenses des ménages
(estimations)
Montant ND ND ND ND 5
% 4
Ressources propres (1)
Montant ND ND ND ND ND
%
Ensemble
Montant 104 70 85 103 132
% 100% 100% 100% 100% 100%
NB : Les % sont calculés par rapport aux montants disponibles actuellement et ne devraient pas beaucoup
évoluer avec l’inclusion d’une estimation des dépenses des ménages. Quant aux ressources propres,
aucun montant ne figure faute d’informations fiables disponibles actuellement.
(1) Pour les universités et la plupart des grandes écoles publiques, une grande partie des ressources
propres vient des ménages à travers le paiement des frais. Il y a donc risque de doubles comptes.
L’évolution reconstituée sur cinq années montre la primauté du financement étatique national dans
l’enseignement supérieur. En 2015, le financement extérieur a presque retrouvé sa position relative
de 2011, avant la crise.
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IIème partie : Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur
S’interroger sur le financement ne dispense pas d’analyser le mode de création des coûts qu’il
faudra financer. Chercher des financements supplémentaires et alternatifs sans analyser la
formation des coûts revient à ne parcourir qu’une partie du chemin permettant d’arriver au but
fixé puisqu’il est alors supposé, implicitement, que l’organisation et le fonctionnement de
l’enseignement supérieur sont optimaux, ce qui demande à être prouvé.
Parmi les facteurs qui déterminent une grande partie des coûts dans ce sous-secteur on citera :
- les choix de filière des étudiants, dès l’enseignement secondaire ;
- les résultats académiques des étudiants, du baccalauréat à la progression dans le cursus
universitaire avec plus ou moins de redoublements et d’abandons ;
- l’organisation des enseignements avec, notamment, l’encadrement pédagogique qui
représente la majorité des coûts ;
- les aides sociales aux étudiants, en particulier la distribution, la réduction et la suppression
des bourses ;
- les matériels pédagogiques sous différentes formes ;
- la logistique : disponibilité de locaux adaptés, de personnel non enseignant et de biens et
services.
Selon les choix faits par les décideurs, les coûts – donc les financements induits – pourront varier
fortement. Pour cette raison, il convient d’analyser d’abord le processus de planification en cours
de finalisation (PRODEC 2) dans sa partie concernant l’enseignement supérieur public. On passera
ensuite en revue les possibilités de financement retenues par les planificateurs pour déterminer la
soutenabilité financière de ce programme.
Les développements ci-dessous sont donc issus du document de travail élaboré par les Secrétariats
Généraux des trois ministères1 concernés par cet exercice de prévision et daté d’octobre 2018. Plus
précisément, il s’agit ici d’examiner en détail les hypothèses sur lesquelles reposent les prévisions
relatives à l’enseignement supérieur dans le scénario retenu pour l’instant dans le cadre du modèle
de simulation utilisé pour les prévisions entre 2015 et 2030. Il est clair, qu’au stade actuel, le
document n’a pas été validé et n’engage donc personne. Cependant, il est important de connaître,
au-delà des chiffres, les mécanismes de la planification à long terme de l’éducation utilisée dans la
plupart des pays et son application actuelle au Mali.
A. Les choix globaux
Dans le cadre de la présente étude, on retiendra trois types de choix qui conditionnent fortement
les dépenses futures dans l’enseignement supérieur : L’évolution de la croissance économique du
Mali, l’évolution de sa population totale et la croissance des effectifs étudiants.
1 Ministère de l’Education Nationale, Ministère de l’Innovation et de la Recherche Scientifique, Ministère de
la Jeunesse, de l’Emploi et de la Construction Citoyenne.
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Tableau II.1 : Hypothèses ayant un impact important sur le financement du supérieur
Eléments pris en compte
Evolution 2015-2030
Scénario 1 Scénario 2 Scénario 3
PIB : Taux de croissance annuel réel (hors inflation) moyen 4,1% 4,1% 5,5%
Population totale : Taux de croissance annuel moyen 3% 3% 3%
Population étudiante : Taux de croissance annuel moyen 10% 5% 5%
Le taux annuel moyen de croissance hors inflation du PIB s’est établi à 4,1% au cours des années
2005-2015. La reprise de ce taux moyen dans les scénarios 1 et 2 témoigne d’une prudence justifiée
par les variations annuelles de ce taux (de 0% à +7,3% selon les années de cette période de 10 ans).
L’objectif choisi dans le scénario 3 est donc nettement volontariste. Il est à souligner que les
dernières projections issues des calculs des Autorités maliennes et des services du FMI tablent, pour
la période 2019-2023 sur un taux annuel moyen de progression du PIB réel compris entre 4,8% et
5%.
Cette évolution du PIB conditionne le montant du PIB/tête calculé par rapport à l’évolution de la
population totale du Mali selon les projections des Nations Unies (+3% par an en moyenne jusqu’en
2030). Ce montant du PIB/tête est très important dans les projections concernant les coûts du
supérieur car les salaires sont exprimés en fonction de cet agrégat.
Pour le moment, c’est le scénario 3 qui a été retenu pour le chiffrage des coûts et donc pour les
besoins de financement. Les données chiffrées ci-après se réfèrent toutes à ce scénario. Ces
hypothèses n’ont pas été validées mais ce sont celles qui figurent dans la version provisoire du
PRODEC 2 (octobre 2018).
S’agissant des effectifs étudiants, une hypothèse alternative fixe la population étudiante à 400 000
étudiants en 2030 et déduit les dépenses à engager chaque année pour répondre à cette
progression en ne changeant pas toutes les autres hypothèses faites et déclinées ci-dessous. On
rappellera qu’avec l’hypothèse d’un accroissement annuel moyen de 5% la population étudiante
en 2030 sera égale à 157 000 dans le scénario 3. Ce dernier chiffre correspond, pour l’enseignement
supérieur public seulement, à une densité étudiante de 575 étudiants pour 100 000 habitants
contre 429 pour 100 000 en 2015.
B. L’estimation du flux de nouveaux étudiants
Cette estimation est particulièrement importante car le nombre d’étudiants et leur répartition au
sein des différentes disciplines conditionnent l’évolution des dépenses et donc les besoins de
financement. Plus précisément, l’estimation est fonction de deux hypothèses :
- L’évolution des effectifs dans l’enseignement secondaire
- Le passage du secondaire au supérieur
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A.1 L’évolution des effectifs dans le secondaire
On mentionnera ci-dessous les hypothèses concernant le secondaire général d’où provient
l’essentiel des bacheliers. Ces effectifs se répartissent entre le public et le privé mais cette
répartition n’a pas, dans le modèle, d’influence sur le nombre de bacheliers accédant à
l’enseignement supérieur.
Tableau II.2 : Hypothèses concernant l’évolution des effectifs d’élèves dans le secondaire
général
Eléments pris en compte
Scénario 1 Scénario 2 Scénarios 3 à 6
2015 2030 2015 2030 2015 2030
Taux de transition entre l’enseignement fondamental
et le secondaire général
42% 25% 42% 20% 42% 20%
Taux de survie dans le secondaire général 63% 90% 63% 90% 63% 90%
Taux de redoublement moyen sur l’ensemble du cycle
secondaire général
36% 15% 36% 15% 36% 15%
Le choix du scénario 3 représente une hypothèse forte sans doute difficile à mettre en œuvre étant
donné l’importance du secteur privé dans l’enseignement secondaire, même si l’Etat peut agir par
l’intermédiaire des bourses versées aux familles. Ce choix est donc lourd de conséquences pour
l’enseignement supérieur puisque la plupart des bacheliers – donc des étudiants potentiels – sont
issus du secondaire général.
A.2 Le nombre de bacheliers
Il s’agit principalement des bacheliers issus du secondaire général (plus de 80%) mais aussi ceux
issus de l’enseignement technique et les candidats libres (13% pour ces derniers).
La part des candidats libres devrait rester constante (13% des nouveaux bacheliers), le taux de
réussite au baccalauréat général devrait évoluer fortement et de manière identique dans tous les
scénarios chiffrés : de 21% en 2015 à 50% en 2030.
Tableau II.3 : Evolution prévue du nombre de bacheliers (en milliers arrondis)
Origine des bacheliers 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2025 2030
Secondaire général 16 19 21 24 27 31 35 50 60
Secondaire technique 0,6 0,8 0,9 1,2 1,5 1,8 2 4 7
Candidats libres 3 3 3 4 4 5 6 8 10
Total 20 23 25 29 33 38 43 61 77
Le nombre de bacheliers issus du secondaire général s’accroît sensiblement, malgré les prévisions
de réduction sensible des entrées dans ce cycle, par suite d’une autre hypothèse importante sur le
taux de succès au baccalauréat général : celui-ci devrait passer de 21,2% en 2015 à 50% en 2030
selon une progression régulière.
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A.3 Le nombre de bacheliers entrant dans le supérieur
En 2015, 89% des bacheliers entraient dans l’enseignement supérieur public et privé. Ce
pourcentage ne devrait pratiquement pas évoluer puisqu’il sera égal à 90% en 2030.
Il s’y ajoute des bacheliers de l’étranger entrant dans l’enseignement supérieur malien. Cependant,
ces derniers ne représenteront que quelques centaines d’étudiants par an au cours des sept
prochaines années.
Tableau II.4 : Evolution du nombre de nouveaux entrants dans l’enseignement supérieur
(En milliers)
Origine des bacheliers 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2025 2030
Toutes origines 20 21 22 26 30 34 38 55 69
C. Le nombre et la répartition des étudiants
Deux points importants en matière de projections doivent être soulignés ici :
En premier lieu, rien n’est dit dans le PRODEC 2 sur l’orientation des bacheliers vers l’enseignement
supérieur privé. Les prévisions ne concernent donc que l’enseignement supérieur public.
L’analyse des statistiques récentes sur les choix des bacheliers montre que la part d’entre eux qui
se dirige vers l’enseignement public a diminué entre la rentrée 2016 (86,3%) et la rentrée 2017
(84,4%). On devrait bientôt connaître la situation à la rentrée 2018 et donc si cette tendance est
confirmée ou non.
En second lieu, dans le modèle de simulation utilisé, l’évolution des effectifs étudiants est
déconnectée (i) de l’évolution des effectifs dans le secondaire, notamment de leur répartition entre
les filières scientifiques et les autres, (ii) de la prévision de bacheliers et (ii) de la prévision des
entrées dans l’enseignement supérieur public.
Au lieu de cela, on a vu plus haut que deux taux de croissance de la population étudiante étaient
envisagés pour l’enseignement supérieur public à partir de l’effectif observé en 2015 : 10% par an
dans le scénario 1 et 5% par an dans les scénarios 2 à 6. Le scénario 3 retient donc 5% comme taux
annuel de croissance de la population étudiante totale dans l’enseignement supérieur public.
Il est intéressant de comparer les effectifs totaux d’étudiants figurant dans les annuaires
statistiques avec les projections du RESEN pour les trois premières années de la simulation. C’est
l’objet du tableau ci-dessous.
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Tableau II.5 : Comparaison globale des statistiques d’étudiants et des
projections du RESEN pour l’enseignement supérieur public (1)
Ensemble des
étudiants
2015 2016 2017 2018 Progression (2)
2014-
15
2015-
16
2016-
17
2017-
18
2016/2015 2017/2016 2018/2017 2018/2015
Annuaires
statistiques
RESEN
75 590
75 590
58 884
79 370
69 202
83 338
85 284
87 505
-22%
+5%
+18%
+5%
+23%
+5%
+13%
+16%
(1) Le nombre d’institutions pris en considération dans l’annuaire statistique s’est accru au cours des deux
dernières années de la série. Cela concerne environ 2 000 étudiants.
(2) La baisse très sensible du nombre d’étudiants recensés est due à un toilettage des bases de données utilisées
jusqu’alors.
La moindre progression des effectifs dans les annuaires s’explique uniquement par la suppression
d’un certain nombre d’étudiants qui figuraient indûment dans les listes fournies par les
établissements jusqu’en 2015 inclus. Si l’année de base du RESEN avait été 2016 et non pas 2015,
l’écart entre prévisions et réalité sur 3 ans serait nettement plus grand : +10% pour le RESEN et +
45% pour la réalité ! Une partie de la hausse des effectifs constatée est aussi expliquée par la
présence d’étudiants suivant l’ancien cursus (licence en 4 ans). A partir de 2018-19, il n’y aura plus
que des cursus LMD, ce qui devrait avoir un effet modérateur sur la progression des effectifs.
S’agissant de la répartition des étudiants dans l’enseignement supérieur public, une inflexion
importante est prévue par rapport à la tendance observée jusqu’ici puisque la part des étudiants
dans les filières scientifiques devrait presque doubler en quinze ans.
Tableau II.6 : Répartition des étudiants au sein de l’enseignement supérieur public
(% arrondis)
Etablissements et parcours 2015 2020 2025 2030
Universités publiques
- Lettres, Sciences humaines et Communication
- Sciences juridiques et politiques
- Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion
- Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technolog.
- Agronomie et Médecine animale
92%
28%
28%
24%
11%
1%
88%
25%
25%
23%
14%
1,3%
85%
23%
23%
21%
17%
1,6%
82%
20%
20%
20%
20%
2%
Grandes écoles et Instituts 8,5% 12% 15% 18%
Tableau II.7 : Effectifs étudiants prévus dans l’enseignement supérieur public
(En milliers arrondis)
Etablissements et parcours 2015 2020 2025 2030
Universités publiques
- Lettres, Sciences humaines et Communication
- Sciences juridiques et politiques
- Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion
- Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technolog.
- Agronomie et Médecine animale
69
21
21
18
8
0,7
85
24
24
22
13
1
105
28
28
26
21
2
129
31
31
31
31
3
Grandes écoles et Instituts 6 11 18 28
Ensemble 76 96 123 157
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Il est possible de confronter les prévisions aux effectifs comptabilisés dans les annuaires
statistiques. Pour ce faire, certaines rubriques de ces annuaires ont été regroupées pour retrouver
les parcours du RESEN. Etant donné l’écart énorme entre les effectifs comptabilisés en 2014-15 et
la réalité, les comparaisons ne porteront que sur les trois dernières années connues, avec pour base
2015-16.
Tableau II.8 : Comparaison détaillée des statistiques d’étudiants et des projections du RESEN
pour l’enseignement supérieur public : part des différents « parcours » selon la terminologie
RESEN
Parcours
2015-2016 2016-2017 2017-2018
Annuaires RESEN Annuaires RESEN Annuaires RESEN
Lettres, Sciences humaines et Communication
Sciences juridiques et politiques
Sciences sociales, Sciences économ. et Gestion
28%
23%
29%
27%
27%
24%
31%
16%
31%
27%
27%
24%
27%
15%
32%
26%
26%
23%
Médec., Pharm. et Sc. techniques et technolog.
Agronomie et Médecine animale
Grandes Ecoles et Instituts
14%
1%
6%
12%
1%
9%
14%
1%
7%
12%
1%
10%
13%
1%
11%
13%
1%
10%
Si la proportion d’étudiants en MPSTT + Agronomie est conforme aux prévisions, la progression
dans les trois premiers parcours qui, en gros, se situent hors des « sciences exactes » est plus limitée
que celle prévue dans les RESEN (74% contre 76%) mais la répartition des étudiants est déjà très
différente des prévisions avec l’explosion des effectifs en SSEG. D’un autre côté, les effectifs des
Grandes Ecoles progressent plus vite que prévu mais leur périmètre s’est accru dans les annuaires.
En résumé, il apparaît que les prévisions concernant les effectifs étudiants dépendent de
nombreuses variables qui ne sont pas maîtrisées mais dont les effets peuvent être mieux connus
par une analyse plus approfondie du fonctionnement des composantes de l’enseignement
supérieur.
D. Les dépenses courantes de l’enseignement supérieur public
Les prévisions faites dans le cadre du PRODEC 2 classent les dépenses courantes du supérieur public
en deux groupes :
- Celles rattachées aux établissements
- Celles hors établissements
D.1 Les dépenses courantes rattachées aux établissements
Trois catégories de dépenses courantes sont distinguées : (i) les dépenses de personnel, (ii) les
dépenses sociales et (iii) les dépenses de fonctionnement.
i. Les dépenses de personnel
Personnel enseignant (coût salarial + coût des vacataires + heures supplémentaires) : la progression
de ces dépenses est contenue : légère baisse de la dépense par étudiant exprimée en fonction du
PIB/tête qui, lui, progresse de 2,5% par an en moyenne selon le scénario retenu.
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Personnel non enseignant : sa part dans les dépenses totales de personnel progresse dans les
parcours littéraires, juridiques, économiques et reste stable dans les sciences exactes mais elle
diminue dans les grandes écoles.
Tableau II.9 : Dépense en personnel enseignant par étudiant
En PIB/tête
En milliers FCFA
de 2015
Parcours 2015 2030 2015 2030
Lettres, Sciences humaines et Communication 21,3% 20,4% 94 126
Sciences juridiques et politiques 29% 25% 127 158
Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 45% 40% 196 253
Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 137% 130% 602 822
Agronomie et Médecine animale 274% 250% 1 208 1 580
Grandes écoles et Instituts 195% 190% 856 1 201
Tableau II.10 : Dépenses en personnel non enseignant en % des dépenses totales de personnel
Parcours 2015 2030
Lettres, Sciences humaines et Communication 8,3% 10%
Sciences juridiques et politiques 9,1% 10%
Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 7,8% 10%
Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 5,3% 5,3%
Agronomie et Médecine animale 14,5% 10%
Grandes écoles et Instituts 14,9% 10%
ii. Les dépenses sociales
Les montants du trousseau et de la bourse restent identiques, hors inflation, à celui de 2015.
Le pourcentage de bénéficiaires diminue fortement hors des sciences exactes où il est maintenu.
Tableau II.11 : Pourcentage d’étudiants bénéficiaires de l’allocation de trousseau et de la bourse
Parcours 2015 2030
Lettres, Sciences humaines et Communication 54% 15%
Sciences juridiques et politiques 54% 15%
Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 54% 15%
Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 54% 54%
Agronomie et Médecine animale 49% 49%
Grandes écoles et Instituts 78% 78%
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36
iii. Les dépenses de fonctionnement
Les dépenses de matériel pédagogique par étudiant progressent, hors inflation, dans les sciences
exactes et diminue ailleurs.
Les dépenses de biens et services s’accroissent partout à un rythme annuel moyen de 5% hors
inflation.
Tableau II.12 : Dépense en matériel pédagogique par étudiant
(Milliers FCFA, hors inflation)
Parcours 2015 2030
Lettres, Sciences humaines et Communication 61 40
Sciences juridiques et politiques 66 40
Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 99 60
Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 84 100
Agronomie et Médecine animale 292 150
Grandes écoles et Instituts 67 75
Au total, la dépense courante par étudiant, hors inflation, progressera assez significativement dans
les sciences exactes et les grandes écoles et diminuera assez sensiblement ailleurs ainsi que le
montre le tableau suivant.
Tableau II.13 : Evolution de la dépense courante par étudiant dans les établissements
d’enseignement supérieur public (Milliers FCFA, hors inflation)
Parcours 2015 2030 Variation
Lettres, Sciences humaines et Communication 368 308 -16%
Sciences juridiques et politiques 451 399 -12%
Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 548 499 -9%
Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 1 048 1 222 +17%
Agronomie et Médecine animale 2 183 2 205 +1%
Grandes écoles et Instituts 1 449 1 703 +18%
D.2 Les dépenses courantes hors établissements
Ces dépenses concernent principalement l’administration centrale, la recherche et les services
transversaux (CENOU, par exemple) ainsi que les bourses pour études à l’étranger.
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37
Tableau II.14 : Evolution des dépenses courantes hors établissements publics
Types de dépenses
Taux de progression moyen
par an (hors inflation)
Dépense en % des dépenses
totales de personnel (hors et
dans les établissements)
2015 2030
Dépenses de personnel 8,8% 5%
Dépenses de biens et services 0%
CENOU (hors trousseau et bourses) 5%
Recherche
Personnel 5%
Fonctionnement 5%
Bourses pour études à l’étranger 5%
D.3 Ensemble des dépenses courantes
La part des dépenses courantes de l’enseignement supérieur public dans les dépenses courantes
de l’éducation devrait diminuer assez nettement avant de remonter après 2025.
Tableau II.15 : Evolution du montant et de la part des dépenses courantes de l’enseignement
supérieur public dans les dépenses courantes d’éducation
Années
Montant en milliards FCFA
Ens. sup. publ. (hors inflation)
Part des dépenses courantes
du supérieur public
2015 61 21,5%
2016 65 20,5%
2017 69 20,6%
2018 73 20,4%
2019 78 20,1%
2020 83 19,2%
2025 115 18,5%
2030 161 21,4%
L’accroissement de la part des dépenses courantes prévues pour l’enseignement supérieur public
en fin de période s’explique principalement par une légère diminution des parts de l’Etat dans le
financement de l’enseignement fondamental et du secondaire général. Cette légère baisse
appliquée à des sommes représentant plus de 60% des dépenses courantes permet à d’autres
niveaux d’enseignement de progresser relativement vite : + 3 points en 5 ans pour l’enseignement
supérieur.
Cette diminution des engagements de l’Etat pour les premiers niveaux d’enseignement s’explique
par la mise en œuvre du transfert de certaines compétences de l’Etat aux collectivités territoriales
avec, en conséquence des transferts de ressources par voie budgétaire dont une partie devrait être
consacrée au financement de dépenses courantes.
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38
E. Les investissements dans l’enseignement supérieur public
Dans le PRODEC 2, les dépenses d’investissement recouvrent cinq catégories d’opérations :
- La construction d’amphithéâtres
Des amphithéâtres de 500 places construits chaque année (coût unitaire de 600 millions FCFA de
2015) avec 2 rotations par amphithéâtre pour les nouvelles places à construire.
- La construction d’autres locaux d’enseignement
Il s’agit d’ateliers ou salles spécialisées équipés, de laboratoires et de bibliothèques. Deux locaux
de ce type seront construits par an pour un coût unitaire de 600 millions FCFA.
- Les investissements sociaux
Il s’agit de logements pour les étudiants et de locaux pour leur restauration. Une somme égale à
120 000 FCFA par étudiant et par an a été programmée pour 10% des étudiants.
- Les réhabilitations
Elles devraient représenter 10% du coût annuel des constructions nouvelles.
- L’entretien des locaux
Les dépenses correspondantes sont estimées à 2% du coût annuel des constructions nouvelles.
Tableau II.16 : Evolution du coût des investissements prévus dans l’enseignement supérieur
public
Nature des dépenses
Dépense annuelle moyenne hors inflation (millions FCFA)
2017 2018 2019 2020 2025 2030
Amphithéâtres 2 381 2 500 2 625 2 756 3 518 4 490
Autres locaux 1 200 1 200 1 200 1 200 1 200 1 200
Investissements sociaux 1 000 1 050 1 103 1 158 1 478 1 886
Réhabilitations 458 475 493 511 620 758
Entretien 92 95 99 102 124 152
Total 5 131 5 320 5 519 5 728 6 939 8 485
Globalement, selon le PRODEC 2, la part des investissements de l’enseignement supérieur public
dans les investissements totaux de l’éducation devrait croître dans les prochaines années.
