ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU MALI RAPPORT FINAL Mars...

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ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT


SUPERIEUR AU MALI




RAPPORT FINAL


























Mars 2019




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Sommaire



Pages


Liste des acronymes………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 4


Résumé exécutif……………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 5


Introduction…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….. 10


I. Les mécanismes actuels du financement de l’enseignement supérieur malien……………………………………………… 13


A. Le financement étatique……………………………………………………………………………………………………………………… 13


A.1 Un financement déterminé en plusieurs étapes…………………………………………………………………………… 13


A.2 L’évolution du financement étatique de l’enseignement supérieur……………………………………………… 16


A.3 La gestion des crédits votés………………………………………………………………………………………………………… 19


B. Les autres financements nationaux……………………………………………………………………………………………………… 21


B.1 Les entreprises……………………………………………………………………………………………………………………………… 21


B.2 Les ménages………………………………………………………………………………………………………………………………… 23


C. Les financements extérieurs……………………………………………………………………………………………………………….. 25


C.1 Les appuis budgétaires………………………………………………………………………………………………………………… 25


C.2 Les appuis projets………………………………………………………………………………………………………………………… 25


C.3 L’assistance technique………………………………………………………………………………………………………………… 26


D. Les ressources propres des IES publiques……………………………………………………………………………………………. 27


E. Récapitulation des financements de l’enseignement supérieur…………………………………………………………… 28




II. Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur…………………………………………………………………………. 29


A. Les choix globaux………………………………………………………………………………………………………………………………… 29


B. L’estimation du flux de nouveaux étudiants………………………………………………………………………………………… 30


C. Le nombre et la répartition des étudiants……………………………………………………………………………………………. 32


D. Les dépenses courantes de l’enseignement supérieur public………………………………………………………………. 34


E. Les investissements dans l’enseignement supérieur public…………………………………………………………………. 38


F. Les ressources étatiques pour financer les dépenses d’éducation……………………………………………………….. 39


G. La soutenabilité financière des choix opérés………………………………………………………………………………………. 41




III. L’analyse financière et les contraintes y afférentes des IES…………………………………………………………………………… 44


A. Les coûts unitaires………………………………………………………………………………………………………………………………. 46


A.1 Les établissements publics………………………………………………………………………………………………………… 46


A.2 Les établissements privés…………………………………………………………………………………………………………… 49


B. Le financement…………………………………………………………………………………………………………………………………… 52


C. La comparaison public-privé des coûts et du financement étudiant……………………………………………………. 53


D. Les leviers d’action……………………………………………………………………………………………………………………………… 55


E. L’action sociale en faveur des étudiants……………………………………………………………………………………………… 56




IV. Les financements innovants dans l’éducation : état des lieux et perspectives………………………………………………. 58


A. Perspectives de développement des dispositifs de financement innovants…………………………………………. 59


A.1 La nécessité d’une rupture avec les financements classiques……………………………………………………… 59


A.2 Les principes et caractéristiques fondamentaux des financements innovants……………………………… 60


B. Analyse des pratiques de financements innovants en Afrique et dans le monde…………………………………. 63


C. Remarques générales sur les prêts aux étudiants………………………………………………………………………………… 69




V. Les stratégies proposées………………………………………………………………………………………………………………………………. 71


A. Pour le financement étatique……………………………………………………………………………………………………………… 72




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A.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 72


A.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 72


B. Pour le financement par les autres acteurs nationaux…………………………………………………………………………. 74


B.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 74


B.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 75


C. Pour un meilleur fonctionnement des IES publiques……………………………………………………………………………. 78


C.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 78


C.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 78


D. Pour la gestion des flux d’étudiants…………………………………………………………………………………………………….. 80


D.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 80


D.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 81


E. Pour des relations avec l’enseignement supérieur privé……………………………………………………………………… 83


E.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 83


E.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 83


F. Pour des relations nouvelles avec les financeurs extérieurs………………………………………………………………… 84


F.1 La situation actuelle……………………………………………………………………………………………………………………… 84


F.2 Des propositions…………………………………………………………………………………………………………………………… 85




VI. Un plan d’action…………………………………………………………………………………………………………………………………………… 86




Annexes…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………… 90


1. Termes de référence de l’étude…………………………………………………………………………………………………………… 91


2. Les organismes et établissements contactés……………………………………………………………………………………….. 95


3. Financement de l’enseignement supérieur en France…………………………………………………………………………. 96


4. Une vue d’ensemble des missions et des activités du CENOU……………………………………………………………… 102


5. Problématique du financement de l’enseignement supérieur privé…………………………………………………….. 106







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Résumé exécutif




La présente étude sur le financement de l’enseignement supérieur au Mali a pour objectif général


d’analyser les mécanismes et sources actuelles de financement du sous-secteur et de proposer des


mécanismes de financement pérennes impliquant des acteurs potentiels de l’enseignement


supérieur du Mali.


Elle a été réalisée entre septembre 2018 et mars 2019 par le Bureau d’Etudes, d’Evaluation et de


Formation en Education (BEEFE) sis à Bamako, dans le cadre d’un appel d’offre international émis


par le Projet d’Appui au Développement de l’Enseignement Supérieur (PADES).


Après avoir analysé les mécanismes actuels du financement de l’enseignement supérieur malien


ainsi que les prévisions à long terme formulées pour ce sous-secteur dans le cadre du PRODEC 2,


les rédacteurs ont procédé à une analyse financière détaillée d’institutions d’enseignement


supérieur (IES) publiques et privées dans un but comparatif et pour déduire des leviers d’action


possibles. En parallèle, une étude a été menée sur des financements innovants dans plusieurs pays


africains et deux pays du Nord.


A partir des constats opérés, des stratégies ont été proposées dans six directions : pour le


financement étatique, pour le financement par d’autres acteurs nationaux, pour un meilleur


fonctionnement des IES publiques, pour la gestion des flux d’étudiants, pour des relations établies


avec l’enseignement supérieur privé et, enfin, pour de nouvelles relations avec les financeurs


extérieurs. Un plan d’action, regroupant une trentaine de mesures, a été proposé pour la période


2019-2020 afin de répondre aux principaux défis auxquels l’enseignement supérieur malien est


confronté.


L’enseignement supérieur malien est doublement complexe : (i) dans ses statuts d’abord puisqu’un


enseignement privé se développe rapidement aux côtés des IES publiques sans communication


entre ces deux composantes ; (ii) Les IES publiques sont elles-mêmes de nature variable avec, d’un


côté, les grandes écoles qui peuvent sélectionner les étudiants à l’entrée et fixer le montant des


frais de scolarité et, de l’autre, les quatre universités de Bamako qui accueillent les nombreux


étudiants orientés vers elles et qui disposent de frais de scolarité symboliques comme ressources


propres.


I. Les mécanismes actuels de financement de l’enseignement supérieur


Cette étude ne traite que des IES publiques et commence par chiffrer et analyser leurs ressources


qui ont quatre origines : Etat, autres financeurs nationaux, financements extérieurs et ressources


propres.


Le financement étatique est, de loin, le plus important. L’Etat malien accorde une grande priorité


budgétaire à l’éducation avec près du tiers de son budget accordé à l’éducation contre le quart dans


la CEDEAO. A l’intérieur de ces ressources accordées à l’éducation, l’enseignement supérieur reçoit


environ 20% et les prévisions faites dans les budgets-programmes laissent à penser que ce


pourcentage sera difficile à maintenir étant donné la priorité accordée à l’enseignement


fondamental. Un autre aspect du financement étatique est la gestion des crédits votés : les taux




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d’exécution des dépenses courantes, s’ils se sont améliorés récemment, pourraient être encore


accrus, ce qui rapporterait environ un milliard FCFA par an. Les grandes écoles et le CENOU se


caractérisent par d’excellent taux d’exécution des dotations budgétaires révisées.


Parmi les autres acteurs nationaux, les entreprises ont commencé de signer des conventions avec


les universités de Bamako amorçant ainsi un processus qui devrait se développer en ce qui concerne


les formations professionnalisantes et faciliter l’insertion professionnelle des étudiants concernés.


Les ménages, quant à eux, sont de plus en plus sollicités avec le développement de l’enseignement


supérieur privé où les frais, pour les études de licence, peuvent varier de 0,6 à 1,6 million FCFA par


an, seulement au titre des frais d’inscription et de scolarité dans les écoles reconnues avec des


diplômes rendant l’insertion professionnelle sans déclassement plus facile qu’à l’issue d’autres


études.


Les financements extérieurs ont plusieurs origines et peuvent prendre jusqu’à cinq formes. C’est


dire qu’ils sont diversifiés et complexes dans leur gestion, notamment dans les appuis projets. Après


s’être taris au cours des années 2012 et 2013, les flux financiers en direction du supérieur ont repris


mais connaissent des variations annuelles considérables au niveau des dépenses exécutées,


situation peu favorable à un développement harmonieux de ce flux de ressources important pour


les IES publiques.


Enfin, quant aux ressources propres des IES, elles ne paraissent pas être envisagées comme une


source importante de revenus, surtout par les universités. Leur développement passe par une vision


différente de la gestion des établissements et par la mise en place d’une véritable structure dédiée


à cette recherche de fonds.


II. Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur


Elles sont en cours de finalisation dans le cadre de l’élaboration du PRODEC 2. Elles reposent, en


premier lieu, sur un modèle de simulation financière du secteur éducation avec une partie


consacrée à l’enseignement supérieur public. Il s’agit d’un modèle calculant les coûts liés à


l’évolution des effectifs d’élèves et d’étudiants. Dans le scénario étudié actuellement, le nombre


d’étudiants dans l’enseignement public devrait s’accroître de 5% chaque année avec une


répartition de ceux-ci qui doublerait la part des grandes écoles et instituts et réduirait celle des


universités publiques : accueil passant de 8,5% en 2015 à 18% en 2030 pour les grandes écoles et


de 92% à 82% pour les universités.


L’analyse de ces prévisions nous conduit à dire qu’il apparaît qu’elles dépendent de nombreuses


variables qui ne sont pas maîtrisées mais dont les effets peuvent être mieux connus par une analyse


plus approfondie du fonctionnement des composantes de l’enseignement supérieur.


Les dépenses courantes sont, de loin, les plus importantes et elles devraient s’accroître d’un tiers


entre 2015 et 2030 en monnaie constante. Les principales dépenses sociales – trousseau et bourses


– devraient voir leur montant rester identique, hors inflation, à celui de 2015. Le pourcentage de


bénéficiaires diminuerait fortement dans toutes les disciplines sauf en sciences exactes où il serait


maintenu à 54%.




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La soutenabilité financière des choix faits pour l’enseignement supérieur n’est malheureusement


pas chiffrable car elle n’est envisagée qu’au niveau du secteur éducation. Il reste donc à modéliser


l’évolution des ressources de l’enseignement supérieur pour arriver à chiffrer sa soutenabilité


financière faute de quoi ce sous-secteur risque d’avancer sans vision chiffrée cohérente de l’avenir.


III. L’analyse financière des IES


La recherche de financements pérennes est liée à la connaissance de la formation des coûts dans


les IES car cette formation n’est pas forcément optimale a priori. S’il est important de rechercher


des ressources, il est aussi utile de s’interroger sur les économies possibles dans le fonctionnement


des établissements.


Pour mieux connaître la situation, des enquêtes ont été menées tant dans des IES publiques


(universités et grandes écoles) que privées (universités et grandes écoles également). Le but


recherché était d’arriver à chiffrer des indicateurs permettant de comparer des établissements


assez semblables et de statut différent. Cela a été tenté, avec plus ou moins de réussite, au niveau


des coûts unitaires. On a pu également comparer les conditions de formation de ces coûts au


travers du coût des enseignants permanents, du taux d’encadrement ou encore des frais payés par


les étudiants.


La première leçon qui a été tirée de cette enquête a été la difficulté d’obtenir des données chiffrées,


en particulier dans les IES publiques et cela pour diverses raisons qui sont exposées plus bas. Il a


donc été très difficile de procéder à des comparaisons significatives car trop souvent il manquait


des données malgré les relances et les retours dans les établissements. Dans ces IES publiques, les


seules comparaisons possibles ont pu porter sur cinq grandes écoles et plus particulièrement sur


deux d’entre elles parmi celles qui accueillent le plus grand nombre d’étudiants. L’enseignement y


représente entre 84% et 91% des coûts de l’étudiant et le financement issu de ce dernier représente


entre 3% et 7% des ressources. Il faut toutefois bien préciser que ces résultats sont fondés sur des


déclarations.


Dans les IES privées, les dépenses d’enseignement représentent un pourcentage plus faible du coût


de l’étudiant (75% en moyenne sur quatre écoles analysées).


La comparaison public-privé au niveau du coût de l’étudiant n’a pu être faite que pour quatre écoles


de plus de 500 étudiants où les coûts unitaires globaux (enseignement + logistique) hors


investissement sont assez comparables : autour de 800 000 FCFA. On retrouve cette proximité,


toujours dans les écoles publiques et privées ayant plus de 500 étudiants, en ce qui concerne le


coût annuel moyen des enseignants permanents qui est quasiment identique (7,5 millions FCFA).


En revanche, les taux d’encadrement divergent fortement : 16 étudiants par enseignant permanent


dans les grandes écoles publiques contre 47 dans les grandes écoles privées. L’écart est aussi


considérable au niveau des frais payés par les étudiants, surtout pour les études conduisant à la


licence.


En complément, une brève analyse chiffrée de l’action sociale en faveur des étudiants a été


conduite.


IV. Les financements innovants




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Ils représentent, pour certains responsables, un espoir pour atteindre la pérennité dans le


financement de l’enseignement supérieur. Il faut d’abord préciser que ce terme recouvre des


approches très variées (i) qui viennent en complément des sources classiques de financement, (ii)


qui relèvent de contextes nationaux très différents ou encore (iii) qui demandent d’être


accompagnées d’une bonne gouvernance.


Des pratiques innovantes ont été analysées dans six pays africains et deux pays du Nord


(Canada/Québec et France) et un tableau comparatif a regroupé les caractéristiques de ces


financements. Un développement spécifique a été fait sur les prêts aux étudiants à partir du cas


français.


La palette des mécanismes est assez large : aides et prêts d’études au Burkina Faso, affectation de


fonds provenant de l’exploitation du pétrole au Ghana ou de l’exploitation des mines de diamant


au Botswana, prêts aux étudiants au Kenya, mise en place d’un dispositif de financement


complémentaire au Québec, prêts bancaires garantis partiellement par l’Etat dans certains cas en


France. Le Sénégal et la Guinée, qui accordent des bourses et des aides aux étudiants dans une


proportion supérieure à 50% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur, sont à la


recherche d’un mode de financement soutenable à terme.


V. Les stratégies proposées


Les propositions résultent de l’analyse des situations rencontrées dans six domaines. On rappellera


ici les principales d’entre elles.


Pour l’Etat, les propositions portent (i) sur un accroissement de la prévisibilité des flux de ressources


par une planification contractuelle pluriannuelle, (ii) par l’instauration de critères explicites de


financement des IES publiques et, enfin, (iii) par la diversification du financement.


Pour les autres acteurs nationaux, des pistes sont suggérées pour une prise en charge progressive


de financements pour l’enseignement supérieur de la part des collectivités territoriales à conditions


qu’elles en soient les premières bénéficiaires. En ce qui concerne les entreprises, il importe


d’amplifier le mouvement de rapprochement Etat-entreprises qui s’est amorcé récemment afin de


développer les filières professionnelles. Enfin, une proposition est faite pour un accord entre l’Etat


et les étudiants en vue d’un meilleur fonctionnement des IES publiques, en particulier en direction


d’une meilleure qualité des formations.


S’agissant des IES publiques, l’accent est mis sur l’autonomie qui doit être préparée


systématiquement afin qu’elle soit réellement profitable à ces établissements qui devront au


préalable améliorer leur gouvernance.


La gestion des flux d’étudiants est abordée ensuite avec des propositions concernant la régulation


de ces flux en utilisant plusieurs leviers pour agir sur l’orientation vers des filières prioritaires, sur


le rythme d’avancement dans les études et sur la réussite à l’examen. En outre, des propositions


sont faites pour étudier l’opportunité de développer à titre exploratoire un système de prêts aux


étudiants avec une garantie partielle de l’Etat.




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Avec l’enseignement privé, il est apparu nécessaire de nouer des relations contractuelles afin de


pouvoir orienter des étudiants vers des établissements conventionnés respectant un cahier des


charges précis et sous le contrôle d’une autorité reconnue par les deux parties.


Enfin, avec les financeurs extérieurs, il apparaît nécessaire de relancer le dialogue avec les PTF et


les ONG, d’améliorer la coordination des appuis ainsi que le système d’information sur ces appuis.


VI. Un plan d’action


En fin de compte, un plan d’action synthétique est décrit en classant les mesures proposées par


rapport à une triple entrée :


- les trois principaux défis à relever : (i) une gestion transparente, efficace et efficiente, (ii)


une employabilité des sortants et (iii) une maîtrise des flux d’étudiants ;


- les deux principales composantes étudiées : les IES publiques et les étudiants ;


- les financeurs : principalement l’Etat mais aussi l’extérieur, les entreprises et les


collectivités territoriales.


Dans la préparation des mesures envisagées, l’accent est mis sur la nécessité d’aboutir à un


consensus pour une durabilité de ces mesures : de nombreux groupes de travail devront être mis


en place avec, pour les questions techniques, des appuis d’experts.


Finalement, le coût de cette élaboration et du lancement de la trentaine de mesures proposées ne


devrait pas être très élevé d’autant que certaines d’entre elles devraient déjà être préparées


rapidement. Un financement extérieur devrait pouvoir être mobilisé sans beaucoup de difficultés.




Ce document ne pouvait manifestement pas fournir des réponses définitives à tous les problèmes


que le financement de l’enseignement supérieur soulève actuellement et va sans doute soulever


dans l’avenir. Il propose des solutions et permet d’ouvrir un débat sur des bases chiffrées, seule


méthode pour avancer véritablement vers une amélioration qui, de toute façon, ne viendra que de


l’action des parties prenantes.




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Introduction générale




Le rapport présenté ici s’inscrit dans l’un des deux grands axes autour desquels s’articule l’action


du PADES : la gouvernance institutionnelle améliorée. Plus précisément, cette approche se situe


dans la série d’analyses menées dans ce cadre et qui portent (i) sur la production régulière


d’informations de qualité concernant les étudiants dans le cadre du déploiement du Système


Informatisé de Gestion, (ii) sur l’insertion professionnelle des sortants et la satisfaction des


employeurs, (iii) sur l’analyse, en cours d’exécution, des questions institutionnelles et de


gouvernance au sein de l’enseignement supérieur privé.


D’une manière générale, La problématique du financement de l’enseignement supérieur est au


cœur des principaux enjeux de développement de tous les pays de la planète. Ces enjeux


apparaissent encore plus importants pour les pays africains en voie de développement pour


lesquels l’enseignement supérieur a souvent été considéré comme un bien de luxe, notamment à


cause de leur retard chronique dans l’accès à la scolarisation universelle de base. Cette relégation


de l’enseignement supérieur au second plan des agendas nationaux et internationaux est en partie


imputable aux effets des politiques d’ajustements structurels appliquées au secteur de l’éducation


dans les années 90. Ces années ont coïncidé avec le démarrage des politiques internationales


d’accélération de l’Education pour Tous caractérisées par une priorité nette accordée l’éducation


de base au détriment des autres ordres d’enseignement en termes d’allocation de ressources


nationales et de l’aide. Ces politiques n’ont pas suffisamment pris en compte les relations


systémiques entre les différents ordres d’enseignement. En conséquence, la désaffection vis-à-vis


de l’enseignement supérieur a eu des répercussions négatives sur tous les ordres d’enseignement,


répercussions qui se sont traduites par l’insuffisance de ressources humaines hautement qualifiées


pour mieux gérer l’accélération de l’amélioration de l’accès et de la qualité des enseignements


primaire et secondaire.


Aujourd’hui, personne ne conteste la légitimité pour tous les pays, y compris les pays africains, de


consacrer un maximum d’efforts financiers simultanément à chacun des ordres d’enseignement


avec l’espoir que l’enseignement supérieur soit le levier de renforcement durable de toutes les


autres politiques sectorielles de développement.


Contrairement à la période des années 90, il est reconnu aujourd’hui que l’enseignement supérieur


à des retombées significatives aussi bien sur la société que sur l’individu. Ce changement de


paradigme justifie la nécessité de faire financer l’enseignement supérieur aussi bien par des


ressources publiques que par celles des bénéficiaires à travers plusieurs modalités dont le paiement


de frais de scolarité.


De plus, une des dimensions importantes de la problématique du financement de l’enseignement


supérieur est constituée par les implications du financement sur l’équité dans l’accès des citoyens


aux ressources nationales. En effet, l’accès à l’enseignement supérieur étant devenu un droit


humain à côté d’autres droits comme la santé, l’accès à l’eau et aux autres services sociaux de base,


se pose la question de la « nature régressive » du financement de l’enseignement supérieur fondé


sur les ressources de l’ensemble des contribuables alors que toutes les recherches montrent que




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ce financement profite plus aux classes aisées qu’aux couches modestes et pauvres de la


population. Ce risque de distorsion de l’équité dans l’accès du plus grand nombre aux ressources


nationales est un des fondements théoriques de la légitimité de financer l’enseignement selon une


approche différenciée faisant recours aux ressources publiques. Cette approche doit en principe se


fonder essentiellement sur des critères d’excellence et sur des critères de prise en compte des


besoins spécifiques de couches les plus défavorisées dans un contexte malien marqué par près de


60% de la population en deçà du seuil de pauvreté.


Pour sa part, l’enseignement supérieur malien est entré, depuis plusieurs années, dans une zone


de turbulences avec des problèmes complexes à résoudre, notamment pour les institutions


publiques confrontées à :


(i) une forte croissance prévisible des néo-bacheliers ;


(ii) une orientation de ceux-ci vers des formations sans débouchés professionnels


suffisants pour absorber les diplômés ;


(iii) des conditions physiques d’accueil à rénover et à développer ;


(iv) des doutes sur la qualité des formations dans plusieurs grandes institutions ;


(v) un fonctionnement des institutions parfois défaillant ;


(vi) des exigences d’équité qui peuvent prendre des formes coûteuses ;


(vii) des besoins de souplesse dans la gestion des établissements en liaison avec une


autonomie maintes fois réclamée ;


(viii) de nouveaux rapports à inventer sur des bases solides avec l’enseignement supérieur


privé.


Dans ce contexte, le financement joue un rôle clé dans la mesure où il est transversal et innerve


donc toutes les composantes de l’enseignement supérieur. Toutefois, il est plus pertinent de parler


des financements que du financement pour les institutions d’enseignement supérieur (IES)


publiques qui bénéficient de ressources en provenance de quatre grands origines : Etat, autres


financeurs nationaux, financements extérieurs et ressources propres, chacune ayant sa logique et


devant être analysée de manière spécifique.


En matière de financement, une autre diversité se situe au sein de l’enseignement supérieur public


avec, d’un côté, les grandes écoles, la jeune université de Ségou et quatre instituts d’université à


Bamako qui peuvent sélectionner les candidats à l’entrée par concours ou sur dossier. De l’autre


côté, on trouve les quatre grandes universités de Bamako avec leurs facultés accessibles sur


inscription libre sous réserve d’être titulaire de séries spécifiques du baccalauréat. Ces dernières


institutions regroupaient 81% des étudiants en 2017-18.


Cette diversité est fortement amplifiée par le fait que les grandes écoles fixent des droits


d’inscription et/ou de scolarité élevés alors que les facultés ne peuvent compter, jusqu’à la licence,


que sur un droit d’inscription de 5 000 FCFA par étudiant orienté chez elles, montant inchangé


depuis de nombreuses années.


De plus, rechercher des financements supplémentaires – et si possible pérennes – ne dispense pas


de se poser des questions sur le fonctionnement de certains établissements qui connaissent des


dysfonctionnements avérés. La recherche de ces financements pérennes est gravement


compromise dans les plus grands établissements publics qui accueillent les quatre-cinquièmes de




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la population étudiante dont ils ne maîtrisent ni le nombre ni les capacités.


Le présent rapport est ordonné autour de six parties :


Dans un premier temps, sont passés en revue les mécanismes actuels de financement de


l’enseignement supérieur, formulation générale qui recouvre, en fait, l’enseignement supérieur


public. L’examen de séries chiffrées montre que l’Etat demeure le financeur quasi exclusif et, qu’en


termes financiers, son effort tend à diminuer au profit des niveaux scolaires situés en amont.


Une analyse documentée des prévisions en cours est ensuite réalisée à partir des travaux actuels


d’élaboration du PRODEC 2. La place du supérieur est étudiée et l’on constate qu’il n’est pas


possible de chiffrer la soutenabilité financière des évolutions prévues pour ce sous-secteur.


Un certain nombre d’IES publiques et privées sont ensuite examinées en détail afin de calculer des


coûts unitaires significatifs et d’étudier les possibilités de comparer les IES à statuts différents. Ce


travail a été mené à partir d’enquêtes qui ont montré, en particulier, les difficultés existantes dans


la collecte d’informations chiffrées sur les établissements.


D’autres développements sont consacrés aux financements innovants dans des contextes


différents : Afrique et pays du Nord. Quelles sont les expériences ? Sont-elles transposables au


Mali ?


Diverses stratégies sont alors proposées dans plusieurs domaines en partant de la situation actuelle


et en faisant des propositions précises visant à améliorer cette situation.


Enfin, un plan d’action est proposé pour mettre en œuvre la trentaine de propositions faites pour


disposer de solutions au cours des années 2019-2020.




Le présent rapport résulte d’un contrat passé entre le Projet d’Appui au Développement de


l’Enseignement Supérieur (PADES) et le Bureau d’Etudes, d’Evaluation et de Formation en


Education (BEEFE) suite à un appel d’offre international émis par le PADES. Il a été rédigé par MM.


Serge CUENIN, expert international en économie et planification de l’éduction, Bréhima


TOUNKARA, consultant et Koulougna Edmond DEMBELE, consultant. Les opinions émises ne


sauraient engager que ces rédacteurs.






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Ière partie : Les mécanismes de financement de l’enseignement supérieur malien




La présente étude prend en compte principalement les institutions d’enseignement supérieur (IES)


sous tutelle du ministère de l’Education Nationale (MEN) – anciennement Ministère de


l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS). Il faut souligner, d’emblée, que


le financement actuel des IES publiques est complexe et mal connu, à la fois par manque d’études


fouillées sur ce thème et par la difficulté d’accéder aux informations.


Très schématiquement, les ressources de ces IES publiques ont quatre grandes origines :


- Le financement étatique


- Les autres financements nationaux


- Les financements extérieurs


- Les ressources propres des établissements


Il est dressé ci-dessous une première typologie des sources et mécanismes de financement des IES


en insistant sur leurs principales caractéristiques. La question des financements innovants sera


développée par la suite à partir d’un certain nombre d’expériences africaines et du cas de la France


et du Québec.