Tableau II.17 : Evolution de la part des dépenses d’investissement du supérieur public
dans les dépenses totales d’investissement en éducation
Années
Part des investissements
du supérieur public
2017
2018
2019
2020
7%
7,4%
6,9%
7,1%
2025
2030
7,5%
14,2%
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Plus encore que pour les dépenses courantes, on observe une remontée spectaculaire de la part
des dépenses d’investissement en direction de l’enseignement supérieur public. La cause est aussi
le transfert de ressources de l’Etat aux collectivités territoriales dont il est attendu qu’elles se
substituent pratiquement à l’Etat pour le financement des infrastructures et des équipements
scolaires.
F. Les ressources étatiques pour financer les dépenses d’éducation
Elles sont estimées au terme du processus suivant et en se référant au scénario 3 sur les
six scénarios chiffrés dans la phase préparatoire du PRODEC 2.
F.1 Estimation des ressources internes de l’Etat
Elles sont principalement financées par les prélèvements fiscaux (à 85% en 2015). Le taux global de
mobilisation des ressources étatiques en 2015 était de 16,4% du PIB. D’après les statistiques
comparatives publiées par le Pôle Education de Dakar et portant sur les ressources propres de 19
pays d’Afrique subsaharienne exprimées en % de leur PIB, le Mali se situe juste à la moyenne
calculée pour ces pays (16,3%).
Comme précisé plus haut, il a été prévu que ce taux de mobilisation passerait à 18% en 2030, ce qui
représente une augmentation modérée.
F.2 Estimation des ressources extérieures de l’Etat
Ces ressources comprennent : (i) les appuis budgétaires (général et sectoriel), (ii) les crédits
extérieurs inscrits au Budget Spécial d’Investissement (« BSI extérieur ») et (iii) les projets inscrits
au budget de l’Etat.
En 2015, ces ressources extérieures représentaient 14% des ressources totales de l’Etat (internes
et extérieures). Ce pourcentage devrait rester identique jusqu’en 2030.
F.3 Déficit public
Comme, généralement, les ressources internes et extérieures sont insuffisantes pour financer les
dépenses de l’Etat, celui-ci s’endette. En 2015, le déficit du budget de l’Etat représentait 9% des
dépenses totales, soit 1,9% du PIB. Il est prévu que ce dernier pourcentage diminuera
régulièrement pour atteindre 1,5% du PIB en 2030. A cette baisse en valeur relative correspond
cependant une hausse des sommes en jeu puisque le déficit exprimé en milliards FCFA de 2015,
c’est-à-dire hors inflation, passera de 147 milliards à 260 milliards. Ceci augmentera le versement
des intérêts de la dette, ce qui diminuera d’autant les dépenses courantes disponibles pour assurer
les missions de l’Etat.
F.4 Ressources pour financer les dépenses courantes
Elles sont exprimées hors service de la dette (« HSD ») de l’Etat qui représentait, en 2015, presque
3% des dépenses publiques totales. Ces ressources HSD sont, en fait, celles réellement disponibles
pour financer les dépenses courantes de l’Etat (54% des dépenses totales HSD). A côté d’elles, il y
a aussi des ressources pour financer les dépenses d’investissement (35% des dépenses totales HSD)
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et d’autres dépenses spéciales comme les budgets annexes et les fonds spéciaux (9% des dépenses
totales HSD).
En 2030, il est prévu que les ressources publiques consacrées aux dépenses courantes
représenteront 60% des dépenses totales HSD. Il s’agit donc d’un choix fort lié, notamment, à
l’évolution des salaires versés.
F.5 Ressources pour les dépenses courantes d’éducation
Elles représentent une fraction des dépenses courantes de l’Etat hors service de la dette : 32,4% en
2015. Il est prévu que cette part ne variera pas jusqu’en 2030.
Il est à souligner qu’il s’agit d’un taux particulièrement élevé si on le compare à la situation de pays
comparables. En effet, toujours d’après les statistiques comparatives du Pôle Education de Dakar,
le Mali est en deuxième position derrière le Sénégal (35,3%) sur 17 pays comparables d’Afrique
subsaharienne avec une moyenne du groupe égale à 26,2% et une moyenne de 25,4% pour les pays
membres de la CEDEAO.
F.6 Ressources pour les dépenses d’investissement en éducation
Elles sont de deux ordres : les dépenses sur financement national (« BSI interne ») et celles sur
financement extérieur (« BSI extérieur »).
Les ressources nationales pour les investissements en éducation représentaient 3,4% des dépenses
publiques totales en 2015. Il est anticipé que ce pourcentage va s’accroître régulièrement jusqu’à
5% en 2030.
Les ressources extérieures pour l’investissement (BSI extérieur) représentaient jusqu’en 2008
l’essentiel des dépenses publiques d’investissement. Depuis, elles ont fortement diminuées pour
être nulles ou quasi nulles entre 2012 et 2014. En 2015, elles ont repris pour un montant
comparable à celui sur financement interne. Il faut souligner ici que rien n’est dit, dans le modèle
de simulation, sur l’évolution des ressources extérieures en matière d’investissement à partir de
2015.
En résumé, on retiendra que l’on dispose de séries chiffrées sur les prévisions de recettes de l’Etat
consacrées aux dépenses courantes et d’investissement dans le secteur de l’éducation. En
revanche, on ne dispose pas d’estimation de l’évolution des recettes affectées aux différents sous-
secteurs comme, par exemple, l’enseignement supérieur.
F.7 Bref rappel des prévisions relatives aux dépenses d’éducation
En matière financière, un apport très important de l’analyse sectorielle qui précède la rédaction du
PRODEC 2 est la construction d’un modèle de simulation détaillé des dépenses entraînées par les
multiples choix effectuées dans les sous-secteurs. On dispose des prévisions détaillées de dépenses
pour l’enseignement supérieur. Ces dernières sont exprimées en FCA constants de 2015, c’est-à-
dire hors inflation, et en % par rapport aux autres sous-secteurs de l’éducation. Ce dernier
pourcentage ne résulte pas d’un ordre de priorité affiché a priori pour tel ou tel sous-secteur mais
il résulte de la comparaison des dépenses programmées pour ces sous-secteurs. Le tableau ci-
dessous regroupe les résultats globaux issus du scénario 3 et commentés plus haut.
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41
Tableau II.18 : Evolution des dépenses prévues pour l’enseignement supérieur public
(Milliards FCFA 2015 arrondis)
Eléments mesurés 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2025 2030
Montant des dépenses courantes
% des dép. courantes allant à l’ens. sup.
61
21,5%
65
20,5%
69
20,6%
73
20,4%
78
20,1%
83
19,2%
88
19,2%
115
18,5%
161
21,4%
Montant des dépenses d’investissement
% des dép. d’invest. allant à l’ens. sup.
-
-
-
-
5,1
7,0%
5,3
7,4%
5,5
6,9%
5,7
7,1%
5,9
7,4%
6,9
7,5%
8,5
14,2%
G. La soutenabilité financière des choix opérés
Les simulations financières habituellement faites pour préparer des plans sectoriels à long terme
souffrent d’un grave défaut : si elles peuvent déterminer par sous-secteur les dépenses courantes
et en capital, elles ne le font pas au niveau des recettes, publiques ou non. Ceci est encore plus
difficile lorsque le secteur éducation regroupe des composantes qui, auparavant, étaient des
ministères (MESRS, par exemple) avec une visibilité plus grande.
De ce fait, la soutenabilité financière des choix opérés ne peut se mesurer qu’au niveau sectoriel
avec deux parties : les dépenses/recettes courantes et en capital.
Il n’est donc pas possible de savoir si les dépenses prévues pour l’enseignement supérieur sur 15
ans pourront être financées aux plans des dépenses courantes et en capital.
En l’état actuel des réflexions (fin 2018) sur les équilibres financiers du projet de PRODEC 2, la
soutenabilité financière étatique a été calculée pour la période 2019-2022, soit quatre années. La
situation est résumée dans le tableau ci-dessous qui ne concerne que le financement étatique
(« Ressources internes »).
Tableau II.19 : Soutenabilité financière étatique du PRODEC 2 – Scénario 3
(Milliards FCFA de 2015)
Eléments pour le secteur 2019 2020 2021 2022 Total
Dépenses
courantes
Ressources internes
Dépenses
Déficit 1
369
388
-19
394
432
-39
420
461
-41
449
497
-48
1 632
1 778
-147
Dépenses
d’investissement
Ressources internes
Dépenses
Déficit 2
15
80
-65
16
81
-65
17
80
-63
19
83
-64
67
324
-257
Déficit global (1+2) -84 -104 -103 -112 -404
Déficit global cumulé -84 -188 -291 -404
Le financement étatique se révèle nettement insuffisant pour financer les dépenses prévues dans
le scénario 3 malgré une augmentation de la mobilisation des ressources internes par rapport au
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PIB de l’ordre de 0,8 point entre 2015 et 2022 et un taux annuel de croissance du PIB de 5,5% hors
inflation.
Les contributions des autres acteurs concernés vont-elles pouvoir combler ce déficit ?
G.1 Le financement extérieur
S’agissant des PTF, il a déjà été mentionné qu’ils intervenaient selon diverses modalités : (i) appuis
budgétaires (général et sectoriel) déjà inclus dans le financement interne, (ii) appuis au
financement des investissements via le BSI et (iii) projets. Or, le financement extérieur présente
deux caractéristiques : (i) il n’est pas certain, comme en témoigne l’arrêt du financement des
investissements dans la période 2010-2012 et (ii) il n’est pas connu longtemps à l’avance si bien
qu’il diminue rapidement dans les prévisions, qui ne prennent en compte que les flux déjà certains,
alors que l’on peut raisonnablement anticiper une poursuite des flux financiers en provenance des
PTF en l’absence de crise majeure.
S’agissant des ONG, la prévision est également difficile car certaines partent et d’autres arrivent,
d’une part et elles ne connaissent pas toujours les montants financiers dont elles disposeront dans
les prochaines années, d’autre part.
Enfin, s’agissant des flux financiers en provenance de l’extérieur, on ne peut pas toujours savoir (i)
si les prochaines dotations seront du financement courant ou en capital et (ii) quel niveau
d’enseignement sera concerné, même s’il existe dans les faits une certains spécialisation des PTF et
des ONG. En tout état de cause, on sait, par expérience, que les projets concernent moins
l’enseignement supérieur que les autres niveaux situés en amont.
Quoiqu’il en soit, les données connues fin 2018 donnaient les estimations suivantes pour le
financement extérieur disponible sans distinction entre appuis au fonctionnement courant et appui
aux investissements.
Tableau II.20 : Prévisions d’appuis extérieurs à l’éducation disponibles
(Milliards FCFA de 2015)
Origine du financement 2019 2020 2021 2022 Total
PTF
ONG
48
17,5
33
15,5
12
12,5
7
3,5
100
49
Total 65,5 48,5 24,5 10,5 149
L’équilibre financier du secteur se présente ainsi après introduction du financement extérieur jugé
disponible (Tableau II.21 ci-après).
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Tableau II.21 : Soutenabilité financière anticipée du PRODEC 2
après prise en compte des appuis extérieurs annoncés
(Milliards FCFA de 2015)
2019 2020 2021 2022 Total
Déficit public global
Financements extérieurs
Nouveau déficit
-84
65,5
-18,5
-104
48,5
-55,5
-103
24,5
-78,5
-112
10,5
-101,5
-404
149
-255
Nouveau déficit cumulé -18,5 -74 -152,5 -255
Nouveau déficit cumulé en M
USD
-37 -111 -305 -510
Selon les rédacteurs du projet de PRODEC 2, ce dernier déficit (255 milliards FCFA ou 510 millions
USD au taux de change de 1 USD pour 500 FCFA utilisé dans le PRODEC 2) peut être
raisonnablement comblé par les PTF qui soutiennent traditionnellement l’éducation au Mali.
G.2 Les autres contributions
Si les partenaires extérieurs ne peuvent pas combler totalement le déficit calculé sur quatre années,
il reste encore à intégrer les contributions financières des collectivités territoriales en liaison avec
leurs nouvelles attributions ainsi que les contributions des ménages qui ne sont pas négligeables et
dont certains aspects ne sont pas monétarisés comme, par exemple, la construction de bâtiments
scolaires. Ces contributions d’institutions et d’agents nationaux n’ont pas été chiffrées pour les
quatre années étudiées.
Au total, il apparaît donc que le scénario 3 pourrait être réalisé durant les quatre premières années
de mise en œuvre du PRODEC 2 sans trop de difficultés financières. On notera toutefois que : (i)
d’autres difficultés qui ne sont pas financières peuvent surgir comme des goulets d’étranglement
dans les recrutements, des retards dans le rythme des formations prévues, etc. (ii) les prévisions
financières ont été faites en supposant que les financements étaient fongibles alors qu’un certain
nombre de financements extérieurs sont affectés à un niveau d’enseignement ou encore à un type
de dépense (courante/en capital) et (iii) les calculs précédents ne disent rien sur la situation des
différents sous-secteurs.
Il est donc utile de travailler à un niveau plus détaillé pour analyser la soutenabilité des dépenses
prévues, au moins à moyen terme, dans l’enseignement supérieur public.
__________________________________
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44
IIIème partie : L’analyse financière et les contraintes y afférentes des IES
Dans les développements précédents, à côté des financements, on a insisté sur l’importance d’une
meilleure utilisation des ressources disponibles en s’appuyant notamment sur des indicateurs –
comme les coûts unitaires – mais aussi en analysant mieux les conditions dans lesquelles les coûts
se forment.
Les pages qui suivent s’attachent à répondre à cette question à partir des enquêtes réalisées auprès
d’un échantillon d’établissements qui se voulait représentatif et en dialoguant avec les
responsables d’institutions concernées par l’enseignement supérieur en général et par son
financement, en particulier2.
Les fiches élaborées pour faciliter la collecte et le traitement des informations que nous estimions
pertinentes ont connu des retards variables mais significatifs dans leur renseignement et des
omissions et des erreurs pour certaines d’entre elles. Au total, le calcul du coût de l’étudiant dans
divers contextes, qui était l’un des objectifs fixés à ce travail, a été particulièrement ardu pour
plusieurs raisons :
- En premier lieu, un tel calcul est complexe si l’on veut connaître assez précisément les
composantes de ce coût qui est la résultante de l’action de plusieurs facteurs pour chacun
desquels il existe un ou plusieurs leviers d’action plus ou moins faciles à actionner. Cette
complexité s’est traduite par le besoin de remplir un certain nombre de tableaux au format
inhabituel pour la plupart des responsables contactés.
- En outre, certains tableaux ont pu, à juste titre, apparaître inadaptés aux établissements
enquêtés. Ceci tient au fait que les enquêteurs n’ont pas voulu multiplier les formats pour
faciliter les comparaisons.
- De plus, les informations demandées n’étaient pas toujours disponibles aux différents
niveaux de décision joints. Par exemple, le rectorat d’une université publique pouvait
seulement remplir certains tableaux, les autres devant être renseignés par les facultés. Ceci
a obligé les enquêteurs à multiplier les contacts, d’où une consommation de temps
supplémentaire.
- Enfin, certaines informations n’ont pas toujours été renseignées malgré les relances et les
retours dans les établissements. Elles concernent notamment l’organisation pédagogique.
Etait-ce vraiment si difficile à remplir ?
Ces raisons expliquent le temps important passé à collecter des données et le choix qui, finalement,
a été fait de ne prendre en considération pour ce rapport que les institutions ayant fourni la totalité,
ou la quasi-totalité, des données collectées, soit une partie des écoles publiques et privées
contactées.
En effet, pour les IES publiques, dans le temps imparti à l’étude et afin de prendre en compte
l’ensemble des demandes figurant dans les termes de référence, il a été décidé de finaliser en
priorité les grands écoles publiques qui, avec un seul centre de décision, étaient nettement plus
2 La liste des établissements et organismes sélectionnés figure à l’Annexe 2.
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réactives que les universités publiques et, d’autre part, renseignaient les fiches avec davantage de
cohérence que les universités publiques. De plus, et c’est primordial, elles pouvaient mieux être
comparées aux institutions privées ayant renseigné les fiches de collecte. On lira dans l’encart ci-
après quelques-unes des difficultés rencontrées dans certaines universités publiques.
Plus précisément, en ce qui concerne les universités publiques, l’ULSHB a fait l’objet de l’enquête
sur les conditions de son fonctionnement. Malheureusement, il n’a pas été possible d’obtenir
l’ensemble des données nécessaires pour établir une représentation chiffrée correcte de son
fonctionnement. L’enquête a également été faite auprès de deux composantes de l’USSGB - la FSEG
et l’IUG - mais, ici encore, un trop faible nombre de données a pu être collecté pour réaliser une
étude comparative. Quant à l’Université de Ségou, elle a renseigné de nombreuses fiches qui ont
encore besoin d’être rectifiées et/ou complétées pour que des calculs pertinents puissent être faits.
Le choix a donc été fait de s’arrêter à mi-parcours pour les universités publiques choisies mais il a
permis de pouvoir comparer de manière assez cohérente des grandes écoles à statut différent
(publiques et privées) mais comparables. Il faut par ailleurs rappeler qu’il n’y avait aucune université
privée, ayant accepté de répondre à notre enquête, comparable à l’une des quatre universités
publiques de Bamako. De plus, l’Université de Ségou n’était pas comparable à la seule université
privée de taille assez semblable mais âgée de vingt ans et avec des formations tertiaires et
techniques et intégrée dans un réseau mondial.
Quelques exemples de difficultés rencontrées :
Erreurs dans le renseignement des fiches :
Pas d’étudiants en licence dans une matière mais un groupe pédagogique pour
les TD/TP.
6 étudiants en licence dans une matière et 6 groupes pédagogiques dans cette
matière pour les TD/TP.
Coût annuel d’un agent administratif : 165 000 FCFA.
Des écarts troublants :
La somme des heures à assurer selon la maquette pédagogique et le nombre
de groupes pédagogiques est régulièrement supérieure au potentiel
d’enseignement, y compris les heures supplémentaires et les vacations.
Exemples pour deux composantes :
- 27 660 heures à assurer et 17 113 heures disponibles
- 25 060 heures à assurer et 21 380 heures disponibles
Confusion entre les dépenses de fonctionnement courant pour des activités
d’enseignement et pour des activités administratives : la même somme a été
reportée pour ces activités dans deux fiches différentes.
Le nombre de personnels enseignants fourni par un rectorat est supérieur de
24% à la somme des personnels établie par les composantes (facultés et
instituts) avec des différences pour chacun des quatre grades recensés.
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46
Malgré ces restrictions – dont une partie incombe à l’équipe en charge du travail qui n’a pas mesuré
l’importance des délais pour renseigner des fiches dans une institution avec deux centres de
décision et des rigidités administratives – on notera que l’accueil a été favorable et que, si les
démarches entreprises n’ont pas toujours abouti aux résultats anticipés, elles auront été utiles pour
deux raisons : (i) elles ont sensibilisé ces institutions à une approche chiffrée de leur
fonctionnement et (ii) elles offrent la possibilité aux IES de reprendre ce type d’enquête de manière
plus systématique dans un cadre plus large que le seul financement. Elles semblent être
symptomatiques des dysfonctionnements et de la réticence de plusieurs acteurs des IES à
l’adoption de pratiques transparentes de communication des flux d’information sur les effectifs et
les ressources financières entre les différents échelons de l’administration universitaires (facultés,
rectorats, DGESR, Ministère de tutelle). Le cloisonnement entre entités, en ce qui concerne la
circulation de l’information financière, semble être à la base de ce manque de transparence
Il a été néanmoins possible de procéder à des comparaisons portant sur les coûts des personnels
académiques et sur les frais payés par les étudiants (voir plus bas).
Compte tenu de ces précisions, le nombre d’établissements retenu figure dans le tableau suivant :
Tableau III.1 : Nombre d’établissements dont les réponses ont pu être exploitées
Types d’établissements Nombre Liste des établissements
Grande école publique 5
IPR/IFRA, ENI-ABT, ENSUP, INJS,
CERFITEX
Université privée
Grande école privée
2
4
Technolab-ISTA / Mandé-Bukari
ISPRIC/Delta-C/ESIAU/Sup Management
Trois points seront successivement abordés : les coûts unitaires, le financement et les leviers
d’action possibles.
A. Les coûts unitaires
Ils résultent de l’analyse des fiches retournées par les établissements d’enseignement (facultés,
grandes écoles publiques et privées) et par le CENOU.
A.1 Les établissements publics
Comme on l’a rappelé plus haut, les renseignements demandés aux établissements étaient plus
précis que pour les établissements privés. Si, pour certains, les informations ont pu être collectées
sans trop de difficultés, pour beaucoup ce fut difficile pour plusieurs raisons : en premier lieu, à la
différence des établissements privés, la hiérarchie est souvent rigide ; un responsable voudra
toujours avoir l’approbation formelle de son supérieur, lequel n’est pas toujours disponible. En
second lieu, dans les universités, les informations doivent être collectées aux niveaux du rectorat
et des facultés alors que le dialogue entre ces deux centres de décision n’est pas toujours facile.
Enfin, il est apparu que certaines informations pouvaient difficilement être obtenues, surtout dans
les facultés, notamment les données relatives à l’organisation des enseignements et, sur le plan
financier, les dépenses de fonctionnement courant dont on ne demandait pourtant pas le détail
dans la consommation des crédits. Ceci explique, qu’après plusieurs visites et relances, on ait arrêté
la recherche d’informations dans un certain nombre d’établissements. Il eut fallu sans doute y
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consacrer davantage de temps et de présence dans les services concernés pour collecter les
informations désirées mais ce temps n’avait pas été prévu dans le planning initial.
On retiendra donc que la connaissance du fonctionnement des IES publiques – les universités en
particulier – nécessite de la patience, de la diplomatie et donc du temps.
Au total, les informations exploitées concernent donc cinq grandes écoles. En outre, à l’exception
de deux écoles, il n’a pas été possible de connaître partout les éléments du coût avec le degré de
détail souhaité au départ. On dispose donc le plus souvent d’informations d’un niveau comparable
à celui collecté beaucoup plus rapidement dans l’enseignement supérieur privé.
Le tableau ci-dessous regroupe les informations recueillies sur les coûts dans cinq grandes écoles.
Seules deux ont fourni les informations permettant de chiffrer les coûts.
Tableau III.2 : Eléments sur les coûts dans plusieurs grandes écoles publiques
(Coûts hors investissements)
A titre d’exemple d’utilisation des données récoltées et parce que ces données sont disponibles
depuis longtemps, on a procédé au chiffrage de plusieurs indicateurs pour une grande école.
Un premier tableau (Tableau III.3 page suivante) regroupe les principales dépenses collectées hors
investissements et dépenses d’aides sociales aux étudiants. Il s’agit donc des dépenses courantes
de l’établissement pour former les étudiants de licence et de master3.
3 En fait, il faudrait tenir compte d’un peu plus de 200 élèves qui suivent des formations spéciales. En
première approximation on ne les prendra pas en compte, ce qui augmente d’environ 10% la dépense par
élève qui figure dans le tableau III.3 ci-après.
Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master
660 1154 224 0 126 20 1 158 538 1 579 132
109 11 5 117 275 394 79
NF NF 21 0
NF NF 0 4
198 27 13 415 83
NF NF NF 48 12
463 95
164 7 3 NF NF 82 17
NF NF NF NF NF 12 4
89 18
552 113
349 588 856 061
293 224 719 697
84% 84%
(1) Fournitures, consommables, petits équipements, déplacements, etc.
(2) Y compris le coût des décharges administratives des enseignants et les achats courants (fournitures, consommable, déplacements,
petits matériels, etc.)
NF : Non fourni.
25
Ecole 4 Ecole 5Etablissements Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3
1009
560
207
1 776
440
Heures sup. pers. permanent
Vacataires
dont coût de l'enseignement (FCFA)
Ratio : coût enseign. / coût complet
Coût total logistique
Coût total recensé (Millions FCFA)
Coût complet d'un étudiant (FCFA)
Coût de la
logistique
(Mill ions
FCFA)
Personnel (2)
Autres dépenses (1)
Coût total personnel enseig.
Autres dépenses (1)
Coût total enseignement
Niveaux
Nombre d'étudiants inscrits
Coût de
l'enseignemen
t
(Mill ions
FCFA)
Salaires pers. permanent
91%
2 444
89 16 8
1 347 078
1 221 610
2 216
138
90
228
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Dans cet établissement, l’essentiel des dépenses courantes est consacré à l’enseignement car les
formations sont très diversifiées puisqu’il faut former des enseignants dans de nombreuses
disciplines. On constate qu’aucun enseignant ne bénéficie de décharges administratives.
Les heures supplémentaires représentent un fort pourcentage des enseignements et encadrements
dispensés ainsi que le montrent les calculs ci-dessous :
Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré par an par les enseignants permanents au titre
de leur obligation statutaire : 38 820
Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré au titre des heures supplémentaires4 : 56 000
Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré par des vacataires5 : 20 700
Nombre total d’heures d’enseignement et assimilé assuré dans l’année : 115 520
Ratio 1 : Nombre d’heures supplémentaires / Nombre d’heures statutaires : 1,44
Ratio 2 : Nombre d’heures sup + vacations / nombre d’heures statutaires : 1,98
Tableau III.3 : Exemple de récapitulation des coûts
Ecole 1
Catégories de
dépenses
Grades ou catégories Nombre
Coût
unitaire (1)
Coût total
(2)
Salaires des
enseignants
permanents
pour
l’enseignement
(Millions FCFA)
Professeur 1 13 9
M. de conférences 10 11,2 109
M. assistant 26 9,4 244
Assistant 79 8,1 640
Total salaires 1 002
Heures sup. pour enseignants perm. (MFCFA) 560
Heures de vacation (Millions FCFA) 207
Dépenses courantes de fonctionnement pour l'enseignement (3)
(Millions FCFA)
440
Coût total de l'enseignement (4) 2 209
Décharges
administratives
des enseignants
permanents
(en heures)
Professeur 56 77 381 4,3
Maître de conférences 56 50 000 2,8
Maître-assistant 0
Assistant 0
Coût des décharges (MFCFA) 7,1
Salaires du
personnel non
enseignant
(Millions FCFA)
Administratif 53
1,6 137,6 Technique 23
Autre 10
Total salaires 137,6
Dép. courantes de fonctionnement pour l'administration et la
logistique (3) (MFCFA)
90
4 Sur la base de 10 000 FCFA l’heure.
5 Sur la base de 10 000 FCFA l’heure.
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Dépenses d'administration et de logistique (MFCFA) 235
Dépenses totales (MFCFA) 2 444
(1) Coût unitaire annuel pour les personnels (en millions FCFA) ; coût de l'heure effectuée dans les autres cas (en
FCFA).
(2) Coût total annuel (en millions FCFA). Avec déduction des décharges administratives
(3) Fournitures, petits matériels, déplacements, consommables, carburant, entretien, etc.
(4) Hors coût des éventuelles décharges administratives des enseignants, estimé plus bas.
Une autre présentation est la suivante : en moyenne, chaque enseignant permanent assure 11
heures d’enseignement par semaine au titre de son travail statutaire. Il s’y ajoute, toujours en
moyenne, 16 heures d’enseignement au titre des heures supplémentaires. Ainsi, en moyenne, un
enseignant permanent assure 27 heures d’enseignement et assimilé par semaine sur une base de
30 semaines par an.
Le tableau ci-dessous reprend les données financières et exprime la dépense moyenne par étudiant.
Tableau III.4 : Exemple de calcul de la dépense par étudiant
Hors dépenses d'investissement et hors dépenses sociales
Etablissements Ecole 1
Niveaux Licence Master
Nombre d'étudiants inscrits 660 1154
Coût de
l'enseignement
(Millions FCFA)
Salaires pers. permanent 1002
Heures sup. pers. permanent 560
Vacataires 207
Coût total personnel enseignant 1 769
Autres dépenses pédagogiques (1) 440
Coût total enseignement 2 209
Coût de
l'administration et de
la logistique
(Millions FCFA)
Personnel (2) 145
Autres dépenses (3) 90
Coût total admin. et logistique 235
Coût total recensé (Millions FCFA) 2 444
Coût complet d'un étudiant (FCFA) 1 347 000
dont coût de l'enseignement (FCFA) 1 218 000
Ratio : coût enseignement / coût complet 90%
(1) Fournitures, consommables, petits équipements, déplacements, etc. pour la
pédagogie.
(2) Y compris le coût des éventuelles décharges administratives des enseignants.
(3) Achats courants (fournitures, consommables, déplacements, petits matériels, etc.).
Cette dépense par étudiant est comparable à celle calculée pour deux écoles privées avec des
effectifs très faibles alors qu’ici les effectifs d’étudiants sont importants.
A.2 Les établissements privés
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50
Le tableau III.5 regroupe les renseignements collectés ainsi que plusieurs indicateurs pour deux
universités et quatre grandes écoles. En accord avec la promesse de ne pas divulguer les noms des
établissements, ceux-ci ne seront pas publiés. A une exception près, l’accueil a été correct et, une
fois l’accord sur le principe de l’enquête acquis, les informations ont pu être obtenues avec le degré
de détail souhaité dans la majorité des établissements contactés.
Ces établissements diffèrent d’abord par leur taille en termes d’étudiants : de 1 à 34 pour les
universités et de 1 à 9 pour les grandes écoles. Ces dernières assurent toutes des formations
tertiaires et sont donc relativement comparables.
En ce qui concerne les universités, bien que radicalement différentes quant à leur taille, elles ont
des dépenses par étudiant assez semblables. L’effet taille joue à plein dans la seconde université
pour laquelle la dépense d’enseignement par étudiant est presque deux fois plus faible par suite de
l’utilisation massive de vacataires : leur coût représente 70% du coût de l’enseignement contre 53%
dans l’université 1. Cet écart entre les deux universités est réduit par le fait que la seconde a
dépenses courantes d’administration sensiblement plus élevées par étudiant (+ 66%).
Quant aux grandes écoles, trois ont fourni des informations jugées complètes et cohérentes. Bien
qu’elles aient des effectifs très variables, la dépense courante par étudiant est assez comparable :
de 1,2 à 1,8 million FCFA. Logiquement, c’est l’école avec le plus grand nombre d’étudiants qui a le
coût unitaire le plus faible car les coûts fixes jouent un rôle important, notamment dans
l’enseignement où les auditoires sont forcément plus grands en moyenne.
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Tableau III.5 : Eléments sur les dépenses courantes dans les établissements privés d'enseignement supérieur
Etablissements Université 1 Université 2 Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3 Ecole 4
Niveaux Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master
Nombre d'étudiants inscrits 40 10 968 734 320 234 42 20 358 225 14 62
Dépenses
d'enseignement
(millions FCFA)
Pers. enseig. permanent 7 82,3 132,6 51,8 48 52,4
Vacataires 8 188,4 0 28 75 31,9
Autres dépenses de
fonctionnement courant (1)
NF NF 400 NF 22 NF
Coût total enseignement 15 270,7 532,6 79,8 145 84,3
Administration et
logistique
(millions FCFA)
Personnel 5 NF 151,1 0,8 60 5,4
Autres dépenses de
fonctionnement courant (1)
10,5 591 NF 12 7,2 45,2
Total des dépenses courantes (millions FCFA) 30,5 861,7 683,7 92,6 212,2 134,9
Investissement / Equipement 1,5 540 85 9 35 3,4
Coûts totaux recensés (millions FCFA) 32 1 401,7 768,7 101,6 247,2 138,3
Dépenses courantes par étudiant (FCFA) 610 000 506 287 1 234 116 1 493 548 363 979 1 775 000
dont dépenses d'enseignement (FCFA) 300 000 159 048 961 372 1 287 097 248 714 1 109 211
Ratio : dép. enseign. / dép. courantes 49% 31% 78% 86% 68% 62%
NF : Non fourni.
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52
En fin de compte, l’examen de ces premiers résultats montre plusieurs aspects de l’enseignement
supérieur privé :
- la collecte des informations est rarement exhaustive ;
- les écarts sont considérables entre les institutions sans que l’on puisse en tirer des règles
générales ;
- les dépenses par étudiant sont des concepts insuffisants dans l’analyse de la consommation
des ressources ;
- il reste à décomposer davantage la formation des coûts recensés.
B. Le financement
Les informations recueillies dans les grandes écoles publiques sur le financement ont été regroupées
avec assez de détail et de fiabilité ci-dessous en ce qui concerne quatre écoles.
Tableau III.6 : Origine et montant du financement de grandes écoles publiques
(2017-18) (Millions FCFA)
Eléments du financement Ecole 1 Ecole 2 Ecole 4 Ecole 5
Subv. ministérielle de fonctionnement 1 391 641 1 779 15
Subv. ministérielle d'investissement 0 0 203 0
Total subvention ministérielle 1 391 641 1 982 15
Frais étudiants (licence + master) (1) 102 56 200 45
PTF 0 0 447 1 471
Autres sources 0 0 1 9
Total 1 493 697 2 630 1 540
Part du financement étudiant 7% 8% 8% 3%
(1) Frais d'inscription, de scolarité et d'examen.
On constate d’abord l’existence d’écarts importants entre les établissements, notamment au niveau
de la licence. Ensuite, on voit que le financement étudiant est toujours inférieur à 10% de l’ensemble
des ressources des établissements étudiés. Ce pourcentage est particulièrement faible à l’IPR/IFRA où
les frais à payer pour un entrant bachelier sont peu élevés et où le nombre d’étudiants en licence est
élevé. Ce pourcentage est à comparer avec celui des quatre grandes écoles privées étudiées plus haut
où la contribution étudiante varie entre 96% et 100%.
D’un autre côté, on mesure ici l’impact que peut avoir, pour un établissement, un financement
extérieur conséquent comme celui du PADES dans deux écoles du tableau ci-dessus et notamment
dans une où les fonds extérieurs compensent la faiblesse de la subvention ministérielle. Il faut préciser
à cette occasion que le paiement des salaires des personnels permanents n’est pas inclus dans la
contribution ministérielle. Sa prise en compte modifierait les positions relatives des différents types
de financement et ferait encore baisser la part du financement étudiant. C’est pourtant en incluant le
coût des salaires que l’on pourra faire une comparaison homogène avec les écoles privées dont les
financements incorporent cet élément.
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53
Dans les établissements privés, comme dans les écoles publiques, les coûts reflètent assez fidèlement
les recettes et, de ce point de vue, on retrouve les écarts observés pour les coûts ainsi que le montre
le tableau ci-dessous :
Tableau III.7 : Recettes moyennes théoriques par étudiant dans l’enseignement privé
(Millions FCFA arrondis)
Université 1 Université 2 Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3
Financement étudiant
Autre financement
Total
15
0
15
1 533
0
1 533
755
0
755
106
0
106
104
40
144
Financement par étudiant 0,3 0,9 1,4 1,7 1,4
Rappel : nombre d’étudiants 50 1 702 554 62 76
Ce tableau doit être interprété avec précaution : les recettes mentionnées ici sont des recettes
théoriques pour ce qui concerne celles issues des étudiants car elles résultent du produit des frais par
le nombre d’étudiants inscrits. On ne tient donc pas compte des impayés qui, aux dires de responsables
des établissements privés, sont considérables (voir Annexe 5). Sous cette réserve importante, on
constate une faiblesse des recettes moyennes par étudiant dans les universités par rapport aux écoles :
la recette moyenne pondérée par étudiant tous niveaux confondus, dans les deux universités,
représente 63% de celle observée dans les trois écoles : en moyenne 900 000 FCFA contre 1,4 million
FCFA. Ce sont les frais payés par les étudiants qui représentent la très grande majorité des recettes,
sinon la totalité.
C. La comparaison public-privé des coûts et du financement étudiant
Après avoir calculé les coûts et les financements dans un certain nombre d’IES publiques et privées, il
convient d’essayer de comparer les résultats obtenus sous réserve d’un minimum d’homogénéité pour
rendre les comparaisons pertinentes. Ceci a été fait pour quelques écoles en opérant une distinction
entre elles au niveau de la taille, en dehors du statut. Le curseur a été mis à 500 étudiants.
Avant de livrer les résultats obtenus, il nous semble important de préciser quelques points de
méthode :
- Les coûts totaux de fonctionnement (c’est-à-dire hors investissement) sont fonction du
montant des financements reçus par les IES.
- Les coûts unitaires incorporent une variable supplémentaire : le nombre d’étudiants
concernés.
- Il faut bien garder à l’esprit que les coûts fixes sont très importants, notamment les dépenses
salariales des personnels permanents, enseignants surtout. Les heures supplémentaires et le
recours à des vacataires sont une variable stratégique qui permet de baisser sensiblement le
coût de l’enseignement puisque, pour un professeur de rang A dans une grande école
publique, le coût d’une heure de cours payée en heures complémentaires est de l’ordre de 6
fois moins cher que le coût d’une heure de cours assurée dans le cadre de son service
statutaire. L’écart est de plus en plus faible à mesure que l’on descend dans la hiérarchie des
grades universitaires : cet écart va de 1 à 2 pour un assistant en moyenne.
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- Les résultats chiffrés donnés ci-dessous doivent être considérés comme des ordres de
grandeur car ils sont fondés le plus souvent sur des déclarations qui n’ont pas pu être vérifiées.
Néanmoins, ils donnent quelques orientations et des pistes pour d’éventuels travaux futurs
plus précis.
Tableau III.8 : Comparaison des coûts unitaires courants de quelques grandes
écoles publiques et privées en 2017-18 (en FCFA) Licence + Master
Taille des écoles
Ecoles de moins de
500 étudiants
Ecoles de plus de 500
étudiants
Statut des écoles Publiques Privées Publiques Privées
Nombre d’écoles 2 2 2 2
Nombre d’étudiants pris en compte 370 138 3 525 1 137
(1) (1) Coût unitaire de
l’enseignement
Coûts salariaux
Dépenses de fonctionnement
Coût de l’enseignement
643 000
NF
643 000
1 471 000
159 000
1 630 000
645 000
142 000
787 000
191 000
352 000
543 000
(2) (2) Logistique Coût unitaire de la logistique NF 580 000 95 000 177 000
Coût unitaire global de l’étudiant (1) + (2) NC 2 210 000 882 000 720 000
NF : Non fourni ; NC : Non calculé.
La comparaison ne peut porter que sur les écoles accueillant plus de 500 étudiants. Elle montre que
les coûts par étudiant sont assez comparables et se situent autour de 800 000 FCFA hors
investissements. En revanche, la décomposition de ce coût varie fortement selon le statut de l’école :
des coûts salariaux élevés dans les établissements publics et des dépenses de fonctionnement élevées
dans les établissements privés.
D’autres comparaisons, plus ponctuelles ont pu être faites. Elles concernent le coût du personnel
académique et les frais payés par les étudiants.
Tableau III.9 : Comparaison du coût des personnels académiques permanents
Si le coût moyen de l’enseignant permanent est nettement moins élevé dans les écoles privées où il
représente 72% du coût moyen observé dans les grandes écoles publiques, pour les écoles de grande
taille, ces coûts unitaires sont comparables.
Une différence importante existe toutefois entre les écoles de grande taille : les taux d’encadrement
divergent fortement avec 16 étudiants par enseignant permanent dans les grandes écoles publiques
contre 47 dans les grandes écoles privées.
Statut de l 'école Publ ique Privée Publ ique Privée
Nombre d'écoles pris en compte 4 4 3 2
Nombre moyen d'étudiants par école 1 361 319 1 740 569
Nombre d'enseignants permanents 338 49 317 24
Coût moyen d'un enseignant permanent (Milions FCFA) 7,5 5,4 7,6 7,5
Nombre d'étudiants par enseignant permanent 16 47
Toutes écoles Grandes écoles
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55
Une dernière comparaison porte sur le montant des frais payés par l’étudiant. Dans les établissements
publics, il s’agit du montant payé par un étudiant malien détenteur d’un baccalauréat à l’entrée en
licence. Ce sont parfois des montants moyens car, à l’intérieur de la licence ou du master, le montant
des frais peut varier selon l’année d’études dans les établissements privés. L’écart est considérable
entre les écoles classées selon leur statut, surtout pour les études conduisant à la licence.
Tableau III.10 : Comparaison des frais payés par les étudiants
(Milliers FCFA par an)
D. Les leviers d’action
Les écarts constatés dans les dépenses par étudiant dans différents cas de figure, caractérisés en
premier lieu par des différences de statut des établissements et dans les effectifs d’étudiants, nous
interpellent : comment comprendre ces différences ?
Pour ce faire, on dispose déjà de plusieurs informations :
D.1 Dans l’enseignement
- Le nombre d’enseignants permanents
- Le service hebdomadaire statutaire de chaque catégorie d’enseignant permanent
- La rémunération de base de chaque catégorie d’enseignant permanent
- Le nombre d’heures supplémentaires assuré par ces enseignants permanents
- Le nombre de vacations assuré par des personnes extérieures à l’établissement
- Le prix d’une heure supplémentaire pour un enseignant permanent
- Le prix d’une heure de vacation
- Les éventuelles charges administratives des enseignants permanents
Statut Etabl issement Licence Master
Ecole 1 351 401
Ecole 2 335
Ecole 4 5 150
Ecole 5 10 220
Univers i té 1 (1) 750 1 100
Univers i té 2 250 450
Ecole 1 1 300 1 450
Ecole 2 1 650 1 850
Ecole 3 720 1 100
Ecole 4 910 1 300
(1) Y compris des fra is d'inscription de 100 000 FCFA.
Publ ic
Privé
Fra is de scolari té
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Il reste à connaître la composition de la maquette pédagogique de l’établissement. Dans un premier
temps, on pourrait collecter trois sortes d’informations :
- Le nombre de cours6 assuré pour chaque diplôme analysé (licence, master, par exemple)
- La décomposition de ces cours par type : cours magistraux (CM), travaux dirigés (TD) et travaux
pratiques (TP), etc.
- Le nombre de groupes pédagogiques pour chaque diplôme
Il s’agit là d’un travail délicat qui implique une collaboration franche de la part des enseignants
concernés. Ceci a été tenté dans les établissements publics mais, on l’a vu, l’information pertinente
n’est pas d’un accès facile.
D.2 Dans l’administration et la logistique
Bien que l’incidence de celles-ci soit plus faible que l’enseignement sur la dépense par étudiant, elle
peut varier aussi considérablement entre les établissements.
Il faut prendre en compte les coûts des personnels impliqués ainsi que les dépenses de fonctionnement
qui comprennent aussi les services externalisés (gardiennage, entretien, etc.) qui réduisent le
personnel permanent ou contractuel traditionnellement affecté à ces tâches.
Comme pour l’enseignement, divers ratios peuvent être calculés, notamment la dépense par étudiant
au titre de l’administration et de la logistique.
E. L’action sociale en faveur des étudiants
Elle est assurée par le CENOU qui a la charge de distribuer les crédits accordés par l’Etat aux étudiants
ayants-droit identifiés par application des critères existants. Il assure en outre des aides sur ses fonds
propres mais l’essentiel des crédits vient de l’Etat. Les étudiants sont associés à la gestion de ces crédits
via leurs représentants.
Les étudiants contribuent financièrement pour deux types d’aides : le logement et la restauration. Pour
le logement, le prix du loyer varie selon la localisation et la configuration des chambres ; pour la
restauration, une entreprise privée la gère sous la supervision du CENOU, le prix du repas ayant été
fixé à 500 FCFA.
La plupart des aides accordées en 2018 figure dans le tableau ci-dessous. On constate que le poste
principal est constitué par les bourses, l’allocation de trousseau et les indemnités diverses (stage,
mémoire et thèse).
L’Annexe 4 détaille ces informations.
Tableau III.11 : Eléments de la dépense d’aide sociale par étudiant
6 On utilisera le mot « cours » par souci de simplification. A ce mot peuvent correspondre des cours magistraux,
des travaux dirigés, des travaux pratiques, des encadrements de mémoire, etc.
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Type d’aide
Dépense totale
(Millions FCFA)
Nombre de
bénéficiaires (1)
Dépense par étudiant
pour l’année (FCFA)
Bourses, trousseau et
indemnités diverses
15 151 71 591 212 000
Logement 963 7 524 128 000
Restauration 288 Tous les étudiants 4 000
Santé 0,6 2 300 000
Transports quotidiens 230 65 000 1 100
Transports grandes vacances 380 56 000 7 000
Autres transports (sorties
pédagogiques)
1,8 2 000 900
Aides diverses 6,4 77 83 000
(1) Il s’agit du nombre physique de bénéficiaires. L’étudiant qui utilise plusieurs fois par semaine le bus
du CENOU pour se rendre sur le campus n’est compté qu’une fois. Ceci explique l’écart entre le prix
facturé par voyage (50 FCFA) et le coût de cet étudiant pour le CENOU durant toute l’année.
____________________________________
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IVème partie : Les financements innovants dans l’éducation : état des lieux et perspectives
Depuis quelques années, ces financements ont fait l’objet de nombreuses publications qui montrent
la variété des situations rencontrées. On présentera ci-dessous une revue rapide de travaux sur ces
financements ainsi qu’une série d’exemples, principalement en Afrique. Leur applicabilité au Mali est
également abordée ainsi qu’une brève réflexion plus générale sur les prêts aux étudiants.
Selon l’OCDE et le PNUD (2013) la notion de « financements innovants » a été introduite pour la
première fois en 2002 à l’occasion du Consensus de Monterrey pour designer «les mécanismes
permettant de générer des ressources additionnelles à l’aide publique au développement
traditionnelle et présentant une plus grande prévisibilité ».
Aujourd’hui, avec le regain d’intérêt pour cette pratique et la diversité des approches appliquées, la
notion de « financement innovant » apparaît polysémique au point que les analyses du PNUD (2012),
DGDA & DGI (2014) et de l’OCDE (2015) rappellent qu’il n’existe pas de définition commune au concept
de financements innovants. Toutefois, il apparaît pratiquement consensuel que les financements
innovants sont des mécanismes à même de mobiliser des ressources nouvelles qui vont au-delà des
dispositifs d’aide pour le développement par « leur complémentarité par rapport à l’aide publique au
développement, par leur prévisibilité et leur stabilité, par le privilège accordé à la gouvernance et à
l’optimisation des ressources disponibles grâce à la surveillance assurée par des acteurs non
traditionnels ». Selon la CONFEMEN, Education Task Force (2012), « L’optimisation doit être considérée
comme une véritable source de financement ».