A. Le financement étatique


A.1 Un financement déterminé en plusieurs étapes


A.1.1 Le cadrage à long terme


Il est opéré à l’occasion de l’élaboration du Programme Décennal de Développement de l’Education


(PRODEC). La préparation technique du PRODEC 2, actuellement en cours, est en phase terminale.


En s’appuyant sur l’analyse sectorielle réalisée en 2016-17 (RESEN) et sur des hypothèses de


financement qui se veulent à la fois ambitieuses et réalistes, un scénario a été retenu qui décline


l’évolution du système éducatif malien jusqu’en 2030 (voir deuxième partie). A cet effet,


l’enseignement supérieur a fait l’objet d’analyses et de discussions pour fixer un scénario qui (i)


prenne en compte la mise en place du système Licence, Master, Doctorat (LMD) dans les universités


et les grandes écoles, (ii) préserve au moins et même accroisse la qualité des formations tout en


accueillant des flux d’étudiants toujours plus importants.


A.1.2 Le cadrage à moyen terme


Dans le cadre de la réforme budgétaire récente, la gestion budgétaire est devenue pluri annuelle


et elle a été couplée avec la présentation du budget par programmes. Ainsi, le Document de


Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD) prévoit, pour une période de 3 ans, l’évolution


des crédits en fonction des objectifs stratégiques poursuivis.


En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les dépenses sont structurées ainsi en 4 programmes


et 9 actions :




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Programme 1 : Administration générale


Action 1 : Coordination et pilotage de la politique nationale d’Enseignement supérieur (ES)


et de Recherche scientifique (RS)


Action 2 : Gestion financière et matérielle


Action 3 : Mise en œuvre des actions de l’UNESCO et de l’ISESCO au Mali




Programme 2 : Développement de l’Enseignement supérieur


Action 1 : Orientation et suivi de la mise en œuvre de la politique en matière d’ES et de RS


Action 2 : Gestion des oeuvres universitaires


Action 3 : Mise en œuvre de la politique en matière d’enseignement supérieur




Programme 3 : Développement de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique (IT)


Action 1 : Mise en œuvre de la politique nationale en matière de Recherche Scientifique et


d’Innovation Technologique


Action 2 : Développement de la Recherche linguistique




Programme 4 : Financement de la Recherche et de l’Innovation technologique


Action 1 : Appui à la Recherche et à l’Innovation Technologique




Le tableau suivant regroupe les aspects financiers de ces programmes et actions. Les données


relatives à 2017 proviennent de l’avant-dernière édition du DPPD, les autres nombres étant tirés


de la dernière édition de ce document.


Tableau I.1 : Répartition des dépenses par programmes et actions


(Millions FCFA de 2017)


Programmes Actions 2017 2018 2019 2020


Administration
générale


1
2
3


Total


3 293
9 057


58
12 408


4 331
7 346


83
11 760


4 499
8 038


85
12 622


4 697
8 798


91
13 586


Développement de
l’Ens. supérieur


1
2
3


Total


2 486
22 315
38 825
63 625


2 560
22 807
44 243
69 610


2 795
22 714
45 098
70 606


2 692
22 984
45 685
71 362


Développement de la
Rech. Sc. et de l’Innov.


Technologique


1
2


Total


532
358
891


602
501


1 103


605
500


1 105


646
515


1 161


Financement de la
Rech. et de l’Innov.


Technologique
Total 2 333 2 617 2 783 2 962


TOTAL 79 257 85 090 81 580 87 115


Source : MEF/DGB : CBMT 2019-2021 – Classification analytique.


Un examen rapide des dépenses prévues montre qu’il y a trois grandes masses :




15 15

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15


- L’Administration générale : coordination, pilotage et gestion financière et matérielle (14% des


dépenses totales prévues en 2018).


- La gestion des œuvres universitaires (27% des dépenses totales en 2018).


- La mise en œuvre de la politique de l’enseignement supérieur (52% des dépenses totales en


2018) dont la moitié pour le paiement des salaires et des indemnités d’heures


supplémentaires.


En complément à cette présentation par actions, une classification des dépenses prévues est faite


par nature : personnel, biens et services, transferts et subventions, investissements. Cette


classification concerne les programmes et les actions.


Tableau I.2 : Présentation des dépenses prévues par programme et nature de la dépense


(Millions FCFA de 2017)


Programmes Nature des dépenses 2017 2018 2019 2020 2021


Ensemble des
programmes


Personnel
Biens et Services
Transferts & Subventions
Investissement
Total


19 482
14 595
28 478
16 762
79 257


6 894
2 044


58 880
17 272
85 090


6 894
2 504


60 546
11 636
81 580


7 519
2 635


60 567
16 394
87 115


8 084
2 739


61 247
17 001
89 071


Sources : DPPD.


Les dépenses courantes représentent la part principale des dépenses prévues : environ 80%. En


2018, il y a eu un changement de nomenclature : les dépenses de personnel et les biens et services


des IES ont été transférés sous la rubrique « Subventions ».


La notion d’investissement est assez extensive puisqu’elle inclut tout le financement de la


Recherche et de l’Innovation technologique avec principalement le financement des projets pour


2,3 à 3 milliards FCFA par an.


L’exercice 2019 se caractérise par une diminution sensible des dépenses prévues : - 4%, soit 3,5


milliards FCFA. La baisse concerne surtout les investissements (- 5,7 milliards FCFA). Il faudra


attendre 2021 pour qu’ils retrouvent leur niveau de 2018. Toujours en 2019, les dépenses


courantes progressent, en monnaie constante, de 1,5 milliards FCFA (+ 3%) par rapport à 2018.


Outre cette baisse des investissements en 2019, on remarquera, dans les dépenses courantes


prévues, la stagnation des crédits destinés aux œuvres universitaires malgré une progression


sensible attendue du nombre d’étudiants. Si le montant de la bourse reste constant, le nombre de


bénéficiaires devrait baisser sauf à réduire significativement les autres postes de dépense. On


remarquera que, pour 2019, le paiement des bourses et trousseau des étudiants nationaux


représentera 15,7 milliards FCFA (69% du coût des œuvres) et l’acquisition de matériels


didactiques, pédagogiques et autres dépenses liées 4,2 milliards FCFA (19%) soit 88% du coût des


œuvres pour ces deux postes.


La stabilisation des dépenses prévues pour les œuvres universitaires sur cinq exercices budgétaires


conduit à une baisse de leur part dans le total des dépenses de l’enseignement supérieur (hors


recherche) qui devrait passer de 29,3% % en 2017 à 27,3% en 2020.





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16


A.2 L’évolution du financement étatique de l’éducation et de l’enseignement supérieur


Les ressources d’origine étatique dont bénéficie l’enseignement supérieur sont déterminées à la


suite de choix politiques relatifs au montant du budget de l’Etat et de celui de l’enseignement


supérieur et de la recherche scientifique (ESRS). Ces choix sont davantage révélés lorsque l’on


examine la place de l’ESRS dans le budget du secteur éducation même si le périmètre de ce secteur


a pu changer à la marge au cours des dernières années.


A la base, il y a donc le budget de l’Etat dont les ressources évoluent principalement en fonction (i)


de la pression fiscale mesurée par rapport au PIB, (ii) des recettes non fiscales de l’Etat


(relativement faibles) et (iii) de l’aide budgétaire globale extérieure qui peut varier en fonction de


la situation du Mali.


D’un autre côté, si les prévisions budgétaires révèlent les objectifs poursuivis par les responsables


politiques, leur examen doit être complété par celui de l’exécution budgétaire des dépenses


prévues. Cette dernière est fournie par les comptes administratifs qui ne sont publiés qu’après un


long délai (au moins un an). On peut cependant recourir aux rapports provisoires sur l’exécution


budgétaire en fin d’année civile et qui sont publiés généralement durant l’année suivante. Il s’agit


là de crédits effectivement liquidés dont le montant peut être parfois assez éloigné des prévisions.


On a, en effet, la séquence suivante : (1) programmation pluriannuelle, (2) projet de budget élaboré


par le gouvernement, (3) loi de finances votée par l’Assemblée Nationale, (4) loi(s) de finances


rectificative(s) qui, pour l’enseignement supérieur, se sont souvent traduites par une baisse des


crédits au cours des dernières années, (5) dotation (initiale et parfois révisée), (6) engagement, (7)


liquidation. Le tableau I.3 ci-après résume les évolutions des grandeurs significatives et pertinentes


pour la présente étude.


Tableau I.3 : Evolution des éléments de cadrage des dépenses d’éducation


au travers du PIB et du budget de l’Etat




2013 2014 2015 2016 2017


PIB réel (milliards FCFA de 2017) 7 399 7 927 8 436 8 522 8 928


Budget de l’Etat exécuté
(milliards FCFA de 2017)


1 493 1 576 1 704 1 915 2 216


Budget Etat / PIB 20% 20% 20% 22,5% 25%


Sources : PIB : Autorités maliennes et estimations du FMI.


Budget : Ministère de l’Economie et des Finances / Direction Générale du Budget.




On constate que le budget de l’Etat s’est accru de près de 50% en monnaie constante et qu’il


représente une part croissante du PIB qui, lui-même, s’est accru de 21% en 4 ans, toujours en


monnaie constante.


Dans un deuxième temps, il convient d’examiner la place des dépenses d’éducation dans le budget


de l’Etat (Tableau I.4).


Les travaux prospectifs consacrés à l’élaboration du PRODEC 2 et les RESEN sont l’occasion


d’évaluer l’effort financier public en direction de l’éducation. Cet effort est mesuré de deux façons :


(i) par la part des dépenses publiques d’éducation dans le PIB et en comparaison avec des pays de




17 17

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17


la sous-région (ii) par la part du budget de l’Etat et des collectivités allant à l’éducation avec,


toujours, la comparaison avec les pays de la sous-région.


L’effort public pour l’éducation se réfère d’abord aux dépenses d’éducation sur financement


national, c’est-à-dire hors appuis budgétaires extérieurs bien identifiés (ABS et BSI extérieur). Cet


effort est mesuré par le ratio suivant : dépense nationale d’éducation sur financement national /


PIB. Ce ratio s’est accru entre 2006 et 2015, passant de 3,2% à 3,8%.


Un tel effort mérite d’être souligné. Au sein de la CEDEAO, la moyenne observée entre 2010 et 2014


était de 25,4% contre environ 31% au Mali. Seul le Sénégal faisait un effort supérieur avec 35,3%


en 2013.


Ainsi, relativement aux autres pays de la sous-région, le Mali accorde une grande priorité


budgétaire à l’éducation. Il sera difficile, dans cette période d’incertitudes en matière de sécurité,


d’aller bien au-delà de ces pourcentages. On constate même une diminution de la part des


principales composantes de l’éducation dans la période récente (Tableau I.4 ci-après)


Une marge de manœuvre peut cependant être recherchée au niveau de la pression fiscale : si le


gouvernement malien accorde toujours la même priorité à l’éducation dans les prochaines années,


le montant correspondant peut s’accroître, hors inflation, si les recettes fiscales augmentent


sensiblement. Les données disponibles montrent en effet que le gouvernement pourrait encore


accroître ses ressources d’origine nationale car le taux de pression fiscale, s’il s’est accru d’un point


entre 2005 et 2015 – passant de 15,4% du PIB à 16,4% - reste encore inférieur au taux recommandé,


et donc pas hors de portée, par l’UEMOA qui est de 17%. Un meilleur recouvrement des impôts


pourrait le permettre. On soulignera que le scénario retenu actuellement dans le PRODEC 2 table


sur un taux de pression fiscale de 18% en 2030.


En résumé, en maintenant son effort budgétaire pour l’éducation et en accroissant les recettes


fiscales par un meilleur recouvrement des impôts et/ou par une croissance économique soutenue,


des ressources supplémentaires pourraient être trouvées pour l’éducation.


Les données fournies par la Direction Générale du Budget pour la période 2010-2017 et examinées


ci-dessous ont le mérite de la cohérence, ce qui n’est pas toujours le cas dans les séries chiffrées.


Ces données se réfèrent à trois composantes : le budget de l’Etat, celui de l’Education de base et


celui de l’Enseignement supérieur. Les statistiques globales utilisent souvent le concept d’Education


dont le périmètre peut varier dans le temps ; ce n’est pas le cas ici. On comparera donc l’ensemble


des budgets de l’Education de base et de l’Enseignement supérieur au budget de l’Etat puis le


budget de l’Enseignement supérieur à l’ensemble Education de base + Enseignement supérieur.













18 18

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18


Tableau I.4 : Evolution des dépenses d’éducation et mesure de l’effort national en


faveur de ce secteur (milliards FCFA courants)




2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017


Budget Etat (exécuté) : A 1 064 1 269 919 1 403 1 491 1 632 1 890 2 216


Budgets Education de base +
enseign. supérieur (exécutés) : B


199 256 226 242 267 315 317 363


B/A 19% 20% 25% 17% 18% 19% 17% 16,4%


21% 17,5%


Budget enseignement supérieur
(exécuté) : C


73 73 69 84 88 90 88 108


C/B 37% 29% 31% 35% 33% 29% 28% 30%


32% 29%


Source : Direction Générale du Budget.


En premier lieu, on observe que, sur les huit années suivies, la part des deux grandes composantes


de l’Education dans le budget de l’Etat diminue : de 21% entre 2010 et 2013 à 17,5% entre 2015 et


2017. La forte hausse du budget de l’Etat au cours des deux derniers exercices budgétaires explique


en grande partie cette diminution mais pas totalement. La situation en 2018 sera intéressante à


observer : va-t-elle confirmer ou infirmer cette tendance ?


En second lieu, la part de l’Enseignement supérieur dans la dépense d’éducation, définie ici plus


restrictivement que dans d’autres statistiques mais de façon homogène, tend elle aussi à baisser :


de 32% pour les trois premières observations à 29% pour les trois dernières. Le degré de priorité de


l’enseignement supérieur se mesure à la part de ce sous-secteur dans les dépenses publiques


d’éducation et, particulièrement, les dépenses courantes qui en représentent une très forte


majorité (en moyenne 85% des dépenses totales d’éducation sur financement national entre 2006


et 2015 selon nos calculs) et qui évoluent généralement d’une manière plus régulière que les


dépenses d’investissement.


En matière d’éducation, la priorité est accordée à l’enseignement fondamental qui doit accueillir


chaque année une part croissante des classes d’âge concernées afin d’arriver le plus rapidement


possible à la scolarisation universelle effective. On constate cependant que la part du budget de


l’Education de base dans le budget de l’Etat tend elle aussi à diminuer légèrement sur la période


d’observation.


En résumé, étant donné la priorité constamment réaffirmée en faveur de l’enseignement


fondamental et, en conséquence, du niveau secondaire qui devra accueillir toujours plus d’élèves en


se diversifiant aux plans technique et professionnel particulièrement coûteux, on peut estimer, qu’au


mieux, l’enseignement supérieur maintiendra sa part dans le partage des ressources publiques


allouées à l’éducation.


Ainsi, comme on l’a noté plus haut, une croissance - hors inflation - des crédits publics pour ce niveau


ne pourra venir que d’une croissance économique plus forte et/ou d’un meilleur recouvrement des


taxes et impôts par l’Etat.





19 19

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19


A.3 La gestion des crédits votés


Si l’on examine à présent l’incidence concrète des différences entre dotations et exécution, force


est de constater que cela représente des sommes non négligeables. Le document « Rapport sur la


situation d’exécution du budget de l’Etat au 31 décembre… » permet de calculer le taux d’exécution


du budget qui est le rapport des crédits liquidés aux dotations révisées. Par exemple, pour 2017, le


taux d’exécution pour l’enseignement supérieur public a été de 97% % contre 95 % en 2016 avec


un périmètre légèrement différent : une grande école était encore sous la tutelle d’un autre


ministère en 2016. Les principales composantes analysées dans l’étude figurent dans les tableaux


ci-dessous :




La ligne « Différence » indique les sommes qui n’ont pas pu être dépensées pour différentes raisons


qui seront explicitées plus bas. On constate une amélioration du taux d’exécution des dépenses


courantes et des variations sensibles au niveau de l’exécution des crédits destinés à


l’investissement.


Le tableau suivant détaille la situation pour les trois grandes composantes, en termes financiers, de


l’enseignement supérieur. On soulignera que le taux d’exécution des dotations budgétaires révisées


du CENOU est particulièrement élevé.




2014 2015 2016 2017 2014 2015 2016 2017


Universités (1) 83% 95% 97% 96% 3 612 1 108 761 1 108


Grandes Ecoles (2) 98% 95% 96% 98% 117 342 321 157


CENOU 100% 98% 96% 99% 41 548 686 100


Total 3 770 1 998 1 768 1 365


(1) Sans l'université de Ségou en 2014.


(2) 5 grandes écoles en 2016, 6 en 2017.


(3) En millions FCFA courants.


Source : Nos calculs d'après le Rapport d'exécution cité.


Composantes
Taux moyen d'exécution Sommes non dépensées (3)


Tableau I.7 : Détail des taux d'exécution du budget de l'Etat pour 3 composantes


de l'enseignement supérieur




20 20

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20


Une analyse plus détaillée de gestion des ressources conduit à mettre l’accent sur certains points


qui font régulièrement l’objet de discussions – parfois âpres – entre le ministère en charge du


Budget et les structures de l’enseignement supérieur.


C.1 La pratique des « réserves »


On observe la mise en réserve systématique de 5% des crédits votés. Ceci n’est pas forcément


critiquable mais peut le devenir si, systématiquement, les sommes correspondantes ne sont pas


versées aux structures concernées.


C.2 Les rétentions de crédits


Au cours de l’année budgétaire, des rétentions de crédits par le ministère en charge du budget


peuvent avoir lieu sans explication. Ici, également, elles sont rarement débloquées complétement.


C.3 Délais très/trop longs


Il existe un délai jugé trop long par les structures concernées pour connaître le montant exact des


notifications révisées des crédits. Ceci réduit d’autant les délais pour consommer ces crédits et


pousse à une accélération de leur consommation avant la date limite d’engagement des dépenses.


L’année 2018 a été particulièrement exceptionnelle en termes de raccourcissement des délais pour


la consommation des crédits puisque les structures ont été informées le 15 octobre que la date


limite d’engagement des dépenses serait fixée au 1er novembre au lieu du 30 novembre


habituellement. Il a été observé un double rétrécissement du temps pour engager les dépenses :


retard dans l’annonce du montant révisé des crédits disponibles et avancement précipité d’un mois


de la date limite d’engagement.


Ainsi, d’après les données disponibles à la Direction des Finances et du Matériel (DFM) en charge


de certaines opérations pour l’enseignement supérieur et qui concernent l’ensemble des structures


de l’enseignement supérieur à l’exception du CENOU, de l’IPR/IFRA et du CERFITEX, au 15 novembre


2018, le ratio crédits engagés / crédits notifiés s’élevait à 87,1%. Donc, au mieux, ce dernier chiffre


sera le taux d’exécution pour 2018, taux calculé habituellement à partir des crédits liquidés. Or, au


15 novembre, le taux réel d’exécution reposant sur les crédits liquidés à cette date était égal à 72%.


On est donc loin du taux de 97% calculé pour 2017.


C.4 D’autres longs délais


On observe également de longs délais pour que les crédits notifiés soient effectivement disponibles


sur le compte bancaire des structures de l’enseignement supérieur.


C.5 Une fongibilité limitée


On constate que la fongibilité entre les lignes budgétaires n’est pas complète pour certaines d’entre


elles. Il n’est donc pas toujours possible d’utiliser les crédits disponibles dans un chapitre budgétaire


pour financer des dépenses urgentes rattachées à un autre chapitre. Par exemple, les excédents du


chapitre Communication & Energie ne peuvent pas être utilisés pour financer des déficits dans


d’autres chapitres, ce qui n’est pas une incitation à faire des économies d’énergie.





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21


B. Les autres financements nationaux


Outre l’Etat, deux autres sources nationales de revenus pour les IES ont été examinées, à savoir les


entreprises et les ménages.


B.1 Les entreprises


On dispose d’une estimation de leur contribution dans l’enseignement professionnel à travers le


Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA) résultant d’un


partenariat entre le gouvernement et le Conseil National du Patronat Malien (CNPM). La taxe de


formation professionnelle (TFP : 2% de la masse salariale) que les entreprises payent au FAFPA peut


financer une formation supérieure des agents des entreprises qui en font la demande mais à


condition que ce soit une formation continue et non initiale et qu’elle réponde à l’exercice d’une


nouvelle fonction ou d’une nouvelle activité (cas d’adaptation au poste de travail, d’adaptation à


de nouvelles technologies ou démarrage de nouvelles activités).


Le FAFPA, créé en 1997, est un établissement public à caractère administratif et constitue l’outil


privilégié de financement de la formation continue pour les entreprises privées. La présidence du


conseil d’administration du FAFPA est assurée par le Conseil National du Patronat Malien et sa


mission essentielle est de « contribuer à la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en


matière de formation professionnelle qualifiante, continue et par apprentissage ». Ses objectifs


sont, entre autres, (i) améliorer le niveau de qualification de la main-d’œuvre locale afin de


répondre aux besoins du marché de l’emploi ; (ii) renforcer et développer les compétences des


ressources humaines des entreprises ; (iii) améliorer la qualité et la capacité des organismes de


formation professionnelle afin de répondre aux exigences du marché de l’emploi et (iv) faire


participer les opérateurs économiques au financement de la formation de leurs employés.


Pour le financement des formations des agents d’entreprises au supérieur, le FAFPA exige des


entreprises demandeuses de présenter les motivations (exercice de nouvelle activité, adaptation


au poste de travail, adaptation à de nouvelles technologies) de la formation et de s’engager à


employer l’agent à la fin de la formation. Ainsi, durant l’année académique 2017-2018, le FAFPA a


participé au financement de la formation au supérieur de sept (7) agents d’entreprises dont deux


(2) dans des IES privées de Bamako, trois (3) en France, un (1) à Dakar (Sénégal) et un (1) en Inde


dans diverses filières telles que Finance Management et Management International ; Information


Technology and Business Management ; Santé Publique, Travail, Environnement ; Gestion des


services de santé ; Neurologie ; Echographie et imagerie non invasive cardiaque et vasculaire


méditerranéenne. Le coût total de ces formations était de 47 millions FCFA sur lequel la part payée


par le FAFPA a été de 33 millions FCFA, soit 69% du coût de la formation.


Cependant, les entreprises estiment que les procédures de mobilisation des fonds du FAFPA sont


très lentes et c’est pourquoi, très souvent, elles préfèrent financer sur fonds propres la formation


de leurs agents dans le supérieur. Dans de tels cas précis, elles s’adressent plutôt à l’enseignement


supérieur privé qu’à l’enseignement supérieur public. Par exemple, de 2010 à 2017, la Chambre de


Commerce et d’Industrie ainsi que certaines entreprises affiliées au Conseil National du Patronat


du Mali ont financé la formation de certains de leurs cadres dans des universités privées de la place.




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22


Toutefois, les entreprises, par la voix du CNPM, déclarent être prêtes à financer dans les IES


publiques des formations pour des effectifs réduits dans des filières telles que : Agro–industrie,


Nouvelles technologies, Energies renouvelables, Mines et Carrières.


C’est d’ailleurs pour cela que le Conseil National du Patronat vient de signer en novembre 2018 des


conventions de collaboration avec les quatre universités de Bamako. Selon les termes de ces
conventions, le Conseil National du Patronat du Mali s’engage avec chacune des quatre universités
à :
- mettre en place un cadre permanent et périodique de concertation ;


- élaborer des projets conjoints de recherche ;


- participer à l’organisation de colloques et conférences sur des thèmes convenus avec


l’accompagnement du Centre d’Etudes et de Réflexion au Mali (CERM).


De façon spécifique, le CNPM a pris des engagements particuliers avec trois universités de Bamako ;


il s’agit :


1. Pour l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako (USJPB) : « participer à


la mise en place d’une Clinique juridique et de l’école d’été des laboratoires selon des


modalités convenues d’accord parties ».


2. Pour l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB) :


a) « l’échange d’équipements de formation et de recherche » ;


b) « l’échange d’expérience en matière de gestion administrative et pédagogique»;


c) « toute autre activité convenue d’accord parties ».


3. Pour l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) :


a) objectif de la convention : « renforcer les relations entre l’université et le milieu


socio- économique dans le but d’améliorer l’employabilité des étudiants et de


promouvoir l’innovation, l’esprit d’entreprise et de créativité par des formations


professionnelles mieux adaptées aux besoins d’emploi du secteur privé ».


b) engagements :


- b1. « faire participer les experts/compétences du secteur privé dans les


activités d’enseignement (travaux pratiques, travaux dirigés…) et


dans la révision des offres de formation» ;


- b2. « appuyer toutes autres initiatives allant dans le sens de l’amélioration


de la gouvernance universitaire, de la qualité des


produits de l’université et du développement du secteur privé ».


c) financement des actions : « Pour couvrir les frais entraînés par la réalisation des


actions, conformément aux modalités de financement convenues dans leurs


termes de référence, chaque partie contractante mobilisera les ressources


matérielles et financières nécessaires ».




La signature de ces conventions augure, d’une part, d’une très proche participation du Conseil


National du Patronat Malien au financement de l’enseignement supérieur public et, d’autre part,


d’une plus grande ouverture de l’université au monde du travail. Quand les entreprises seront


impliquées dans l’élaboration des contenus d’enseignement, elles seront alors mises en confiance


et pourront accueillir des étudiants stagiaires.





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23


La mise en œuvre effective de ces conventions renforcera assurément la synergie tant recherchée


entre le secteur économique malien et l’université pour une meilleure réponse aux préoccupations


du marché de l’emploi et aux besoins socio-économiques du pays.




En plus du FAFPA, les entreprises disposent d’un autre outil de financement de la formation de leurs


agents au supérieur : il s’agit de l’INPS, à travers le Centre de Perfectionnement et de Reconversion


(CPR) de l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE). Le CPR a été créé depuis 1966 et a pour mission


« l’organisation de la formation et du perfectionnement-reconversion des agents en cours d’emploi


des services publics, parapublics et privés et l’encadrement de tout groupe en quête de formation


continue ». On accède au CPR sur demande de son employeur et après avoir été reçu au concours


d’entrée organisé à Bamako et dans les régions. L’agent reçu au concours ne paye rien directement


pour sa formation car, étant affilié à l’INPS, 1% est prélevé mensuellement sur son salaire pour la


formation. C’est avec ces ressources que l’INPS assure le financement de la formation continue des


admis au CPR en vue de l’amélioration de la qualité des ressources humaines de tous secteurs


confondus. Pendant longtemps, le CPR a formé les agents pour des diplômes nationaux de niveau


secondaire (Certificat d’Aptitude Professionnelle, Brevet de Technicien) et parfois de niveau


supérieur (DUT Finance).