Les financements innovants les plus visibles dans la littérature internationale ont vu le jour dans les
secteurs de l’environnement, en général et en liaison avec le péril du changement climatique, en
particulier ainsi que dans le domaine de la santé notamment en ce qui concerne le VIH/SIDA et les
campagnes massives de vaccination. Le caractère dramatique et menaçant des périls liés à ces
secteurs, pourrait expliquer le retard dans la vulgarisation des pratiques de financements innovants,
dédiés à l’éducation en général et à l’enseignement supérieur en particulier.
Ainsi, le premier mécanisme de financement a été la taxe sur les billets d’avions au profit d’UNITAID,
acceptée par 30 pays pour abonder les fonds dédiés à la lutte contre la pandémie du SIDA.
Pour la Banque Mondiale, les financements innovants impliquent des formes non‐traditionnelles de
solidarité, des partenariats public‐privé et des mécanismes catalyseurs (i) qui contribuent à générer
des fonds additionnels par l’exploitation de nouvelles sources de financement (au‐delà des dépenses
budgétaires) ou avec le concours de nouveaux partenaires (donneurs émergents, secteur privé), (ii)
qui améliorent l’efficacité des flux financiers en réduisant les délais et/ou les coûts et (iii) qui
permettent aux flux financiers d'être davantage « axés sur les résultats », en reliant explicitement les
flux de financement à une performance quantifiable sur le terrain.
Derrière l’expression « financements innovants » se cache ainsi un ensemble diversifié de pratiques et
de mécanismes financiers visant à récolter des ressources en faveur du développement additionnel de
l’aide et à optimiser leur impact.
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A. Perspectives de développement des dispositifs de financement innovants
Au niveau international, la mondialisation de l’éducation, traduite notamment par la volonté
d’atteindre l’éducation universelle durable et de qualité, a accentué la concurrence sur les ressources
à consacrer à l’éducation en général et à l’enseignement supérieur en particulier. La priorité accordée
à l’éducation de base aggrave cette concurrence au détriment de l’enseignement supérieur qui occupe,
notamment en Afrique, la place de « parent pauvre » au sein des dispositifs de financement de
l’éducation.
En effet, on note aujourd’hui une croissance significative de l’accès aussi bien à l’éducation de base
qu’à l’enseignement supérieur avec des défis plus grands à relever dans l’extension et l’amélioration
de l’accès à un enseignement supérieur pertinent et de qualité.
Selon Steer et Smith (2015), cités par la CONFEMEN « Sur la période 1999-2012, le taux brut de
scolarisation dans le premier cycle du secondaire est passé de 71% à 85% ».
Cette même source rapporte que « la part consacrée à l’enseignement supérieur dans le budget total
de l’éducation dans le cadre de l’Aide Publique au Développement (APD) des institutions de l’Union
Européenne est passée de 27 % en 2002‐2004 à 34 % entre 2009-2011 ». A titre d’exemple, « la part
de fonds consacrés par la Banque Mondiale à l’enseignement supérieur dans l’enveloppe de
l’éducation, administrée par l’Association Internationale de Développement (IDA), a augmenté de 18
% en 2002‐2004, à 22 % en 2009-2011 » (Rose et Steer, 2013) in CONFEMEN.
Le regain d’intérêt pour l’enseignement supérieur est intervenu après une longue période de
redéploiement des ressources du supérieur vers l’éducation de base pendant les années de politiques
d’ajustement structurel appliquées au secteur de l’éducation. Les effets pervers de ces politiques ont
empêché l’allocation de ressources importantes et stables aux besoins de plus en plus croissants d’un
enseignement supérieur en pleine accélération de la massification des effectifs. Cette insuffisance pose
la question de savoir comment augmenter les ressources consacrées à l’enseignement supérieur sans
priver les autres sous-secteurs éducatifs, tout aussi importants, de ressources pour la consolidation
durable de chaque ordre d’enseignement qui a souvent des relations systémiques avec le
développement de l’enseignement supérieur. La recherche de réponses durables à cette question
souligne avec acuité la nécessité de mettre en place des financements innovants pour la mobilisation
de plus de ressources durables et mieux gérées sur la base des leçons tirées à la fois des expériences
réussies de mobilisation de ressources et des expériences ayant rencontré des difficultés importantes.
A.1 La nécessité de rupture avec les financements classiques
Selon le groupe de travail de l’UNESCO sur le financement innovant de l’éducation pour l’éducation
(Task Force Education : Rapport, 2012), « les financements innovants sont des mécanismes de
mobilisation de ressources basés sur une approche de collecte et d’utilisation différente des
financements habituels ».
La problématique des financements innovants intègre la nécessité de rompre avec les pratiques
classiques auxquelles la plupart des pays ont recours pour développer un secteur. Il est aujourd’hui
établi que les financements publics autant que les ressources privées ont tous deux des limites
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importantes pour permettre, tous seuls, d’atteindre les objectifs de rattrapage des retards accusés en
matière d’enseignement supérieur en Afrique en général et au Mali en particulier.
Si la définition des financements innovants doit prendre en compte la nécessité de rupture avec les
pratiques les plus usuelles en matière de financement de l’enseignement supérieur, cette rupture n’est
pas une fin en soi. L’innovation doit répondre au moins à trois impératifs :
L’impératif de l’augmentation du volume et de la diversification des sources de financement.
La question de la mobilisation de ressources durables (soutenable).
La nécessité de la mise en place d’une gestion des ressources fondée sur l’optimisation des
ressources, notamment l’implication d’acteurs et de partenaires nouveaux à même de
provoquer une rupture positive dans l’amélioration de la gouvernance des financements de
l’ESR.
Au sens de la présente étude, un financement innovant est un dispositif qui permet de répondre aux
exigences d’augmentation durable, de diversification des sources de financement et d’amélioration de
la gouvernance des financements par l’implication de nouveaux acteurs à même de limiter les
vulnérabilités du financement et de veiller à l’optimisation des ressources mobilisées.
A.2 Les principes et caractéristiques fondamentaux des financements innovants
Selon cette source, les principes fondamentaux suivants sont à prendre en compte dans la mise en
place de financement innovants à savoir : (i) le principe de la complémentarité entre les financements
innovants et les sources classiques de financement, (ii) la nécessité de combiner des ressources
publiques, privées, intérieures et extérieures, (iii) la nécessité de tirer profit des leviers les plus divers
offerts par le contexte économique national, régional ou international, (iv) la nécessité de mettre en
place des ressources prévisibles et durables, enfin (v) la nécessité d’accompagner toute approche de
financement innovant par des mécanismes d’optimisation fondés sur une bonne gouvernance.
Ces caractéristiques et principes fondamentaux des mécanismes innovants de financement doivent
servir de boussole pour l’élaboration d’une stratégie de mise en place de financements innovants.
Cette stratégie doit, non seulement prendre en compte les caractéristiques communes à tous les
financements innovants, mais également bâtir une approche gagnante fondée sur l’adaptation de la
démarche aux spécificités socio-économiques et culturelles des pays engagés dans la mise en place de
financements innovants. L’application de cas de bonnes pratiques de financements innovants doit
éviter la transposition mécanique de solutions de « prêt à porter » importées d’un contexte spécifique.
A.2.1 La complémentarité entre les mécanismes innovants et classiques de financement
Un des principes fondamentaux de la mise en place de financements innovants est qu’ils concernent à
la fois les ressources publiques et privées ainsi que les richesses nationales et extérieures utilisables
pour le financement de l’enseignement supérieur. La mise en place de mécanismes innovants doit
venir en complément aux financements existants. Les nouvelles sources de financement identifiées,
loin de se substituer aux financements classiques, viennent en complément à ces ressources au risque
de provoquer un désengagement périlleux des bailleurs de fonds traditionnels de l’enseignement
supérieur.
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A.2.2 La nécessité de mettre en place des stratégies de financements innovants adaptées à
chaque pays
La stratégie de mise en place de mécanismes innovants nationaux de financement dans chaque pays
doit prendre en compte les avantages comparatifs des différents acteurs ainsi que l’applicabilité de
différentes approches de financements innovants de l’enseignement supérieur appliquées dans des
pays tiers. La stratégie d’application ou de duplication de cas de financements innovants, doit
s’appuyer à la fois sur les leçons tirées des cas de succès, sur celles tirées des cas d’échecs et sur celles
tirées de l’analyse des conditions environnementales et des mesures d’accompagnement ayant
occasionné le succès ou l’échec de ces expériences de mise en place de financements innovants.
A.2.3 La nécessité de mettre en place une gouvernance rénovée des ressources mobilisées
Dans la démarche de mise en place d’une stratégie de financements innovants, il est essentiel que le
mode de gouvernance des financements acquis soit rénové en tirant les leçons des forces et faiblesses
des modes de gestion antérieurs des fonds mobilisés en faveur de l’enseignement supérieur.
L’innovation doit porter essentiellement sur l’implication, outre les parties prenantes traditionnelles,
de nouveaux acteurs dans le processus de mobilisation et de gestion des financements mobilisés, dans
un contexte marqué par l’insuffisance de transparence et de redevabilité dans la gestion des
financements mobilisés.
Une des conditions de succès de la mise place de mécanismes de financements innovants est la
nécessité d’instaurer un mécanisme innovant d’optimisation des ressources. La mise en place de ce
mécanisme peut se réaliser à travers la recherche de tout mécanisme d’augmentation de l’efficacité
interne et de l’efficience du système par l’élimination des déperditions des ressources tout au long du
circuit des dépenses publiques. Ces déperditions sont souvent consécutives au gaspillage de
ressources engendré par la lourdeur des procédures administratives et financières et la faible capacité
des acteurs entraînant des faibles taux de décaissement des maigres allocations budgétaires
accordées.
Au Mali, l’une des plus grandes faiblesses des dispositifs de gouvernance est la faiblesse du système
d’information marqué par le manque de fiabilité des statistiques des effectifs d’étudiants et
d’enseignants. Il existe souvent des variations incroyables entre les données issues de sources
différentes sur les effectifs d’enseignants, les volumes des heures supplémentaires et les effectifs
d’enseignants.
Les ressources consacrées aux frais de transport des étudiants ont été réduites à quelques centaines
de millions de francs CFA après l’informatisation par le CENOU de la gestion des transports.
Le système d’information sur les effectifs et sur les ressources demeure très opaque et fragmenté.
Plusieurs universités étaient incapables et ou réticentes à fournir les informations concernant leurs
facultés respectives malgré toutes les relances opérées par leur propre hiérarchie.
Les services des statistiques au niveau central et au sein des entités ont eu du mal à expliquer les écarts
importants entre les sources statistiques ainsi que l’incapacité de centraliser les données émanant des
entités.
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L’innovation doit également concerner la lutte contre les abus d’utilisation des ressources comme celui
relatif à la démultiplication des heures supplémentaires et de vacatariat.
Il est préconisé que cette recherche d’optimisation innove en impliquant, en plus des partenaires
classiques, d’autres acteurs à même d’imposer des règles de redevabilité et de transparence dans la
gestion des ressources mobilisées. Cette implication pourrait concerner certains acteurs non
conventionnels comme des fondations, des acteurs de la société civile et des opérateurs économiques
partenaires. Une des clés du succès des financements innovants est la consolidation de la confiance
des bailleurs de fonds potentiels grâce à l’instauration de mécanismes transparents et novateurs
d’optimisation de la gestion des fonds mobilisés par le mécanisme.
A.2.4 La nécessité d’explorer des sources diversifiées de mobilisation des ressources
A côtés des sources habituelles de financement, les mécanismes innovants de financement de
l’enseignement supérieur doivent ratisser large en ayant recours à une grande diversité de ressources
intérieures, extérieures, publiques et privées. Les financements innovants doivent prendre en compte
toutes les possibilités de financement offertes par les mécanismes de marchés, notamment les
mécanismes à même de lever des ressources sur la base des taxes facturées sur les activités à haute
rentabilité.
Des contributions citoyennes et des mécanismes de gestion de la dette pourraient également faire
l’objet de prospection afin de mobiliser des ressources complémentaires aux financements
conventionnels de l’enseignement supérieur.
Face à la quasi gratuité de l’enseignement supérieur, essentiellement assurée par les subventions
étatiques, les réflexions stratégiques sont orientées à la fois vers l’augmentation de la contribution des
ménages au financement de l’enseignement supérieur, l’augmentation des ressources propres des IES,
la mobilisation des ressources auprès de bailleurs de fonds intérieurs et étrangers, la mobilisation des
ressources en provenance de la diaspora, la mise en place de prêts étudiants etc.
Ces approches de mobilisation des financements appliquées en Afrique ont connu des fortunes
diverses de réussite ou d’échec plus ou moins importants dans l’espace et le temps.
A.2.5 Les opportunités de financements innovants offertes par le marché de l’économie et la
reconversion de la dette
La première source de financement innovant à explorer est la mise à contribution des opportunités
offertes par le marché de l’économie nationale, sous-régionale et internationale ainsi que celles
offertes par les mécanismes innovants de reconversion de la dette publique.
En effet, plusieurs financements innovants de l’enseignement supérieur ont été bâtis à travers le
monde sur la base des prélèvements fiscaux opérés sur l’exploitation des ressources naturelles par les
multinationales au titre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). En Afrique, l’exploitation
de ces opportunités est embryonnaire avec le cas du Botswana qui, grâce à l’exploitation de minerais
(le diamant en particulier) finance l’éducation à plus de 8% de son PIB. Un second exemple est celui du
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Ghana qui a adopté une loi pour l’allocation de fonds issus de l’exploitation des ressources pétrolières
pour le financement de l’enseignement supérieur.
En ce qui concerne les opportunités offertes par la reconversion de la dette publique, les fonds
consacrés à l’initiative « Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) » ont permis de mobiliser des fonds
importants en faveur de l’Education pour Tous dans les années 2000. Toutefois, les ressources
mobilisées par ce dispositif, qui a été considéré à l’époque comme un mode de financement innovant,
l’ont été essentiellement en faveur de l’éducation de base et très insuffisamment en faveur de
l’enseignement supérieur.
B. Analyse de pratiques de financements innovants en Afrique et dans le monde
La présentation des cas de bonnes pratiques de financements innovants sera réalisée dans une
approche comparative des principes mis en avant par chaque approche de financement innovant.
Il s’agit de comparer les cas présentés sur la base de l’origine du financement innovant, des types de
dépenses couvertes, des dispositifs d’optimisation de la gestion des ressources mis en place ainsi que
des résultats, impacts et durabilité de ces mécanismes de financement innovants.
Comparaison des pratiques de financements innovants
Cas de Pays
Origine du
financement
Les types de
dépenses couvertes
Dispositifs d’optimisation
de la gestion ressources
Observations sur l’applicabilité au
Mali
Burkina Alloué sur la base
du budget d’Etat
avec un dispositif
de veille pour
stimuler le
remboursement
Aides, frais de
scolarité, allocations
diverses, recherche,
frais de laboratoires
Mécanismes de
recouvrement des prêts
193 670 aides octroyées pour un
montant de 33, 9 milliards FCFA,
34 698 prêts d’études pour un
montant de 7, 8 milliards FCFA, et
1 194 prêts de laboratoires pour
un montant de 523 millions FCFA.
Ghana Fonds octroyés sur
la base d’une loi
affectant une
proportion des
ressources
d’exploitation du
pétrole
Investissement en
infrastructures, en
ressources humaines
Loi sur l’affectation et
conditions d’utilisation de
ressources fiscales de
l’exploitation pétrolière
Un tel dispositif est applicable au
Mali notamment dans le domaine
de l’exploitation des mines d’or
pour laquelle le Mali occupe la
deuxième place des pays
producteurs d’or. Toutefois, il
s’agira d’appliquer des taux de
prélèvement à même de
permettre le maintien de la
compétitivité du secteur. Il est
nécessaire de constituer sur la
base de ces ressources un fonds
auto renouvelable à travers des
dépôts à terme DAT.
Canada Le gouvernement
du Québec a mis en
place un dispositif
de financement
complémentaire
des universités de
3,3 milliards de
Financement du
fonctionnement, de la
recherche et des
immobilisations
Mise en place d’un
dispositif de classification
académique et d’une
nouvelle grille de
pondération
Dispositif applicable à condition de
déterminer des critères de
répartition transparents assortis
de critères de gestion axés sur les
résultats sur une base
contractuelle.
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64
dollars, soit 52 % du
total par
l’entremise du
service de la dette
Dispositif de conclusion
d’ententes concernant des
mandats stratégiques avec
chaque établissement
Orientation n°4 formulée
sur la performance des
universités et l’efficience du
système
Botswana Affectation de
ressources fiscales
issues de
l’exploitation des
ressources minières
(Diamant)
Financement des
bourses et des
infrastructures
Affectation de ressources
fiscales issues de
l’exploitation de ressources
minières comme le diamant
Un tel dispositif est applicable au
Mali notamment dans le domaine
de l’exploitation des mines d’or
pour laquelle le Mali occupe la
deuxième place des pays
producteurs d’or. Toutefois, il
s’agira d’appliquer des taux de
prélèvement à même de
permettre le maintien de la
compétitivité du secteur
Kenya Le gouvernement a
mis en place un
système de prêts
aux étudiants de
l’enseignement
supérieur public et
privé géré par le
Comité de prêt à
l’enseignement
supérieur (Higher
Education Loans
Board, HELB).
Financement des
infrastructures et des
prêts aux étudiants
Fonds abondé par diverses
ressources publiques et sur
la base des ressources
propres des universités,
notamment les institutions
technologiques qui
réalisent des produits
technologiques comme les
dispositifs d’énergie solaire
et l’expertise technologique
Applicable notamment si on met
en place un comité dédié au
recouvrement des prêts aux
étudiants et aux familles
Sénégal Affectation
volontariste de
ressources
étatiques peu
soutenables sous
forme de bourses et
aides distribuées
aux étudiants
Principalement basée
sur l’affectation de
ressources publiques
notamment le budget
global
Financement des
infrastructures et
principalement les bourses
Très peu soutenable sans une
politique d’élargissement de
l’assiette fiscale
Guinée Affectation
volontariste de
ressources
étatiques peu
soutenables sous
forme de bourses et
aides distribuées
aux étudiants
Principalement basée
sur l’affectation de
ressources publiques
notamment le budget
global
Financement des
infrastructures et
principalement les bourses
Très peu soutenable sans une
politique d’élargissement de
l’assiette fiscale. Toutefois vu les
énormes potentialités minières
des deux pays, un financement
innovant pourrait être bâti sur la
négociation de prélèvements
auprès des compagnies minières
sur la base de la RSE.
France Prêts bancaires,
parfois prêts
garantis par l’Etat.
Toutes dépenses
effectuées par les
étudiants.
Principalement
paiement des frais de
scolarité (écoles
privées) et de
logement.
Mécanismes de
recouvrement des prêts.
Le principal problème sera celui du
recouvrement des sommes
prêtées en l’absence d’une caution
par suite du chômage, de faibles
revenus, de revenus réels
difficilement identifiables ou
encore de départ à l’étranger.
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B.1 La mise en place d’un fonds de prêts aux étudiants au Burkina Faso
Créé par décret N°94-071/PRES/MFPL/MESSRS/MEBAM du 15 février 1994, le Fonds National pour
l’Education et la Recherche (FONER) est un cadre de mobilisation de ressources additionnelles en vue
de soutenir l’effort national en matière d’éducation et de recherche. La création du Fonds répond à la
nécessité de trouver une alternative à la charge financière de l’Etat sur les allocations financières en
mobilisant des ressources additionnelles pour soutenir les efforts publics en matière d’éducation et de
recherche.
On distingue deux types de prêts : le prêt d’études dont le montant est de 225 000 FCFA par an et le
prêt de laboratoire pour les étudiants des cycles master et doctorat qui s’élève à 300 000 ou 500 000
FCFA, selon les domaines de spécialisation. Le prêt FONER est remboursable avec un taux d’intérêt
simple de 3% après l’obtention d’un emploi permanent.
En termes de statistiques, le FONER a octroyé à ce jour 193 670 aides pour un montant de 33,9 milliards
FCFA, 34 698 prêts d’études pour un montant de 7,8 milliards FCFA, et 1 194 prêts de laboratoires pour
un montant de 523 millions FCFA. Par ailleurs, le FONER a octroyé des appuis à diverses initiatives dans
le domaine de l’éducation et de la recherche.
Aujourd’hui, le FONER est confronté à des difficultés de remboursement des prêts octroyés. Toutefois
son impact est non négligeable dans la mesure où il constitue souvent le seul recours pour des milliers
d’étudiants aux origines modestes qui auraient abandonné les études sans l’aide du Fonds.
B.2 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Québec (Canada)
En 2015‐2016, les revenus totaux des universités s’élevaient à 6,3 milliards de dollars. Dans ce
montant, le gouvernement du Québec a contribué pour 3,3 milliards de dollars, soit 52 % du total, dont
2,7 milliards de dollars pour le fonctionnement, 0,3 milliard de dollars pour la recherche et 0,3 milliard
de dollars pour les immobilisations.
Une grille de pondération de l’effectif étudiant a été élaborée en vue de servir de principal paramètre
de répartition de l’enveloppe de 1,9 milliard de dollars prévue pour l’enseignement. La grille de
pondération est établie à partir des coûts moyens observés et ajustés à des fins de comparabilité entre
les universités.
B.3 Le Sénégal à la recherche de mécanismes de financement innovant de l’ESR
Selon une étude de la Banque Mondiale (2011), « En 2011, le Sénégal a alloué 32 % de son budget de
fonctionnement national au secteur de l’éducation, ce qui représente la part la plus élevée des
dépenses récurrentes consacrées à l’éducation dans toute l’Afrique subsaharienne. L’enseignement
supérieur reçoit 24 % du budget de l’éducation, soit 1,2 % du PIB. En proportion du PIB, les dépenses
du Sénégal pour l’enseignement supérieur sont environ le double de la moyenne de l’Afrique
subsaharienne (0,6 %) et plus du double de la moyenne de l’Asie du Sud, qui est de 0,5 %. »
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Les allocations publiques aux établissements d’enseignement supérieur (EES) sont fixées sur la base
d’un budget négocié. Ainsi, le financement public n’est pas lié à la performance des institutions et peut
varier fortement d’une année à l’autre. Les dépenses publiques consacrées à l’enseignement supérieur
public vont de manière disproportionnée aux subventions et soutiens accordés aux étudiants au
détriment des dépenses de fonctionnement. Une idée très répandue est que cette distribution de
bourses à la quasi-totalité des étudiants a eu des effets pervers importants. En effet, plusieurs
étudiants s’arrangent pour faire traîner en longueur leurs études supérieures afin de continuer le plus
longtemps possible à bénéficier des bourses au risque de se retrouver jeunes diplômés sans emploi et
sans revenu.
Pendant plusieurs années, les dépenses consacrées aux bourses d’études et autres services aux
étudiants représentaient 62 % du total des dépenses récurrentes d’appui à l’enseignement supérieur
selon la même source.
Certaines années, un problème se pose avec acuité : celui des ressources consacrées aux
établissements d’enseignement supérieur qui dépassent les ressources disponibles. Se pose alors la
question de la soutenabilité d’une telle politique sans une politique de diversification des sources de
financement de l’enseignement supérieur au Sénégal.
Selon un article de presse, plusieurs responsables - notamment l’ancien Recteur de l’UCAD - pensent
que d’autres acteurs, comme les collectivités, doivent participer au financement de l’UCAD en
compensation de la visibilité mondiale que la ville de Dakar gagne à travers les publications de
l’Université diffusées partout dans le monde. Selon la même source, une initiative de mise en place
d’un dispositif de financement innovant à travers la création du fonds national de l’éducation a été
proposée depuis les états généraux de l’éducation en 1981 jusqu'aux assises de l’éducation et de la
formation en 2014.
B.4 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Ghana
Selon une étude de l’AUA (2015) « L’enseignement tertiaire au Ghana est financé à travers une variété
de sources, les principales étant les subventions du Gouvernement du Ghana, le Fonds d’affectation
spéciale ghanéen pour l’éducation (Ghana Education Trust Fund (GETFund)), les partenaires de
développement, des fonds auto générés par les institutions et les contributions des étudiants et du
secteur privé ». Ce fonds constitue la source principale du financement des infrastructures scolaires
depuis sa création.
Le GETFund est un fonds fiduciaire public créé par une loi en 2000. Il permet d’affecter des fonds pour
compléter les efforts du gouvernement dans la mise en place d’infrastructures et d’installations
scolaires pour le secteur public à partir du niveau pré-tertiaire jusqu’au niveau tertiaire. Le Fonds est
abondé par 2,5% de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) prélevée par l’Autorité Ghanéenne du fisc par
l’entremise du Ministère de l’Education Nationale.
Les institutions tertiaires reçoivent leurs allocations budgétaires du gouvernement à travers le Conseil
National de l’Education Tertiaire (NCTE). En 1993, la loi portant création du Conseil National
d’Enseignement Tertiaire a recommandé au NCTE de conseiller le Ministre chargé de l’éducation sur
les allocations en bloc des fonds pour le paiement des frais courants de l’enseignement tertiaire et des
subventions pour les dépenses en capital.
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Selon l’étude (2015), le montant total des ressources allouées par le Ministère de l’Education au
secteur tertiaire est abrité en tenant compte des variables suivantes :
« Le financement historique ou le gradualisme : « l’allocation de fonds est invariable tous les
ans et basée sur l’allocation de l’année précédente avec de légères variations » ;
« La soumission et la négociation : tous les ans, un cas est présenté́ pour le financement selon
les demandes budgétaires annuelles formulées par le NCTE ;
« La discrétion : la décision finale sur le montant d’allocation au secteur tertiaire dépend de
l’allocation totale de fonds reçue du Ministère des Finances pour le secteur de l’éducation ;
L’affectation des fonds est également arbitrée en fonction de l’importance et de la pertinence
des projets présentés pour le secteur.
Dans le cadre du financement de l’éducation en général et de l’enseignement supérieur en particulier,
le Gouvernement Ghanéen a adopté la Loi sur la gestion de ses ressources pétrolières (le Petroleum
Revenue Management Act) dont 70% des recettes sont investies dans le secteur global de l’éducation
y compris l’enseignement tertiaire.
Le Pays a également adopté le partage obligatoire des coûts de l’enseignement supérieur en adoptant
l’Accord d’Akosombo. L’enseignement supérieur est financé 70 % par les ressources provenant du
Gouvernement et à 30 % par les ressources propres générées en grande parties par les frais de scolarité
et les dons privés. Initialement appliqués aux seuls étudiants étrangers, les frais de scolarisation
s’étendent progressivement et concernent actuellement une bonne partie des nationaux.
En 2007, le Ghana a démarré, sur la base d’un Fonds de prêts étudiants (Student Loan Trust Fund, SLTF)
un programme de prêts selon la disponibilité des moyens de l’Etat en appliquant des taux d’intérêt à
même d’éviter à l’Etat de subir des pertes consécutives à l’inflation et aux frais de gestion du système
de prêt. Le programme de prêt du SLTF est, toutefois, paralysé par des retards de distribution des prêts
aux étudiants.
B.5 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Botswana
Le Botswana est considéré comme étant le pays qui a le mieux réussi à mettre en place un financement
innovant de son enseignement supérieur. Ce système de financement est fondé sur un dispositif de
cogestion des ressources minières entre les entreprises étrangères et l’Etat avec un partage des risques
et des profits. Grâce à ce système, le Botswana finance l’éducation à plus de 8% de son PIB grâce à
l’exploitation de minerais (le diamant en particulier).
Ce pays a atteint l’éducation primaire pour tous et son taux brut de scolarisation secondaire est de
plus de 80%, ce qui représente le double de la moyenne du continent (UNESCO, 2012). Toutefois, les
études réalisées sur le cas de financement innovant du Botswana mettent en garde contre toute
duplication mécanique de ce modèle en attirant l’attention sur le succès du modèle lié à la fois à la
bonne gouvernance des ressources, à la stabilité politique du pays et à la volonté politique d’investir
massivement dans le système éducatif. Ces atouts ont permis au pays de disposer de ressources
humaines hautement qualifiés pour avoir une capacité de négociation avec les multinationales du
secteur.
B.6 La Guinée, en quête d’un dispositif de financement innovant et soutenable
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En Guinée, le sous-secteur de l’enseignement supérieur, bénéficie d’un tiers du total des dépenses
publiques investies dans le secteur éducatif global. Les étudiants inscrits dans les IES publiques et
privées bénéficient de bourses et d’aides publiques qui ont couté 175 milliards FG atteignant un
pourcentage exorbitant de 50% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur. L’enseignement
supérieur bénéficie de la plus grande part du total des dépenses d’investissement allouées au secteur
de l’éducation alors que les étudiants du sous-secteur ne constituent que 8% des effectifs de
l’Education nationale.
Les études sur le financement de l’enseignement supérieur en Guinée s’interrogent fortement sur la
soutenabilité d’un tel système de financement et les éventuels remous que soulèverait toute tentative
de réduction des immenses avantages accordés par l’Etat-providence depuis plusieurs décennies.
B.7 Financements innovants de l’enseignement supérieur au Kenya
Selon une étude de la Banque Mondiale (2018), « en 2010, le Gouvernement du Kenya a alloué
l’équivalent de 5,5 % de son PIB aux dépenses d’éducation et 15 % du total des dépenses d’éducation
ont été affectés à l’enseignement supérieur ».
Le système d’enseignement supérieur actuel du Kenya est celui qui a restreint, par le bais d’une
sélection très sévère, l’accès subventionné du plus grand nombre d’étudiants en provenance de
l’enseignement secondaire. Les étudiants non sélectionnés peuvent être admis à titre d’étudiants
payant des frais de scolarité. Dans les universités privées, les frais de scolarité sont fixés de manière à
obtenir un recouvrement total des coûts, suivant la logique du marché ; cf. NGOME (2003) in Banque
Mondiale (2018).
(Mulongo, 2013) cité par l’étude de la Banque Mondiale, estime que « les problèmes d’équité
découlant de la disparité ont amené le gouvernement à envisager l’introduction d’un système de
quotas pour limiter le nombre d’étudiants venant d’écoles privées admis dans les universités, une
décision qui a reçu un large soutien ».
Selon le Forum pour la gestion de la politique de développement (DPMF 2012), les modes d’accès à
l’éducation au Kenya perpétuent les politiques de développement coloniales, qui ont distribué les
avantages au bénéfice disproportionné de certaines régions.
Le gouvernement a mis en place le système de prêts aux étudiants de l’enseignement supérieur public
et privé géré par le Comité de prêts à l’enseignement supérieur (Higher Education Loans Board, HELB).
La principale critique adressée à ce système de prêt est que les moyens alloués sous forme de prêts
sont largement inférieurs aux coûts appliqués par les IES privées alors qu’une augmentation paraît très
peu soutenable sur les ressources de l’Etat.
B.8 Un financement innovant dans l’enseignement supérieur en France : les prêts aux étudiants
Ce mode de financement des études supérieures s’est assez fortement développé depuis quelques
années si bien qu’on estime, aujourd’hui, qu’environ 15% des étudiants ont emprunté de l’argent
auprès des banques pour financer leurs études. Ce mouvement est lié à la montée du coût de ces
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études (frais d’inscription dans les écoles privées et certaines publiques prestigieuses, prix des
logements notamment) même si les frais d’inscription dans les universités publiques restent limités.
Concrètement, une dizaine de banques proposent des prêts aux étudiants français ou européens à des
taux relativement faibles (0,9% à 3,5%) pour une durée maximale de 12 ans et pour un montant
maximal allant de 35 000 € à un montant en principe illimité dans l’une des banques. L’âge requis pour
souscrire à ces emprunts est situé le plus souvent de 18 à 28 ans.
Un premier point important est la caution demandée par les banques : elle est souvent assurée par la
famille de l’étudiant ou, parfois, par un travail à temps partiel de ce dernier (« Job étudiant »). Le
deuxième point important concerne le remboursement. Celui-ci est prévu par contrat à l’issue d’une
durée convenue pour les études. Il ne faut pas allonger la durée de ses études (redoublements, par
exemple) ou tarder à trouver un emploi à l’issue de celles-ci car les remboursements prévus seront
exigés. Une solution préconisée pour faire face à ce risque – solution pas encore appliquée – consiste
à ne commencer les remboursements du prêt que si l’on dispose de revenus suffisants (le montant de
1 200 € par mois est parfois cité à cette occasion), somme qui serait indexée chaque année sur
l’inflation.
Depuis 2010, des banques accordent des prêts avec la garantie de l’Etat (dans la limite de 70% du
montant emprunté cependant) et pour un montant maximal de 15 000 € pour des étudiants inscrits
dans un établissement d’enseignement supérieur, âgés de moins de 28 ans et de nationalité française
ou d’un pays membre de l’Union Européenne à condition de justifier d’une résidence régulière et
ininterrompue en France depuis au moins 5 ans au moment de la conclusion du prêt. C’est la banque
prêteuse qui fixe le taux d’intérêt et les conditions de remboursement (durée de remboursement
comprise entre 2 et 10 ans). Ce dispositif n’a pas rencontré le succès espéré par suite (i) des réticences
des étudiants d’origine modeste à s’endetter, (ii) de la frilosité des banques car ce système ne leur
offre pas de bonnes conditions de rémunération et (iii) une mauvaise communication.
C. Remarques générales sur les prêts aux étudiants
D’une manière générale, la problématique de ces emprunts pour étudier fait l’objet de discussions
parfois passionnées depuis longtemps.
Pour certains, les études supérieures sont un investissement d’avenir pour un pays qui doit donc
favoriser l’inscription de nombreux étudiants qui ont satisfait aux critères académiques. Dans cette
logique, les frais d’inscription et de scolarité sont faibles et les étudiants sont aidés par des bourses
versées sur critères sociaux et académiques.
Pour d’autres, les études supérieures sont d’abord un investissement personnel de l’étudiant qui en
tirera de toute façon un bénéfice, parfois important. De plus, selon ces mêmes personnes, il est injuste
que l’ensemble de la population d’un pays paye des impôts pour offrir des études supérieures à un
prix relativement bas à des étudiants souvent issus des classes sociales privilégiées. Il est donc plus
juste que les étudiants payent davantage pour des études qui leur rapporteront de l’argent plus tard.
Dans la réalité, on constate souvent que les prix demandés pour étudier s’envolent dans les
établissements privés situés dans des domaines où l’insertion professionnelle à un niveau élevé est
plus facile si bien que beaucoup d’étudiants, malgré l’existence de bourses distribuées à une partie de
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la population estudiantine, sont obligés de travailler, ce qui accroît leur probabilité d’échouer. Les prêts
sont une réponse à cette montée des coûts car ils permettent de se consacrer pleinement à ses études.
Si le système de remboursement était plus souple et lié aux revenus perçus (à condition que ceux-ci
soient bien identifiés), si l’on construisait davantage de logements pour les étudiants et si ceux-ci
pouvaient disposer de bibliothèques bien fournies, connectées et ouvertes longtemps, ils seraient dans
de bien meilleures dispositions pour étudier et réussiraient sans doute mieux aux examens.
L’encombrement des établissements en serait réduit d’autant.
Les prêts aux étudiants se sont historiquement développés dans les pays anglo-saxons (80% des
étudiants du Royaume-Uni auraient contracté des emprunts pour financer leurs études qui coûtent
très cher). Ces prêts concernent de manière croissante d’autres pays, généralement développés avec
un salariat comme moyen dominant de rémunération. L’emprunteur peut donc être assez facilement
identifié, d’une part, et ses ressources sont connues avec une bonne précision, d’autre part.
La question des conditions de remboursement du prêt est plus facilement réglable que dans un pays
comme le Mali où les sortants de l’enseignement supérieur n’offrent pas les mêmes garanties pour
l’organisme prêteur. Il serait sans doute plus facile de tester la faisabilité d’un système de prêts au Mali
auprès des étudiants inscrits dans des écoles privées assez réputées pour que l’insertion
professionnelle des sortants soit assez bien assurée à un niveau permettant de rembourser l’emprunt
contracté même si l’étudiant s’expatrie. Une étude de faisabilité devrait pouvoir y être menée.
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Vème partie : Les stratégies proposées
Cette partie regroupe les propositions issues de l’analyse des situations rencontrées dans les
principales composantes de l’enseignement supérieur, principalement dans les IES publiques. Ces
propositions concernent six aspects qui sont articulés :
- Le financement étatique
L’examen des séries financières le caractérisant montre qu’il a atteint un niveau d’effort qui sera
difficile d’accroître significativement, surtout en ne changeant rien dans le mode de fonctionnement
actuel.
L’accent est mis sur l’amélioration de la prévision des flux financiers et sur l’instauration progressive
de critères chiffrés pour le financement des IES publiques.
- Le financement issu d’autres acteurs nationaux
Si les collectivités territoriales n’assurent actuellement aucun financement d’activités dans
l’enseignement supérieur public, il n’est pas improbable qu’elles le fassent plus tard, par exemple par
le biais de contrats ou de conventions entre universités et collectivités territoriales à l’image des
conventions signées par les universités de Bamako et le CNPM ou à l’image des futurs contrats
université – Gouvernement.
Quant aux entreprises, à travers les conventions CNPM – universités de Bamako, signées en novembre
2018, elles sont déjà dans la dynamique de prendre part au financement des universités moyennant
certains ajustements et conditions spécifiés dans ces conventions.
La participation des ménages au financement d’activités dans l’enseignement supérieur est loin d’être
négligeable. On peut imaginer des dispositifs allégeant leur contribution.
- Le fonctionnement des IES publiques
Il est abordé sous un triple éclairage : la gestion financière, la gestion académique et le pilotage.
La principale proposition avancée concerne l’autonomie des IES publiques et des développements sont
faits pour préparer les établissements à celle-ci, de même que les services centraux concernés.
- La gestion des flux d’étudiants
Leur évolution et leur répartition au sein de tout l’enseignement supérieur entraînent des
conséquences importantes au niveau des coûts et donc des besoins de financement. Divers leviers
d’action sont proposés pour mieux articuler les désirs des étudiants, leurs possibilités financières et les
contraintes des établissements d’enseignement.
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- Les relations avec l’enseignement supérieur privé
Si, actuellement, l’enseignement privé n’est pas pris en compte explicitement dans les réflexions
stratégiques sur le devenir de l’enseignement supérieur, il importe de préciser à quelles conditions il
peut devenir progressivement un partenaire de l’enseignement supérieur public.
- Les relations avec les financeurs extérieurs
Après la période récente de crise sécuritaire qui a vu les appuis extérieurs se tarir, les flux en direction
de l’éducation ont repris mais ils sont toujours orientés vers les niveaux situés en amont du supérieur.
On passera en revue les possibilités d’un accroissement des flux financiers vers l‘enseignement
supérieur public.
A. Stratégies pour le financement de l’Etat
A.1 La situation actuelle
L’analyse du financement étatique menée dans la première partie a montré (i) l’importance de ce
mode de financement (environ 90% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur public en
2015), (ii) la stabilité de l’effort de l’Etat en direction de l’enseignement supérieur public dans un
contexte où la priorité est affichée pour l’enseignement fondamental.
L’examen de la programmation pluriannuelle a montré une réduction suivie d’une stabilisation du
volume des investissements, tendance qui a permis de maintenir la progression des dépenses
courantes au sein d’une enveloppe globale en faible progression annuelle moyenne.
On a ensuite observé, au sein des programmes, que certaines actions importantes financièrement et
socialement, comme les œuvres universitaires, stagnaient en monnaie constante malgré des
accroissements sensibles d’effectifs étudiants programmés.
Enfin, le financement des IES publiques fait l’objet de discussions Rectorat – MEF tout en se situant
dans un cadre plus large qui englobe les services généraux de l’enseignement supérieur.
Au-delà de ces considérations particulières, il faut garder à l’esprit que l’Etat ne pourra pas financer
l’enseignement supérieur proportionnellement à l’accroissement de ses effectifs d’étudiants. Cette
évolution est d’ailleurs actée dans les simulations du scénario retenu dans le PRODEC 2 au stade actuel
des travaux.
A.2 Des propositions
Trois propositions sont formulées ici :
- Planifier contractuellement les flux financiers de l’Etat vers les IES publiques
- Instaurer des critères explicites de financement des IES publiques
- Diversifier le financement étatique
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A.2.1 Garantir les flux financiers de l’Etat vers les IES publiques
Les IES ont besoin de connaître avec un minimum de précision les niveaux de financement dans les
années à venir pour planifier leurs activités au sein de plans stratégiques chiffrés de manière réaliste
et équilibrés financièrement.
Certes, les coûts salariaux représentent la plus grande partie des flux financiers en direction des IES
publiques et ils évoluent selon une logique qui s’impose aux IES. Les autres financements – Biens et
Services d’un côté et équipements et investissements, de l’autre – n’en sont pas moins importants et,
dans ces domaines, les IES peuvent, comme pour l’encadrement en personnel, faire valoir des
arguments appuyant leurs demandes.
En conséquence, il est suggéré d’étudier la possibilité pour les IES publiques de signer des contrats
pluriannuels glissants de financement avec le MEF sur la base de leur plan stratégique et d’indicateurs
à déterminer.
A.2.2 Instaurer des critères explicites de financement des IES publiques
Cette démarche s’insère naturellement dans la proposition précédente relative à des contrats
pluriannuels : le financement à moyen terme et annuel gagnerait en précision et en transparence à
être explicité dans l’enseignement supérieur public. Cela pourrait être fait à quatre niveaux :
- Une partie en fonction des coûts de formation dans les différentes disciplines
- Une partie en fonction des taux d’encadrement dans les différentes disciplines
- Une partie en fonction de certains indicateurs concernant la bonne gouvernance
- Une partie en fonction de résultats synthétisés dans un contrat de performance signé entre le
MEF et les IES publiques
L’Annexe 3 décrit la situation des universités françaises qui ont des caractéristiques voisines de celles
du Mali. Sans vouloir copier le dispositif français, il devrait être possible de l’étudier en profondeur
pour juger s’il est bon ou non de s’inspirer partiellement de celui-ci pour le financement étatique
malien. En tout état de cause, introduire des critères explicites et publiés dans l’allocation de
ressources est, à nos yeux, une amélioration par rapport à la situation actuelle.
A.2.3 Diversifier le financement étatique
On a pu lire, dans la partie sur les financements innovants, qu’au moins deux pays africains (Ghana et
Botswana) avaient institué une taxe sur certaines entreprises opérant dans des secteurs où elles
détenaient une position dominante (pétrole au Ghana et diamants au Botswana) et que cette taxe
avait été affectée à l’enseignement supérieur au motif qu’il était vital de former une main-d’œuvre
très qualifiée indispensable pour le développement du pays.
Le parallèle est facile avec l’or au Mali si l’on reste dans le secteur minier mais il est toujours possible
d’envisager une telle taxe dans d’autres secteurs où règne un monopole ou un oligopole
(télécommunications, par exemple) et où les bénéfices connus sont élevés.
Un travail d’approfondissement d’une telle possibilité pourrait être entrepris pour juger de sa
pertinence dans le contexte malien.
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B. Stratégies pour un financement par les autres acteurs nationaux
B.1 La situation actuelle
Les acteurs concernés sont au nombre de trois : collectivités territoriales, entreprises et ménages.
Actuellement, ils sont impliqués à des degrés divers dans le financement de l’enseignement supérieur
sans qu’on puisse dire que cette implication est fixée une fois pour toutes.
On constate d’abord que les collectivités territoriales ne financent pas l’enseignement supérieur : ni à
Ségou, ni à Bamako et leurs nouvelles prérogatives ne prévoient pas explicitement qu’elles financent
l’enseignement supérieur.
Quant aux entreprises, le secteur privé malien est prêt à participer au financement des IES, à accorder
des bourses et à accueillir des stagiaires pour le pré-emploi mais à certaines conditions :
i) l’amélioration de la gouvernance des IES ;
ii) l’implication du secteur privé dans la détermination du curriculum de certaines filières,
surtout en BTP, maintenance industrielle et industrie minière ;
iii) l’équipement de certaines filières en équipements modernes répondant aux besoins des
entreprises ;
iv) l’ouverture de filières courtes répondant aux besoins des entreprises.
Actuellement, le secteur privé malien dispose de deux outils de financement de la formation de ses
agents au supérieur : ce sont le FAFPA et l’INPS à travers le CPR de l’ANPE. Les textes du FAFPA ne
permettent que le financement d’une formation continue et non initiale dont la durée ne dépasse pas
2 ans. Il s’agit de la formation continue d’agents étant déjà en situation d’emploi. Cependant, on
pourrait à la fois ouvrir davantage les fonds du FAFPA à la formation dans des IES pour les filières
courtes et accélérer le processus de mobilisation de ses fonds en laissant le conseil d’administration
exercer effectivement toutes ses prérogatives.
Quant au second outil de financement du secteur privé qu’est l’INPS, il n’assure la formation au
supérieur que pour ses affiliés à travers le CPR de l’ANPE et cela sur concours et en fonction des places
disponibles. On peut alors envisager l’augmentation du nombre des admis au CPR, en élargissant par
exemple les infrastructures d’accueil ou autre ajustement.
En tout état de cause, la volonté du secteur privé d’intervenir dans le financement vient de se
confirmer par la signature récente de conventions de collaboration entre le Conseil National du
Patronat Malien et les quatre universités de Bamako.
S’agissant des ménages, dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest, la contribution des ménages
au financement des institutions d’enseignement supérieur public est très faible et constitue une
proportion infime des coûts de formation. Toute tentative d’amélioration de cette contribution est
confrontée à une forte résistance face à laquelle aucun gouvernement n’a les moyens d’agir compte
tenu des habitudes de gratuité de l’éducation en général et de l’enseignement supérieur en particulier,
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héritées de l’époque de la toute-puissance de l’Etat providence. Tout se passe comme si cet héritage
était un acquis définitif en ce qui concerne l’enseignement supérieur public7.