A partir de 2010, suite à une demande du Conseil National du Patronat Malien (qui occupe 4 sièges


dans le Conseil d’Administration), entérinée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la


Recherche Scientifique, le CPR a ouvert un cycle supérieur de licence professionnelle dans deux


filières appliquant le LMD. Ces filières sont (i) Création et gestion d’entreprise (option finances


comptabilité), (ii) organisation et gestion des organisations (option gestion des ressources


humaines) et les enseignants sont tous des prestataires et non du personnel permanent. La fin de


la formation est sanctionnée par l’élaboration et la soutenance d’un mémoire dont le thème a été


choisi d’un commun accord avec l’employeur. La première cohorte admise au concours a démarré


les cours durant l’année académique 2012-2013 et, aujourd’hui, la septième cohorte (2018-2019)


est en fin de premier semestre avec un effectif de 80 étudiants dont 40 dans chaque filière. La


sixième cohorte (2017-2018) comportait également le même effectif global et le même effectif


pour chaque filière. Les coûts totaux de formation cumulés des deux dernières cohortes s’élèvent


à 142 millions FCFA dont 61 millions FCFA pour 2016-2017 et 81 millions FCFA pour 2017-2018.


B.2 Les ménages


Leur financement est connu grâce aux enquêtes effectuées périodiquement. Les résultats de la


dernière, à notre connaissance, ont été publiés dans le RESEN 2017. Il s’agit de l’enquête EACI


(Enquête Agricole de Conjecture Intégrée) conduite en 2014.


Cette enquête a permis d’estimer que la dépense moyenne par étudiant en 2015 était égale à


83 500 FCFA avec une forte différence entre l’enseignement public et l’enseignement privé : 58 700


FCFA dans le premier et 248 000 CFA dans le second, soit environ 4 fois plus. Il s’agit de l’argent


dépensé par les familles pour les frais occasionnés par une année passée dans une


institution d’enseignement supérieur : frais d’inscription, scolarité, transport, logement,


restauration, etc. Il ne s’agit pas du coût réel puisque celui-ci englobe les aides publiques diverses,


dont les bourses en premier lieu.




24 24

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24


Ces données étant un peu anciennes, elles peuvent varier dans l’enseignement privé avec la


création récente de nouveaux établissements demandant des frais plus élevés et parfois par une


revalorisation sensible des frais demandés par certains établissements plus anciens. D’un autre


côté, on peut estimer la dépense globale des familles en 2015 pour leurs enfants inscrits dans


l’enseignement supérieur public car on connaît le nombre d’étudiants recensés cette année-là dans


l’enseignement supérieur public : 75 590. Si l’on suppose que ce nombre correspond à l’effectif réel


d’étudiants, la dépense correspondante sera estimée à 75 590 x 58 700 FCFA = 4,4 milliards FCFA.


A cette somme, on doit ajouter la dépense pour les étudiants inscrits dans les établissements privés


- mais on ne connaît pas ce nombre – tout en sachant que 1 000 étudiants dans l’enseignement


privé coûteraient environ 250 millions FCFA à leurs familles. Un rapide sondage a amené à retenir


le nombre de 4 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur privé en 2015, soit une


dépense familiale totale égale à 1 milliard FCFA.


Ainsi, à supposer qu’il y avait bien 75 590 étudiants physiques régulièrement inscrits dans


l’enseignement supérieur public et suivant les enseignements dispensés, la dépense totale pour les


ménages pourrait être estimée à 4,4 + 1 = 5,4 milliards FCFA. Cependant, étant donné que l’année


suivante (2015-16) seulement 59 000 étudiants étaient enregistrés dans les IES publiques, on est


fortement tenté d’estimer qu’un nombre non négligeable d’étudiants étaient fictifs en 2015 : peut-


être 20 000 ? Ceci diminuerait alors la contribution des familles de 1,7 milliard FCFA et conduirait à


une estimation de cette contribution égale à 3,7 milliards FCFA. Pour 2017, en supposant une


hausse des prix égale 4 % par rapport à 2015, la dépense des familles pour leurs enfants inscrits


dans les IES publiques peut être estimée à 61 000 FCFA x 85 300 = 5,2 milliards FCFA auxquels il faut


ajouter une estimation des dépenses liées aux inscriptions dans l’enseignement supérieur privé :


258 000 FCFA x 6 000 = 1,5 milliard FCFA. Le coût total pour les familles en 2017 pourrait alors être


voisin de 6,7 milliards FCFA, ce qui n’est, bien sûr, qu’un ordre de grandeur.


En ce qui concerne les IES privées, les données recueillies pour l’année 2017-18 montrent que les


frais à la charge des familles sont nettement plus élevés que la moyenne citée plus haut. Par


exemple, des études en licence pourront coûter entre 600 000 FCFA et 1 650 000 FCFA sans compter


les frais d’intendance : nourriture, logement, transport, etc.


Il s’agit là d’écoles reconnues avec des diplômes rendant l’insertion professionnelles plus facile qu’à


l’issue d’autres études. Parmi la centaine d’autres écoles supérieures privées recensées, beaucoup


demandent des frais d’inscription et de scolarité nettement moins élevés. Il faut également


compter avec la prise en charge gratuite d’étudiants classés comme « cas sociaux » et dont le


nombre pourrait, aux dires des responsables de l’enseignement supérieur privé, varier de 20% à


40% des effectifs.




C. Les financements extérieurs


On peut distinguer trois grandes origines à ces financements :


- La coopération multilatérale


- La coopération bilatérale


- Les autres formes (via des ONG sur leurs fonds propres, par exemple)




25 25

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25


Ce financement peut prendre cinq formes regroupées ci-dessous en trois catégories :


- Appui budgétaire général


- Appui budgétaire sectoriel


- Inscription au BSI de l’Etat


- Appui projets


- Assistance technique


C.1 Les appuis budgétaires


C.1.1 L’appui budgétaire général (ABG)


Il est versé à l’Etat qui l’utilise où bon lui semble. L’enseignement supérieur peut en bénéficier mais


on ne le sait pas puisque les sommes correspondantes ne sont pas affectées. Les sommes


correspondantes sont donc comptabilisées comme des dépenses étatiques.


C.1.2 L’appui budgétaire sectoriel (ABS)


Il a été institué en 2006 au Mali et concerne principalement les premiers niveaux du système


éducatif. Ce mode de financement s’est rapidement développé puis, à la suite de difficultés


rencontrées dans sa mise en œuvre, il s’est fortement réduit.


C.1.3 Le Budget Spécial d’Investissement (BSI extérieur)


Dans le budget de l’Etat, une partie des dépenses d’investissement est financée sur le BSI qui


comprend deux parties : le BSI intérieur (financement national) et le BSI extérieur (financement


extérieur). Dans l’éducation, ce dernier a connu une baisse à partir de 2010 et même un arrêt en


2012 et 2013 suite à la crise politique. Ce mode de financement, bien identifié dans le budget de


l’Etat, a repris timidement en 2014 et plus nettement à partir de 2015. Pour sa part, l’enseignement


supérieur a peu bénéficié de ce BSI dont l’utilisation dépend conjointement des responsables


nationaux et des PTF concernés.


C.2 Les appuis projets


Ils ont été pendant longtemps la principale source de financement aux côtés de l’assistance


technique.


Ici également, comparativement aux autres niveaux d’enseignement, l’enseignement supérieur a


peu bénéficié de projets au cours des dernières années, la priorité allant au financement de


l’éducation fondamentale. Toutefois, en termes financiers, la part de l’enseignement supérieur


s’est accrue. Ces projets mobilisent aussi des fonds étatiques de contrepartie qui, budgétairement


parlant, sont séparés des autres dépenses budgétaires. Le tableau ci-dessous est construit à partir


des informations figurant dans le « Rapport de Suivi Technique et Financier » publié chaque année


par la CPS.


La gestion des projets est diversifiée : (i) par l’entité bénéficiaire, (ii) par le bailleur lui-même ou


encore (iii) par une structure tierce : ONG, par exemple, lorsqu’elle est spécialisée dans le domaine


du projet et que le bailleur lui fait confiance pour mener à bien les activités prévues sous réserve


d’un contrôle de sa part.




26 26

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26


A la lecture du tableau I.7 ci-après, outre les valeurs absolues des flux financiers, on soulignera


plusieurs points :


- Les montants figurant dans ce tableau n’incluent pas les fonds de contrepartie financés par


le ministère en charge de l’enseignement supérieur.


- Ne sont pas comptabilisés les investissements chinois pour l’édification du campus de


Kabala.


- Ces crédits ne concernent que l’enseignement supérieur dont le « poids » dans l’ensemble


des flux financiers pour l’éducation varie du simple au double en cinq ans : 15% en 2013,


19% en 2014, 32% en 2016 et 21% en 2017.


- L’évolution des crédits exécutés a connu des variations importantes avec un pic en 2016.


- La part des crédits exécutés du secteur éducation allant à l’enseignement supérieur,


mesurée ici par le « poids » de l’enseignement supérieur, a aussi sensiblement varié sans


que l’on puisse en déduire une tendance.


- Les écarts entre prévisions et réalisations ont atteint, en 2017, le montant de 13 milliards


FCFA. Les résultats pour 2018, connus sans doute en avril 2019, devraient montrer si une


partie de ces sommes a pu être utilisée. S’il n’y a pas de rattrapage, on peut en déduire que


les prévisions sont irréalistes et/ou que la gestion est déficiente.




Tableau I.7 : Evolution des flux financiers récents en direction de l’enseignement


supérieur – Exécution des crédits (Millions FCFA courants)




2013 2014 2015 2016 2017 2018


TOTAL exécution (2) 3 367 5 406 ND 25 381 8 213 ND


Rappel prévisions
Taux d’exécution


3 207
99%


8 295
65%



29 933


85%
21 293


39%


(1) Hors assistance technique.


(2) D’après les RSTF élaborés par la CPS pour les revues sectorielles.


C.3 L’assistance technique (AT)


Pendant longtemps, elle a représenté une forme d’appui efficace le plus souvent mais coûteuse. A


présent, elle est très réduite et ne concerne que quelques bailleurs pour l’enseignement supérieur.


On ne l’estimera pas ici car il s’agit d’une ressource affectée pour laquelle la structure bénéficiaire


n’a aucune marge de manœuvre sauf à l’accepter ou à la refuser.


Au total, les financements extérieurs en direction de l’enseignement supérieur ont évolué ainsi que


le montre le tableau ci-dessous :




Tableau I.8 : Evolution des dépenses d’éducation sur financement extérieur


pour l’enseignement supérieur (Milliards FCFA courants)




Années


Financements extérieurs
inscrits au budget


Appui
projets


Total


ABS BSI Ensemble


2008 19,5 10,9 30,4 33,2 63,6




27 27

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27


2009 9,9 13,9 23,8 24,7 48,5


2010 9,3 9,5 18,8 28 46,8


2011 11,1 8,9 20 14,1 34,1


2012 - - - 1,1 1,1


2013 - - - 1,3 1,3


2014 - 0,9 0,9 14,2 15,1


2015 4,3 11,3 15,6 21,1 36,7
Source : Rapports de Suivi Technique et Financier de la CPS.




D. Les ressources propres des IES publiques


Cette forme de financement est peu répandue au Mali, situation qui peut s’expliquer par l’action


de plusieurs facteurs parmi lesquels on peut citer :


- Elle n’est pas vraiment envisagée comme une source importante de revenus.


- Les membres de la communauté éducative (enseignants principalement) peuvent se


procurer des ressources sans en rendre compte à l’institution dont ils dépendent


(consultations, formations, etc.).


- Cette institution ne demande généralement pas de comptes à ces membres alors qu’elle


pourrait en tirer un profit.


- Ceci nécessiterait de mettre en place une structure administrative dédiée à cette recherche


de fonds avec des profils de postes différents de ceux des personnels universitaires.


Les enquêtes réalisées auprès de certaines universités et grandes écoles publiques ont montré deux


choses à propos des ressources propres : (i) un fort pourcentage de non réponses et (ii) cela


concerne des sommes relativement faibles. Il s’agit, généralement, des recettes issues des frais


payés par les étudiants et dont la fixation du montant échappe aux IES publiques puisqu’il est décidé


par le gouvernement. Pour les universités, ce montant (5 000 FCFA), très faible, n’a pas été


revalorisé depuis de nombreuses années.


Ce mode de financement n’est pourtant pas à négliger.










E. Récapitulation des financements de l’enseignement supérieur


A la suite des développements précédents, il a été procédé au chiffrage de l’estimation des


financements de l’enseignement supérieur. Compte tenu des incertitudes mentionnées au sujet du


montant attribué à chaque source de financement, le tableau suivant donne un ordre de grandeur.


Tableau I.9 : Estimation de l'évolution des financements de l'enseignement
supérieur public (Milliards FCFA courants arrondis)




28 28

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28


2011 2012 2013 2014 2015


Dépenses publiques sur
financement étatique


Montant 73 69 84 88 90


% 70 99 99 85 68


Dépenses sur financement
extérieur


Montant 34 1 1 15 37


% 30 1 1 15 28


Dépenses des ménages
(estimations)


Montant ND ND ND ND 5


% 4


Ressources propres (1)
Montant ND ND ND ND ND


%


Ensemble
Montant 104 70 85 103 132


% 100% 100% 100% 100% 100%
NB : Les % sont calculés par rapport aux montants disponibles actuellement et ne devraient pas beaucoup


évoluer avec l’inclusion d’une estimation des dépenses des ménages. Quant aux ressources propres,


aucun montant ne figure faute d’informations fiables disponibles actuellement.


(1) Pour les universités et la plupart des grandes écoles publiques, une grande partie des ressources


propres vient des ménages à travers le paiement des frais. Il y a donc risque de doubles comptes.




L’évolution reconstituée sur cinq années montre la primauté du financement étatique national dans


l’enseignement supérieur. En 2015, le financement extérieur a presque retrouvé sa position relative


de 2011, avant la crise.


___________________________





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29


IIème partie : Les prévisions à long terme pour l’enseignement supérieur




S’interroger sur le financement ne dispense pas d’analyser le mode de création des coûts qu’il


faudra financer. Chercher des financements supplémentaires et alternatifs sans analyser la


formation des coûts revient à ne parcourir qu’une partie du chemin permettant d’arriver au but


fixé puisqu’il est alors supposé, implicitement, que l’organisation et le fonctionnement de


l’enseignement supérieur sont optimaux, ce qui demande à être prouvé.


Parmi les facteurs qui déterminent une grande partie des coûts dans ce sous-secteur on citera :


- les choix de filière des étudiants, dès l’enseignement secondaire ;


- les résultats académiques des étudiants, du baccalauréat à la progression dans le cursus


universitaire avec plus ou moins de redoublements et d’abandons ;


- l’organisation des enseignements avec, notamment, l’encadrement pédagogique qui


représente la majorité des coûts ;


- les aides sociales aux étudiants, en particulier la distribution, la réduction et la suppression


des bourses ;


- les matériels pédagogiques sous différentes formes ;


- la logistique : disponibilité de locaux adaptés, de personnel non enseignant et de biens et


services.


Selon les choix faits par les décideurs, les coûts – donc les financements induits – pourront varier


fortement. Pour cette raison, il convient d’analyser d’abord le processus de planification en cours


de finalisation (PRODEC 2) dans sa partie concernant l’enseignement supérieur public. On passera


ensuite en revue les possibilités de financement retenues par les planificateurs pour déterminer la


soutenabilité financière de ce programme.


Les développements ci-dessous sont donc issus du document de travail élaboré par les Secrétariats


Généraux des trois ministères1 concernés par cet exercice de prévision et daté d’octobre 2018. Plus


précisément, il s’agit ici d’examiner en détail les hypothèses sur lesquelles reposent les prévisions


relatives à l’enseignement supérieur dans le scénario retenu pour l’instant dans le cadre du modèle


de simulation utilisé pour les prévisions entre 2015 et 2030. Il est clair, qu’au stade actuel, le


document n’a pas été validé et n’engage donc personne. Cependant, il est important de connaître,


au-delà des chiffres, les mécanismes de la planification à long terme de l’éducation utilisée dans la


plupart des pays et son application actuelle au Mali.


A. Les choix globaux


Dans le cadre de la présente étude, on retiendra trois types de choix qui conditionnent fortement


les dépenses futures dans l’enseignement supérieur : L’évolution de la croissance économique du


Mali, l’évolution de sa population totale et la croissance des effectifs étudiants.





1 Ministère de l’Education Nationale, Ministère de l’Innovation et de la Recherche Scientifique, Ministère de
la Jeunesse, de l’Emploi et de la Construction Citoyenne.




30 30

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30




Tableau II.1 : Hypothèses ayant un impact important sur le financement du supérieur


Eléments pris en compte
Evolution 2015-2030


Scénario 1 Scénario 2 Scénario 3


PIB : Taux de croissance annuel réel (hors inflation) moyen 4,1% 4,1% 5,5%


Population totale : Taux de croissance annuel moyen 3% 3% 3%


Population étudiante : Taux de croissance annuel moyen 10% 5% 5%




Le taux annuel moyen de croissance hors inflation du PIB s’est établi à 4,1% au cours des années


2005-2015. La reprise de ce taux moyen dans les scénarios 1 et 2 témoigne d’une prudence justifiée


par les variations annuelles de ce taux (de 0% à +7,3% selon les années de cette période de 10 ans).


L’objectif choisi dans le scénario 3 est donc nettement volontariste. Il est à souligner que les


dernières projections issues des calculs des Autorités maliennes et des services du FMI tablent, pour


la période 2019-2023 sur un taux annuel moyen de progression du PIB réel compris entre 4,8% et


5%.


Cette évolution du PIB conditionne le montant du PIB/tête calculé par rapport à l’évolution de la


population totale du Mali selon les projections des Nations Unies (+3% par an en moyenne jusqu’en


2030). Ce montant du PIB/tête est très important dans les projections concernant les coûts du


supérieur car les salaires sont exprimés en fonction de cet agrégat.


Pour le moment, c’est le scénario 3 qui a été retenu pour le chiffrage des coûts et donc pour les


besoins de financement. Les données chiffrées ci-après se réfèrent toutes à ce scénario. Ces


hypothèses n’ont pas été validées mais ce sont celles qui figurent dans la version provisoire du


PRODEC 2 (octobre 2018).


S’agissant des effectifs étudiants, une hypothèse alternative fixe la population étudiante à 400 000


étudiants en 2030 et déduit les dépenses à engager chaque année pour répondre à cette


progression en ne changeant pas toutes les autres hypothèses faites et déclinées ci-dessous. On


rappellera qu’avec l’hypothèse d’un accroissement annuel moyen de 5% la population étudiante


en 2030 sera égale à 157 000 dans le scénario 3. Ce dernier chiffre correspond, pour l’enseignement


supérieur public seulement, à une densité étudiante de 575 étudiants pour 100 000 habitants


contre 429 pour 100 000 en 2015.




B. L’estimation du flux de nouveaux étudiants


Cette estimation est particulièrement importante car le nombre d’étudiants et leur répartition au


sein des différentes disciplines conditionnent l’évolution des dépenses et donc les besoins de


financement. Plus précisément, l’estimation est fonction de deux hypothèses :


- L’évolution des effectifs dans l’enseignement secondaire


- Le passage du secondaire au supérieur







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31


A.1 L’évolution des effectifs dans le secondaire


On mentionnera ci-dessous les hypothèses concernant le secondaire général d’où provient


l’essentiel des bacheliers. Ces effectifs se répartissent entre le public et le privé mais cette


répartition n’a pas, dans le modèle, d’influence sur le nombre de bacheliers accédant à


l’enseignement supérieur.


Tableau II.2 : Hypothèses concernant l’évolution des effectifs d’élèves dans le secondaire


général


Eléments pris en compte
Scénario 1 Scénario 2 Scénarios 3 à 6


2015 2030 2015 2030 2015 2030


Taux de transition entre l’enseignement fondamental
et le secondaire général


42% 25% 42% 20% 42% 20%


Taux de survie dans le secondaire général 63% 90% 63% 90% 63% 90%


Taux de redoublement moyen sur l’ensemble du cycle
secondaire général


36% 15% 36% 15% 36% 15%




Le choix du scénario 3 représente une hypothèse forte sans doute difficile à mettre en œuvre étant


donné l’importance du secteur privé dans l’enseignement secondaire, même si l’Etat peut agir par


l’intermédiaire des bourses versées aux familles. Ce choix est donc lourd de conséquences pour


l’enseignement supérieur puisque la plupart des bacheliers – donc des étudiants potentiels – sont


issus du secondaire général.


A.2 Le nombre de bacheliers


Il s’agit principalement des bacheliers issus du secondaire général (plus de 80%) mais aussi ceux


issus de l’enseignement technique et les candidats libres (13% pour ces derniers).


La part des candidats libres devrait rester constante (13% des nouveaux bacheliers), le taux de


réussite au baccalauréat général devrait évoluer fortement et de manière identique dans tous les


scénarios chiffrés : de 21% en 2015 à 50% en 2030.


Tableau II.3 : Evolution prévue du nombre de bacheliers (en milliers arrondis)


Origine des bacheliers 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2025 2030


Secondaire général 16 19 21 24 27 31 35 50 60


Secondaire technique 0,6 0,8 0,9 1,2 1,5 1,8 2 4 7


Candidats libres 3 3 3 4 4 5 6 8 10


Total 20 23 25 29 33 38 43 61 77




Le nombre de bacheliers issus du secondaire général s’accroît sensiblement, malgré les prévisions


de réduction sensible des entrées dans ce cycle, par suite d’une autre hypothèse importante sur le


taux de succès au baccalauréat général : celui-ci devrait passer de 21,2% en 2015 à 50% en 2030


selon une progression régulière.





32 32

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32


A.3 Le nombre de bacheliers entrant dans le supérieur


En 2015, 89% des bacheliers entraient dans l’enseignement supérieur public et privé. Ce


pourcentage ne devrait pratiquement pas évoluer puisqu’il sera égal à 90% en 2030.


Il s’y ajoute des bacheliers de l’étranger entrant dans l’enseignement supérieur malien. Cependant,


ces derniers ne représenteront que quelques centaines d’étudiants par an au cours des sept


prochaines années.


Tableau II.4 : Evolution du nombre de nouveaux entrants dans l’enseignement supérieur


(En milliers)




Origine des bacheliers 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2025 2030


Toutes origines 20 21 22 26 30 34 38 55 69




C. Le nombre et la répartition des étudiants


Deux points importants en matière de projections doivent être soulignés ici :


En premier lieu, rien n’est dit dans le PRODEC 2 sur l’orientation des bacheliers vers l’enseignement


supérieur privé. Les prévisions ne concernent donc que l’enseignement supérieur public.


L’analyse des statistiques récentes sur les choix des bacheliers montre que la part d’entre eux qui


se dirige vers l’enseignement public a diminué entre la rentrée 2016 (86,3%) et la rentrée 2017


(84,4%). On devrait bientôt connaître la situation à la rentrée 2018 et donc si cette tendance est


confirmée ou non.


En second lieu, dans le modèle de simulation utilisé, l’évolution des effectifs étudiants est


déconnectée (i) de l’évolution des effectifs dans le secondaire, notamment de leur répartition entre


les filières scientifiques et les autres, (ii) de la prévision de bacheliers et (ii) de la prévision des


entrées dans l’enseignement supérieur public.


Au lieu de cela, on a vu plus haut que deux taux de croissance de la population étudiante étaient


envisagés pour l’enseignement supérieur public à partir de l’effectif observé en 2015 : 10% par an


dans le scénario 1 et 5% par an dans les scénarios 2 à 6. Le scénario 3 retient donc 5% comme taux


annuel de croissance de la population étudiante totale dans l’enseignement supérieur public.


Il est intéressant de comparer les effectifs totaux d’étudiants figurant dans les annuaires


statistiques avec les projections du RESEN pour les trois premières années de la simulation. C’est


l’objet du tableau ci-dessous.











33 33

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33


Tableau II.5 : Comparaison globale des statistiques d’étudiants et des


projections du RESEN pour l’enseignement supérieur public (1)




Ensemble des
étudiants


2015 2016 2017 2018 Progression (2)


2014-
15


2015-
16


2016-
17


2017-
18


2016/2015 2017/2016 2018/2017 2018/2015


Annuaires
statistiques
RESEN


75 590
75 590


58 884
79 370


69 202
83 338


85 284
87 505


-22%
+5%


+18%
+5%


+23%
+5%


+13%
+16%


(1) Le nombre d’institutions pris en considération dans l’annuaire statistique s’est accru au cours des deux


dernières années de la série. Cela concerne environ 2 000 étudiants.


(2) La baisse très sensible du nombre d’étudiants recensés est due à un toilettage des bases de données utilisées


jusqu’alors.


La moindre progression des effectifs dans les annuaires s’explique uniquement par la suppression


d’un certain nombre d’étudiants qui figuraient indûment dans les listes fournies par les


établissements jusqu’en 2015 inclus. Si l’année de base du RESEN avait été 2016 et non pas 2015,


l’écart entre prévisions et réalité sur 3 ans serait nettement plus grand : +10% pour le RESEN et +


45% pour la réalité ! Une partie de la hausse des effectifs constatée est aussi expliquée par la


présence d’étudiants suivant l’ancien cursus (licence en 4 ans). A partir de 2018-19, il n’y aura plus


que des cursus LMD, ce qui devrait avoir un effet modérateur sur la progression des effectifs.


S’agissant de la répartition des étudiants dans l’enseignement supérieur public, une inflexion


importante est prévue par rapport à la tendance observée jusqu’ici puisque la part des étudiants


dans les filières scientifiques devrait presque doubler en quinze ans.


Tableau II.6 : Répartition des étudiants au sein de l’enseignement supérieur public


(% arrondis)


Etablissements et parcours 2015 2020 2025 2030


Universités publiques
- Lettres, Sciences humaines et Communication
- Sciences juridiques et politiques
- Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion
- Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technolog.
- Agronomie et Médecine animale


92%
28%
28%
24%
11%
1%


88%
25%
25%
23%
14%
1,3%


85%
23%
23%
21%
17%
1,6%


82%
20%
20%
20%
20%
2%


Grandes écoles et Instituts 8,5% 12% 15% 18%




Tableau II.7 : Effectifs étudiants prévus dans l’enseignement supérieur public


(En milliers arrondis)




Etablissements et parcours 2015 2020 2025 2030


Universités publiques
- Lettres, Sciences humaines et Communication
- Sciences juridiques et politiques
- Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion
- Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technolog.
- Agronomie et Médecine animale


69
21
21
18


8
0,7


85
24
24
22
13


1


105
28
28
26
21


2


129
31
31
31
31


3


Grandes écoles et Instituts 6 11 18 28


Ensemble 76 96 123 157




34 34

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34


Il est possible de confronter les prévisions aux effectifs comptabilisés dans les annuaires


statistiques. Pour ce faire, certaines rubriques de ces annuaires ont été regroupées pour retrouver


les parcours du RESEN. Etant donné l’écart énorme entre les effectifs comptabilisés en 2014-15 et


la réalité, les comparaisons ne porteront que sur les trois dernières années connues, avec pour base


2015-16.