Toutefois, de manière paradoxale, on note que la contribution des ménages aisés ou moyennement
fortunés au financement de l’enseignement privé s’est accrue de façon spectaculaire. Cet attrait des
ménages à investir dans l’enseignement privé s’explique en partie par le sentiment que cet effort
financier a plus de chance de provoquer un retour sur investissement plus important et rapide que
l’investissement du ménage dans l’enseignement public malgré son montant sensiblement plus faible.
B.2 Des propositions
B.2.1 Les collectivités territoriales
Dans de nombreux pays occidentaux, et en France notamment, les collectivités régionales mettent des
fonds à la disposition d’une ou plusieurs universités présentes sur leur territoire. Elles y voient
plusieurs avantages : (i) une incitation à la poursuite d’études supérieures quand des établissements
diversifiés sont proches, (ii) la possibilité de faire exécuter des études et des recherches pointues par
des équipes et/ou des laboratoires proches souvent intéressés par le développement régional et (iii)
l’attirance de cadres et cadres supérieurs par la présence d’établissements réputés d’enseignement
supérieur.
Au Mali, jusqu’ici, les collectivités territoriales n’ont pas été impliquées dans le financement de
l’enseignement supérieur pour la bonne raison qu’à l’exception du District de Bamako il n’y avait pas
d’IES dans leur circonscription. En 2010, avec la création de l’Université de Ségou, la situation a changé
mais, jusqu’ici, la collectivité concernée n’a pas financé cette nouvelle institution.
Dans le District de Bamako, l’enseignement supérieur a connu une évolution contrastée : depuis
longtemps existaient des IES sous la forme de grandes écoles puis, en 1996, avec la création de
l’Université de Bamako et, depuis 2011, avec l’éclatement de celle-ci en quatre universités et, par la
suite, avec la création de nouvelles grandes écoles publiques. Le District, jusqu’ici, n’a pas accordé de
ressources à l’enseignement supérieur.
La décentralisation a attribué d’importantes prérogatives aux collectivités territoriales en matière de
développement à la base ainsi que d’importants moyens financiers pour le secteur de l’éducation mais
dans des niveaux éducatifs situés en amont de l’enseignement supérieur. Il n’est pas certain qu’il leur
reste des fonds – et la volonté – pour financer ce niveau d’enseignement si des IES s’installaient dans
leur territoire comme à Ségou. En tout cas, les flux financiers existants allant des collectivités
territoriales vers l’enseignement supérieur sont très limités, cependant avec l’adoption de la
décentralisation approfondie, on peut espérer à moyen terme qu’une évolution se produise.
Plusieurs régions sont volontaires pour accueillir des IES publiques en pensant que l’Etat prendra en
charge les investissements et le fonctionnement de ces établissements. Ceci pourrait se faire dans le
cadre d’une déconcentration d’universités situées à Bamako, avec des spécialisations locales si
possible. Dans ce cas, le principal coût serait celui des infrastructures ou la location de locaux dans un
premier temps. La présence de formations supérieures sur place – surtout si elles sont bien ciblées –
7 On peut légitimement être étonné en constatant que le prix de l’inscription annuelle dans une université
publique (5 000 FCFA) est inférieur au coût annuel de la vignette fiscale d’une moto (6 000 FCFA).
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éviterait à des étudiants de ces régions d’aller à Bamako ; un gain pourrait être observé au niveau des
bourses qui seraient alors réduites ou supprimées mais ce gain pourrait aussi être compensé par de
nouveaux candidats locaux aptes à bénéficier de ce type d’aides.
Une autre solution pour les collectivités territoriales serait d’attirer des écoles supérieures privées en
leur offrant des terrains ou même en participant à la mise en place d’infrastructures. Si de telles écoles
étaient conventionnées avec l’Etat, on aurait alors une situation nouvelle pour la capitale régionale où
ces écoles s’installeraient plus facilement.
Enfin, les récentes conventions entre CNPM et universités de Bamako et les futurs contrats Etat –
université ouvrent la possibilité de contrats entre les universités et les collectivités territoriales.
Cependant, pour ce faire, il faudra, d’une part, que les IES assurent des prestations répondant aux
besoins de développement des communautés étant donné que la loi de la décentralisation confère
aux collectivités la responsabilité du développement à la base. D’autre part, il faudra aussi que les IES
veillent à ce que le savoir universitaire/universel ne soit pas en déphasage avec le savoir local sinon le
développement ne sera pas en harmonie avec les besoins des communautés à la base.
B.2.2 Les entreprises
En ce qui concerne les entreprises, la première stratégie consiste à mettre en œuvre les actions
consignées dans les conventions récemment signées entre les quatre universités de Bamako et le
CNPM. Celles –ci sont :
i) mise en place d’un cadre permanent et périodique de concertation ;
ii) élaboration de projets conjoints de recherche ;
iii) organisation de colloques et conférences sur des thèmes convenus avec
l’accompagnement du Centre d’Etudes et de Réflexion au Mali (CERM) ;
iv) échange d’expériences en matière de gestion administrative et pédagogique ;
v) participation des experts/compétences du secteur privé dans les activités d’enseignement
(travaux pratiques, travaux dirigés…) et dans la révision des offres de formation.
Dans ce cadre, les universités concernées devront s’efforcer d’assurer correctement leur part de
responsabilité.
La deuxième stratégie consiste à ouvrir davantage les fonds du FAFPA et à accélérer la mobilisation de
ses fonds en procédant, d’une part à la révision des textes du FAFPA et, d’autre part, à une meilleure
gouvernance de ces fonds.
La troisième stratégie serait d’augmenter les effectifs des auditeurs du CPR de l’ANPE :
i) en augmentant les effectifs actuellement autorisés pour les deux licences professionnelles
(40 pour chacune) ;
ii) en autorisant l’ouverture de nouvelles licences professionnelles dans d’autres domaines ;
iii) en autorisant l’ouverture du niveau Master.
B.2.3 Les ménages
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On a observé que certaines filières, notamment les formations courtes techniques et
professionnalisantes, étant celles pour lesquelles les ménages sont prêts à investir des ressources
substantielles, une piste d’évolution pourrait être la modulation des coûts de ces offres
comparativement à ceux des filières d’orientation générale et académique. Cette modulation des
coûts en fonction des filières devra être mise en cohérence avec les réformes proposées plus loin dans
l’octroi des aides de l’Etat, notamment à travers la mise en place de prêts étudiants cautionnés
partiellement par des ressources publiques et dont le remboursement est axé sur l’insertion
professionnelle des diplômés ainsi qu’il a été souligné plus haut.
B.2.4 Les étudiants
On introduira ici une distinction entre les étudiants et les ménages car la proposition ci-dessous
concerne en premier lieu les associations d’étudiants.
Afin d’améliorer les conditions de travail des étudiants au travers de mesures qu’ils revendiquent, il
est proposé de négocier un accord entre le MEF, le MEN et les représentants des étudiants dans les
quatre universités accessibles sur inscription libre. Ce contrat pourrait porter sur les points suivants :
L’Etat s’engagerait à :
- Supprimer les causes de dysfonctionnements manifestes observés dans ces quatre universités
(grèves, chevauchement des années d’études notamment) ;
- Mieux gérer les crédits sociaux destinés aux étudiants : engagement à verser à temps les
crédits pour le trousseau et les bourses.
- Financer l’acquisition de matériel pédagogique pour un montant égal à deux fois la mise
étudiante, ceci venant en plus des ressources accordées aux universités dans le cadre du
contrat triennal évoqué plus haut.
Les étudiants accepteraient de verser chaque année une certaine somme en plus des 5 000 FCFA de
droit d’inscription pendant la durée de l’accord (3 ans). Cela concernerait environ 65 000 étudiants
(63 000 en 2017-18 pour les étudiants inscrits dans les trois premières années et déduction faite des
inscrits dans des formations sélectives).
A titre d’exemple, si le supplément versé était fixé à 1 000 FCFA par an, ces sommes, estimées dans un
premier temps à 65 millions FCFA chaque année, seraient affectées à l’acquisition de biens et/ou
services pédagogiques identifiables et bénéficieraient directement aux étudiants concernés par cette
augmentation des frais. A ces sommes s’ajouterait la contribution de l’Etat qui en représenterait le
double. Au total, les quatre universités disposeraient donc d’une somme égale à 195 millions FCFA
chaque année, sans compter l’accroissement des effectifs étudiants, pour l’acquisition de ces matériels
avec l’approbation des parties prenantes au contrat sur les matériels acquis. En trois ans, ce sont plus
de 600 millions FCFA qui seraient affectés à ce matériel pédagogique avec 1 000 FCFA versés en plus
chaque année. Avec 1 500 FCFA par an, on atteindrait presque un milliard FCFA en trois ans.
De plus, en ce qui concerne les arriérés de paiement des heures supplémentaires, cause principale des
mouvements de grève des enseignants, il serait possible que des PTF participent à ce financement
ponctuel comme cela a pu se faire dans certains pays africains (Burundi, par exemple) pour solder des
impayés et repartir sur des bases apaisées.
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C. Stratégies pour un meilleur fonctionnement des IES publiques
C.1 La situation actuelle
Depuis de nombreuses années, les universités demandent davantage d’autonomie afin d’être plus
réactives face à l’évolution accélérée de leur environnement. Cette autonomie peut être académique
tout en restant dans le cadre LMD. Elle peut également être financière avec un passage d’un certain
nombre de contrôles a priori à des contrôles a posteriori et avec la possibilité de collecter davantage
de ressources propres.
Au plan académique, on peut observer, dans certains établissements, des dysfonctionnements liés à
diverses causes mais qui ne plaident pas pour accorder plus d’autonomie dans ce domaine. Au plan
financier, on a déjà mentionné les problèmes rencontrés dans le circuit de la dépense et montré les
conséquences de taux d’exécution des dotations inférieurs à 100%. Quant au pilotage, les relations
parfois difficiles entre rectorat et facultés nuisent parfois au bon fonctionnement des institutions.
C.2 Des propositions
A nos, yeux, la première mesure à prendre concerne l’autonomie des IES publiques. Encore faut-il
préciser ce que ce concept recouvre car il existe déjà des différences entre les universités, avec deux
niveaux de décision bien marqués, et les grandes écoles où l’unité de décision prédomine. De plus,
comme souligné plus haut, l’autonomie est multiforme si bien que plusieurs aspects doivent être
abordés en même temps : académique, financier, gouvernance ou encore gestion des flux d’étudiants.
C.2.1 Un préalable : définir les contours de l’autonomie
Cette définition doit être réalisée de manière consensuelle au sein d’un groupe de travail réunissant
des représentants des IES publiques, de l’administration générale de l’enseignement supérieur, du
MEF et d’autres organismes à préciser.
Au plan financier, sont concernés principalement : le financement des IES, la disponibilité des crédits
votés et la simplification des procédures comptables.
Au plan académique, le choix du système LMD impose un fonctionnement pour la délivrance de
certains diplômes mais il existe, à côté de la licence et du master, d’autres possibilités avec des
diplômes plus professionnels qui peuvent être délivrés par l’institution, qui pourraient être créés et
qui déboucheraient, par exemple, sur des diplômes d’université et non plus nationaux. Les coûts de
l’inscription et de la scolarité pourraient être fixés seulement par l’université et pourraient constituer
une nouvelle ressource propre.
Au plan du pilotage, il importe que les responsables, aux trois grands niveaux de décision
habituellement distingués – central, rectorat/direction de GE, facultés – puissent disposer en temps
réel d’informations leur permettant de répondre rapidement et de manière pertinente à l’évolution
des besoins.
Enfin, la gestion des flux d’étudiants est basique. Cet aspect sera examiné plus loin.
C.2.2 Une préparation à cette autonomie
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L’autonomie, pour réussir, doit s’appuyer sur une bonne gouvernance des institutions et celle-ci passe,
notamment, par la mise en place et le fonctionnement d’outils qui permettent d’atteindre les
standards d’une bonne gouvernance à condition d’être appliqués consciencieusement. D’une façon
générale, l’enseignement supérieur public peut être appréhendé au travers de cinq grandes
composantes qui concernent non seulement les établissements mais aussi les services centraux :
- Les flux d’étudiants (à l’entrée, dans leur parcours, etc.)
- L’équité (aides sociales, localisation des établissements, etc.)
- Les conditions physiques d’accueil (équipements, infrastructures, etc.)
- Le fonctionnement des institutions (gouvernance, pédagogie, logistique, etc.)
- La qualité et la pertinence des formations (qualité de l’encadrement académique, devenir des
diplômés, etc.).
Il importe donc, qu’aux trois grands niveaux décisionnels distingués, fonctionnent des équipes
chargées d’épauler les responsables de la gestion et du pilotage des cinq composantes listées ci-dessus
et cela dans leurs dimensions physiques, institutionnelles, opérationnelles et financières. Les domaines
suivants pourraient être traités :
- Prévision d’effectifs étudiants
- Prévision des besoins en ressources humaines
- Prévision de dépenses courantes
- Prévision de dépenses d’investissement
- Prévision de financements
- Négociation des financements avec les autorités de tutelle et les partenaires
- Plans d’action adaptés à chaque institution
- Pilotage aux niveaux central, rectoral, de la direction de la grande école et de la faculté.
Les travaux de ces équipes, sous le contrôle des responsables administratifs, académiques et
financiers, seraient effectués en relation avec la CPS pour rester dans le cadrage national du secteur
éducation. La mise en place de ce dispositif se ferait au départ sur un échantillon volontaire
d’institutions – en priorité les quatre avec lesquelles le PADES travaille depuis plusieurs années – et
devrait s’étendre sur au moins une année pour disposer des informations nécessaires à la mise en
place de l’autonomie en agissant dans trois directions :
- Niveau académique
Les flux d’étudiants
La maquette pédagogique (transparence)
- Niveau financier
La formation des coûts
Les prévisions de financement
La soutenabilité financière des prévisions
- Niveau pilotage
Plan stratégique
Plan d’action chiffré
Tableau de bord/indicateurs
Une extension aux autres IES publiques devrait être rapidement envisagée.
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D. Stratégies pour la gestion des flux d’étudiants
D.1 La situation actuelle
De nombreuses études ont montré que, dans les pays d’Afrique subsaharienne, les candidatures
potentielles à l’enseignement supérieur vont sans doute croître rapidement et pourraient exploser
dans certains pays comme le Mali où le taux de succès au baccalauréat était situé seulement entre
24% et 32% ces trois dernières années et où il n’y a pas de sélection à l’entrée des universités publiques
qui accueillent la plupart des bacheliers. Ces dernières jouent, en fait, le rôle de variable d’ajustement
entre, d’un côté, les demandes d’admission dans le supérieur et, de l’autre, les restrictions existantes :
concours dans les grandes écoles publiques et frais élevés dans l’enseignement privé.
Pour simplifier dans cette première approche de la question, il y a deux niveaux d’action : à l’entrée
du supérieur et durant les études.
Pour l’établissement, le problème est de sélectionner les étudiants suffisamment capables et motivés
pour obtenir le diplôme préparé dans le temps prévu, c’est-à-dire sans redoublement ni abandon.
Ainsi, les locaux et les groupes pédagogiques seront-ils moins encombrés.
Une première régulation a été difficilement mise en place en 1994 et elle a été ensuite acceptée. Elle
repose sur des critères d’octroi des bourses sur la base de points obtenus principalement en fonction
du succès au baccalauréat et du parcours dans le deuxième cycle du secondaire. Cette régulation
associe donc résultats passés et argent mais elle n’oriente pas les étudiants vers les filières moins
attirantes comme les sciences.
En cours d’études supérieures, jusqu’à l’année dernière, deux cohortes cohabitaient dans les
universités : les étudiants sous le régime LMD et ceux, plus anciens, du régime avec la licence en quatre
ans. Depuis la rentrée 2018-19, cette situation est terminée et la progression des étudiants dans le
cursus va devenir plus facile à suivre.
Pour l’étudiant, comme pour l’établissement qui l’accueille, il importe d’obtenir le diplôme préparé le
plus rapidement possible, surtout s’il est boursier car la suppression d’une demi-bourse en cas d’échec
a généralement des conséquences négatives. Pour l’établissement, une progression plus rapide des
effectifs permet, à capacité d’accueil donnée, de mieux encadrer les étudiants et d’améliorer ainsi leur
réussite.
Les bourses et aides diverses (voir Annexe 4) sont un levier d’action important pour orienter les
étudiants et accélérer leur progression dans les cursus. En fait, l’enseignement supérieur public connaît
deux régimes en matière d’accès aux études : d’un côté, les grandes écoles organisent une sélection
par concours à l’entrée qui est admise et, de l’autre, les universités sont tenues d’accueillir les
étudiants qui se présentent sous réserve que, pour les études dites « scientifiques » ils aient eu une
formation scientifique dans le secondaire. L’accès aux études supérieures « non scientifiques » n’étant
pas réglementé, les facultés concernées connaissaient des afflux non maîtrisés d’étudiants en quantité
variable et imprévisible chaque année. Cependant, depuis trois ans, les facultés ont commencé à fixer
des limites aux effectifs d’accueil en première année.
D.2 Des propositions
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Elles concernent deux aspects : la régulation des flux, en général et l’aide sociale comme moyen
d’action.
D.2.1 La régulation des flux
On a vu que les flux d’étudiants se créaient dès le secondaire à partir des orientations des élèves entre
études générales et techniques, d’une part et au sein du secondaire général entre les disciplines,
d’autre part. Ainsi, c’est très tôt que l’orientation à l’entrée de l’université est déterminée.
Il convient donc, si l’on veut mieux maîtriser les flux, d’établir d’abord des séries statistiques à partir
de l’entrée dans le secondaire et d’agir, toujours en amont du supérieur, dans deux directions :
- Favoriser d’abord les études techniques qui conduisent souvent à un emploi mais qui sont
coûteuses à mettre en place et sont souvent délaissées par les élèves. Une autre possibilité
pour ce type d’études est de créer des passerelles permettant à un diplômé technicien
supérieur d’entrer dans une formation professionnalisante (licence professionnelle, par
exemple) à l’université.
- La seconde direction est de favoriser les études scientifiques au sein du secondaire général
pour qu’il y ait davantage de bacheliers scientifiques (seulement 15% en 2018). Comme pour
l’expansion de l’enseignement technique, cela est un travail de longue haleine qui peut être
accéléré en favorisant les inscriptions dans les parcours scientifiques des lycées par des
bourses plus élevées et par de meilleures conditions de travail.
En résumé, une des solutions à l’orientation des étudiants à l’entrée du supérieur est déjà à l’entrée
du second cycle du secondaire.
Une autre action peut être entreprise entre la sortie du secondaire et l’entrée dans une formation
supérieure scientifique au travers de cours de rattrapage pour les étudiants non boursiers qui
pourraient se dérouler durant les trois mois précédant l’inscription en faculté (juillet, août et
septembre) sous réserve que les résultats de l’attribution des bourses soient disponibles. Les
avantages de cette formule sont nombreux : (i) cela ne retarde pas le déroulement de la scolarité de
l’étudiant, (ii) le coût est assez faible et les enseignants sont en principe disponibles pour assurer cette
formation en rémunération supplémentaire, (iii) cela permet d’accroître le nombre des candidats
possibles aux études scientifiques dont le faible nombre est souvent dénoncé, (iv) cela peut être rendu
populaire chez les étudiants en assortissant la réussite à ces cours spéciaux d’une bourse complète et
(v) les étudiants, mieux formés à la base, réussiront sans doute mieux à leurs examens.
Le but, une fois les étudiants inscrits dans un établissement, est de faire en sorte qu’ils accomplissent
le plus vite possible le parcours menant au diplôme choisi tout en garantissant le niveau académique
demandé et contrôlé pour ce diplôme. L’étudiant et l’établissement sont gagnants.
En outre, l’aide sociale, au travers des bourses, peut y trouver son compte sur deux points : (i) une plus
grande fluidité dans le déroulement des études fait, pour un budget donné des bourses, bénéficier
plus d’étudiants différents de cette aide et (ii) d’autres critères d’allocation de la bourse peuvent être
appliqués pour faciliter cette fluidité : supprimer complétement la bourse entière en cas de
redoublement, faire varier le montant de la bourse en fonction du degré de priorité des filières, etc.
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Pour cela, les IES concernées doivent disposer d’un plan stratégique en cohérence avec les orientations
stratégiques pour l’enseignement supérieur. Ces institutions doivent également se préoccuper du
devenir de leurs étudiants en créant une interface avec l’environnement productif. Sur ce point, les
liens développés avec les entreprises seront déterminants : ces dernières doivent pouvoir être
entendues dans les conseils d’administration universitaires et, en contrepartie, elles doivent accueillir
des stagiaires parmi lesquels elles pourront recruter de nouveaux employés et cadres. Comme souligné
plus haut, elles pourraient, sous certaines conditions, financer la mise en place de nouvelles filières
professionnelles courtes.
Enfin, des indicateurs8 sur l’employabilité des sortants, sur la fluidité des parcours étudiants et sur les
pertes (abandons) pourraient être, à terme, introduits dans les conditions d’octroi de ressources
étatiques aux IES publiques.
Au total, cette question des flux d’étudiants concerne beaucoup d’aspects de l’enseignement
supérieur :
- Le nombre de reçus au baccalauréat est une donnée qui s’impose aux universités.
- L’orientation (sciences/non sciences) des bacheliers peut être contrôlée partiellement en
coopération avec les responsables du cycle secondaire.
- Les passerelles entre les diplômés de niveau technicien supérieur et des formations
professionnalisantes en licence, doivent être mises en place ou développées si elles existent
déjà. Cela rendrait plus attrayantes les études techniques qui, en plus d’un débouché
professionnel plus sûr, offriraient une sortie « par le haut » pouvant aller jusqu’au Master.
- Le développement de filières courtes professionnelles devrait être accéléré pour élargir la
palette des choix offerts aux néo-bacheliers qui, ainsi, pourraient quitter plus rapidement
l’université avec un diplôme favorisant leur insertion professionnelle.
- Outre ces passerelles et la professionnalisation des formations, la systématisation de
formations transversales appliquées (langues étrangères, informatique, etc.) faciliterait aussi
l’insertion professionnelle.
- Enfin, les IES publiques pourraient être incitées à améliorer (i) leur ratio diplômés/entrants et
(ii) l’appui aux sortants pour s’insérer professionnellement.
D.2.2 Vers un élargissement de l’aide sociale
Outre une utilisation plus diversifiée des modalités actuelles d’aide sociale pour orienter les étudiants
et les inciter à terminer plus rapidement leurs études, on pourrait étudier la faisabilité de deux autres
modalités :
- L’orientation de néo-bacheliers vers des établissements d’enseignement supérieur privés
satisfaisant à un cahier des charges précis concernant d’abord la qualité des formations
dispensées (encadrement, enseignements dispensés, etc.), ainsi que les conditions d’accueil
(locaux, sécurité, hygiène, etc.). En cas de respect de ce cahier, les établissements pourraient
8 Il pourrait s’agir d’indicateurs analogues aux coefficients d’efficacité interne chiffrés dans les niveaux primaire
et secondaire.