Tableau II.8 : Comparaison détaillée des statistiques d’étudiants et des projections du RESEN


pour l’enseignement supérieur public : part des différents « parcours » selon la terminologie


RESEN




Parcours
2015-2016 2016-2017 2017-2018


Annuaires RESEN Annuaires RESEN Annuaires RESEN


Lettres, Sciences humaines et Communication
Sciences juridiques et politiques
Sciences sociales, Sciences économ. et Gestion


28%
23%
29%


27%
27%
24%


31%
16%
31%


27%
27%
24%


27%
15%
32%


26%
26%
23%


Médec., Pharm. et Sc. techniques et technolog.
Agronomie et Médecine animale
Grandes Ecoles et Instituts


14%
1%
6%


12%
1%
9%


14%
1%
7%


12%
1%


10%


13%
1%


11%


13%
1%


10%




Si la proportion d’étudiants en MPSTT + Agronomie est conforme aux prévisions, la progression


dans les trois premiers parcours qui, en gros, se situent hors des « sciences exactes » est plus limitée


que celle prévue dans les RESEN (74% contre 76%) mais la répartition des étudiants est déjà très


différente des prévisions avec l’explosion des effectifs en SSEG. D’un autre côté, les effectifs des


Grandes Ecoles progressent plus vite que prévu mais leur périmètre s’est accru dans les annuaires.




En résumé, il apparaît que les prévisions concernant les effectifs étudiants dépendent de


nombreuses variables qui ne sont pas maîtrisées mais dont les effets peuvent être mieux connus


par une analyse plus approfondie du fonctionnement des composantes de l’enseignement


supérieur.




D. Les dépenses courantes de l’enseignement supérieur public




Les prévisions faites dans le cadre du PRODEC 2 classent les dépenses courantes du supérieur public


en deux groupes :


- Celles rattachées aux établissements


- Celles hors établissements




D.1 Les dépenses courantes rattachées aux établissements




Trois catégories de dépenses courantes sont distinguées : (i) les dépenses de personnel, (ii) les


dépenses sociales et (iii) les dépenses de fonctionnement.




i. Les dépenses de personnel


Personnel enseignant (coût salarial + coût des vacataires + heures supplémentaires) : la progression


de ces dépenses est contenue : légère baisse de la dépense par étudiant exprimée en fonction du


PIB/tête qui, lui, progresse de 2,5% par an en moyenne selon le scénario retenu.




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35


Personnel non enseignant : sa part dans les dépenses totales de personnel progresse dans les


parcours littéraires, juridiques, économiques et reste stable dans les sciences exactes mais elle


diminue dans les grandes écoles.




Tableau II.9 : Dépense en personnel enseignant par étudiant




En PIB/tête
En milliers FCFA


de 2015


Parcours 2015 2030 2015 2030


Lettres, Sciences humaines et Communication 21,3% 20,4% 94 126


Sciences juridiques et politiques 29% 25% 127 158


Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 45% 40% 196 253


Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 137% 130% 602 822


Agronomie et Médecine animale 274% 250% 1 208 1 580


Grandes écoles et Instituts 195% 190% 856 1 201






Tableau II.10 : Dépenses en personnel non enseignant en % des dépenses totales de personnel




Parcours 2015 2030


Lettres, Sciences humaines et Communication 8,3% 10%


Sciences juridiques et politiques 9,1% 10%


Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 7,8% 10%


Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 5,3% 5,3%


Agronomie et Médecine animale 14,5% 10%


Grandes écoles et Instituts 14,9% 10%




ii. Les dépenses sociales


Les montants du trousseau et de la bourse restent identiques, hors inflation, à celui de 2015.


Le pourcentage de bénéficiaires diminue fortement hors des sciences exactes où il est maintenu.




Tableau II.11 : Pourcentage d’étudiants bénéficiaires de l’allocation de trousseau et de la bourse




Parcours 2015 2030


Lettres, Sciences humaines et Communication 54% 15%


Sciences juridiques et politiques 54% 15%


Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 54% 15%


Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 54% 54%


Agronomie et Médecine animale 49% 49%


Grandes écoles et Instituts 78% 78%







36 36

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36


iii. Les dépenses de fonctionnement


Les dépenses de matériel pédagogique par étudiant progressent, hors inflation, dans les sciences


exactes et diminue ailleurs.


Les dépenses de biens et services s’accroissent partout à un rythme annuel moyen de 5% hors


inflation.


Tableau II.12 : Dépense en matériel pédagogique par étudiant


(Milliers FCFA, hors inflation)




Parcours 2015 2030


Lettres, Sciences humaines et Communication 61 40


Sciences juridiques et politiques 66 40


Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 99 60


Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 84 100


Agronomie et Médecine animale 292 150


Grandes écoles et Instituts 67 75




Au total, la dépense courante par étudiant, hors inflation, progressera assez significativement dans


les sciences exactes et les grandes écoles et diminuera assez sensiblement ailleurs ainsi que le


montre le tableau suivant.




Tableau II.13 : Evolution de la dépense courante par étudiant dans les établissements


d’enseignement supérieur public (Milliers FCFA, hors inflation)




Parcours 2015 2030 Variation


Lettres, Sciences humaines et Communication 368 308 -16%


Sciences juridiques et politiques 451 399 -12%


Sciences sociales, Sciences économiques et Gestion 548 499 -9%


Médecine, Pharmacie et Sc. techniques et technologiques 1 048 1 222 +17%


Agronomie et Médecine animale 2 183 2 205 +1%


Grandes écoles et Instituts 1 449 1 703 +18%





D.2 Les dépenses courantes hors établissements




Ces dépenses concernent principalement l’administration centrale, la recherche et les services


transversaux (CENOU, par exemple) ainsi que les bourses pour études à l’étranger.



















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37


Tableau II.14 : Evolution des dépenses courantes hors établissements publics




Types de dépenses
Taux de progression moyen


par an (hors inflation)


Dépense en % des dépenses
totales de personnel (hors et


dans les établissements)


2015 2030


Dépenses de personnel 8,8% 5%


Dépenses de biens et services 0%


CENOU (hors trousseau et bourses) 5%


Recherche
Personnel 5%


Fonctionnement 5%


Bourses pour études à l’étranger 5%




D.3 Ensemble des dépenses courantes




La part des dépenses courantes de l’enseignement supérieur public dans les dépenses courantes


de l’éducation devrait diminuer assez nettement avant de remonter après 2025.




Tableau II.15 : Evolution du montant et de la part des dépenses courantes de l’enseignement


supérieur public dans les dépenses courantes d’éducation




Années
Montant en milliards FCFA


Ens. sup. publ. (hors inflation)
Part des dépenses courantes


du supérieur public


2015 61 21,5%


2016 65 20,5%


2017 69 20,6%


2018 73 20,4%


2019 78 20,1%


2020 83 19,2%


2025 115 18,5%


2030 161 21,4%




L’accroissement de la part des dépenses courantes prévues pour l’enseignement supérieur public


en fin de période s’explique principalement par une légère diminution des parts de l’Etat dans le


financement de l’enseignement fondamental et du secondaire général. Cette légère baisse


appliquée à des sommes représentant plus de 60% des dépenses courantes permet à d’autres


niveaux d’enseignement de progresser relativement vite : + 3 points en 5 ans pour l’enseignement


supérieur.


Cette diminution des engagements de l’Etat pour les premiers niveaux d’enseignement s’explique


par la mise en œuvre du transfert de certaines compétences de l’Etat aux collectivités territoriales


avec, en conséquence des transferts de ressources par voie budgétaire dont une partie devrait être


consacrée au financement de dépenses courantes.







38 38

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38


E. Les investissements dans l’enseignement supérieur public




Dans le PRODEC 2, les dépenses d’investissement recouvrent cinq catégories d’opérations :


- La construction d’amphithéâtres


Des amphithéâtres de 500 places construits chaque année (coût unitaire de 600 millions FCFA de


2015) avec 2 rotations par amphithéâtre pour les nouvelles places à construire.


- La construction d’autres locaux d’enseignement


Il s’agit d’ateliers ou salles spécialisées équipés, de laboratoires et de bibliothèques. Deux locaux


de ce type seront construits par an pour un coût unitaire de 600 millions FCFA.


- Les investissements sociaux


Il s’agit de logements pour les étudiants et de locaux pour leur restauration. Une somme égale à


120 000 FCFA par étudiant et par an a été programmée pour 10% des étudiants.


- Les réhabilitations


Elles devraient représenter 10% du coût annuel des constructions nouvelles.


- L’entretien des locaux


Les dépenses correspondantes sont estimées à 2% du coût annuel des constructions nouvelles.




Tableau II.16 : Evolution du coût des investissements prévus dans l’enseignement supérieur


public




Nature des dépenses
Dépense annuelle moyenne hors inflation (millions FCFA)


2017 2018 2019 2020 2025 2030


Amphithéâtres 2 381 2 500 2 625 2 756 3 518 4 490


Autres locaux 1 200 1 200 1 200 1 200 1 200 1 200


Investissements sociaux 1 000 1 050 1 103 1 158 1 478 1 886


Réhabilitations 458 475 493 511 620 758


Entretien 92 95 99 102 124 152


Total 5 131 5 320 5 519 5 728 6 939 8 485




Globalement, selon le PRODEC 2, la part des investissements de l’enseignement supérieur public


dans les investissements totaux de l’éducation devrait croître dans les prochaines années.




Tableau II.17 : Evolution de la part des dépenses d’investissement du supérieur public


dans les dépenses totales d’investissement en éducation




Années
Part des investissements


du supérieur public


2017
2018
2019
2020


7%
7,4%
6,9%
7,1%


2025
2030


7,5%
14,2%





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39


Plus encore que pour les dépenses courantes, on observe une remontée spectaculaire de la part


des dépenses d’investissement en direction de l’enseignement supérieur public. La cause est aussi


le transfert de ressources de l’Etat aux collectivités territoriales dont il est attendu qu’elles se


substituent pratiquement à l’Etat pour le financement des infrastructures et des équipements


scolaires.




F. Les ressources étatiques pour financer les dépenses d’éducation


Elles sont estimées au terme du processus suivant et en se référant au scénario 3 sur les


six scénarios chiffrés dans la phase préparatoire du PRODEC 2.


F.1 Estimation des ressources internes de l’Etat


Elles sont principalement financées par les prélèvements fiscaux (à 85% en 2015). Le taux global de


mobilisation des ressources étatiques en 2015 était de 16,4% du PIB. D’après les statistiques


comparatives publiées par le Pôle Education de Dakar et portant sur les ressources propres de 19


pays d’Afrique subsaharienne exprimées en % de leur PIB, le Mali se situe juste à la moyenne


calculée pour ces pays (16,3%).


Comme précisé plus haut, il a été prévu que ce taux de mobilisation passerait à 18% en 2030, ce qui


représente une augmentation modérée.


F.2 Estimation des ressources extérieures de l’Etat


Ces ressources comprennent : (i) les appuis budgétaires (général et sectoriel), (ii) les crédits


extérieurs inscrits au Budget Spécial d’Investissement (« BSI extérieur ») et (iii) les projets inscrits


au budget de l’Etat.


En 2015, ces ressources extérieures représentaient 14% des ressources totales de l’Etat (internes


et extérieures). Ce pourcentage devrait rester identique jusqu’en 2030.


F.3 Déficit public


Comme, généralement, les ressources internes et extérieures sont insuffisantes pour financer les


dépenses de l’Etat, celui-ci s’endette. En 2015, le déficit du budget de l’Etat représentait 9% des


dépenses totales, soit 1,9% du PIB. Il est prévu que ce dernier pourcentage diminuera


régulièrement pour atteindre 1,5% du PIB en 2030. A cette baisse en valeur relative correspond


cependant une hausse des sommes en jeu puisque le déficit exprimé en milliards FCFA de 2015,


c’est-à-dire hors inflation, passera de 147 milliards à 260 milliards. Ceci augmentera le versement


des intérêts de la dette, ce qui diminuera d’autant les dépenses courantes disponibles pour assurer


les missions de l’Etat.


F.4 Ressources pour financer les dépenses courantes


Elles sont exprimées hors service de la dette (« HSD ») de l’Etat qui représentait, en 2015, presque


3% des dépenses publiques totales. Ces ressources HSD sont, en fait, celles réellement disponibles


pour financer les dépenses courantes de l’Etat (54% des dépenses totales HSD). A côté d’elles, il y


a aussi des ressources pour financer les dépenses d’investissement (35% des dépenses totales HSD)




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40


et d’autres dépenses spéciales comme les budgets annexes et les fonds spéciaux (9% des dépenses


totales HSD).


En 2030, il est prévu que les ressources publiques consacrées aux dépenses courantes


représenteront 60% des dépenses totales HSD. Il s’agit donc d’un choix fort lié, notamment, à


l’évolution des salaires versés.


F.5 Ressources pour les dépenses courantes d’éducation


Elles représentent une fraction des dépenses courantes de l’Etat hors service de la dette : 32,4% en


2015. Il est prévu que cette part ne variera pas jusqu’en 2030.


Il est à souligner qu’il s’agit d’un taux particulièrement élevé si on le compare à la situation de pays


comparables. En effet, toujours d’après les statistiques comparatives du Pôle Education de Dakar,


le Mali est en deuxième position derrière le Sénégal (35,3%) sur 17 pays comparables d’Afrique


subsaharienne avec une moyenne du groupe égale à 26,2% et une moyenne de 25,4% pour les pays


membres de la CEDEAO.


F.6 Ressources pour les dépenses d’investissement en éducation


Elles sont de deux ordres : les dépenses sur financement national (« BSI interne ») et celles sur


financement extérieur (« BSI extérieur »).


Les ressources nationales pour les investissements en éducation représentaient 3,4% des dépenses


publiques totales en 2015. Il est anticipé que ce pourcentage va s’accroître régulièrement jusqu’à


5% en 2030.


Les ressources extérieures pour l’investissement (BSI extérieur) représentaient jusqu’en 2008


l’essentiel des dépenses publiques d’investissement. Depuis, elles ont fortement diminuées pour


être nulles ou quasi nulles entre 2012 et 2014. En 2015, elles ont repris pour un montant


comparable à celui sur financement interne. Il faut souligner ici que rien n’est dit, dans le modèle


de simulation, sur l’évolution des ressources extérieures en matière d’investissement à partir de


2015.


En résumé, on retiendra que l’on dispose de séries chiffrées sur les prévisions de recettes de l’Etat


consacrées aux dépenses courantes et d’investissement dans le secteur de l’éducation. En


revanche, on ne dispose pas d’estimation de l’évolution des recettes affectées aux différents sous-


secteurs comme, par exemple, l’enseignement supérieur.


F.7 Bref rappel des prévisions relatives aux dépenses d’éducation


En matière financière, un apport très important de l’analyse sectorielle qui précède la rédaction du


PRODEC 2 est la construction d’un modèle de simulation détaillé des dépenses entraînées par les


multiples choix effectuées dans les sous-secteurs. On dispose des prévisions détaillées de dépenses


pour l’enseignement supérieur. Ces dernières sont exprimées en FCA constants de 2015, c’est-à-


dire hors inflation, et en % par rapport aux autres sous-secteurs de l’éducation. Ce dernier


pourcentage ne résulte pas d’un ordre de priorité affiché a priori pour tel ou tel sous-secteur mais


il résulte de la comparaison des dépenses programmées pour ces sous-secteurs. Le tableau ci-


dessous regroupe les résultats globaux issus du scénario 3 et commentés plus haut.




41 41

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41


Tableau II.18 : Evolution des dépenses prévues pour l’enseignement supérieur public


(Milliards FCFA 2015 arrondis)




Eléments mesurés 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2025 2030


Montant des dépenses courantes


% des dép. courantes allant à l’ens. sup.


61


21,5%


65


20,5%


69


20,6%


73


20,4%


78


20,1%


83


19,2%


88


19,2%


115


18,5%


161


21,4%


Montant des dépenses d’investissement


% des dép. d’invest. allant à l’ens. sup.


-


-


-


-


5,1


7,0%


5,3


7,4%


5,5


6,9%


5,7


7,1%


5,9


7,4%


6,9


7,5%


8,5


14,2%






G. La soutenabilité financière des choix opérés


Les simulations financières habituellement faites pour préparer des plans sectoriels à long terme


souffrent d’un grave défaut : si elles peuvent déterminer par sous-secteur les dépenses courantes


et en capital, elles ne le font pas au niveau des recettes, publiques ou non. Ceci est encore plus


difficile lorsque le secteur éducation regroupe des composantes qui, auparavant, étaient des


ministères (MESRS, par exemple) avec une visibilité plus grande.


De ce fait, la soutenabilité financière des choix opérés ne peut se mesurer qu’au niveau sectoriel


avec deux parties : les dépenses/recettes courantes et en capital.


Il n’est donc pas possible de savoir si les dépenses prévues pour l’enseignement supérieur sur 15


ans pourront être financées aux plans des dépenses courantes et en capital.


En l’état actuel des réflexions (fin 2018) sur les équilibres financiers du projet de PRODEC 2, la


soutenabilité financière étatique a été calculée pour la période 2019-2022, soit quatre années. La


situation est résumée dans le tableau ci-dessous qui ne concerne que le financement étatique


(« Ressources internes »).


Tableau II.19 : Soutenabilité financière étatique du PRODEC 2 – Scénario 3


(Milliards FCFA de 2015)




Eléments pour le secteur 2019 2020 2021 2022 Total


Dépenses
courantes


Ressources internes
Dépenses
Déficit 1


369
388
-19


394
432
-39


420
461
-41


449
497
-48


1 632
1 778
-147


Dépenses
d’investissement


Ressources internes
Dépenses
Déficit 2


15
80
-65


16
81
-65


17
80
-63


19
83
-64


67
324
-257


Déficit global (1+2) -84 -104 -103 -112 -404


Déficit global cumulé -84 -188 -291 -404




Le financement étatique se révèle nettement insuffisant pour financer les dépenses prévues dans


le scénario 3 malgré une augmentation de la mobilisation des ressources internes par rapport au




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42


PIB de l’ordre de 0,8 point entre 2015 et 2022 et un taux annuel de croissance du PIB de 5,5% hors


inflation.


Les contributions des autres acteurs concernés vont-elles pouvoir combler ce déficit ?


G.1 Le financement extérieur


S’agissant des PTF, il a déjà été mentionné qu’ils intervenaient selon diverses modalités : (i) appuis


budgétaires (général et sectoriel) déjà inclus dans le financement interne, (ii) appuis au


financement des investissements via le BSI et (iii) projets. Or, le financement extérieur présente


deux caractéristiques : (i) il n’est pas certain, comme en témoigne l’arrêt du financement des


investissements dans la période 2010-2012 et (ii) il n’est pas connu longtemps à l’avance si bien


qu’il diminue rapidement dans les prévisions, qui ne prennent en compte que les flux déjà certains,


alors que l’on peut raisonnablement anticiper une poursuite des flux financiers en provenance des


PTF en l’absence de crise majeure.


S’agissant des ONG, la prévision est également difficile car certaines partent et d’autres arrivent,


d’une part et elles ne connaissent pas toujours les montants financiers dont elles disposeront dans


les prochaines années, d’autre part.


Enfin, s’agissant des flux financiers en provenance de l’extérieur, on ne peut pas toujours savoir (i)


si les prochaines dotations seront du financement courant ou en capital et (ii) quel niveau


d’enseignement sera concerné, même s’il existe dans les faits une certains spécialisation des PTF et


des ONG. En tout état de cause, on sait, par expérience, que les projets concernent moins


l’enseignement supérieur que les autres niveaux situés en amont.


Quoiqu’il en soit, les données connues fin 2018 donnaient les estimations suivantes pour le


financement extérieur disponible sans distinction entre appuis au fonctionnement courant et appui


aux investissements.


Tableau II.20 : Prévisions d’appuis extérieurs à l’éducation disponibles


(Milliards FCFA de 2015)




Origine du financement 2019 2020 2021 2022 Total


PTF
ONG


48
17,5


33
15,5


12
12,5


7
3,5


100
49


Total 65,5 48,5 24,5 10,5 149




L’équilibre financier du secteur se présente ainsi après introduction du financement extérieur jugé


disponible (Tableau II.21 ci-après).











43 43

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43


Tableau II.21 : Soutenabilité financière anticipée du PRODEC 2


après prise en compte des appuis extérieurs annoncés


(Milliards FCFA de 2015)




2019 2020 2021 2022 Total
Déficit public global
Financements extérieurs
Nouveau déficit


-84
65,5
-18,5


-104
48,5
-55,5


-103
24,5
-78,5


-112
10,5


-101,5


-404
149
-255


Nouveau déficit cumulé -18,5 -74 -152,5 -255


Nouveau déficit cumulé en M
USD


-37 -111 -305 -510




Selon les rédacteurs du projet de PRODEC 2, ce dernier déficit (255 milliards FCFA ou 510 millions


USD au taux de change de 1 USD pour 500 FCFA utilisé dans le PRODEC 2) peut être


raisonnablement comblé par les PTF qui soutiennent traditionnellement l’éducation au Mali.


G.2 Les autres contributions


Si les partenaires extérieurs ne peuvent pas combler totalement le déficit calculé sur quatre années,


il reste encore à intégrer les contributions financières des collectivités territoriales en liaison avec


leurs nouvelles attributions ainsi que les contributions des ménages qui ne sont pas négligeables et


dont certains aspects ne sont pas monétarisés comme, par exemple, la construction de bâtiments


scolaires. Ces contributions d’institutions et d’agents nationaux n’ont pas été chiffrées pour les


quatre années étudiées.


Au total, il apparaît donc que le scénario 3 pourrait être réalisé durant les quatre premières années


de mise en œuvre du PRODEC 2 sans trop de difficultés financières. On notera toutefois que : (i)


d’autres difficultés qui ne sont pas financières peuvent surgir comme des goulets d’étranglement


dans les recrutements, des retards dans le rythme des formations prévues, etc. (ii) les prévisions


financières ont été faites en supposant que les financements étaient fongibles alors qu’un certain


nombre de financements extérieurs sont affectés à un niveau d’enseignement ou encore à un type


de dépense (courante/en capital) et (iii) les calculs précédents ne disent rien sur la situation des


différents sous-secteurs.


Il est donc utile de travailler à un niveau plus détaillé pour analyser la soutenabilité des dépenses


prévues, au moins à moyen terme, dans l’enseignement supérieur public.




__________________________________





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44


IIIème partie : L’analyse financière et les contraintes y afférentes des IES




Dans les développements précédents, à côté des financements, on a insisté sur l’importance d’une


meilleure utilisation des ressources disponibles en s’appuyant notamment sur des indicateurs –


comme les coûts unitaires – mais aussi en analysant mieux les conditions dans lesquelles les coûts


se forment.


Les pages qui suivent s’attachent à répondre à cette question à partir des enquêtes réalisées auprès


d’un échantillon d’établissements qui se voulait représentatif et en dialoguant avec les


responsables d’institutions concernées par l’enseignement supérieur en général et par son


financement, en particulier2.


Les fiches élaborées pour faciliter la collecte et le traitement des informations que nous estimions


pertinentes ont connu des retards variables mais significatifs dans leur renseignement et des


omissions et des erreurs pour certaines d’entre elles. Au total, le calcul du coût de l’étudiant dans


divers contextes, qui était l’un des objectifs fixés à ce travail, a été particulièrement ardu pour


plusieurs raisons :


- En premier lieu, un tel calcul est complexe si l’on veut connaître assez précisément les


composantes de ce coût qui est la résultante de l’action de plusieurs facteurs pour chacun


desquels il existe un ou plusieurs leviers d’action plus ou moins faciles à actionner. Cette


complexité s’est traduite par le besoin de remplir un certain nombre de tableaux au format


inhabituel pour la plupart des responsables contactés.


- En outre, certains tableaux ont pu, à juste titre, apparaître inadaptés aux établissements


enquêtés. Ceci tient au fait que les enquêteurs n’ont pas voulu multiplier les formats pour


faciliter les comparaisons.


- De plus, les informations demandées n’étaient pas toujours disponibles aux différents


niveaux de décision joints. Par exemple, le rectorat d’une université publique pouvait


seulement remplir certains tableaux, les autres devant être renseignés par les facultés. Ceci


a obligé les enquêteurs à multiplier les contacts, d’où une consommation de temps


supplémentaire.


- Enfin, certaines informations n’ont pas toujours été renseignées malgré les relances et les


retours dans les établissements. Elles concernent notamment l’organisation pédagogique.


Etait-ce vraiment si difficile à remplir ?


Ces raisons expliquent le temps important passé à collecter des données et le choix qui, finalement,


a été fait de ne prendre en considération pour ce rapport que les institutions ayant fourni la totalité,


ou la quasi-totalité, des données collectées, soit une partie des écoles publiques et privées


contactées.


En effet, pour les IES publiques, dans le temps imparti à l’étude et afin de prendre en compte


l’ensemble des demandes figurant dans les termes de référence, il a été décidé de finaliser en


priorité les grands écoles publiques qui, avec un seul centre de décision, étaient nettement plus



2 La liste des établissements et organismes sélectionnés figure à l’Annexe 2.




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45


réactives que les universités publiques et, d’autre part, renseignaient les fiches avec davantage de


cohérence que les universités publiques. De plus, et c’est primordial, elles pouvaient mieux être


comparées aux institutions privées ayant renseigné les fiches de collecte. On lira dans l’encart ci-


après quelques-unes des difficultés rencontrées dans certaines universités publiques.


Plus précisément, en ce qui concerne les universités publiques, l’ULSHB a fait l’objet de l’enquête


sur les conditions de son fonctionnement. Malheureusement, il n’a pas été possible d’obtenir


l’ensemble des données nécessaires pour établir une représentation chiffrée correcte de son


fonctionnement. L’enquête a également été faite auprès de deux composantes de l’USSGB - la FSEG


et l’IUG - mais, ici encore, un trop faible nombre de données a pu être collecté pour réaliser une


étude comparative. Quant à l’Université de Ségou, elle a renseigné de nombreuses fiches qui ont


encore besoin d’être rectifiées et/ou complétées pour que des calculs pertinents puissent être faits.


Le choix a donc été fait de s’arrêter à mi-parcours pour les universités publiques choisies mais il a


permis de pouvoir comparer de manière assez cohérente des grandes écoles à statut différent


(publiques et privées) mais comparables. Il faut par ailleurs rappeler qu’il n’y avait aucune université


privée, ayant accepté de répondre à notre enquête, comparable à l’une des quatre universités


publiques de Bamako. De plus, l’Université de Ségou n’était pas comparable à la seule université


privée de taille assez semblable mais âgée de vingt ans et avec des formations tertiaires et


techniques et intégrée dans un réseau mondial.





Quelques exemples de difficultés rencontrées :


 Erreurs dans le renseignement des fiches :
 Pas d’étudiants en licence dans une matière mais un groupe pédagogique pour


les TD/TP.
 6 étudiants en licence dans une matière et 6 groupes pédagogiques dans cette


matière pour les TD/TP.
 Coût annuel d’un agent administratif : 165 000 FCFA.




 Des écarts troublants :
 La somme des heures à assurer selon la maquette pédagogique et le nombre


de groupes pédagogiques est régulièrement supérieure au potentiel
d’enseignement, y compris les heures supplémentaires et les vacations.
Exemples pour deux composantes :
- 27 660 heures à assurer et 17 113 heures disponibles
- 25 060 heures à assurer et 21 380 heures disponibles


 Confusion entre les dépenses de fonctionnement courant pour des activités
d’enseignement et pour des activités administratives : la même somme a été
reportée pour ces activités dans deux fiches différentes.


 Le nombre de personnels enseignants fourni par un rectorat est supérieur de
24% à la somme des personnels établie par les composantes (facultés et
instituts) avec des différences pour chacun des quatre grades recensés.





46 46

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46


Malgré ces restrictions – dont une partie incombe à l’équipe en charge du travail qui n’a pas mesuré


l’importance des délais pour renseigner des fiches dans une institution avec deux centres de


décision et des rigidités administratives – on notera que l’accueil a été favorable et que, si les


démarches entreprises n’ont pas toujours abouti aux résultats anticipés, elles auront été utiles pour


deux raisons : (i) elles ont sensibilisé ces institutions à une approche chiffrée de leur


fonctionnement et (ii) elles offrent la possibilité aux IES de reprendre ce type d’enquête de manière


plus systématique dans un cadre plus large que le seul financement. Elles semblent être


symptomatiques des dysfonctionnements et de la réticence de plusieurs acteurs des IES à


l’adoption de pratiques transparentes de communication des flux d’information sur les effectifs et


les ressources financières entre les différents échelons de l’administration universitaires (facultés,


rectorats, DGESR, Ministère de tutelle). Le cloisonnement entre entités, en ce qui concerne la


circulation de l’information financière, semble être à la base de ce manque de transparence


Il a été néanmoins possible de procéder à des comparaisons portant sur les coûts des personnels


académiques et sur les frais payés par les étudiants (voir plus bas).


Compte tenu de ces précisions, le nombre d’établissements retenu figure dans le tableau suivant :


Tableau III.1 : Nombre d’établissements dont les réponses ont pu être exploitées


Types d’établissements Nombre Liste des établissements


Grande école publique 5
IPR/IFRA, ENI-ABT, ENSUP, INJS,
CERFITEX


Université privée
Grande école privée


2
4


Technolab-ISTA / Mandé-Bukari
ISPRIC/Delta-C/ESIAU/Sup Management




Trois points seront successivement abordés : les coûts unitaires, le financement et les leviers


d’action possibles.


A. Les coûts unitaires


Ils résultent de l’analyse des fiches retournées par les établissements d’enseignement (facultés,


grandes écoles publiques et privées) et par le CENOU.


A.1 Les établissements publics


Comme on l’a rappelé plus haut, les renseignements demandés aux établissements étaient plus


précis que pour les établissements privés. Si, pour certains, les informations ont pu être collectées


sans trop de difficultés, pour beaucoup ce fut difficile pour plusieurs raisons : en premier lieu, à la


différence des établissements privés, la hiérarchie est souvent rigide ; un responsable voudra


toujours avoir l’approbation formelle de son supérieur, lequel n’est pas toujours disponible. En


second lieu, dans les universités, les informations doivent être collectées aux niveaux du rectorat


et des facultés alors que le dialogue entre ces deux centres de décision n’est pas toujours facile.


Enfin, il est apparu que certaines informations pouvaient difficilement être obtenues, surtout dans


les facultés, notamment les données relatives à l’organisation des enseignements et, sur le plan


financier, les dépenses de fonctionnement courant dont on ne demandait pourtant pas le détail


dans la consommation des crédits. Ceci explique, qu’après plusieurs visites et relances, on ait arrêté


la recherche d’informations dans un certain nombre d’établissements. Il eut fallu sans doute y




47 47

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47


consacrer davantage de temps et de présence dans les services concernés pour collecter les


informations désirées mais ce temps n’avait pas été prévu dans le planning initial.


On retiendra donc que la connaissance du fonctionnement des IES publiques – les universités en


particulier – nécessite de la patience, de la diplomatie et donc du temps.


Au total, les informations exploitées concernent donc cinq grandes écoles. En outre, à l’exception


de deux écoles, il n’a pas été possible de connaître partout les éléments du coût avec le degré de


détail souhaité au départ. On dispose donc le plus souvent d’informations d’un niveau comparable


à celui collecté beaucoup plus rapidement dans l’enseignement supérieur privé.


Le tableau ci-dessous regroupe les informations recueillies sur les coûts dans cinq grandes écoles.


Seules deux ont fourni les informations permettant de chiffrer les coûts.


Tableau III.2 : Eléments sur les coûts dans plusieurs grandes écoles publiques


(Coûts hors investissements)







A titre d’exemple d’utilisation des données récoltées et parce que ces données sont disponibles


depuis longtemps, on a procédé au chiffrage de plusieurs indicateurs pour une grande école.


Un premier tableau (Tableau III.3 page suivante) regroupe les principales dépenses collectées hors


investissements et dépenses d’aides sociales aux étudiants. Il s’agit donc des dépenses courantes


de l’établissement pour former les étudiants de licence et de master3.



3 En fait, il faudrait tenir compte d’un peu plus de 200 élèves qui suivent des formations spéciales. En
première approximation on ne les prendra pas en compte, ce qui augmente d’environ 10% la dépense par
élève qui figure dans le tableau III.3 ci-après.


Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master


660 1154 224 0 126 20 1 158 538 1 579 132


109 11 5 117 275 394 79


NF NF 21 0


NF NF 0 4


198 27 13 415 83


NF NF NF 48 12


463 95


164 7 3 NF NF 82 17


NF NF NF NF NF 12 4


89 18


552 113


349 588 856 061


293 224 719 697


84% 84%


(1) Fournitures, consommables, petits équipements, déplacements, etc.


(2) Y compris le coût des décharges administratives des enseignants et les achats courants (fournitures, consommable, déplacements,


petits matériels, etc.)


NF : Non fourni.


25


Ecole 4 Ecole 5Etablissements Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3


1009


560


207


1 776


440


Heures sup. pers. permanent


Vacataires


dont coût de l'enseignement (FCFA)


Ratio : coût enseign. / coût complet


Coût total logistique


Coût total recensé (Millions FCFA)


Coût complet d'un étudiant (FCFA)


Coût de la


logistique


(Mill ions


FCFA)


Personnel (2)


Autres dépenses (1)


Coût total personnel enseig.


Autres dépenses (1)


Coût total enseignement


Niveaux


Nombre d'étudiants inscrits


Coût de


l'enseignemen


t


(Mill ions


FCFA)


Salaires pers. permanent


91%


2 444


89 16 8


1 347 078


1 221 610


2 216


138


90


228




48 48

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48


Dans cet établissement, l’essentiel des dépenses courantes est consacré à l’enseignement car les


formations sont très diversifiées puisqu’il faut former des enseignants dans de nombreuses


disciplines. On constate qu’aucun enseignant ne bénéficie de décharges administratives.


Les heures supplémentaires représentent un fort pourcentage des enseignements et encadrements


dispensés ainsi que le montrent les calculs ci-dessous :


Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré par an par les enseignants permanents au titre


de leur obligation statutaire : 38 820


Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré au titre des heures supplémentaires4 : 56 000


Nombre d’heures d’enseignement et assimilé assuré par des vacataires5 : 20 700


Nombre total d’heures d’enseignement et assimilé assuré dans l’année : 115 520


Ratio 1 : Nombre d’heures supplémentaires / Nombre d’heures statutaires : 1,44


Ratio 2 : Nombre d’heures sup + vacations / nombre d’heures statutaires : 1,98




Tableau III.3 : Exemple de récapitulation des coûts




Ecole 1


Catégories de
dépenses


Grades ou catégories Nombre
Coût


unitaire (1)
Coût total


(2)


Salaires des
enseignants
permanents


pour
l’enseignement
(Millions FCFA)


Professeur 1 13 9


M. de conférences 10 11,2 109


M. assistant 26 9,4 244


Assistant 79 8,1 640


Total salaires 1 002


Heures sup. pour enseignants perm. (MFCFA) 560


Heures de vacation (Millions FCFA) 207


Dépenses courantes de fonctionnement pour l'enseignement (3)
(Millions FCFA)


440


Coût total de l'enseignement (4) 2 209


Décharges
administratives
des enseignants


permanents
(en heures)


Professeur 56 77 381 4,3


Maître de conférences 56 50 000 2,8


Maître-assistant 0


Assistant 0


Coût des décharges (MFCFA) 7,1


Salaires du
personnel non


enseignant
(Millions FCFA)


Administratif 53


1,6 137,6 Technique 23


Autre 10


Total salaires 137,6


Dép. courantes de fonctionnement pour l'administration et la
logistique (3) (MFCFA)


90



4 Sur la base de 10 000 FCFA l’heure.
5 Sur la base de 10 000 FCFA l’heure.




49 49

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49


Dépenses d'administration et de logistique (MFCFA) 235


Dépenses totales (MFCFA) 2 444


(1) Coût unitaire annuel pour les personnels (en millions FCFA) ; coût de l'heure effectuée dans les autres cas (en
FCFA).


(2) Coût total annuel (en millions FCFA). Avec déduction des décharges administratives


(3) Fournitures, petits matériels, déplacements, consommables, carburant, entretien, etc.


(4) Hors coût des éventuelles décharges administratives des enseignants, estimé plus bas.




Une autre présentation est la suivante : en moyenne, chaque enseignant permanent assure 11


heures d’enseignement par semaine au titre de son travail statutaire. Il s’y ajoute, toujours en


moyenne, 16 heures d’enseignement au titre des heures supplémentaires. Ainsi, en moyenne, un


enseignant permanent assure 27 heures d’enseignement et assimilé par semaine sur une base de


30 semaines par an.


Le tableau ci-dessous reprend les données financières et exprime la dépense moyenne par étudiant.


Tableau III.4 : Exemple de calcul de la dépense par étudiant

Hors dépenses d'investissement et hors dépenses sociales




Etablissements Ecole 1


Niveaux Licence Master


Nombre d'étudiants inscrits 660 1154


Coût de
l'enseignement
(Millions FCFA)


Salaires pers. permanent 1002


Heures sup. pers. permanent 560


Vacataires 207


Coût total personnel enseignant 1 769


Autres dépenses pédagogiques (1) 440


Coût total enseignement 2 209


Coût de
l'administration et de


la logistique
(Millions FCFA)


Personnel (2) 145


Autres dépenses (3) 90


Coût total admin. et logistique 235


Coût total recensé (Millions FCFA) 2 444


Coût complet d'un étudiant (FCFA) 1 347 000


dont coût de l'enseignement (FCFA) 1 218 000


Ratio : coût enseignement / coût complet 90%


(1) Fournitures, consommables, petits équipements, déplacements, etc. pour la
pédagogie.


(2) Y compris le coût des éventuelles décharges administratives des enseignants.


(3) Achats courants (fournitures, consommables, déplacements, petits matériels, etc.).




Cette dépense par étudiant est comparable à celle calculée pour deux écoles privées avec des


effectifs très faibles alors qu’ici les effectifs d’étudiants sont importants.


A.2 Les établissements privés




50 50

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50


Le tableau III.5 regroupe les renseignements collectés ainsi que plusieurs indicateurs pour deux


universités et quatre grandes écoles. En accord avec la promesse de ne pas divulguer les noms des


établissements, ceux-ci ne seront pas publiés. A une exception près, l’accueil a été correct et, une


fois l’accord sur le principe de l’enquête acquis, les informations ont pu être obtenues avec le degré


de détail souhaité dans la majorité des établissements contactés.


Ces établissements diffèrent d’abord par leur taille en termes d’étudiants : de 1 à 34 pour les


universités et de 1 à 9 pour les grandes écoles. Ces dernières assurent toutes des formations


tertiaires et sont donc relativement comparables.


En ce qui concerne les universités, bien que radicalement différentes quant à leur taille, elles ont


des dépenses par étudiant assez semblables. L’effet taille joue à plein dans la seconde université


pour laquelle la dépense d’enseignement par étudiant est presque deux fois plus faible par suite de


l’utilisation massive de vacataires : leur coût représente 70% du coût de l’enseignement contre 53%


dans l’université 1. Cet écart entre les deux universités est réduit par le fait que la seconde a


dépenses courantes d’administration sensiblement plus élevées par étudiant (+ 66%).


Quant aux grandes écoles, trois ont fourni des informations jugées complètes et cohérentes. Bien


qu’elles aient des effectifs très variables, la dépense courante par étudiant est assez comparable :


de 1,2 à 1,8 million FCFA. Logiquement, c’est l’école avec le plus grand nombre d’étudiants qui a le


coût unitaire le plus faible car les coûts fixes jouent un rôle important, notamment dans


l’enseignement où les auditoires sont forcément plus grands en moyenne.




51 51

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51


Tableau III.5 : Eléments sur les dépenses courantes dans les établissements privés d'enseignement supérieur




Etablissements Université 1 Université 2 Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3 Ecole 4


Niveaux Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master Licence Master


Nombre d'étudiants inscrits 40 10 968 734 320 234 42 20 358 225 14 62


Dépenses
d'enseignement
(millions FCFA)


Pers. enseig. permanent 7 82,3 132,6 51,8 48 52,4


Vacataires 8 188,4 0 28 75 31,9


Autres dépenses de
fonctionnement courant (1)


NF NF 400 NF 22 NF


Coût total enseignement 15 270,7 532,6 79,8 145 84,3


Administration et
logistique


(millions FCFA)


Personnel 5 NF 151,1 0,8 60 5,4


Autres dépenses de
fonctionnement courant (1)


10,5 591 NF 12 7,2 45,2


Total des dépenses courantes (millions FCFA) 30,5 861,7 683,7 92,6 212,2 134,9


Investissement / Equipement 1,5 540 85 9 35 3,4


Coûts totaux recensés (millions FCFA) 32 1 401,7 768,7 101,6 247,2 138,3


Dépenses courantes par étudiant (FCFA) 610 000 506 287 1 234 116 1 493 548 363 979 1 775 000


dont dépenses d'enseignement (FCFA) 300 000 159 048 961 372 1 287 097 248 714 1 109 211


Ratio : dép. enseign. / dép. courantes 49% 31% 78% 86% 68% 62%


NF : Non fourni.





52 52

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52


En fin de compte, l’examen de ces premiers résultats montre plusieurs aspects de l’enseignement


supérieur privé :


- la collecte des informations est rarement exhaustive ;


- les écarts sont considérables entre les institutions sans que l’on puisse en tirer des règles


générales ;


- les dépenses par étudiant sont des concepts insuffisants dans l’analyse de la consommation


des ressources ;


- il reste à décomposer davantage la formation des coûts recensés.


B. Le financement


Les informations recueillies dans les grandes écoles publiques sur le financement ont été regroupées


avec assez de détail et de fiabilité ci-dessous en ce qui concerne quatre écoles.


Tableau III.6 : Origine et montant du financement de grandes écoles publiques
(2017-18) (Millions FCFA)






Eléments du financement Ecole 1 Ecole 2 Ecole 4 Ecole 5


Subv. ministérielle de fonctionnement 1 391 641 1 779 15


Subv. ministérielle d'investissement 0 0 203 0


Total subvention ministérielle 1 391 641 1 982 15


Frais étudiants (licence + master) (1) 102 56 200 45


PTF 0 0 447 1 471


Autres sources 0 0 1 9


Total 1 493 697 2 630 1 540


Part du financement étudiant 7% 8% 8% 3%


(1) Frais d'inscription, de scolarité et d'examen.




On constate d’abord l’existence d’écarts importants entre les établissements, notamment au niveau


de la licence. Ensuite, on voit que le financement étudiant est toujours inférieur à 10% de l’ensemble


des ressources des établissements étudiés. Ce pourcentage est particulièrement faible à l’IPR/IFRA où


les frais à payer pour un entrant bachelier sont peu élevés et où le nombre d’étudiants en licence est


élevé. Ce pourcentage est à comparer avec celui des quatre grandes écoles privées étudiées plus haut


où la contribution étudiante varie entre 96% et 100%.


D’un autre côté, on mesure ici l’impact que peut avoir, pour un établissement, un financement


extérieur conséquent comme celui du PADES dans deux écoles du tableau ci-dessus et notamment


dans une où les fonds extérieurs compensent la faiblesse de la subvention ministérielle. Il faut préciser


à cette occasion que le paiement des salaires des personnels permanents n’est pas inclus dans la


contribution ministérielle. Sa prise en compte modifierait les positions relatives des différents types


de financement et ferait encore baisser la part du financement étudiant. C’est pourtant en incluant le


coût des salaires que l’on pourra faire une comparaison homogène avec les écoles privées dont les


financements incorporent cet élément.




53 53

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53


Dans les établissements privés, comme dans les écoles publiques, les coûts reflètent assez fidèlement


les recettes et, de ce point de vue, on retrouve les écarts observés pour les coûts ainsi que le montre


le tableau ci-dessous :


Tableau III.7 : Recettes moyennes théoriques par étudiant dans l’enseignement privé


(Millions FCFA arrondis)




Université 1 Université 2 Ecole 1 Ecole 2 Ecole 3


Financement étudiant
Autre financement
Total


15
0


15


1 533
0


1 533


755
0


755


106
0


106


104
40


144


Financement par étudiant 0,3 0,9 1,4 1,7 1,4


Rappel : nombre d’étudiants 50 1 702 554 62 76




Ce tableau doit être interprété avec précaution : les recettes mentionnées ici sont des recettes


théoriques pour ce qui concerne celles issues des étudiants car elles résultent du produit des frais par


le nombre d’étudiants inscrits. On ne tient donc pas compte des impayés qui, aux dires de responsables


des établissements privés, sont considérables (voir Annexe 5). Sous cette réserve importante, on


constate une faiblesse des recettes moyennes par étudiant dans les universités par rapport aux écoles :


la recette moyenne pondérée par étudiant tous niveaux confondus, dans les deux universités,


représente 63% de celle observée dans les trois écoles : en moyenne 900 000 FCFA contre 1,4 million


FCFA. Ce sont les frais payés par les étudiants qui représentent la très grande majorité des recettes,


sinon la totalité.


C. La comparaison public-privé des coûts et du financement étudiant


Après avoir calculé les coûts et les financements dans un certain nombre d’IES publiques et privées, il


convient d’essayer de comparer les résultats obtenus sous réserve d’un minimum d’homogénéité pour


rendre les comparaisons pertinentes. Ceci a été fait pour quelques écoles en opérant une distinction


entre elles au niveau de la taille, en dehors du statut. Le curseur a été mis à 500 étudiants.


Avant de livrer les résultats obtenus, il nous semble important de préciser quelques points de


méthode :


- Les coûts totaux de fonctionnement (c’est-à-dire hors investissement) sont fonction du


montant des financements reçus par les IES.


- Les coûts unitaires incorporent une variable supplémentaire : le nombre d’étudiants


concernés.


- Il faut bien garder à l’esprit que les coûts fixes sont très importants, notamment les dépenses


salariales des personnels permanents, enseignants surtout. Les heures supplémentaires et le


recours à des vacataires sont une variable stratégique qui permet de baisser sensiblement le


coût de l’enseignement puisque, pour un professeur de rang A dans une grande école


publique, le coût d’une heure de cours payée en heures complémentaires est de l’ordre de 6


fois moins cher que le coût d’une heure de cours assurée dans le cadre de son service


statutaire. L’écart est de plus en plus faible à mesure que l’on descend dans la hiérarchie des


grades universitaires : cet écart va de 1 à 2 pour un assistant en moyenne.




54 54

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54


- Les résultats chiffrés donnés ci-dessous doivent être considérés comme des ordres de


grandeur car ils sont fondés le plus souvent sur des déclarations qui n’ont pas pu être vérifiées.


Néanmoins, ils donnent quelques orientations et des pistes pour d’éventuels travaux futurs


plus précis.




Tableau III.8 : Comparaison des coûts unitaires courants de quelques grandes


écoles publiques et privées en 2017-18 (en FCFA) Licence + Master




Taille des écoles
Ecoles de moins de


500 étudiants
Ecoles de plus de 500


étudiants


Statut des écoles Publiques Privées Publiques Privées


Nombre d’écoles 2 2 2 2


Nombre d’étudiants pris en compte 370 138 3 525 1 137


(1) (1) Coût unitaire de
l’enseignement


Coûts salariaux
Dépenses de fonctionnement
Coût de l’enseignement


643 000
NF


643 000


1 471 000
159 000


1 630 000


645 000
142 000
787 000


191 000
352 000
543 000


(2) (2) Logistique Coût unitaire de la logistique NF 580 000 95 000 177 000


Coût unitaire global de l’étudiant (1) + (2) NC 2 210 000 882 000 720 000


NF : Non fourni ; NC : Non calculé.


La comparaison ne peut porter que sur les écoles accueillant plus de 500 étudiants. Elle montre que


les coûts par étudiant sont assez comparables et se situent autour de 800 000 FCFA hors


investissements. En revanche, la décomposition de ce coût varie fortement selon le statut de l’école :


des coûts salariaux élevés dans les établissements publics et des dépenses de fonctionnement élevées


dans les établissements privés.


D’autres comparaisons, plus ponctuelles ont pu être faites. Elles concernent le coût du personnel


académique et les frais payés par les étudiants.


Tableau III.9 : Comparaison du coût des personnels académiques permanents




Si le coût moyen de l’enseignant permanent est nettement moins élevé dans les écoles privées où il


représente 72% du coût moyen observé dans les grandes écoles publiques, pour les écoles de grande


taille, ces coûts unitaires sont comparables.


Une différence importante existe toutefois entre les écoles de grande taille : les taux d’encadrement


divergent fortement avec 16 étudiants par enseignant permanent dans les grandes écoles publiques


contre 47 dans les grandes écoles privées.


Statut de l 'école Publ ique Privée Publ ique Privée


Nombre d'écoles pris en compte 4 4 3 2


Nombre moyen d'étudiants par école 1 361 319 1 740 569


Nombre d'enseignants permanents 338 49 317 24


Coût moyen d'un enseignant permanent (Milions FCFA) 7,5 5,4 7,6 7,5


Nombre d'étudiants par enseignant permanent 16 47


Toutes écoles Grandes écoles




55 55

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55


Une dernière comparaison porte sur le montant des frais payés par l’étudiant. Dans les établissements


publics, il s’agit du montant payé par un étudiant malien détenteur d’un baccalauréat à l’entrée en


licence. Ce sont parfois des montants moyens car, à l’intérieur de la licence ou du master, le montant


des frais peut varier selon l’année d’études dans les établissements privés. L’écart est considérable


entre les écoles classées selon leur statut, surtout pour les études conduisant à la licence.




Tableau III.10 : Comparaison des frais payés par les étudiants


(Milliers FCFA par an)








D. Les leviers d’action


Les écarts constatés dans les dépenses par étudiant dans différents cas de figure, caractérisés en


premier lieu par des différences de statut des établissements et dans les effectifs d’étudiants, nous


interpellent : comment comprendre ces différences ?


Pour ce faire, on dispose déjà de plusieurs informations :


D.1 Dans l’enseignement


- Le nombre d’enseignants permanents


- Le service hebdomadaire statutaire de chaque catégorie d’enseignant permanent


- La rémunération de base de chaque catégorie d’enseignant permanent


- Le nombre d’heures supplémentaires assuré par ces enseignants permanents


- Le nombre de vacations assuré par des personnes extérieures à l’établissement


- Le prix d’une heure supplémentaire pour un enseignant permanent


- Le prix d’une heure de vacation


- Les éventuelles charges administratives des enseignants permanents


Statut Etabl issement Licence Master


Ecole 1 351 401


Ecole 2 335


Ecole 4 5 150


Ecole 5 10 220


Univers i té 1 (1) 750 1 100


Univers i té 2 250 450


Ecole 1 1 300 1 450


Ecole 2 1 650 1 850


Ecole 3 720 1 100


Ecole 4 910 1 300


(1) Y compris des fra is d'inscription de 100 000 FCFA.


Publ ic


Privé


Fra is de scolari té




56 56

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56


Il reste à connaître la composition de la maquette pédagogique de l’établissement. Dans un premier


temps, on pourrait collecter trois sortes d’informations :


- Le nombre de cours6 assuré pour chaque diplôme analysé (licence, master, par exemple)


- La décomposition de ces cours par type : cours magistraux (CM), travaux dirigés (TD) et travaux


pratiques (TP), etc.


- Le nombre de groupes pédagogiques pour chaque diplôme


Il s’agit là d’un travail délicat qui implique une collaboration franche de la part des enseignants


concernés. Ceci a été tenté dans les établissements publics mais, on l’a vu, l’information pertinente


n’est pas d’un accès facile.


D.2 Dans l’administration et la logistique


Bien que l’incidence de celles-ci soit plus faible que l’enseignement sur la dépense par étudiant, elle


peut varier aussi considérablement entre les établissements.


Il faut prendre en compte les coûts des personnels impliqués ainsi que les dépenses de fonctionnement


qui comprennent aussi les services externalisés (gardiennage, entretien, etc.) qui réduisent le


personnel permanent ou contractuel traditionnellement affecté à ces tâches.


Comme pour l’enseignement, divers ratios peuvent être calculés, notamment la dépense par étudiant


au titre de l’administration et de la logistique.


E. L’action sociale en faveur des étudiants


Elle est assurée par le CENOU qui a la charge de distribuer les crédits accordés par l’Etat aux étudiants


ayants-droit identifiés par application des critères existants. Il assure en outre des aides sur ses fonds


propres mais l’essentiel des crédits vient de l’Etat. Les étudiants sont associés à la gestion de ces crédits


via leurs représentants.


Les étudiants contribuent financièrement pour deux types d’aides : le logement et la restauration. Pour


le logement, le prix du loyer varie selon la localisation et la configuration des chambres ; pour la


restauration, une entreprise privée la gère sous la supervision du CENOU, le prix du repas ayant été


fixé à 500 FCFA.


La plupart des aides accordées en 2018 figure dans le tableau ci-dessous. On constate que le poste


principal est constitué par les bourses, l’allocation de trousseau et les indemnités diverses (stage,


mémoire et thèse).


L’Annexe 4 détaille ces informations.




Tableau III.11 : Eléments de la dépense d’aide sociale par étudiant



6 On utilisera le mot « cours » par souci de simplification. A ce mot peuvent correspondre des cours magistraux,
des travaux dirigés, des travaux pratiques, des encadrements de mémoire, etc.