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être conventionnés et accueillir des étudiants boursiers. Ceci permettrait de moins solliciter
les capacités d’accueil et d’encadrement des universités publiques (voir Annexe 5).
- La mise en place d’un système de prêts aux étudiants : la dimension sociale de ces prêts
pourrait prendre la forme d’une garantie partielle, par l’Etat, de remboursement de la somme
empruntée, d’une part et par le lien entre remboursement et emploi, d’autre part. Les sommes
prêtées seraient modestes au départ pour pouvoir contrôler la mise en œuvre de ce dispositif.
En tout cas, une étude de faisabilité devra être faite avant de rendre fonctionnelle cette forme
d’aide (voir aussi Annexe 3 : les prêts étudiants en France).
E. Stratégies pour de nouvelles relations avec l’enseignement supérieur privé
E.1 La situation actuelle
La part de l’enseignement supérieur privé au Mali était, il y a quelques années, la plus faible de
l’UEMOA avec 4% (Annexe 5) ; la Côte d’Ivoire avait, par exemple, un étudiant sur deux dans
l’enseignement privé.
Dans les travaux sur le sous-secteur de l’enseignement supérieur (PRODEC 2, par
exemple) l’enseignement privé n’apparaît pas dans les projections, principalement parce qu’il ne
reçoit aucun financement public et qu’il n’est pas envisagé de changer cette situation.
Les responsables de cet enseignement ont dressé une liste de leurs propositions pour être davantage
impliqués dans le développement de ce niveau d’enseignement (Annexe 5).
E.2 Des propositions
Les principales ont déjà été mentionnées. On les rappellera brièvement ici.
En premier lieu, il conviendrait d’inclure explicitement l’enseignement supérieur privé dans les travaux
prospectifs du sous-secteur.
En second lieu, il apparaît nécessaire, devant l’afflux prévu des effectifs à scolariser, d’étudier
l’opportunité et même les modalités d’une association avec les établissements privés respectant un
cahier des charges élaboré conjointement avec les responsables ministériels. Ceci pourrait déboucher
sur un conventionnement avec un nombre restreint d’établissements privés respectant ce cahier.
Ainsi, des néo-bacheliers pourraient être orientés vers ces établissements avec une bourse.
Enfin, cette négociation, essentiellement académique, serait complétée par des textes facilitant le
fonctionnement des établissements conventionnés. Ce serait un puissant stimulant pour inciter ceux
qui sont en dehors du conventionnement à améliorer la qualité de leurs prestations.
F. Stratégies pour de nouvelles relations avec les financeurs extérieurs
F.1 La situation actuelle
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On a vu que le financement extérieur était doublement diversifié : (i) par le nombre d’intervenants :
coopération internationale, bilatérale, ONG sur fonds propres notamment et (ii) par les cinq formes
que pouvait prendre cette coopération. Si les appuis qui passent par le budget de l’Etat sont bien
connus, les appuis projet sont variés et ne font pas l’objet d’un recensement exhaustif ainsi que le
souligne régulièrement la CPS dans ses Rapports de Suivi Technique et Financier (RSTF) publiés chaque
année à l’occasion des revues sectorielles.
De plus, l’enseignement supérieur n’est concerné que par une petite partie des projets et, bien
souvent, les crédits annoncés ne sont pas décaissés à un taux satisfaisant. Par ailleurs, les contreparties
nationales représentent des montants supérieurs aux financements extérieurs. La situation est donc
complexe si l’on se réfère aux recommandations émises chaque année dans le RSTF.
En ce qui concerne l’appui budgétaire sectoriel, la mise en œuvre du PISE s’est faite au travers d’un
plan d’action financé par des ressources intérieures et extérieures, une partie de ces dernières étant
mise à la disposition du secteur sous forme d’un ABS qui a été créé en 2006. Après un bon démarrage
en termes financiers (entre 24 et 29 milliards FCFA de crédits exécutés chaque année dans le secteur
entre 2007 et 2009), le montant des décaissements et des crédits exécutés a été plus que divisé par
deux entre 2011 et 2014 avant de connaître une reprise à partir de 2015.
Le RSTF recense chaque année les deux séries de difficultés rencontrées, principalement au niveau des
projets :
- Multiplicité des intervenants et des procédures ; non-respect du plan d’action dans la mise en
œuvre des activités planifiées.
- Difficultés liées à la collecte des informations pour élaborer le RSTF par suite d’une faible
appropriation des outils de collecte par les acteurs impliqués ; lenteur dans la remontée des
informations à la CPS et aux DFM, ce qui entraîne un retard dans la production du rapport
annuel.
Ces remarques sont valables pour l’ensemble du secteur de l’éducation sans que la situation dans
l’enseignement supérieur soit analysée particulièrement. Il est vrai que ce sous-secteur reçoit peu de
crédits extérieurs comparativement à l’ensemble des financements recensés. Le PADES est le
financement courant le plus important.
F.2 Des propositions
Elles découlent de l’examen de la situation actuelle.
En premier lieu, un bon pilotage du sous-secteur repose sur une remontée régulière de toutes les
informations pertinentes, que celles-ci soient financières ou non. Etant donné la diversité des sources
de financement et des procédures utilisées pour exécuter les activités et consommer les crédits, des
actions devraient être initiées dans deux directions : (i) au niveau des services centraux de
l’enseignement supérieur par une collecte systématique des activités prévues/exécutées avec les
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financements associés et (ii) veiller à être compatible avec les outils utilisés à la CPS pour la
consolidation sectorielle des multiples interventions et, en particulier, dans le cadre de la mise en place
d’une automatisation de la production du RSTF.
En second lieu, les composantes de l’enseignement supérieur doivent faire un effort d’explication de
leurs besoins auprès des PTF. Cela passe d’abord par l’élaboration d’un plan stratégique et, ensuite,
par une gouvernance transparente, situation à laquelle les PTF sont très attachés.
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VIème partie : Le plan d’action
Les chapitres précédents ont explicité les mécanismes et les montants atteints par les financements
de toutes origines pour autant qu’on ait pu les identifier. Ensuite, des propositions ont été faites au
travers d’un certain nombre de stratégies. Il reste à présent à opérationnaliser ces propositions afin de
pouvoir les mettre en œuvre.
Auparavant, il est nécessaire de repréciser certains points importants qui conditionnent la structure et
la mise en œuvre du plan d’action.
L’analyse du financement de l’enseignement supérieur malien doit prendre en compte la diversité des
situations qui caractérise celui-ci avec, en premier lieu, la situation par rapport aux possibilités de gérer
les flux d’étudiants. Ceci constitue, à nos yeux, la principale cause de partition de l’enseignement
supérieur en deux sous-ensembles fondamentalement différents par rapport à cette gestion : d’un
côté, on rencontre les grandes écoles, la jeune université de Ségou et quatre instituts d’université à
Bamako qui peuvent sélectionner les candidats à l’entrée par concours ou sur dossier. De l’autre côté,
on trouve les quatre grandes universités de Bamako avec leurs facultés accessibles sur inscription libre
sous réserve d’être titulaire de séries spécifiques du baccalauréat. Ces dernières institutions
regroupaient 81% des étudiants en 2017-18.
Tous les établissements doivent remplir leur mission de formation des étudiants sous deux angles
complémentaires : la qualité et l’employabilité des sortants car l’enseignement supérieur est un cycle
terminal qui doit permettre à ceux qui le quittent, avec le diplôme préparé, de trouver théoriquement
un emploi correspondant à leurs capacités. Dès lors que l’on sélectionne les étudiants à l’entrée, ces
deux finalités – qualité et employabilité – sont plus faciles à atteindre d’autant que les grandes écoles
ont aussi la possibilité de fixer le montant des frais dont les étudiants admis devront s’acquitter alors
que les facultés ne peuvent compter, jusqu’à la licence, que sur un droit d’inscription de 5 000 FCFA
par étudiant orienté chez elles, montant inchangé depuis de nombreuses années.
Au total, les facultés doivent encadrer une population étudiante dont elles ne maîtrisent ni le nombre
ni les capacités tout en faisant face à un faisceau de contraintes parmi lesquelles figurent :
Des contraintes académiques, liées au respect des normes LMD.
Des contraintes d’encadrement, liées au nombre d’enseignants limité car dépendant de postes
budgétaires accordés par le MEF, le recours à des heures supplémentaires en nombre considérable et
à de nombreux vacataires étant des palliatifs.
Des contraintes physiques, liées à l’insuffisance de locaux compensée par la location de structures
d’accueil pas toujours adaptées aux exigences d’un enseignement supérieur.
Des contraintes financières, liées aux ressources limitées et à leur gestion souvent trop rigide pour
s’adapter suffisamment vite aux changements.
C’est dans ce contexte que l’étude sur le financement de l’enseignement supérieur public doit, après
une analyse des mécanismes et des sources actuels de financement, proposer des solutions de
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financement pérennes impliquant l’ensemble des acteurs potentiels de l’enseignement supérieur
malien.
S’agissant de la pérennité des financements, nous serons clairs : On ne peut pas proposer des
mécanismes qui garantissent un financement pérenne pour un système qui est ni stable ni prévisible
comme c’est le cas dans les quatre grandes universités publiques de Bamako qui accueillent quatre
étudiants sur cinq de l’enseignement supérieur public. Il est néanmoins possible d’améliorer
significativement la situation actuelle avec les mesures proposées ci-dessous.
La pérennisation passe donc d’abord par une phase d’amélioration de la gouvernance. Ce dernier
terme est entendu comme le regroupement de nombreuses décisions concernant aussi bien la
recherche de financements que la consommation de ressources. Il va de soi qu’une recherche de
ressources supplémentaires sera beaucoup plus problématique si l’IES concernée ne peut pas prouver
qu’elle consomme les ressources actuellement disponibles de manière efficace et efficiente et si elle
n’est pas capable de se projeter sérieusement dans l’avenir à moyen terme en prenant en compte un
certain nombre de facteurs non maîtrisés comme l’évolution des nouveaux entrants.
Un classement des mesures à prendre a été fait à partir des trois principaux défis à relever : les flux
d’étudiants, l’employabilité des sortants et la gestion (terme qui recouvre aussi la recherche de
financements, le pilotage et le renforcement des capacités). La qualité ne figure pas explicitement dans
les défis car elle est fonction de nombreux facteurs qui pourront être pris en compte avec une
meilleure connaissance du fonctionnement effectif des IES. De toute façon, la qualité incorpore la
composante employabilité des diplômés qui, elle, est prise explicitement en compte.
Afin d’aller plus en avant vers l’opérationnalité des mesures recommandées, une matrice a été
construite à partir de ces défis croisés avec les financeurs concernés. Elle figure page suivante.
Des mesures – une trentaine - sont proposées et elles pourraient être réalisées à la fin de l’année 2020
en commençant par les mesures relatives à la gestion qui doivent améliorer la gouvernance. En effet,
la bonne gouvernance nous semble être la première condition à remplir pour obtenir non seulement
des financements supplémentaires mais aussi, et surtout, une plus grande autonomie.
Le déroulement de ces mesures fait appel à de nombreuses études de faisabilité à mener par des
groupes de travail qui peuvent, dans un nombre de cas limité, faire appel à une expertise. Ces groupes
de travail fonctionneront sous la responsabilité d’un (ou plusieurs) ministère(s) et pourront être mixte
(ministères – autres parties prenantes). Le recours à des groupes de travail est dû au désir d’arriver à
un consensus pour chaque mesure, gage d’une meilleure acceptation et d’une mise en œuvre plus
rapide.
Les coûts de ce plan ont été minimisés en supposant que les groupes de travail seront composés de
personnes déjà rémunérées par ailleurs et que les frais entraînés par les réunions, tenues dans des
locaux universitaires ou ministériels, seront limités (pauses café, boissons, etc.) et donc pris en charge
sur les budgets de fonctionnement sans mettre en péril l’organisme financeur.
Les frais d’expertise seront, eux, nettement plus élevés. Ils ont été limités à moins d’une mesure sur
deux, plus techniques que les autres. Dans de nombreux cas, il est apparu que ces mesures rentraient
dans les termes de référence du PADES qui bénéficie de fonds ad hoc. Dans les autres cas, une
recherche de fonds devra être lancée rapidement.
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ANNEXES
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ANNEXE 1
Termes de référence de l’étude sur le financement de l’enseignement supérieur du Mali
I. CONTEXTE ET JUSTIFICATIONS
Dans le cadre de l’amélioration de l’Enseignement supérieur au Mali, le Gouvernement a
entrepris une grande réforme qui porte sur la réorganisation de son dispositif d’enseignement
supérieur et sur la modernisation de sa gouvernance. Dans cette réforme, le Mali est
accompagné par la Banque Mondiale à travers le Projet d’Appui au Développement de
l’Enseignement Supérieur (PADES) et le Gouvernement des Pays-Bas à travers le Projet
NICHE/MLI/215. Le PADES se donne pour objectif d’améliorer la gouvernance, la qualité et la
pertinence des programmes ciblés de formation dans l’enseignement supérieur. Quant au projet
NICHE/MLI/215 intitulé "Modernisation et Professionnalisation de l’enseignement supérieur au
Mali", il vise lui aussi le renforcement de la qualité de la gouvernance des institutions
d’enseignement supérieur (IES) publiques et au niveau du pilotage central (MESRS). Dans le
cadre du projet NICHE/MLI/215, le déploiement du PGI a déjà résulté entre autres choses la
mise en place de Campus Mali et des inscriptions en ligne. Les deux initiatives sont non
seulement complémentaires dans leur logique d’intervention, mais encore étroitement liés dans
leur visée. Ils sont en synergie pour le plus grand bénéfice de l’enseignement supérieur malien.
Un certain nombre d’études sont prévues dans le cadre de la mise en œuvre du PADES. Deux
ont déjà été effectuées : Il s’agit de « L’Enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés de
l’enseignement supérieur du Mali (promotion 2011-2015) » et « l’Enquête sur la satisfaction des
employeurs de la performance des sortants recrutés »
La présente étude intitulée «L’ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
DU MALI » fait partie des études et analyses de base sur les dépenses, le financement et la
performance du secteur de l’enseignement supérieur, inscrites dans le cadre de la mise en
œuvre du projet.
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II. OBJECTIF GENERAL
Analyser les mécanismes et sources actuels de financement du sous-secteur et proposer des
mécanismes de financement pérennes impliquant l’ensemble des acteurs potentiels du secteur
de l’enseignement supérieur du Mali.
III. OBJECTIFS SPECIFIQUES
Identifier, présenter et analyser les sources actuelles et les mécanismes de financement de
l’enseignement supérieur au Mali tant dans le public que dans le privé en présentant les avantages
et inconvénients, la soutenabilité, la flexibilité et la faisabilité liée aux leçons apprises de la mise
en œuvre dans le contexte malien;
faire un examen comparatif des différentes sources de revenus (gouvernement, droits
d'entrée, frais de scolarité, frais d'examen, dons privés, dons d'entreprises et d'organismes
financiers, etc.);
présenter le schéma de dépenses (par exemple les bâtiments, l'équipement, le
matériel didactique / pédagogique, les services) et les informations sur les audits
internes et externes (le cas échéant).
donner un aperçu des règles et règlements de gestion financière existants suivis par
les collègues avec des recommandations spécifiques pour la réforme et le
développement.
faire ressortir les coûts du personnel académique et de la gestion académique dans
les universités privées et faire le rapport avec ceux des universités publiques; la nature
des contrats que les universités privés ont avec leur personnel;
comparer les coûts unitaires d’un étudiant dans les universités publiques et privées
(frais d'admission, les frais d'examen); Quelles sont les méthodes de recouvrement
des coûts et de partage des coûts en place?
identifier les contraintes liées à la construction, à l’équipement, à la fourniture et à
l’entretien des laboratoires scientifiques et l’intégration des programmes scientifiques
réguliers dans le curriculum.
analyser les sources d'aide financière : prêts, bourses d'études, subventions; comment
les gérer et distribuer; qui sont les principaux bénéficiaires; quelles sont les pratiques
de soutien financier aux plus aisés, aux défavorisés?
Faire un résumé exhaustif des mécanismes et sources de financement de l’enseignement
supérieur dans la sous-région et à travers le monde qui seraient pertinents pour le contexte
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malien, en présentant les avantages, inconvénients, leçons apprises, et soutenabilité, ainsi que
les conditions de mise en œuvre au Mali ;
Identifier et détailler les mécanismes de financement public et privés les plus viables dans le
contexte malien et présenter les stratégies de mise en œuvre de nouveaux mécanismes et sources
de financement de l’enseignement supérieur public du Mali;
trouver des catégories d'informations qui montrent l’adéquation entre l’expérience
du personnel dans la gestion financière, la planification et la budgétisation;
faire une analyse comparative des coûts unitaires par lieu et par discipline;
proposer de nouvelles stratégies de recherche de financement, y compris le partage
des ressources et des coûts;
IV. RESULTATS ATTENDUS
Le consultant conduira son travail en quatre étapes avec les livrables suivants :
- Etape 1 : Elaboration des outils et instruments de collecte et d’analyse, de la méthodologie
pour la conduite de l’étude avec un calendrier d’exécution, ainsi que la liste des pays et
expériences à inclure dans l’analyse globale. Un premier rapport sera présenté qui couvre,
entre autres, les mécanismes de financement nationaux, les forces et faiblesses, les leçons
apprises, ainsi que les expériences sous-régionales et internationales pertinentes. Ce rapport
sera présenté et discuté avec le MESRS, les PTFs et les principaux acteurs œuvrant dans le
secteur ;
- Etape 2 : Finaliser le rapport de l’étape 1 et Présenter un deuxième rapport sur les
alternatives de financement et les stratégies de mise en œuvre pour le secteur de
l’enseignement supérieur se fondant sur les leçons apprises au plan national et sur les
expériences internationales. Ce second rapport sera présenté au MESRS, les PTFs et acteurs
du secteur pour discussions et feedback. Les discussions feront émerger des pistes et
recommandations devant permettre au consultant de finaliser les choix.
- Etape 3 : sur la base du second rapport finalisé et des recommandations, le consultant
présentera un rapport sur les choix détaillés, les stratégies de mise en œuvre et un plan de
mise en œuvre. Ce rapport sera présenté lors d’un atelier national pour amendement avant
la finalisation du rapport ;
- Etape 4 : Présentation d’un rapport final qui fera la synthèse des trois étapes précédentes.
Les différents documents et rapports devront être présentés en français en 5 copies papier relié et
sur support numérique lisible sous format Microsoft Office. Le résumé exécutif des différents
rapports sera traduit aussi en Anglais.
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Durée et calendrier livrables :
Livrables Période Observations
Méthodologie et instruments CS + 3 semaines
Premier rapport CS + 7 semaines
Second rapport CS + 12 semaines
Troisième rapport CS + 16 semaines
Atelier national CS + 18 semaines
Rapport final CS + 20 semaines
CS : contrat signé.
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ANNEXE 2
Liste des organismes et établissements contactés
Nature des
organismes
Liste
Ministères
MESRS : DG Enseignement supérieur, DFM, PADES
MEF : Direction Générale du Budget, Direction
Nationale de la Planification
Autres organismes
centraux
CPS
CENOU
Patronat et
instances
représentatives
Conseil National du Patronat du Mali
Chambre Consulaire des Mines
Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali
FAFPA
CPR/ANPE
Universités
publiques
U de Ségou
ULSH
USSGB
Grandes Ecoles
publiques
ENI-ABT
IPR/IFRA de Katibougou
CeRFiTex
INJS
ENSup
Universités privées
agréées
Technolab-ISTA
U Mandé-Bukari
Grandes Ecoles
privées
ISPRIC
ESIAU
Delta-C
Sup Management
Représentants des
enseignants et étudiants
SYNESUP
AEEM
PTF
BM
France
Pays-Bas (Projet NICHE)
Canada
Collectivités
décentralisées
District de Bamako
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ANNEXE 3
Financement de l’enseignement supérieur en France
1. Quelques caractéristiques générales
En 2016, le financement public de l’enseignement supérieur français représentait un peu plus de 1%
du PIB (0,8% au Mali), l’Etat français finançant 70% des dépenses (88% au Mali en 2015). Les aides aux
étudiants représentaient 26% des dépenses de l’Etat (bourses, prêts, allocations de logement,
allègements fiscaux pour les familles, etc.).
Sur un plan plus général, on note que l’effort national en faveur de l’enseignement supérieur est très
variable selon les pays de l’OCDE : 2,7% aux Etats-Unis, 2,6% au Canada, 2,3% en Corée du Sud, la
moyenne se situant à 1,5%.
En matière d’effectifs étudiants : en 2016, 2,6 millions d’étudiants étaient inscrits (dont 15%
d’étrangers), la tendance étant à la hausse (+ 10% en 5 ans). Parmi les indicateurs chiffrés
régulièrement, trois sont importants pour notre propos :
- Part d’une génération ayant le baccalauréat : 79% (18-20 ans)
- Part des bacheliers s’inscrivant dans l’enseignement supérieur : 75%
- Part d’une classe d’âge ayant un diplôme d’enseignement supérieur : 50% (20-25 ans)
Quant à la réussite, elle est variable : dans le système LMD, mis en place en 2002, 44% des étudiants
inscrits en licence obtiennent leur diplôme en 3, 4 ou 5 ans (27% seulement en 3 ans) et les ¾ des
licenciés poursuivent en master. Dans les filières courtes, la réussite est élevée (75% en section de
technicien supérieur : STS) et l’insertion professionnelle aisée.
2. Le financement
Il est, on l’a vu plus haut, très majoritairement public. Les ménages financent environ 10% de la
dépense nationale. Au niveau des universités, la quasi-totalité des ressources vient du ministère de
tutelle (plus de 90%). Il faut préciser ici la spécificité française : l’enseignement supérieur est partagé
entre les universités qui accueillent le plus gros des effectifs et les grandes écoles sélectives dont le
fonctionnement, nettement plus coûteux qu’à l’université, est davantage assuré par les ménages et
les entreprises que dans les universités.
L’une des préoccupations majeures de ces dernières années a été d’allouer des crédits aux universités
d’une manière plus équitable en agissant à deux niveaux : (i) le financement par étudiant et (ii) le taux
d’encadrement.
- Le financement à l’étudiant
Une partie des crédits ministériels est allouée en fonction d’un coût moyen normatif de l’étudiant en
fonction de la formation dans laquelle il est inscrit. La pondération est la suivante :
4 Licences professionnelles et DUT secondaires / ingénieurs
3 Licences professionnelles et DUT tertiaires / préparations aux concours
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2,4 Licences, masters secondaires / années de santé postérieures à la première
1,1 Licences, masters tertiaires / préparations aux concours
1 Première année de santé
(Formations secondaires : sciences exactes ; formations tertiaires : les autres formations)
Ces pondérations ont été établies non pas seulement en fonction des coûts mesurés qui résultent de
l’histoire de l’institution mais aussi selon de normes qui ont été discutées et affichées.