57 57

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57


Type d’aide
Dépense totale
(Millions FCFA)


Nombre de
bénéficiaires (1)


Dépense par étudiant
pour l’année (FCFA)


Bourses, trousseau et
indemnités diverses


15 151 71 591 212 000


Logement 963 7 524 128 000


Restauration 288 Tous les étudiants 4 000


Santé 0,6 2 300 000


Transports quotidiens 230 65 000 1 100


Transports grandes vacances 380 56 000 7 000


Autres transports (sorties
pédagogiques)


1,8 2 000 900


Aides diverses 6,4 77 83 000


(1) Il s’agit du nombre physique de bénéficiaires. L’étudiant qui utilise plusieurs fois par semaine le bus


du CENOU pour se rendre sur le campus n’est compté qu’une fois. Ceci explique l’écart entre le prix


facturé par voyage (50 FCFA) et le coût de cet étudiant pour le CENOU durant toute l’année.








____________________________________





58 58

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58


IVème partie : Les financements innovants dans l’éducation : état des lieux et perspectives





Depuis quelques années, ces financements ont fait l’objet de nombreuses publications qui montrent


la variété des situations rencontrées. On présentera ci-dessous une revue rapide de travaux sur ces


financements ainsi qu’une série d’exemples, principalement en Afrique. Leur applicabilité au Mali est


également abordée ainsi qu’une brève réflexion plus générale sur les prêts aux étudiants.


Selon l’OCDE et le PNUD (2013) la notion de « financements innovants » a été introduite pour la


première fois en 2002 à l’occasion du Consensus de Monterrey pour designer «les mécanismes


permettant de générer des ressources additionnelles à l’aide publique au développement


traditionnelle et présentant une plus grande prévisibilité ».


Aujourd’hui, avec le regain d’intérêt pour cette pratique et la diversité des approches appliquées, la


notion de « financement innovant » apparaît polysémique au point que les analyses du PNUD (2012),


DGDA & DGI (2014) et de l’OCDE (2015) rappellent qu’il n’existe pas de définition commune au concept


de financements innovants. Toutefois, il apparaît pratiquement consensuel que les financements


innovants sont des mécanismes à même de mobiliser des ressources nouvelles qui vont au-delà des


dispositifs d’aide pour le développement par « leur complémentarité par rapport à l’aide publique au


développement, par leur prévisibilité et leur stabilité, par le privilège accordé à la gouvernance et à


l’optimisation des ressources disponibles grâce à la surveillance assurée par des acteurs non


traditionnels ». Selon la CONFEMEN, Education Task Force (2012), « L’optimisation doit être considérée


comme une véritable source de financement ».


Les financements innovants les plus visibles dans la littérature internationale ont vu le jour dans les


secteurs de l’environnement, en général et en liaison avec le péril du changement climatique, en


particulier ainsi que dans le domaine de la santé notamment en ce qui concerne le VIH/SIDA et les


campagnes massives de vaccination. Le caractère dramatique et menaçant des périls liés à ces


secteurs, pourrait expliquer le retard dans la vulgarisation des pratiques de financements innovants,


dédiés à l’éducation en général et à l’enseignement supérieur en particulier.


Ainsi, le premier mécanisme de financement a été la taxe sur les billets d’avions au profit d’UNITAID,


acceptée par 30 pays pour abonder les fonds dédiés à la lutte contre la pandémie du SIDA.


Pour la Banque Mondiale, les financements innovants impliquent des formes non‐traditionnelles de


solidarité, des partenariats public‐privé et des mécanismes catalyseurs (i) qui contribuent à générer


des fonds additionnels par l’exploitation de nouvelles sources de financement (au‐delà des dépenses


budgétaires) ou avec le concours de nouveaux partenaires (donneurs émergents, secteur privé), (ii)


qui améliorent l’efficacité des flux financiers en réduisant les délais et/ou les coûts et (iii) qui


permettent aux flux financiers d'être davantage « axés sur les résultats », en reliant explicitement les


flux de financement à une performance quantifiable sur le terrain.


Derrière l’expression « financements innovants » se cache ainsi un ensemble diversifié de pratiques et


de mécanismes financiers visant à récolter des ressources en faveur du développement additionnel de


l’aide et à optimiser leur impact.




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A. Perspectives de développement des dispositifs de financement innovants


Au niveau international, la mondialisation de l’éducation, traduite notamment par la volonté


d’atteindre l’éducation universelle durable et de qualité, a accentué la concurrence sur les ressources


à consacrer à l’éducation en général et à l’enseignement supérieur en particulier. La priorité accordée


à l’éducation de base aggrave cette concurrence au détriment de l’enseignement supérieur qui occupe,


notamment en Afrique, la place de « parent pauvre » au sein des dispositifs de financement de


l’éducation.


En effet, on note aujourd’hui une croissance significative de l’accès aussi bien à l’éducation de base


qu’à l’enseignement supérieur avec des défis plus grands à relever dans l’extension et l’amélioration


de l’accès à un enseignement supérieur pertinent et de qualité.


Selon Steer et Smith (2015), cités par la CONFEMEN « Sur la période 1999-2012, le taux brut de


scolarisation dans le premier cycle du secondaire est passé de 71% à 85% ».


Cette même source rapporte que « la part consacrée à l’enseignement supérieur dans le budget total


de l’éducation dans le cadre de l’Aide Publique au Développement (APD) des institutions de l’Union


Européenne est passée de 27 % en 2002‐2004 à 34 % entre 2009-2011 ». A titre d’exemple, « la part


de fonds consacrés par la Banque Mondiale à l’enseignement supérieur dans l’enveloppe de


l’éducation, administrée par l’Association Internationale de Développement (IDA), a augmenté de 18


% en 2002‐2004, à 22 % en 2009-2011 » (Rose et Steer, 2013) in CONFEMEN.


Le regain d’intérêt pour l’enseignement supérieur est intervenu après une longue période de


redéploiement des ressources du supérieur vers l’éducation de base pendant les années de politiques


d’ajustement structurel appliquées au secteur de l’éducation. Les effets pervers de ces politiques ont


empêché l’allocation de ressources importantes et stables aux besoins de plus en plus croissants d’un


enseignement supérieur en pleine accélération de la massification des effectifs. Cette insuffisance pose


la question de savoir comment augmenter les ressources consacrées à l’enseignement supérieur sans


priver les autres sous-secteurs éducatifs, tout aussi importants, de ressources pour la consolidation


durable de chaque ordre d’enseignement qui a souvent des relations systémiques avec le


développement de l’enseignement supérieur. La recherche de réponses durables à cette question


souligne avec acuité la nécessité de mettre en place des financements innovants pour la mobilisation


de plus de ressources durables et mieux gérées sur la base des leçons tirées à la fois des expériences


réussies de mobilisation de ressources et des expériences ayant rencontré des difficultés importantes.


A.1 La nécessité de rupture avec les financements classiques


Selon le groupe de travail de l’UNESCO sur le financement innovant de l’éducation pour l’éducation


(Task Force Education : Rapport, 2012), « les financements innovants sont des mécanismes de


mobilisation de ressources basés sur une approche de collecte et d’utilisation différente des


financements habituels ».


La problématique des financements innovants intègre la nécessité de rompre avec les pratiques


classiques auxquelles la plupart des pays ont recours pour développer un secteur. Il est aujourd’hui


établi que les financements publics autant que les ressources privées ont tous deux des limites




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importantes pour permettre, tous seuls, d’atteindre les objectifs de rattrapage des retards accusés en


matière d’enseignement supérieur en Afrique en général et au Mali en particulier.


Si la définition des financements innovants doit prendre en compte la nécessité de rupture avec les


pratiques les plus usuelles en matière de financement de l’enseignement supérieur, cette rupture n’est


pas une fin en soi. L’innovation doit répondre au moins à trois impératifs :


 L’impératif de l’augmentation du volume et de la diversification des sources de financement.


 La question de la mobilisation de ressources durables (soutenable).


 La nécessité de la mise en place d’une gestion des ressources fondée sur l’optimisation des


ressources, notamment l’implication d’acteurs et de partenaires nouveaux à même de


provoquer une rupture positive dans l’amélioration de la gouvernance des financements de


l’ESR.


Au sens de la présente étude, un financement innovant est un dispositif qui permet de répondre aux


exigences d’augmentation durable, de diversification des sources de financement et d’amélioration de


la gouvernance des financements par l’implication de nouveaux acteurs à même de limiter les


vulnérabilités du financement et de veiller à l’optimisation des ressources mobilisées.


A.2 Les principes et caractéristiques fondamentaux des financements innovants


Selon cette source, les principes fondamentaux suivants sont à prendre en compte dans la mise en


place de financement innovants à savoir : (i) le principe de la complémentarité entre les financements


innovants et les sources classiques de financement, (ii) la nécessité de combiner des ressources


publiques, privées, intérieures et extérieures, (iii) la nécessité de tirer profit des leviers les plus divers


offerts par le contexte économique national, régional ou international, (iv) la nécessité de mettre en


place des ressources prévisibles et durables, enfin (v) la nécessité d’accompagner toute approche de


financement innovant par des mécanismes d’optimisation fondés sur une bonne gouvernance.


Ces caractéristiques et principes fondamentaux des mécanismes innovants de financement doivent


servir de boussole pour l’élaboration d’une stratégie de mise en place de financements innovants.


Cette stratégie doit, non seulement prendre en compte les caractéristiques communes à tous les


financements innovants, mais également bâtir une approche gagnante fondée sur l’adaptation de la


démarche aux spécificités socio-économiques et culturelles des pays engagés dans la mise en place de


financements innovants. L’application de cas de bonnes pratiques de financements innovants doit


éviter la transposition mécanique de solutions de « prêt à porter » importées d’un contexte spécifique.


A.2.1 La complémentarité entre les mécanismes innovants et classiques de financement


Un des principes fondamentaux de la mise en place de financements innovants est qu’ils concernent à


la fois les ressources publiques et privées ainsi que les richesses nationales et extérieures utilisables


pour le financement de l’enseignement supérieur. La mise en place de mécanismes innovants doit


venir en complément aux financements existants. Les nouvelles sources de financement identifiées,


loin de se substituer aux financements classiques, viennent en complément à ces ressources au risque


de provoquer un désengagement périlleux des bailleurs de fonds traditionnels de l’enseignement


supérieur.




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A.2.2 La nécessité de mettre en place des stratégies de financements innovants adaptées à


chaque pays


La stratégie de mise en place de mécanismes innovants nationaux de financement dans chaque pays


doit prendre en compte les avantages comparatifs des différents acteurs ainsi que l’applicabilité de


différentes approches de financements innovants de l’enseignement supérieur appliquées dans des


pays tiers. La stratégie d’application ou de duplication de cas de financements innovants, doit


s’appuyer à la fois sur les leçons tirées des cas de succès, sur celles tirées des cas d’échecs et sur celles


tirées de l’analyse des conditions environnementales et des mesures d’accompagnement ayant


occasionné le succès ou l’échec de ces expériences de mise en place de financements innovants.


A.2.3 La nécessité de mettre en place une gouvernance rénovée des ressources mobilisées


Dans la démarche de mise en place d’une stratégie de financements innovants, il est essentiel que le


mode de gouvernance des financements acquis soit rénové en tirant les leçons des forces et faiblesses


des modes de gestion antérieurs des fonds mobilisés en faveur de l’enseignement supérieur.


L’innovation doit porter essentiellement sur l’implication, outre les parties prenantes traditionnelles,


de nouveaux acteurs dans le processus de mobilisation et de gestion des financements mobilisés, dans


un contexte marqué par l’insuffisance de transparence et de redevabilité dans la gestion des


financements mobilisés.


Une des conditions de succès de la mise place de mécanismes de financements innovants est la


nécessité d’instaurer un mécanisme innovant d’optimisation des ressources. La mise en place de ce


mécanisme peut se réaliser à travers la recherche de tout mécanisme d’augmentation de l’efficacité


interne et de l’efficience du système par l’élimination des déperditions des ressources tout au long du


circuit des dépenses publiques. Ces déperditions sont souvent consécutives au gaspillage de


ressources engendré par la lourdeur des procédures administratives et financières et la faible capacité


des acteurs entraînant des faibles taux de décaissement des maigres allocations budgétaires


accordées.


Au Mali, l’une des plus grandes faiblesses des dispositifs de gouvernance est la faiblesse du système


d’information marqué par le manque de fiabilité des statistiques des effectifs d’étudiants et


d’enseignants. Il existe souvent des variations incroyables entre les données issues de sources


différentes sur les effectifs d’enseignants, les volumes des heures supplémentaires et les effectifs


d’enseignants.


Les ressources consacrées aux frais de transport des étudiants ont été réduites à quelques centaines


de millions de francs CFA après l’informatisation par le CENOU de la gestion des transports.


Le système d’information sur les effectifs et sur les ressources demeure très opaque et fragmenté.


Plusieurs universités étaient incapables et ou réticentes à fournir les informations concernant leurs


facultés respectives malgré toutes les relances opérées par leur propre hiérarchie.


Les services des statistiques au niveau central et au sein des entités ont eu du mal à expliquer les écarts


importants entre les sources statistiques ainsi que l’incapacité de centraliser les données émanant des


entités.




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L’innovation doit également concerner la lutte contre les abus d’utilisation des ressources comme celui


relatif à la démultiplication des heures supplémentaires et de vacatariat.


Il est préconisé que cette recherche d’optimisation innove en impliquant, en plus des partenaires


classiques, d’autres acteurs à même d’imposer des règles de redevabilité et de transparence dans la


gestion des ressources mobilisées. Cette implication pourrait concerner certains acteurs non


conventionnels comme des fondations, des acteurs de la société civile et des opérateurs économiques


partenaires. Une des clés du succès des financements innovants est la consolidation de la confiance


des bailleurs de fonds potentiels grâce à l’instauration de mécanismes transparents et novateurs


d’optimisation de la gestion des fonds mobilisés par le mécanisme.


A.2.4 La nécessité d’explorer des sources diversifiées de mobilisation des ressources


A côtés des sources habituelles de financement, les mécanismes innovants de financement de


l’enseignement supérieur doivent ratisser large en ayant recours à une grande diversité de ressources


intérieures, extérieures, publiques et privées. Les financements innovants doivent prendre en compte


toutes les possibilités de financement offertes par les mécanismes de marchés, notamment les


mécanismes à même de lever des ressources sur la base des taxes facturées sur les activités à haute


rentabilité.


Des contributions citoyennes et des mécanismes de gestion de la dette pourraient également faire


l’objet de prospection afin de mobiliser des ressources complémentaires aux financements


conventionnels de l’enseignement supérieur.


Face à la quasi gratuité de l’enseignement supérieur, essentiellement assurée par les subventions


étatiques, les réflexions stratégiques sont orientées à la fois vers l’augmentation de la contribution des


ménages au financement de l’enseignement supérieur, l’augmentation des ressources propres des IES,


la mobilisation des ressources auprès de bailleurs de fonds intérieurs et étrangers, la mobilisation des


ressources en provenance de la diaspora, la mise en place de prêts étudiants etc.


Ces approches de mobilisation des financements appliquées en Afrique ont connu des fortunes


diverses de réussite ou d’échec plus ou moins importants dans l’espace et le temps.


A.2.5 Les opportunités de financements innovants offertes par le marché de l’économie et la


reconversion de la dette


La première source de financement innovant à explorer est la mise à contribution des opportunités


offertes par le marché de l’économie nationale, sous-régionale et internationale ainsi que celles


offertes par les mécanismes innovants de reconversion de la dette publique.


En effet, plusieurs financements innovants de l’enseignement supérieur ont été bâtis à travers le


monde sur la base des prélèvements fiscaux opérés sur l’exploitation des ressources naturelles par les


multinationales au titre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). En Afrique, l’exploitation


de ces opportunités est embryonnaire avec le cas du Botswana qui, grâce à l’exploitation de minerais


(le diamant en particulier) finance l’éducation à plus de 8% de son PIB. Un second exemple est celui du




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Ghana qui a adopté une loi pour l’allocation de fonds issus de l’exploitation des ressources pétrolières


pour le financement de l’enseignement supérieur.


En ce qui concerne les opportunités offertes par la reconversion de la dette publique, les fonds


consacrés à l’initiative « Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) » ont permis de mobiliser des fonds


importants en faveur de l’Education pour Tous dans les années 2000. Toutefois, les ressources


mobilisées par ce dispositif, qui a été considéré à l’époque comme un mode de financement innovant,


l’ont été essentiellement en faveur de l’éducation de base et très insuffisamment en faveur de


l’enseignement supérieur.


B. Analyse de pratiques de financements innovants en Afrique et dans le monde


La présentation des cas de bonnes pratiques de financements innovants sera réalisée dans une


approche comparative des principes mis en avant par chaque approche de financement innovant.


Il s’agit de comparer les cas présentés sur la base de l’origine du financement innovant, des types de


dépenses couvertes, des dispositifs d’optimisation de la gestion des ressources mis en place ainsi que


des résultats, impacts et durabilité de ces mécanismes de financement innovants.




Comparaison des pratiques de financements innovants


Cas de Pays
Origine du


financement
Les types de


dépenses couvertes
Dispositifs d’optimisation
de la gestion ressources


Observations sur l’applicabilité au
Mali


Burkina Alloué sur la base
du budget d’Etat
avec un dispositif
de veille pour
stimuler le
remboursement


Aides, frais de
scolarité, allocations
diverses, recherche,
frais de laboratoires


Mécanismes de
recouvrement des prêts


193 670 aides octroyées pour un
montant de 33, 9 milliards FCFA,
34 698 prêts d’études pour un
montant de 7, 8 milliards FCFA, et
1 194 prêts de laboratoires pour
un montant de 523 millions FCFA.


Ghana Fonds octroyés sur
la base d’une loi
affectant une
proportion des
ressources
d’exploitation du
pétrole


Investissement en
infrastructures, en
ressources humaines


Loi sur l’affectation et
conditions d’utilisation de
ressources fiscales de
l’exploitation pétrolière


Un tel dispositif est applicable au
Mali notamment dans le domaine
de l’exploitation des mines d’or
pour laquelle le Mali occupe la
deuxième place des pays
producteurs d’or. Toutefois, il
s’agira d’appliquer des taux de
prélèvement à même de
permettre le maintien de la
compétitivité du secteur. Il est
nécessaire de constituer sur la
base de ces ressources un fonds
auto renouvelable à travers des
dépôts à terme DAT.




Canada Le gouvernement
du Québec a mis en
place un dispositif
de financement
complémentaire
des universités de
3,3 milliards de


Financement du
fonctionnement, de la
recherche et des
immobilisations




Mise en place d’un
dispositif de classification
académique et d’une
nouvelle grille de
pondération


Dispositif applicable à condition de
déterminer des critères de
répartition transparents assortis
de critères de gestion axés sur les
résultats sur une base
contractuelle.




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dollars, soit 52 % du
total par
l’entremise du
service de la dette


Dispositif de conclusion
d’ententes concernant des
mandats stratégiques avec
chaque établissement


Orientation n°4 formulée
sur la performance des
universités et l’efficience du
système


Botswana Affectation de
ressources fiscales
issues de
l’exploitation des
ressources minières
(Diamant)


Financement des
bourses et des
infrastructures


Affectation de ressources
fiscales issues de
l’exploitation de ressources
minières comme le diamant


Un tel dispositif est applicable au
Mali notamment dans le domaine
de l’exploitation des mines d’or
pour laquelle le Mali occupe la
deuxième place des pays
producteurs d’or. Toutefois, il
s’agira d’appliquer des taux de
prélèvement à même de
permettre le maintien de la
compétitivité du secteur




Kenya Le gouvernement a
mis en place un
système de prêts
aux étudiants de
l’enseignement
supérieur public et
privé géré par le
Comité de prêt à
l’enseignement
supérieur (Higher
Education Loans
Board, HELB).




Financement des
infrastructures et des
prêts aux étudiants


Fonds abondé par diverses
ressources publiques et sur
la base des ressources
propres des universités,
notamment les institutions
technologiques qui
réalisent des produits
technologiques comme les
dispositifs d’énergie solaire
et l’expertise technologique


Applicable notamment si on met
en place un comité dédié au
recouvrement des prêts aux
étudiants et aux familles


Sénégal Affectation
volontariste de
ressources
étatiques peu
soutenables sous
forme de bourses et
aides distribuées
aux étudiants


Principalement basée
sur l’affectation de
ressources publiques
notamment le budget
global


Financement des
infrastructures et
principalement les bourses


Très peu soutenable sans une
politique d’élargissement de
l’assiette fiscale


Guinée Affectation
volontariste de
ressources
étatiques peu
soutenables sous
forme de bourses et
aides distribuées
aux étudiants


Principalement basée
sur l’affectation de
ressources publiques
notamment le budget
global


Financement des
infrastructures et
principalement les bourses


Très peu soutenable sans une
politique d’élargissement de
l’assiette fiscale. Toutefois vu les
énormes potentialités minières
des deux pays, un financement
innovant pourrait être bâti sur la
négociation de prélèvements
auprès des compagnies minières
sur la base de la RSE.


France Prêts bancaires,
parfois prêts
garantis par l’Etat.






Toutes dépenses
effectuées par les
étudiants.
Principalement
paiement des frais de
scolarité (écoles
privées) et de
logement.


Mécanismes de
recouvrement des prêts.


Le principal problème sera celui du
recouvrement des sommes
prêtées en l’absence d’une caution
par suite du chômage, de faibles
revenus, de revenus réels
difficilement identifiables ou
encore de départ à l’étranger.




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B.1 La mise en place d’un fonds de prêts aux étudiants au Burkina Faso


Créé par décret N°94-071/PRES/MFPL/MESSRS/MEBAM du 15 février 1994, le Fonds National pour


l’Education et la Recherche (FONER) est un cadre de mobilisation de ressources additionnelles en vue


de soutenir l’effort national en matière d’éducation et de recherche. La création du Fonds répond à la


nécessité de trouver une alternative à la charge financière de l’Etat sur les allocations financières en


mobilisant des ressources additionnelles pour soutenir les efforts publics en matière d’éducation et de


recherche.


On distingue deux types de prêts : le prêt d’études dont le montant est de 225 000 FCFA par an et le


prêt de laboratoire pour les étudiants des cycles master et doctorat qui s’élève à 300 000 ou 500 000


FCFA, selon les domaines de spécialisation. Le prêt FONER est remboursable avec un taux d’intérêt


simple de 3% après l’obtention d’un emploi permanent.


En termes de statistiques, le FONER a octroyé à ce jour 193 670 aides pour un montant de 33,9 milliards


FCFA, 34 698 prêts d’études pour un montant de 7,8 milliards FCFA, et 1 194 prêts de laboratoires pour


un montant de 523 millions FCFA. Par ailleurs, le FONER a octroyé des appuis à diverses initiatives dans


le domaine de l’éducation et de la recherche.


Aujourd’hui, le FONER est confronté à des difficultés de remboursement des prêts octroyés. Toutefois


son impact est non négligeable dans la mesure où il constitue souvent le seul recours pour des milliers


d’étudiants aux origines modestes qui auraient abandonné les études sans l’aide du Fonds.


B.2 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Québec (Canada)


En 2015‐2016, les revenus totaux des universités s’élevaient à 6,3 milliards de dollars. Dans ce


montant, le gouvernement du Québec a contribué pour 3,3 milliards de dollars, soit 52 % du total, dont


2,7 milliards de dollars pour le fonctionnement, 0,3 milliard de dollars pour la recherche et 0,3 milliard


de dollars pour les immobilisations.


Une grille de pondération de l’effectif étudiant a été élaborée en vue de servir de principal paramètre


de répartition de l’enveloppe de 1,9 milliard de dollars prévue pour l’enseignement. La grille de


pondération est établie à partir des coûts moyens observés et ajustés à des fins de comparabilité entre


les universités.




B.3 Le Sénégal à la recherche de mécanismes de financement innovant de l’ESR


Selon une étude de la Banque Mondiale (2011), « En 2011, le Sénégal a alloué 32 % de son budget de


fonctionnement national au secteur de l’éducation, ce qui représente la part la plus élevée des


dépenses récurrentes consacrées à l’éducation dans toute l’Afrique subsaharienne. L’enseignement


supérieur reçoit 24 % du budget de l’éducation, soit 1,2 % du PIB. En proportion du PIB, les dépenses


du Sénégal pour l’enseignement supérieur sont environ le double de la moyenne de l’Afrique


subsaharienne (0,6 %) et plus du double de la moyenne de l’Asie du Sud, qui est de 0,5 %. »




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Les allocations publiques aux établissements d’enseignement supérieur (EES) sont fixées sur la base


d’un budget négocié. Ainsi, le financement public n’est pas lié à la performance des institutions et peut


varier fortement d’une année à l’autre. Les dépenses publiques consacrées à l’enseignement supérieur


public vont de manière disproportionnée aux subventions et soutiens accordés aux étudiants au


détriment des dépenses de fonctionnement. Une idée très répandue est que cette distribution de


bourses à la quasi-totalité des étudiants a eu des effets pervers importants. En effet, plusieurs


étudiants s’arrangent pour faire traîner en longueur leurs études supérieures afin de continuer le plus


longtemps possible à bénéficier des bourses au risque de se retrouver jeunes diplômés sans emploi et


sans revenu.


Pendant plusieurs années, les dépenses consacrées aux bourses d’études et autres services aux


étudiants représentaient 62 % du total des dépenses récurrentes d’appui à l’enseignement supérieur


selon la même source.


Certaines années, un problème se pose avec acuité : celui des ressources consacrées aux


établissements d’enseignement supérieur qui dépassent les ressources disponibles. Se pose alors la


question de la soutenabilité d’une telle politique sans une politique de diversification des sources de


financement de l’enseignement supérieur au Sénégal.


Selon un article de presse, plusieurs responsables - notamment l’ancien Recteur de l’UCAD - pensent


que d’autres acteurs, comme les collectivités, doivent participer au financement de l’UCAD en


compensation de la visibilité mondiale que la ville de Dakar gagne à travers les publications de


l’Université diffusées partout dans le monde. Selon la même source, une initiative de mise en place


d’un dispositif de financement innovant à travers la création du fonds national de l’éducation a été


proposée depuis les états généraux de l’éducation en 1981 jusqu'aux assises de l’éducation et de la


formation en 2014.


B.4 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Ghana


Selon une étude de l’AUA (2015) « L’enseignement tertiaire au Ghana est financé à travers une variété


de sources, les principales étant les subventions du Gouvernement du Ghana, le Fonds d’affectation


spéciale ghanéen pour l’éducation (Ghana Education Trust Fund (GETFund)), les partenaires de


développement, des fonds auto générés par les institutions et les contributions des étudiants et du


secteur privé ». Ce fonds constitue la source principale du financement des infrastructures scolaires


depuis sa création.


Le GETFund est un fonds fiduciaire public créé par une loi en 2000. Il permet d’affecter des fonds pour


compléter les efforts du gouvernement dans la mise en place d’infrastructures et d’installations


scolaires pour le secteur public à partir du niveau pré-tertiaire jusqu’au niveau tertiaire. Le Fonds est


abondé par 2,5% de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) prélevée par l’Autorité Ghanéenne du fisc par


l’entremise du Ministère de l’Education Nationale.


Les institutions tertiaires reçoivent leurs allocations budgétaires du gouvernement à travers le Conseil


National de l’Education Tertiaire (NCTE). En 1993, la loi portant création du Conseil National


d’Enseignement Tertiaire a recommandé au NCTE de conseiller le Ministre chargé de l’éducation sur


les allocations en bloc des fonds pour le paiement des frais courants de l’enseignement tertiaire et des


subventions pour les dépenses en capital.




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Selon l’étude (2015), le montant total des ressources allouées par le Ministère de l’Education au


secteur tertiaire est abrité en tenant compte des variables suivantes :


 « Le financement historique ou le gradualisme : « l’allocation de fonds est invariable tous les


ans et basée sur l’allocation de l’année précédente avec de légères variations » ;


 « La soumission et la négociation : tous les ans, un cas est présenté́ pour le financement selon


les demandes budgétaires annuelles formulées par le NCTE ;


 « La discrétion : la décision finale sur le montant d’allocation au secteur tertiaire dépend de


l’allocation totale de fonds reçue du Ministère des Finances pour le secteur de l’éducation ;


 L’affectation des fonds est également arbitrée en fonction de l’importance et de la pertinence


des projets présentés pour le secteur.


Dans le cadre du financement de l’éducation en général et de l’enseignement supérieur en particulier,


le Gouvernement Ghanéen a adopté la Loi sur la gestion de ses ressources pétrolières (le Petroleum


Revenue Management Act) dont 70% des recettes sont investies dans le secteur global de l’éducation


y compris l’enseignement tertiaire.


Le Pays a également adopté le partage obligatoire des coûts de l’enseignement supérieur en adoptant


l’Accord d’Akosombo. L’enseignement supérieur est financé 70 % par les ressources provenant du


Gouvernement et à 30 % par les ressources propres générées en grande parties par les frais de scolarité


et les dons privés. Initialement appliqués aux seuls étudiants étrangers, les frais de scolarisation


s’étendent progressivement et concernent actuellement une bonne partie des nationaux.


En 2007, le Ghana a démarré, sur la base d’un Fonds de prêts étudiants (Student Loan Trust Fund, SLTF)


un programme de prêts selon la disponibilité des moyens de l’Etat en appliquant des taux d’intérêt à


même d’éviter à l’Etat de subir des pertes consécutives à l’inflation et aux frais de gestion du système


de prêt. Le programme de prêt du SLTF est, toutefois, paralysé par des retards de distribution des prêts


aux étudiants.


B.5 Le financement innovant de l’enseignement supérieur au Botswana


Le Botswana est considéré comme étant le pays qui a le mieux réussi à mettre en place un financement


innovant de son enseignement supérieur. Ce système de financement est fondé sur un dispositif de


cogestion des ressources minières entre les entreprises étrangères et l’Etat avec un partage des risques


et des profits. Grâce à ce système, le Botswana finance l’éducation à plus de 8% de son PIB grâce à


l’exploitation de minerais (le diamant en particulier).


Ce pays a atteint l’éducation primaire pour tous et son taux brut de scolarisation secondaire est de


plus de 80%, ce qui représente le double de la moyenne du continent (UNESCO, 2012). Toutefois, les


études réalisées sur le cas de financement innovant du Botswana mettent en garde contre toute


duplication mécanique de ce modèle en attirant l’attention sur le succès du modèle lié à la fois à la


bonne gouvernance des ressources, à la stabilité politique du pays et à la volonté politique d’investir


massivement dans le système éducatif. Ces atouts ont permis au pays de disposer de ressources


humaines hautement qualifiés pour avoir une capacité de négociation avec les multinationales du


secteur.


B.6 La Guinée, en quête d’un dispositif de financement innovant et soutenable




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En Guinée, le sous-secteur de l’enseignement supérieur, bénéficie d’un tiers du total des dépenses


publiques investies dans le secteur éducatif global. Les étudiants inscrits dans les IES publiques et


privées bénéficient de bourses et d’aides publiques qui ont couté 175 milliards FG atteignant un


pourcentage exorbitant de 50% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur. L’enseignement


supérieur bénéficie de la plus grande part du total des dépenses d’investissement allouées au secteur


de l’éducation alors que les étudiants du sous-secteur ne constituent que 8% des effectifs de


l’Education nationale.


Les études sur le financement de l’enseignement supérieur en Guinée s’interrogent fortement sur la


soutenabilité d’un tel système de financement et les éventuels remous que soulèverait toute tentative


de réduction des immenses avantages accordés par l’Etat-providence depuis plusieurs décennies.


B.7 Financements innovants de l’enseignement supérieur au Kenya


Selon une étude de la Banque Mondiale (2018), « en 2010, le Gouvernement du Kenya a alloué


l’équivalent de 5,5 % de son PIB aux dépenses d’éducation et 15 % du total des dépenses d’éducation


ont été affectés à l’enseignement supérieur ».


Le système d’enseignement supérieur actuel du Kenya est celui qui a restreint, par le bais d’une


sélection très sévère, l’accès subventionné du plus grand nombre d’étudiants en provenance de


l’enseignement secondaire. Les étudiants non sélectionnés peuvent être admis à titre d’étudiants


payant des frais de scolarité. Dans les universités privées, les frais de scolarité sont fixés de manière à


obtenir un recouvrement total des coûts, suivant la logique du marché ; cf. NGOME (2003) in Banque


Mondiale (2018).


(Mulongo, 2013) cité par l’étude de la Banque Mondiale, estime que « les problèmes d’équité


découlant de la disparité ont amené le gouvernement à envisager l’introduction d’un système de


quotas pour limiter le nombre d’étudiants venant d’écoles privées admis dans les universités, une


décision qui a reçu un large soutien ».


Selon le Forum pour la gestion de la politique de développement (DPMF 2012), les modes d’accès à


l’éducation au Kenya perpétuent les politiques de développement coloniales, qui ont distribué les


avantages au bénéfice disproportionné de certaines régions.


Le gouvernement a mis en place le système de prêts aux étudiants de l’enseignement supérieur public


et privé géré par le Comité de prêts à l’enseignement supérieur (Higher Education Loans Board, HELB).


La principale critique adressée à ce système de prêt est que les moyens alloués sous forme de prêts


sont largement inférieurs aux coûts appliqués par les IES privées alors qu’une augmentation paraît très


peu soutenable sur les ressources de l’Etat.


B.8 Un financement innovant dans l’enseignement supérieur en France : les prêts aux étudiants


Ce mode de financement des études supérieures s’est assez fortement développé depuis quelques


années si bien qu’on estime, aujourd’hui, qu’environ 15% des étudiants ont emprunté de l’argent


auprès des banques pour financer leurs études. Ce mouvement est lié à la montée du coût de ces




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études (frais d’inscription dans les écoles privées et certaines publiques prestigieuses, prix des


logements notamment) même si les frais d’inscription dans les universités publiques restent limités.


Concrètement, une dizaine de banques proposent des prêts aux étudiants français ou européens à des


taux relativement faibles (0,9% à 3,5%) pour une durée maximale de 12 ans et pour un montant


maximal allant de 35 000 € à un montant en principe illimité dans l’une des banques. L’âge requis pour


souscrire à ces emprunts est situé le plus souvent de 18 à 28 ans.


Un premier point important est la caution demandée par les banques : elle est souvent assurée par la


famille de l’étudiant ou, parfois, par un travail à temps partiel de ce dernier (« Job étudiant »). Le


deuxième point important concerne le remboursement. Celui-ci est prévu par contrat à l’issue d’une


durée convenue pour les études. Il ne faut pas allonger la durée de ses études (redoublements, par


exemple) ou tarder à trouver un emploi à l’issue de celles-ci car les remboursements prévus seront


exigés. Une solution préconisée pour faire face à ce risque – solution pas encore appliquée – consiste


à ne commencer les remboursements du prêt que si l’on dispose de revenus suffisants (le montant de


1 200 € par mois est parfois cité à cette occasion), somme qui serait indexée chaque année sur


l’inflation.


Depuis 2010, des banques accordent des prêts avec la garantie de l’Etat (dans la limite de 70% du


montant emprunté cependant) et pour un montant maximal de 15 000 € pour des étudiants inscrits


dans un établissement d’enseignement supérieur, âgés de moins de 28 ans et de nationalité française


ou d’un pays membre de l’Union Européenne à condition de justifier d’une résidence régulière et


ininterrompue en France depuis au moins 5 ans au moment de la conclusion du prêt. C’est la banque


prêteuse qui fixe le taux d’intérêt et les conditions de remboursement (durée de remboursement


comprise entre 2 et 10 ans). Ce dispositif n’a pas rencontré le succès espéré par suite (i) des réticences


des étudiants d’origine modeste à s’endetter, (ii) de la frilosité des banques car ce système ne leur


offre pas de bonnes conditions de rémunération et (iii) une mauvaise communication.


C. Remarques générales sur les prêts aux étudiants


D’une manière générale, la problématique de ces emprunts pour étudier fait l’objet de discussions


parfois passionnées depuis longtemps.


Pour certains, les études supérieures sont un investissement d’avenir pour un pays qui doit donc


favoriser l’inscription de nombreux étudiants qui ont satisfait aux critères académiques. Dans cette


logique, les frais d’inscription et de scolarité sont faibles et les étudiants sont aidés par des bourses


versées sur critères sociaux et académiques.


Pour d’autres, les études supérieures sont d’abord un investissement personnel de l’étudiant qui en


tirera de toute façon un bénéfice, parfois important. De plus, selon ces mêmes personnes, il est injuste


que l’ensemble de la population d’un pays paye des impôts pour offrir des études supérieures à un


prix relativement bas à des étudiants souvent issus des classes sociales privilégiées. Il est donc plus


juste que les étudiants payent davantage pour des études qui leur rapporteront de l’argent plus tard.


Dans la réalité, on constate souvent que les prix demandés pour étudier s’envolent dans les


établissements privés situés dans des domaines où l’insertion professionnelle à un niveau élevé est


plus facile si bien que beaucoup d’étudiants, malgré l’existence de bourses distribuées à une partie de




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la population estudiantine, sont obligés de travailler, ce qui accroît leur probabilité d’échouer. Les prêts


sont une réponse à cette montée des coûts car ils permettent de se consacrer pleinement à ses études.


Si le système de remboursement était plus souple et lié aux revenus perçus (à condition que ceux-ci


soient bien identifiés), si l’on construisait davantage de logements pour les étudiants et si ceux-ci


pouvaient disposer de bibliothèques bien fournies, connectées et ouvertes longtemps, ils seraient dans


de bien meilleures dispositions pour étudier et réussiraient sans doute mieux aux examens.


L’encombrement des établissements en serait réduit d’autant.


Les prêts aux étudiants se sont historiquement développés dans les pays anglo-saxons (80% des


étudiants du Royaume-Uni auraient contracté des emprunts pour financer leurs études qui coûtent


très cher). Ces prêts concernent de manière croissante d’autres pays, généralement développés avec


un salariat comme moyen dominant de rémunération. L’emprunteur peut donc être assez facilement


identifié, d’une part, et ses ressources sont connues avec une bonne précision, d’autre part.


La question des conditions de remboursement du prêt est plus facilement réglable que dans un pays


comme le Mali où les sortants de l’enseignement supérieur n’offrent pas les mêmes garanties pour


l’organisme prêteur. Il serait sans doute plus facile de tester la faisabilité d’un système de prêts au Mali


auprès des étudiants inscrits dans des écoles privées assez réputées pour que l’insertion


professionnelle des sortants soit assez bien assurée à un niveau permettant de rembourser l’emprunt


contracté même si l’étudiant s’expatrie. Une étude de faisabilité devrait pouvoir y être menée.




__________________________




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Vème partie : Les stratégies proposées




Cette partie regroupe les propositions issues de l’analyse des situations rencontrées dans les


principales composantes de l’enseignement supérieur, principalement dans les IES publiques. Ces


propositions concernent six aspects qui sont articulés :


- Le financement étatique


L’examen des séries financières le caractérisant montre qu’il a atteint un niveau d’effort qui sera


difficile d’accroître significativement, surtout en ne changeant rien dans le mode de fonctionnement


actuel.


L’accent est mis sur l’amélioration de la prévision des flux financiers et sur l’instauration progressive


de critères chiffrés pour le financement des IES publiques.


- Le financement issu d’autres acteurs nationaux


Si les collectivités territoriales n’assurent actuellement aucun financement d’activités dans


l’enseignement supérieur public, il n’est pas improbable qu’elles le fassent plus tard, par exemple par


le biais de contrats ou de conventions entre universités et collectivités territoriales à l’image des


conventions signées par les universités de Bamako et le CNPM ou à l’image des futurs contrats


université – Gouvernement.


Quant aux entreprises, à travers les conventions CNPM – universités de Bamako, signées en novembre


2018, elles sont déjà dans la dynamique de prendre part au financement des universités moyennant


certains ajustements et conditions spécifiés dans ces conventions.


La participation des ménages au financement d’activités dans l’enseignement supérieur est loin d’être


négligeable. On peut imaginer des dispositifs allégeant leur contribution.


- Le fonctionnement des IES publiques


Il est abordé sous un triple éclairage : la gestion financière, la gestion académique et le pilotage.


La principale proposition avancée concerne l’autonomie des IES publiques et des développements sont


faits pour préparer les établissements à celle-ci, de même que les services centraux concernés.


- La gestion des flux d’étudiants


Leur évolution et leur répartition au sein de tout l’enseignement supérieur entraînent des


conséquences importantes au niveau des coûts et donc des besoins de financement. Divers leviers


d’action sont proposés pour mieux articuler les désirs des étudiants, leurs possibilités financières et les


contraintes des établissements d’enseignement.









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- Les relations avec l’enseignement supérieur privé


Si, actuellement, l’enseignement privé n’est pas pris en compte explicitement dans les réflexions


stratégiques sur le devenir de l’enseignement supérieur, il importe de préciser à quelles conditions il


peut devenir progressivement un partenaire de l’enseignement supérieur public.


- Les relations avec les financeurs extérieurs


Après la période récente de crise sécuritaire qui a vu les appuis extérieurs se tarir, les flux en direction


de l’éducation ont repris mais ils sont toujours orientés vers les niveaux situés en amont du supérieur.


On passera en revue les possibilités d’un accroissement des flux financiers vers l‘enseignement


supérieur public.




A. Stratégies pour le financement de l’Etat


A.1 La situation actuelle


L’analyse du financement étatique menée dans la première partie a montré (i) l’importance de ce


mode de financement (environ 90% des dépenses courantes de l’enseignement supérieur public en


2015), (ii) la stabilité de l’effort de l’Etat en direction de l’enseignement supérieur public dans un


contexte où la priorité est affichée pour l’enseignement fondamental.


L’examen de la programmation pluriannuelle a montré une réduction suivie d’une stabilisation du


volume des investissements, tendance qui a permis de maintenir la progression des dépenses


courantes au sein d’une enveloppe globale en faible progression annuelle moyenne.


On a ensuite observé, au sein des programmes, que certaines actions importantes financièrement et


socialement, comme les œuvres universitaires, stagnaient en monnaie constante malgré des


accroissements sensibles d’effectifs étudiants programmés.


Enfin, le financement des IES publiques fait l’objet de discussions Rectorat – MEF tout en se situant


dans un cadre plus large qui englobe les services généraux de l’enseignement supérieur.


Au-delà de ces considérations particulières, il faut garder à l’esprit que l’Etat ne pourra pas financer


l’enseignement supérieur proportionnellement à l’accroissement de ses effectifs d’étudiants. Cette


évolution est d’ailleurs actée dans les simulations du scénario retenu dans le PRODEC 2 au stade actuel


des travaux.


A.2 Des propositions


Trois propositions sont formulées ici :


- Planifier contractuellement les flux financiers de l’Etat vers les IES publiques


- Instaurer des critères explicites de financement des IES publiques


- Diversifier le financement étatique







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A.2.1 Garantir les flux financiers de l’Etat vers les IES publiques


Les IES ont besoin de connaître avec un minimum de précision les niveaux de financement dans les


années à venir pour planifier leurs activités au sein de plans stratégiques chiffrés de manière réaliste


et équilibrés financièrement.


Certes, les coûts salariaux représentent la plus grande partie des flux financiers en direction des IES


publiques et ils évoluent selon une logique qui s’impose aux IES. Les autres financements – Biens et


Services d’un côté et équipements et investissements, de l’autre – n’en sont pas moins importants et,


dans ces domaines, les IES peuvent, comme pour l’encadrement en personnel, faire valoir des


arguments appuyant leurs demandes.


En conséquence, il est suggéré d’étudier la possibilité pour les IES publiques de signer des contrats


pluriannuels glissants de financement avec le MEF sur la base de leur plan stratégique et d’indicateurs


à déterminer.


A.2.2 Instaurer des critères explicites de financement des IES publiques


Cette démarche s’insère naturellement dans la proposition précédente relative à des contrats


pluriannuels : le financement à moyen terme et annuel gagnerait en précision et en transparence à


être explicité dans l’enseignement supérieur public. Cela pourrait être fait à quatre niveaux :


- Une partie en fonction des coûts de formation dans les différentes disciplines


- Une partie en fonction des taux d’encadrement dans les différentes disciplines


- Une partie en fonction de certains indicateurs concernant la bonne gouvernance


- Une partie en fonction de résultats synthétisés dans un contrat de performance signé entre le


MEF et les IES publiques


L’Annexe 3 décrit la situation des universités françaises qui ont des caractéristiques voisines de celles


du Mali. Sans vouloir copier le dispositif français, il devrait être possible de l’étudier en profondeur


pour juger s’il est bon ou non de s’inspirer partiellement de celui-ci pour le financement étatique


malien. En tout état de cause, introduire des critères explicites et publiés dans l’allocation de


ressources est, à nos yeux, une amélioration par rapport à la situation actuelle.


A.2.3 Diversifier le financement étatique


On a pu lire, dans la partie sur les financements innovants, qu’au moins deux pays africains (Ghana et


Botswana) avaient institué une taxe sur certaines entreprises opérant dans des secteurs où elles


détenaient une position dominante (pétrole au Ghana et diamants au Botswana) et que cette taxe


avait été affectée à l’enseignement supérieur au motif qu’il était vital de former une main-d’œuvre


très qualifiée indispensable pour le développement du pays.


Le parallèle est facile avec l’or au Mali si l’on reste dans le secteur minier mais il est toujours possible


d’envisager une telle taxe dans d’autres secteurs où règne un monopole ou un oligopole


(télécommunications, par exemple) et où les bénéfices connus sont élevés.


Un travail d’approfondissement d’une telle possibilité pourrait être entrepris pour juger de sa


pertinence dans le contexte malien.




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B. Stratégies pour un financement par les autres acteurs nationaux


B.1 La situation actuelle


Les acteurs concernés sont au nombre de trois : collectivités territoriales, entreprises et ménages.


Actuellement, ils sont impliqués à des degrés divers dans le financement de l’enseignement supérieur


sans qu’on puisse dire que cette implication est fixée une fois pour toutes.


On constate d’abord que les collectivités territoriales ne financent pas l’enseignement supérieur : ni à


Ségou, ni à Bamako et leurs nouvelles prérogatives ne prévoient pas explicitement qu’elles financent


l’enseignement supérieur.


Quant aux entreprises, le secteur privé malien est prêt à participer au financement des IES, à accorder


des bourses et à accueillir des stagiaires pour le pré-emploi mais à certaines conditions :


i) l’amélioration de la gouvernance des IES ;


ii) l’implication du secteur privé dans la détermination du curriculum de certaines filières,


surtout en BTP, maintenance industrielle et industrie minière ;


iii) l’équipement de certaines filières en équipements modernes répondant aux besoins des


entreprises ;


iv) l’ouverture de filières courtes répondant aux besoins des entreprises.


Actuellement, le secteur privé malien dispose de deux outils de financement de la formation de ses


agents au supérieur : ce sont le FAFPA et l’INPS à travers le CPR de l’ANPE. Les textes du FAFPA ne


permettent que le financement d’une formation continue et non initiale dont la durée ne dépasse pas


2 ans. Il s’agit de la formation continue d’agents étant déjà en situation d’emploi. Cependant, on


pourrait à la fois ouvrir davantage les fonds du FAFPA à la formation dans des IES pour les filières


courtes et accélérer le processus de mobilisation de ses fonds en laissant le conseil d’administration


exercer effectivement toutes ses prérogatives.


Quant au second outil de financement du secteur privé qu’est l’INPS, il n’assure la formation au


supérieur que pour ses affiliés à travers le CPR de l’ANPE et cela sur concours et en fonction des places


disponibles. On peut alors envisager l’augmentation du nombre des admis au CPR, en élargissant par


exemple les infrastructures d’accueil ou autre ajustement.


En tout état de cause, la volonté du secteur privé d’intervenir dans le financement vient de se


confirmer par la signature récente de conventions de collaboration entre le Conseil National du


Patronat Malien et les quatre universités de Bamako.


S’agissant des ménages, dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest, la contribution des ménages


au financement des institutions d’enseignement supérieur public est très faible et constitue une


proportion infime des coûts de formation. Toute tentative d’amélioration de cette contribution est


confrontée à une forte résistance face à laquelle aucun gouvernement n’a les moyens d’agir compte


tenu des habitudes de gratuité de l’éducation en général et de l’enseignement supérieur en particulier,




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héritées de l’époque de la toute-puissance de l’Etat providence. Tout se passe comme si cet héritage


était un acquis définitif en ce qui concerne l’enseignement supérieur public7.


Toutefois, de manière paradoxale, on note que la contribution des ménages aisés ou moyennement


fortunés au financement de l’enseignement privé s’est accrue de façon spectaculaire. Cet attrait des


ménages à investir dans l’enseignement privé s’explique en partie par le sentiment que cet effort


financier a plus de chance de provoquer un retour sur investissement plus important et rapide que


l’investissement du ménage dans l’enseignement public malgré son montant sensiblement plus faible.


B.2 Des propositions


B.2.1 Les collectivités territoriales


Dans de nombreux pays occidentaux, et en France notamment, les collectivités régionales mettent des


fonds à la disposition d’une ou plusieurs universités présentes sur leur territoire. Elles y voient


plusieurs avantages : (i) une incitation à la poursuite d’études supérieures quand des établissements


diversifiés sont proches, (ii) la possibilité de faire exécuter des études et des recherches pointues par


des équipes et/ou des laboratoires proches souvent intéressés par le développement régional et (iii)


l’attirance de cadres et cadres supérieurs par la présence d’établissements réputés d’enseignement


supérieur.


Au Mali, jusqu’ici, les collectivités territoriales n’ont pas été impliquées dans le financement de


l’enseignement supérieur pour la bonne raison qu’à l’exception du District de Bamako il n’y avait pas


d’IES dans leur circonscription. En 2010, avec la création de l’Université de Ségou, la situation a changé


mais, jusqu’ici, la collectivité concernée n’a pas financé cette nouvelle institution.


Dans le District de Bamako, l’enseignement supérieur a connu une évolution contrastée : depuis


longtemps existaient des IES sous la forme de grandes écoles puis, en 1996, avec la création de


l’Université de Bamako et, depuis 2011, avec l’éclatement de celle-ci en quatre universités et, par la


suite, avec la création de nouvelles grandes écoles publiques. Le District, jusqu’ici, n’a pas accordé de


ressources à l’enseignement supérieur.


La décentralisation a attribué d’importantes prérogatives aux collectivités territoriales en matière de


développement à la base ainsi que d’importants moyens financiers pour le secteur de l’éducation mais


dans des niveaux éducatifs situés en amont de l’enseignement supérieur. Il n’est pas certain qu’il leur


reste des fonds – et la volonté – pour financer ce niveau d’enseignement si des IES s’installaient dans


leur territoire comme à Ségou. En tout cas, les flux financiers existants allant des collectivités


territoriales vers l’enseignement supérieur sont très limités, cependant avec l’adoption de la


décentralisation approfondie, on peut espérer à moyen terme qu’une évolution se produise.


Plusieurs régions sont volontaires pour accueillir des IES publiques en pensant que l’Etat prendra en


charge les investissements et le fonctionnement de ces établissements. Ceci pourrait se faire dans le


cadre d’une déconcentration d’universités situées à Bamako, avec des spécialisations locales si


possible. Dans ce cas, le principal coût serait celui des infrastructures ou la location de locaux dans un


premier temps. La présence de formations supérieures sur place – surtout si elles sont bien ciblées –



7 On peut légitimement être étonné en constatant que le prix de l’inscription annuelle dans une université
publique (5 000 FCFA) est inférieur au coût annuel de la vignette fiscale d’une moto (6 000 FCFA).




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éviterait à des étudiants de ces régions d’aller à Bamako ; un gain pourrait être observé au niveau des


bourses qui seraient alors réduites ou supprimées mais ce gain pourrait aussi être compensé par de


nouveaux candidats locaux aptes à bénéficier de ce type d’aides.


Une autre solution pour les collectivités territoriales serait d’attirer des écoles supérieures privées en


leur offrant des terrains ou même en participant à la mise en place d’infrastructures. Si de telles écoles


étaient conventionnées avec l’Etat, on aurait alors une situation nouvelle pour la capitale régionale où


ces écoles s’installeraient plus facilement.


Enfin, les récentes conventions entre CNPM et universités de Bamako et les futurs contrats Etat –


université ouvrent la possibilité de contrats entre les universités et les collectivités territoriales.


Cependant, pour ce faire, il faudra, d’une part, que les IES assurent des prestations répondant aux


besoins de développement des communautés étant donné que la loi de la décentralisation confère


aux collectivités la responsabilité du développement à la base. D’autre part, il faudra aussi que les IES


veillent à ce que le savoir universitaire/universel ne soit pas en déphasage avec le savoir local sinon le


développement ne sera pas en harmonie avec les besoins des communautés à la base.


B.2.2 Les entreprises


En ce qui concerne les entreprises, la première stratégie consiste à mettre en œuvre les actions


consignées dans les conventions récemment signées entre les quatre universités de Bamako et le


CNPM. Celles –ci sont :


i) mise en place d’un cadre permanent et périodique de concertation ;


ii) élaboration de projets conjoints de recherche ;


iii) organisation de colloques et conférences sur des thèmes convenus avec


l’accompagnement du Centre d’Etudes et de Réflexion au Mali (CERM) ;


iv) échange d’expériences en matière de gestion administrative et pédagogique ;


v) participation des experts/compétences du secteur privé dans les activités d’enseignement


(travaux pratiques, travaux dirigés…) et dans la révision des offres de formation.


Dans ce cadre, les universités concernées devront s’efforcer d’assurer correctement leur part de


responsabilité.