- L’encadrement pédagogique par type d’établissement
Tableau 1 : Encadrement pédagogique par type d’établissement
Type d'établissement
Ratio : étudiants en
1er cycle /
enseignants titulaires
Autre classement
par rapport au plus
faible encadrement
Université à dominante scientifique et/ou Santé 14 2,5
Université pluridisciplinaires avec Santé 18 1,9
Université pluridisciplinaires sans Santé 21 1,7
Université à dominante Lettres et Sciences humaines 27 1,3
Université à dominante Droit & Sciences économiques 35 1
Ensemble 21 1,7
En allouant des ressources en fonction de ces deux critères, on garantit une transparence et on peut
faire évoluer la situation des universités vers ce qui est considéré comme une norme acceptable et
valable pour une durée déterminée.
De manière complémentaire, plusieurs mécanismes ont été imaginés pour allouer une partie des
crédits ministériels en fonction de la « performance » des institutions ou encore de leur « valeur
ajoutée ». Ceci est plus délicat et peut entraîner des effets pervers qui risquent d’annuler l’avantage
d’une prise en considération des résultats de l’activité universitaire au travers d’indicateurs.
Une autre caractéristique du financement des universités françaises – souvent dénoncée - est
l’insuffisance des dotations ministérielles pour garantir une qualité et une pertinence des formations,
situation qui est évaluée par la prise en compte d’indicateurs divers, en particulier par comparaison
avec des pays situés au sein de l’OCDE.
En 2008, pour permettre aux universités de mieux optimiser l’utilisation de leurs ressources humaines,
budgétaires et patrimoniales, davantage de responsabilités et de libertés leur ont été accordées par
une loi relative « aux libertés et responsabilités des universités » (LRU). Ceci n’a pas donné les résultats
prévus au moins pour deux raisons :
- En premier lieu parce que les moyens en personnel n’ont pas été accordés sous forme de
masse salariale mais sous forme de postes budgétaires. L’évolution de la masse salariale (2/3
des dépenses ministérielles) a donc continué d’échapper à la responsabilité des universités
puisqu’elle était toujours fixée au niveau national en fonction de critères valables pour tous
les fonctionnaires de l’Etat : valeur du point d’indice, glissement vieillesse technicité (GVT),
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financement des retraites, plan « carrières », etc. N’ayant pas la maîtrise de la fixation des
salaires, les universités ne pouvaient pas mettre en place une politique efficace du personnel.
- En second lieu, parce que les universités sont insérées dans des régions qui présentent de
grandes disparités quant à leur politique universitaire, ce qui se manifeste par des différences
sensibles dans l’allocation de ressources.
En fin de compte, les évaluations faites ont montré qu’il était très difficile aux universités françaises
d’assurer une cohérence et une complémentarité entre leurs diverses sources de financement dont
les critères d’attribution des principales leur échappent le plus souvent.
Un moyen de desserrer cette contrainte est d’accroître les ressources propres qui, actuellement,
représentent un peu plus de 10% de leur financement contre environ 27% en moyenne pour les
universités européennes ainsi que le montre le tableau suivant :
Tableau 2 : Structure du financement universitaire en France et en Europe (en %)
Eléments de financement France Europe
Financement public national et local 89 73
Droits de scolarité 2,5 9
Contrats avec les entreprises 3,4 6,5
Mécénat ND 4,5
Prestations de service 4 4
Financement public international 1 3
Ensemble 100 100
Les universités françaises sont invitées à accroître leurs ressources propres puisque cela est réalisé
dans de nombreux pays européens. Toutefois, il est important de tenir compte du contexte national :
par exemple, le Royaume-Uni a une tradition ancienne de financement élevé des études supérieures
par les ménages alors qu’en France les frais d’inscription sont très peu élevés et, pendant longtemps,
ils ont été fixés unilatéralement par le ministère de tutelle au même montant pour toutes les
universités.
L’une des voies prometteuses est d’utiliser la possibilité donnée en 2008 aux universités de créer des
fondations levant des fonds privés, notamment auprès des entreprises. Mais cela se met en place très
lentement, essentiellement pour des raisons culturelles. Il faut donc réaliser une révolution culturelle
pour renforcer les liens entre les universités et les entreprises. Cela implique un dialogue entre le
monde universitaire et celui des entreprises pour mettre sur pied des conventions équilibrées et
suffisamment souples pour s’adapter aux contextes national et international.
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Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (1/3)
Sources
Personnel
Personnel payé directement par l'Etat (postes budgétaires); Attribution des postes en fonction de normes
d'encadrement
Fonctionnement Une partie est attribuée en fonction de coûts normatifs par étudiant
Investissement Discutés au cas par cas si ceux-ci sont importants
Aides variées
En premier lieu : les bourses attribuées principalement sur critères sociaux; allocations de logement pour les
étudiants; réduction d'impôt sur le revenu pour les familles; plus une dizaine d'aides diverses
Emprunts L'Etat se porte caution pour les prêts accordés à des étudiants
Personnel Stabilité du personnel qui peut travailler dans une vision à long terme
Fonctionnement Tient compte des différences de coût dans les formations
Investissement Une politique nationale d'investissement universitaire peut être menée
Aides variées Une grande palette de mesures pour favoriser la poursuite d'études supérieures
Emprunts Ils sont à remboursement différé
Personnel La titularisation et l'avancement automatique réduisent le dynamisme
Fonctionnement Ceci ne réduit pas les différences importantes constatées entre universités depuis longtemps
Investissement L'univesité n'a pas les moyens d'investir sans le financement étatique qui est affecté
Aides variées Ceci coûte très cher dans un contexte de stabilité des dépenses publiques
Emprunts
IES
L'Etat n'a pas les moyens de réduire les écarts entre universités car cela implique de réduire les dotations aux
universités sur-dotées par rapport à la moyenne pour les accorder aux institutions sous-dotées. Un alignement
sur la moyenne risquerait de porter préjudice aux universités excellentes dont le France a besoin
Etudiants La réduction des aides risque d'entraîner de graves troubles sociaux
IES
Elle est assurée à long terme mais le niveau des ressources dépend de la disponiblité d'argent public qui peut
varier chaque année selon des critères différents du nombre d'étudiants
Etudiants L'accroissement des aides suit difficilement celui du nombre d'étudiants
Conditions de
mise en œuvre
au Mali
Deux différences sont importantes : en France, les conditions de fonctionnement des IES (maquettes
pédagogiques notamment) sont connues, de même que la situation de la famille de l'étudiant, ce qui permet
d'accorder des bourses sur critère social. De plus, pour les emprunts, les banques peuvent suivre l'étudiant pour
le remboursement; elles prêtent donc plus facilement surtout si l'Etat favorise les prêts.
Etudiants
Etat
Mécanismes
Avantages
Inconvénients,
risques
Leçons apprises
Soutenabilité
Universités
Etudiants
Universités
Etudiants
Universités
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Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (2/3)
Sources
Formation La formation continue des personnels est assurée en partie dans les universités à partir de conventions signées
Recherche Des contrats de recherche sont signés avec des équipes et des laboratoires universitaires
Autres Des chaires sont parfois accordées à des entreprises sur des thématiques spécifiques
Etudiants Stages
Les formations professionnalisantes accueillent de plus en plus d'étudiants qui doivent effectuer un stage dans
une entreprise. Assez souvent, l'étudiant peut être embauché dans cette entreprise dès qu'il est diplômé
Formation Les formations universitaires deviennent moins théoriques et sont donc plus en prise sur la réalité de l'économie
Recherche Les laboratoires deviennent plus soucieux d'appliquer les résultats théoriques de leurs recherches
Etudiants Stages
Les étudiants connaissent mieux les conditions réelles de la vie active et accroissent fortement leur probabilité
d'avoir un emploi à la sortie de l'université
Formation
Les IES fortement sollicités par les entreprises risquent de prioriser ces formations par rapport aux aspects
strictement académiques
Recherche Ici également la recherche académique risque d'être en partie délaissée au profit de la recherche appliquée
Etudiants Stages Ils peuvent arrêter plus tôt leurs études s'ils ont des possibilités intéressantes d'embauche
Formation Les universités et les entreprises se sont rapprochées progressivement
Recherche Les laboratoires ont eu la possibilité puis la volonté de sortir de leur "tour d'ivoire"
Etudiants Stages
Le lien entre les universités et la sphère productive s'est considéralement resserré, même s'il est encore plus
faible que celui tissé par les grandes écoles qui naturellement sont plus proches des préoccupations des
entreprises
Soutenabilité On peut dire qu'elle semble acquise puisque les collaborations se développent régulièrement
Conditions de
mise en œuvre
au Mali
Le Mali risque fort de manquer d'entreprises susceptibles d'accueillir des étudiants en licence et master
professionnels. Ceci est dommage car l'enseignement restera principalement théorique, ce qui n'est pas la
finalité des formations professionnalisantes
Universités
Leçons apprises
Entreprises
Universités
Avantages
Mécanismes
Universités
UniversitésInconvénients,
risques
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Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (3/3)
Sources
Formation
Elles peuvent rechercher des ressources propres car elles disposent d'une autonomie pour cela ; à la base, il y a les droits
universitaires payés par les étudiants mais ils sont faibles et ne peuvent pas être fixés librement pas les universités
publiques. Ceci est différent des grandes écoles qui souvent appliquent des droits élevés mais avec des possibilités
d'emploi généralement nombreuses et mieux rémunérées que pour les sortants des universités
Recherche
Les contrats de recherche sont passés avec des administrations et des entreprises. L'université prélèvera un % variable sur
le montant
Formation Ouverture sur l'environnement économique et social et recettes parfois importantes
Recherche Ouverture sur l'environnement économique et social et recettes parfois importantes
Leçons apprises Universités
Le rapprochement des universités avec leur environnement est jugé bénéfique au-delà des ressources nouvelles dont elles
ont pu bénéficier; toutefois la progression de ce type de ressources est lente car elle suppose des changements dans la
vision académique des dirigeants et une organisation des institutions adaptée à ces nouvelles missions
Soutenabilité Universités Tout va dépendre du dynamisme des institutions universitaires
Conditions de
mise en œuvre
au Mali
Universités
Les universités maliennes doivent s'adapter si elles veulent développer ce type de ressources (hormis les droits
d'inscription dont la fixation leur échappe actuellement). En particulier, elles doivent créer une structure pour prospecter
l'environnement économique et social. Ceci suppose un minimum de consensus au sein des facultés et du temps pour
mettre sur pied des formations continues si ceci apparaît comme un besoin important.
Formation
Les étudiants français peuvent bénéficier de plusieurs types de financement pour des études dans d'autres pays
européens avec des équivalences (exemple : bourses Erasmus)
Recherche L'Europe finance des programmes de recherche pluriannuels dont la France est l'un des principaux bénéficiaires.
Formation Ouverture sur l'Europe qui facilite l'harmonisation des formations et donc des diplômes
Recherche Permet une stimulation des chercheurs et un travail en coopération internationale
Inconvénients,
risques
Universités
Formation
Les possibilités offertes aux étudiants d'étudier dans un autre pays européen favorisent les échanges et le rapprochement
des jeunes générations en supprimant notamment l'obstacle de la langue.
Recherche
La recherche de haut niveau ne peut souvent progresser qu'en étant effectuée au niveau international car elle mobilise
des compétences rares et des moyens considérables
Soutenabilité Universités Tout va dépendre du dynamisme des institutions universitaires
Conditions de
mise en œuvre
Universités
Renforcer les possibilités d'étudier dans des pays de la sous-région. Mettre sur pied des programmes de recherche
universitaire sous-régionaux assez ambitieux et solides pour bénéficier d'un financement international extérieur
Leçons apprises
Ressources
extérieures
Avantages Universités
Universités
Pas évident car ces ressources supplémentaires permettent d'améliorer le fonctionnement des institutions
Ressources
propres
Mécanismes Universités
UniversitésMécanismes
UniversitésAvantages
Inconvénients,
risques
Universités
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102
ANNEXE 4
Une vue d’ensemble des missions et des activités du CENOU
Le classement proposé ci-dessous vise à bien identifier les types d’action que réalise le CENOU : parfois,
il exécute des tâches que les services ministériels pourraient gérer ; d’autres fois, il initie de son propre
gré des services qu’il juge très utiles aux étudiants. Entre ces deux situations, il en existe plusieurs qui
sont donc intermédiaires et c’est cet ensemble de situations que le classement proposé ci-dessous
tente de positionner.
I. Le CENOU agit comme un prestataire de services visant à faciliter principalement la vie
matérielle des étudiants afin qu’ils puissent étudier plus facilement et donc mieux réussir.
A) Certains de ces services sont réglementés par l’Etat :
- Bourses (critères d’attribution et montant)
- Indemnité de trousseau (montant)
- Autres indemnités
Le CENOU a pour mission de distribuer ces aides aux étudiants.
B) D’autres services sont moins réglementés par l’Etat qui les finance cependant. C’est une
gestion directe par le CENOU :
- Logement des étudiants (critère d’attribution et prix à payer déterminé par le CENOU)
- Transport quotidien des étudiants (le CENOU fixe le prix du billet)
- Transport gratuit des étudiants à l’occasion des grandes vacances
- Aide sociale versée aux étudiants répondant à des critères dans une limite fixée par arrêté
ministériel
C) D’autres services, enfin, ont été développés par le CENOU pour faciliter le fonctionnement de
la vie universitaire :
- Aide exceptionnelle à des étudiants accidentés
- Appui aux activités sportives et associatives
- Transport assuré gratuitement pour les sorties pédagogiques, généralement à l’intérieur
du pays
II. Les aspects monétaires
A) Montant des aides financières pour des études au Mali
- Bourse entière
Par mois : 26 250 FCFA
Nombre de mois : 9
- Demi-bourse
Par mois : 13 125 FCFA
Nombre de mois : 9
- Allocation annuelle d’équipement (trousseau) : 38 000 FCFA
- Indemnité de stage (classes terminales) : 8 750 F par mois
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- Indemnité forfaitaire de mémoire : 25 000 FCFA
- Indemnité forfaitaire de thèse : 75 000 FCFA
B) Le logement des étudiants
Tarif des lits : de 1 000 FCFA à 3 000 FCFA par mois selon la localisation et la configuration des
chambres.
C) Restauration
Prix d’un repas : 500 FCFA, y compris pour le personnel universitaire.
D) Transport journalier
Prix d’un trajet ville-campus en autobus spécial : 50 FCFA pour les étudiants.
_______________________
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ANNEXE 5
Eléments pour une négociation sur le financement de l’enseignement supérieur privé
L’enseignement supérieur privé occupe une place de plus en plus importante en Afrique de l’Ouest
avec un taux moyen de 27% des effectifs pour l’espace UEMOA et atteignant 51% des effectifs de
l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire. Paradoxalement, au Mali, bien qu’on parle très souvent
d’une prolifération des écoles supérieures privées, la proportion des effectifs d’étudiants dans
l’enseignement supérieur privé n’était que 4% selon une étude de l’UEMOA (2012) réalisée dans le
cadre de l’élaboration d’une politique régionale d’enseignement supérieur dans les pays membres de
l’UEMOA comme le montre le tableau ci-dessous :
Part des effectifs dans les institutions d’enseignement supérieur privé en 2012
Pays
Effectif total
des étudiants
Effectif des étudiants
dans le privé
Proportion
du privé (%)
Bénin 82 402 20 438 25
Burkina Faso 62 889 9 668 15
Côte d’Ivoire 156 772 72 250 46
Guinée-Bissau 6 091 3 224 51
Mali 67 380 3 095 4
Niger 17 800 4 534 25
Sénégal 94 371 28 114 30
Togo 47 303 3 361 7
UEMOA 535 008 144 684 27
A première vue, on peut s’interroger sur les raisons cette faible part de l’enseignement supérieur privé
dans l’enseignement supérieur du Mali comparativement aux autres pays membres de l’UEMOA.
La faible valorisation du rôle de l’enseignement supérieur privé
La perception par les acteurs de l’enseignement supérieur de la faible valorisation de l’enseignement
supérieur privé pour résorber les problèmes d’accès et de qualité de l’enseignement supérieur semble
dénoter un manque de volonté politique et une méfiance des acteurs étatiques vis-à-vis de
l’enseignement supérieur privé. Les acteurs publics de l’enseignement supérieur mettent en avant les
dérives constatées dans l’application de l’orientation des élèves boursiers du secondaire dans les
institutions d’enseignement secondaire privées conventionnées. Plusieurs estiment qu’il faut éviter de
reproduire à tout prix cette expérience dans le supérieur.
Faible allocation des financements publics dans l’enseignement supérieur privé
Dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest, face à la massification des effectifs, des approches de
mise à contribution des écoles privées pour réduire les effectifs allant dans les établissements publics
sont en cours à l’exception du Mali où plusieurs acteurs se montrent hostiles à tout conventionnement
des IES privées en vue de l’orientation des néo-bacheliers dans ces écoles. Au Mali, la plupart les écoles
privées ne bénéficient d’aucune allocation financière publique, ni en termes de subvention, ni en
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termes d’avantages fiscaux. La plupart des IES privées n’a pas pu obtenir le statut d’institution d’utilité
publique, les privant ainsi de ressources publiques.
Des handicaps sérieux de génération de ressources propres
Contrairement aux opinions souvent exprimées par les acteurs publics de gestion de l’enseignement
supérieur, les IES privées sont confrontées à de sérieuses difficultés dans la réalisation d’activités
génératrices de ressources propres. Les principales difficultés rencontrées sont relatives (i) à la
faiblesse du taux de recouvrement des frais de scolarité facturés aux bénéficiaires et à leurs familles
et (ii) aux difficultés liées à la contestation du droit des IES privées de participer aux appels d’offres sur
le marché de la prestation de services et de l’expertise.
Les problèmes de recouvrement des recettes des IES privées
Les promoteurs des écoles privées sont unanimes à affirmer qu’aucune IES privée ne parvient à
recouvrer plus 70% des frais de scolarités dus par les auditeurs. En effet, plusieurs auditeurs non
solvables sont maintenus dans ces IES en sollicitant d’être considérés comme des « cas sociaux »,
aggravant ainsi le manque à gagner qu’enregistrent les écoles.
En outre, la plupart des familles ne sont pas en mesure de dégager un budget pluriannuel pour assurer
le paiement des frais de scolarité de leurs enfants. Cette situation d’instabilité budgétaire des ménages
est le plus souvent à la base de l’accumulation des arriérés de paiement irrécupérables par les IES
privées.
Enfin, face aux cas sociaux, notamment en ce qui concerne les étudiants particulièrement brillants, la
plupart des IES accordent des bourses aux élèves de familles pauvres afin de créer une émulation et
renforcer leurs résultats.
Des handicaps sérieux sur le marché des appels d’offres
Les IES privées rencontrent aussi de nombreux problèmes dans la génération de ressources par le biais
des prestations de services sur le marché des appels d’offres publics. Les acteurs des IES privées
estiment être défavorisés sur ce marché car ils constatent que les opérateurs économiques,
notamment certains ordres professionnels, estiment en général qu’une école ne doit pas les
concurrencer sur le marché des appels d’offres publics. Ceci a pu même conduire à un procès en
concurrence illégale. Aussi, pour soumissionner à des marchés publics, les IES privées sont obligées de
s’associer en consortium avec des IES publiques qui, elles, sont en général moins contestées lors des
appels d’offres.
Des handicaps de financement liés à l’absence ou à l’obsolescence de textes règlementaires des
écoles privées
Les acteurs des IES privées soulignent plusieurs handicaps de financement liés à l’absence ou à
l’obsolescence des textes règlementaires concernant l’enseignement privé. En effet, aucun texte
règlementant la fiscalité spécifique aux IES privées n’a été adopté si bien que la plupart des promoteurs
des IES privées estiment que ces institutions sont traitées comme des entreprises privées alors que
leur domaine d’intervention est, à leurs yeux, non marchand.
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Par ailleurs, le texte le plus important attendu par ces IES est celui relatif au cahier des charges des
écoles privées. Face à ce vide juridique, les acteurs des IES privées sont frustrés d’être accusés de ne
pas appliquer un cahier des charges dont les textes règlementaires ne sont pas entièrement et
définitivement adoptés.
Par ailleurs, les IES ne parviennent pas à obtenir le statut d’« institution d’utilité publique » afin de
bénéficier de l’allocation de ressources publiques comme les subventions de l’Etat.
Les problèmes liés aux interactions négatives avec les IES publiques
Les acteurs des IES privées signalent des interactions négatives avec les pratiques et la gouvernance
des IES publiques.
Le premier de ces handicaps est relatif aux menaces de contagion des fréquentes grèves que
connaissent les IES publiques. A plusieurs reprises, les étudiants des IES publiques en grève ont menacé
leurs camarades des IES privées qui avaient tendance à ne pas être solidaires avec eux lors des grèves.
Les responsables des IES privées considèrent cette menace d’autant plus sérieusement que l’un des
attraits de ces IES est leur stabilité et le respect du calendrier scolaire.
Le deuxième handicap relatif aux interactions négatives avec les IES publiques est le retard accusé par
les IES privées dans le démarrage des cours, leurs éventuels étudiants maliens étant en général
recrutés parmi les candidats malheureux aux concours d’entrée dans les IES publiques. Plus
généralement, les décalages importants dans le démarrage de l’année universitaire des IES publiques
obligent souvent les IES privées à différer leur rentrée universitaire et à connaître des retards
importants dans le calendrier scolaire et universitaire.
Les handicaps liés à l’accès au crédit
Plusieurs acteurs des IES privées estiment qu’aucune disposition spécifique n’est mise en place pour
améliorer leur accès aux crédits sur le marché financier dans des conditions concessionnelles
conformes à leur mission de service public contribuant à l’amélioration de l’accès et de la qualité de
l’enseignement supérieur au même titre que les IES publiques et avec une valeur ajoutée liée à leur
adaptabilité au marché de l’emploi.
Plusieurs IES privées sont exclues de l’accès au crédit soutenable à cause notamment des taux
d’emprunt dissuasifs appliqués par les institutions bancaires et institutions de micro finance. Leurs
responsables estiment que l’Etat pourrait les accompagner par des mesures de cautionnement, de
garantie ou d’assurance de risques.
Pourquoi ne pas conventionner des IES privées accréditées pour accueillir les néo-bacheliers ?
Les acteurs des IES privées estiment que, contrairement aux cas isolés de pratiques frauduleuses d’une
minorité de promoteurs d’IES, la confiance pourrait s’installer entre l’Etat et les IES privées si toutes
les parties étaient encadrées par des textes règlementaires consensuels adoptés. Ces textes
règlementaires concernent le cahier des charges des écoles et la pratique d’une assurance qualité
conditionnant le conventionnement des IES privées ayant au préalable été accréditées par l’AMAQ-
Sup.
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Pour le moment, les dérives et les mauvaises pratiques enregistrées au niveau de l’expérience
d’orientation des élèves du secondaire dans des institutions privées sont évoquées pour remettre en
cause cette démarche de conventionnement pourtant adoptée par la plupart des pays d’Afrique de
l’Ouest qui ont réalisé des progrès importants dans l’enseignement supérieur ces dernières années
comme, on l’a vu plus haut, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
____________________________