La deuxième stratégie consiste à ouvrir davantage les fonds du FAFPA et à accélérer la mobilisation de


ses fonds en procédant, d’une part à la révision des textes du FAFPA et, d’autre part, à une meilleure


gouvernance de ces fonds.


La troisième stratégie serait d’augmenter les effectifs des auditeurs du CPR de l’ANPE :


i) en augmentant les effectifs actuellement autorisés pour les deux licences professionnelles


(40 pour chacune) ;


ii) en autorisant l’ouverture de nouvelles licences professionnelles dans d’autres domaines ;


iii) en autorisant l’ouverture du niveau Master.




B.2.3 Les ménages




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On a observé que certaines filières, notamment les formations courtes techniques et


professionnalisantes, étant celles pour lesquelles les ménages sont prêts à investir des ressources


substantielles, une piste d’évolution pourrait être la modulation des coûts de ces offres


comparativement à ceux des filières d’orientation générale et académique. Cette modulation des


coûts en fonction des filières devra être mise en cohérence avec les réformes proposées plus loin dans


l’octroi des aides de l’Etat, notamment à travers la mise en place de prêts étudiants cautionnés


partiellement par des ressources publiques et dont le remboursement est axé sur l’insertion


professionnelle des diplômés ainsi qu’il a été souligné plus haut.


B.2.4 Les étudiants


On introduira ici une distinction entre les étudiants et les ménages car la proposition ci-dessous


concerne en premier lieu les associations d’étudiants.


Afin d’améliorer les conditions de travail des étudiants au travers de mesures qu’ils revendiquent, il


est proposé de négocier un accord entre le MEF, le MEN et les représentants des étudiants dans les


quatre universités accessibles sur inscription libre. Ce contrat pourrait porter sur les points suivants :


L’Etat s’engagerait à :


- Supprimer les causes de dysfonctionnements manifestes observés dans ces quatre universités


(grèves, chevauchement des années d’études notamment) ;


- Mieux gérer les crédits sociaux destinés aux étudiants : engagement à verser à temps les


crédits pour le trousseau et les bourses.


- Financer l’acquisition de matériel pédagogique pour un montant égal à deux fois la mise


étudiante, ceci venant en plus des ressources accordées aux universités dans le cadre du


contrat triennal évoqué plus haut.


Les étudiants accepteraient de verser chaque année une certaine somme en plus des 5 000 FCFA de


droit d’inscription pendant la durée de l’accord (3 ans). Cela concernerait environ 65 000 étudiants


(63 000 en 2017-18 pour les étudiants inscrits dans les trois premières années et déduction faite des


inscrits dans des formations sélectives).


A titre d’exemple, si le supplément versé était fixé à 1 000 FCFA par an, ces sommes, estimées dans un


premier temps à 65 millions FCFA chaque année, seraient affectées à l’acquisition de biens et/ou


services pédagogiques identifiables et bénéficieraient directement aux étudiants concernés par cette


augmentation des frais. A ces sommes s’ajouterait la contribution de l’Etat qui en représenterait le


double. Au total, les quatre universités disposeraient donc d’une somme égale à 195 millions FCFA


chaque année, sans compter l’accroissement des effectifs étudiants, pour l’acquisition de ces matériels


avec l’approbation des parties prenantes au contrat sur les matériels acquis. En trois ans, ce sont plus


de 600 millions FCFA qui seraient affectés à ce matériel pédagogique avec 1 000 FCFA versés en plus


chaque année. Avec 1 500 FCFA par an, on atteindrait presque un milliard FCFA en trois ans.


De plus, en ce qui concerne les arriérés de paiement des heures supplémentaires, cause principale des


mouvements de grève des enseignants, il serait possible que des PTF participent à ce financement


ponctuel comme cela a pu se faire dans certains pays africains (Burundi, par exemple) pour solder des


impayés et repartir sur des bases apaisées.




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C. Stratégies pour un meilleur fonctionnement des IES publiques


C.1 La situation actuelle


Depuis de nombreuses années, les universités demandent davantage d’autonomie afin d’être plus


réactives face à l’évolution accélérée de leur environnement. Cette autonomie peut être académique


tout en restant dans le cadre LMD. Elle peut également être financière avec un passage d’un certain


nombre de contrôles a priori à des contrôles a posteriori et avec la possibilité de collecter davantage


de ressources propres.


Au plan académique, on peut observer, dans certains établissements, des dysfonctionnements liés à


diverses causes mais qui ne plaident pas pour accorder plus d’autonomie dans ce domaine. Au plan


financier, on a déjà mentionné les problèmes rencontrés dans le circuit de la dépense et montré les


conséquences de taux d’exécution des dotations inférieurs à 100%. Quant au pilotage, les relations


parfois difficiles entre rectorat et facultés nuisent parfois au bon fonctionnement des institutions.


C.2 Des propositions


A nos, yeux, la première mesure à prendre concerne l’autonomie des IES publiques. Encore faut-il


préciser ce que ce concept recouvre car il existe déjà des différences entre les universités, avec deux


niveaux de décision bien marqués, et les grandes écoles où l’unité de décision prédomine. De plus,


comme souligné plus haut, l’autonomie est multiforme si bien que plusieurs aspects doivent être


abordés en même temps : académique, financier, gouvernance ou encore gestion des flux d’étudiants.


C.2.1 Un préalable : définir les contours de l’autonomie


Cette définition doit être réalisée de manière consensuelle au sein d’un groupe de travail réunissant


des représentants des IES publiques, de l’administration générale de l’enseignement supérieur, du


MEF et d’autres organismes à préciser.


Au plan financier, sont concernés principalement : le financement des IES, la disponibilité des crédits


votés et la simplification des procédures comptables.


Au plan académique, le choix du système LMD impose un fonctionnement pour la délivrance de


certains diplômes mais il existe, à côté de la licence et du master, d’autres possibilités avec des


diplômes plus professionnels qui peuvent être délivrés par l’institution, qui pourraient être créés et


qui déboucheraient, par exemple, sur des diplômes d’université et non plus nationaux. Les coûts de


l’inscription et de la scolarité pourraient être fixés seulement par l’université et pourraient constituer


une nouvelle ressource propre.


Au plan du pilotage, il importe que les responsables, aux trois grands niveaux de décision


habituellement distingués – central, rectorat/direction de GE, facultés – puissent disposer en temps


réel d’informations leur permettant de répondre rapidement et de manière pertinente à l’évolution


des besoins.


Enfin, la gestion des flux d’étudiants est basique. Cet aspect sera examiné plus loin.


C.2.2 Une préparation à cette autonomie




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L’autonomie, pour réussir, doit s’appuyer sur une bonne gouvernance des institutions et celle-ci passe,


notamment, par la mise en place et le fonctionnement d’outils qui permettent d’atteindre les


standards d’une bonne gouvernance à condition d’être appliqués consciencieusement. D’une façon


générale, l’enseignement supérieur public peut être appréhendé au travers de cinq grandes


composantes qui concernent non seulement les établissements mais aussi les services centraux :


- Les flux d’étudiants (à l’entrée, dans leur parcours, etc.)


- L’équité (aides sociales, localisation des établissements, etc.)


- Les conditions physiques d’accueil (équipements, infrastructures, etc.)


- Le fonctionnement des institutions (gouvernance, pédagogie, logistique, etc.)


- La qualité et la pertinence des formations (qualité de l’encadrement académique, devenir des


diplômés, etc.).


Il importe donc, qu’aux trois grands niveaux décisionnels distingués, fonctionnent des équipes


chargées d’épauler les responsables de la gestion et du pilotage des cinq composantes listées ci-dessus


et cela dans leurs dimensions physiques, institutionnelles, opérationnelles et financières. Les domaines


suivants pourraient être traités :


- Prévision d’effectifs étudiants


- Prévision des besoins en ressources humaines


- Prévision de dépenses courantes


- Prévision de dépenses d’investissement


- Prévision de financements


- Négociation des financements avec les autorités de tutelle et les partenaires


- Plans d’action adaptés à chaque institution


- Pilotage aux niveaux central, rectoral, de la direction de la grande école et de la faculté.


Les travaux de ces équipes, sous le contrôle des responsables administratifs, académiques et


financiers, seraient effectués en relation avec la CPS pour rester dans le cadrage national du secteur


éducation. La mise en place de ce dispositif se ferait au départ sur un échantillon volontaire


d’institutions – en priorité les quatre avec lesquelles le PADES travaille depuis plusieurs années – et


devrait s’étendre sur au moins une année pour disposer des informations nécessaires à la mise en


place de l’autonomie en agissant dans trois directions :


- Niveau académique


 Les flux d’étudiants


 La maquette pédagogique (transparence)


- Niveau financier


 La formation des coûts


 Les prévisions de financement


 La soutenabilité financière des prévisions


- Niveau pilotage


 Plan stratégique


 Plan d’action chiffré


 Tableau de bord/indicateurs


Une extension aux autres IES publiques devrait être rapidement envisagée.




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D. Stratégies pour la gestion des flux d’étudiants


D.1 La situation actuelle


De nombreuses études ont montré que, dans les pays d’Afrique subsaharienne, les candidatures


potentielles à l’enseignement supérieur vont sans doute croître rapidement et pourraient exploser


dans certains pays comme le Mali où le taux de succès au baccalauréat était situé seulement entre


24% et 32% ces trois dernières années et où il n’y a pas de sélection à l’entrée des universités publiques


qui accueillent la plupart des bacheliers. Ces dernières jouent, en fait, le rôle de variable d’ajustement


entre, d’un côté, les demandes d’admission dans le supérieur et, de l’autre, les restrictions existantes :


concours dans les grandes écoles publiques et frais élevés dans l’enseignement privé.


Pour simplifier dans cette première approche de la question, il y a deux niveaux d’action : à l’entrée


du supérieur et durant les études.


Pour l’établissement, le problème est de sélectionner les étudiants suffisamment capables et motivés


pour obtenir le diplôme préparé dans le temps prévu, c’est-à-dire sans redoublement ni abandon.


Ainsi, les locaux et les groupes pédagogiques seront-ils moins encombrés.


Une première régulation a été difficilement mise en place en 1994 et elle a été ensuite acceptée. Elle


repose sur des critères d’octroi des bourses sur la base de points obtenus principalement en fonction


du succès au baccalauréat et du parcours dans le deuxième cycle du secondaire. Cette régulation


associe donc résultats passés et argent mais elle n’oriente pas les étudiants vers les filières moins


attirantes comme les sciences.


En cours d’études supérieures, jusqu’à l’année dernière, deux cohortes cohabitaient dans les


universités : les étudiants sous le régime LMD et ceux, plus anciens, du régime avec la licence en quatre


ans. Depuis la rentrée 2018-19, cette situation est terminée et la progression des étudiants dans le


cursus va devenir plus facile à suivre.


Pour l’étudiant, comme pour l’établissement qui l’accueille, il importe d’obtenir le diplôme préparé le


plus rapidement possible, surtout s’il est boursier car la suppression d’une demi-bourse en cas d’échec


a généralement des conséquences négatives. Pour l’établissement, une progression plus rapide des


effectifs permet, à capacité d’accueil donnée, de mieux encadrer les étudiants et d’améliorer ainsi leur


réussite.


Les bourses et aides diverses (voir Annexe 4) sont un levier d’action important pour orienter les


étudiants et accélérer leur progression dans les cursus. En fait, l’enseignement supérieur public connaît


deux régimes en matière d’accès aux études : d’un côté, les grandes écoles organisent une sélection


par concours à l’entrée qui est admise et, de l’autre, les universités sont tenues d’accueillir les


étudiants qui se présentent sous réserve que, pour les études dites « scientifiques » ils aient eu une


formation scientifique dans le secondaire. L’accès aux études supérieures « non scientifiques » n’étant


pas réglementé, les facultés concernées connaissaient des afflux non maîtrisés d’étudiants en quantité


variable et imprévisible chaque année. Cependant, depuis trois ans, les facultés ont commencé à fixer


des limites aux effectifs d’accueil en première année.


D.2 Des propositions




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Elles concernent deux aspects : la régulation des flux, en général et l’aide sociale comme moyen


d’action.


D.2.1 La régulation des flux


On a vu que les flux d’étudiants se créaient dès le secondaire à partir des orientations des élèves entre


études générales et techniques, d’une part et au sein du secondaire général entre les disciplines,


d’autre part. Ainsi, c’est très tôt que l’orientation à l’entrée de l’université est déterminée.


Il convient donc, si l’on veut mieux maîtriser les flux, d’établir d’abord des séries statistiques à partir


de l’entrée dans le secondaire et d’agir, toujours en amont du supérieur, dans deux directions :


- Favoriser d’abord les études techniques qui conduisent souvent à un emploi mais qui sont


coûteuses à mettre en place et sont souvent délaissées par les élèves. Une autre possibilité


pour ce type d’études est de créer des passerelles permettant à un diplômé technicien


supérieur d’entrer dans une formation professionnalisante (licence professionnelle, par


exemple) à l’université.


- La seconde direction est de favoriser les études scientifiques au sein du secondaire général


pour qu’il y ait davantage de bacheliers scientifiques (seulement 15% en 2018). Comme pour


l’expansion de l’enseignement technique, cela est un travail de longue haleine qui peut être


accéléré en favorisant les inscriptions dans les parcours scientifiques des lycées par des


bourses plus élevées et par de meilleures conditions de travail.


En résumé, une des solutions à l’orientation des étudiants à l’entrée du supérieur est déjà à l’entrée


du second cycle du secondaire.


Une autre action peut être entreprise entre la sortie du secondaire et l’entrée dans une formation


supérieure scientifique au travers de cours de rattrapage pour les étudiants non boursiers qui


pourraient se dérouler durant les trois mois précédant l’inscription en faculté (juillet, août et


septembre) sous réserve que les résultats de l’attribution des bourses soient disponibles. Les


avantages de cette formule sont nombreux : (i) cela ne retarde pas le déroulement de la scolarité de


l’étudiant, (ii) le coût est assez faible et les enseignants sont en principe disponibles pour assurer cette


formation en rémunération supplémentaire, (iii) cela permet d’accroître le nombre des candidats


possibles aux études scientifiques dont le faible nombre est souvent dénoncé, (iv) cela peut être rendu


populaire chez les étudiants en assortissant la réussite à ces cours spéciaux d’une bourse complète et


(v) les étudiants, mieux formés à la base, réussiront sans doute mieux à leurs examens.


Le but, une fois les étudiants inscrits dans un établissement, est de faire en sorte qu’ils accomplissent


le plus vite possible le parcours menant au diplôme choisi tout en garantissant le niveau académique


demandé et contrôlé pour ce diplôme. L’étudiant et l’établissement sont gagnants.


En outre, l’aide sociale, au travers des bourses, peut y trouver son compte sur deux points : (i) une plus


grande fluidité dans le déroulement des études fait, pour un budget donné des bourses, bénéficier


plus d’étudiants différents de cette aide et (ii) d’autres critères d’allocation de la bourse peuvent être


appliqués pour faciliter cette fluidité : supprimer complétement la bourse entière en cas de


redoublement, faire varier le montant de la bourse en fonction du degré de priorité des filières, etc.




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Pour cela, les IES concernées doivent disposer d’un plan stratégique en cohérence avec les orientations


stratégiques pour l’enseignement supérieur. Ces institutions doivent également se préoccuper du


devenir de leurs étudiants en créant une interface avec l’environnement productif. Sur ce point, les


liens développés avec les entreprises seront déterminants : ces dernières doivent pouvoir être


entendues dans les conseils d’administration universitaires et, en contrepartie, elles doivent accueillir


des stagiaires parmi lesquels elles pourront recruter de nouveaux employés et cadres. Comme souligné


plus haut, elles pourraient, sous certaines conditions, financer la mise en place de nouvelles filières


professionnelles courtes.


Enfin, des indicateurs8 sur l’employabilité des sortants, sur la fluidité des parcours étudiants et sur les


pertes (abandons) pourraient être, à terme, introduits dans les conditions d’octroi de ressources


étatiques aux IES publiques.


Au total, cette question des flux d’étudiants concerne beaucoup d’aspects de l’enseignement


supérieur :


- Le nombre de reçus au baccalauréat est une donnée qui s’impose aux universités.


- L’orientation (sciences/non sciences) des bacheliers peut être contrôlée partiellement en


coopération avec les responsables du cycle secondaire.


- Les passerelles entre les diplômés de niveau technicien supérieur et des formations


professionnalisantes en licence, doivent être mises en place ou développées si elles existent


déjà. Cela rendrait plus attrayantes les études techniques qui, en plus d’un débouché


professionnel plus sûr, offriraient une sortie « par le haut » pouvant aller jusqu’au Master.


- Le développement de filières courtes professionnelles devrait être accéléré pour élargir la


palette des choix offerts aux néo-bacheliers qui, ainsi, pourraient quitter plus rapidement


l’université avec un diplôme favorisant leur insertion professionnelle.


- Outre ces passerelles et la professionnalisation des formations, la systématisation de


formations transversales appliquées (langues étrangères, informatique, etc.) faciliterait aussi


l’insertion professionnelle.


- Enfin, les IES publiques pourraient être incitées à améliorer (i) leur ratio diplômés/entrants et


(ii) l’appui aux sortants pour s’insérer professionnellement.






D.2.2 Vers un élargissement de l’aide sociale


Outre une utilisation plus diversifiée des modalités actuelles d’aide sociale pour orienter les étudiants


et les inciter à terminer plus rapidement leurs études, on pourrait étudier la faisabilité de deux autres


modalités :


- L’orientation de néo-bacheliers vers des établissements d’enseignement supérieur privés


satisfaisant à un cahier des charges précis concernant d’abord la qualité des formations


dispensées (encadrement, enseignements dispensés, etc.), ainsi que les conditions d’accueil


(locaux, sécurité, hygiène, etc.). En cas de respect de ce cahier, les établissements pourraient



8 Il pourrait s’agir d’indicateurs analogues aux coefficients d’efficacité interne chiffrés dans les niveaux primaire
et secondaire.




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être conventionnés et accueillir des étudiants boursiers. Ceci permettrait de moins solliciter


les capacités d’accueil et d’encadrement des universités publiques (voir Annexe 5).




- La mise en place d’un système de prêts aux étudiants : la dimension sociale de ces prêts


pourrait prendre la forme d’une garantie partielle, par l’Etat, de remboursement de la somme


empruntée, d’une part et par le lien entre remboursement et emploi, d’autre part. Les sommes


prêtées seraient modestes au départ pour pouvoir contrôler la mise en œuvre de ce dispositif.


En tout cas, une étude de faisabilité devra être faite avant de rendre fonctionnelle cette forme


d’aide (voir aussi Annexe 3 : les prêts étudiants en France).






E. Stratégies pour de nouvelles relations avec l’enseignement supérieur privé


E.1 La situation actuelle


La part de l’enseignement supérieur privé au Mali était, il y a quelques années, la plus faible de


l’UEMOA avec 4% (Annexe 5) ; la Côte d’Ivoire avait, par exemple, un étudiant sur deux dans


l’enseignement privé.


Dans les travaux sur le sous-secteur de l’enseignement supérieur (PRODEC 2, par


exemple) l’enseignement privé n’apparaît pas dans les projections, principalement parce qu’il ne


reçoit aucun financement public et qu’il n’est pas envisagé de changer cette situation.


Les responsables de cet enseignement ont dressé une liste de leurs propositions pour être davantage


impliqués dans le développement de ce niveau d’enseignement (Annexe 5).


E.2 Des propositions


Les principales ont déjà été mentionnées. On les rappellera brièvement ici.


En premier lieu, il conviendrait d’inclure explicitement l’enseignement supérieur privé dans les travaux


prospectifs du sous-secteur.


En second lieu, il apparaît nécessaire, devant l’afflux prévu des effectifs à scolariser, d’étudier


l’opportunité et même les modalités d’une association avec les établissements privés respectant un


cahier des charges élaboré conjointement avec les responsables ministériels. Ceci pourrait déboucher


sur un conventionnement avec un nombre restreint d’établissements privés respectant ce cahier.


Ainsi, des néo-bacheliers pourraient être orientés vers ces établissements avec une bourse.


Enfin, cette négociation, essentiellement académique, serait complétée par des textes facilitant le


fonctionnement des établissements conventionnés. Ce serait un puissant stimulant pour inciter ceux


qui sont en dehors du conventionnement à améliorer la qualité de leurs prestations.




F. Stratégies pour de nouvelles relations avec les financeurs extérieurs


F.1 La situation actuelle




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On a vu que le financement extérieur était doublement diversifié : (i) par le nombre d’intervenants :


coopération internationale, bilatérale, ONG sur fonds propres notamment et (ii) par les cinq formes


que pouvait prendre cette coopération. Si les appuis qui passent par le budget de l’Etat sont bien


connus, les appuis projet sont variés et ne font pas l’objet d’un recensement exhaustif ainsi que le


souligne régulièrement la CPS dans ses Rapports de Suivi Technique et Financier (RSTF) publiés chaque


année à l’occasion des revues sectorielles.


De plus, l’enseignement supérieur n’est concerné que par une petite partie des projets et, bien


souvent, les crédits annoncés ne sont pas décaissés à un taux satisfaisant. Par ailleurs, les contreparties


nationales représentent des montants supérieurs aux financements extérieurs. La situation est donc


complexe si l’on se réfère aux recommandations émises chaque année dans le RSTF.


En ce qui concerne l’appui budgétaire sectoriel, la mise en œuvre du PISE s’est faite au travers d’un


plan d’action financé par des ressources intérieures et extérieures, une partie de ces dernières étant


mise à la disposition du secteur sous forme d’un ABS qui a été créé en 2006. Après un bon démarrage


en termes financiers (entre 24 et 29 milliards FCFA de crédits exécutés chaque année dans le secteur


entre 2007 et 2009), le montant des décaissements et des crédits exécutés a été plus que divisé par


deux entre 2011 et 2014 avant de connaître une reprise à partir de 2015.


Le RSTF recense chaque année les deux séries de difficultés rencontrées, principalement au niveau des


projets :


- Multiplicité des intervenants et des procédures ; non-respect du plan d’action dans la mise en


œuvre des activités planifiées.


- Difficultés liées à la collecte des informations pour élaborer le RSTF par suite d’une faible


appropriation des outils de collecte par les acteurs impliqués ; lenteur dans la remontée des


informations à la CPS et aux DFM, ce qui entraîne un retard dans la production du rapport


annuel.


Ces remarques sont valables pour l’ensemble du secteur de l’éducation sans que la situation dans


l’enseignement supérieur soit analysée particulièrement. Il est vrai que ce sous-secteur reçoit peu de


crédits extérieurs comparativement à l’ensemble des financements recensés. Le PADES est le


financement courant le plus important.








F.2 Des propositions


Elles découlent de l’examen de la situation actuelle.


En premier lieu, un bon pilotage du sous-secteur repose sur une remontée régulière de toutes les


informations pertinentes, que celles-ci soient financières ou non. Etant donné la diversité des sources


de financement et des procédures utilisées pour exécuter les activités et consommer les crédits, des


actions devraient être initiées dans deux directions : (i) au niveau des services centraux de


l’enseignement supérieur par une collecte systématique des activités prévues/exécutées avec les




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financements associés et (ii) veiller à être compatible avec les outils utilisés à la CPS pour la


consolidation sectorielle des multiples interventions et, en particulier, dans le cadre de la mise en place


d’une automatisation de la production du RSTF.


En second lieu, les composantes de l’enseignement supérieur doivent faire un effort d’explication de


leurs besoins auprès des PTF. Cela passe d’abord par l’élaboration d’un plan stratégique et, ensuite,


par une gouvernance transparente, situation à laquelle les PTF sont très attachés.




___________________________________





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VIème partie : Le plan d’action




Les chapitres précédents ont explicité les mécanismes et les montants atteints par les financements


de toutes origines pour autant qu’on ait pu les identifier. Ensuite, des propositions ont été faites au


travers d’un certain nombre de stratégies. Il reste à présent à opérationnaliser ces propositions afin de


pouvoir les mettre en œuvre.


Auparavant, il est nécessaire de repréciser certains points importants qui conditionnent la structure et


la mise en œuvre du plan d’action.


L’analyse du financement de l’enseignement supérieur malien doit prendre en compte la diversité des


situations qui caractérise celui-ci avec, en premier lieu, la situation par rapport aux possibilités de gérer


les flux d’étudiants. Ceci constitue, à nos yeux, la principale cause de partition de l’enseignement


supérieur en deux sous-ensembles fondamentalement différents par rapport à cette gestion : d’un


côté, on rencontre les grandes écoles, la jeune université de Ségou et quatre instituts d’université à


Bamako qui peuvent sélectionner les candidats à l’entrée par concours ou sur dossier. De l’autre côté,


on trouve les quatre grandes universités de Bamako avec leurs facultés accessibles sur inscription libre


sous réserve d’être titulaire de séries spécifiques du baccalauréat. Ces dernières institutions


regroupaient 81% des étudiants en 2017-18.


Tous les établissements doivent remplir leur mission de formation des étudiants sous deux angles


complémentaires : la qualité et l’employabilité des sortants car l’enseignement supérieur est un cycle


terminal qui doit permettre à ceux qui le quittent, avec le diplôme préparé, de trouver théoriquement


un emploi correspondant à leurs capacités. Dès lors que l’on sélectionne les étudiants à l’entrée, ces


deux finalités – qualité et employabilité – sont plus faciles à atteindre d’autant que les grandes écoles


ont aussi la possibilité de fixer le montant des frais dont les étudiants admis devront s’acquitter alors


que les facultés ne peuvent compter, jusqu’à la licence, que sur un droit d’inscription de 5 000 FCFA


par étudiant orienté chez elles, montant inchangé depuis de nombreuses années.


Au total, les facultés doivent encadrer une population étudiante dont elles ne maîtrisent ni le nombre


ni les capacités tout en faisant face à un faisceau de contraintes parmi lesquelles figurent :


Des contraintes académiques, liées au respect des normes LMD.


Des contraintes d’encadrement, liées au nombre d’enseignants limité car dépendant de postes


budgétaires accordés par le MEF, le recours à des heures supplémentaires en nombre considérable et


à de nombreux vacataires étant des palliatifs.


Des contraintes physiques, liées à l’insuffisance de locaux compensée par la location de structures


d’accueil pas toujours adaptées aux exigences d’un enseignement supérieur.


Des contraintes financières, liées aux ressources limitées et à leur gestion souvent trop rigide pour


s’adapter suffisamment vite aux changements.


C’est dans ce contexte que l’étude sur le financement de l’enseignement supérieur public doit, après


une analyse des mécanismes et des sources actuels de financement, proposer des solutions de




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financement pérennes impliquant l’ensemble des acteurs potentiels de l’enseignement supérieur


malien.


S’agissant de la pérennité des financements, nous serons clairs : On ne peut pas proposer des


mécanismes qui garantissent un financement pérenne pour un système qui est ni stable ni prévisible


comme c’est le cas dans les quatre grandes universités publiques de Bamako qui accueillent quatre


étudiants sur cinq de l’enseignement supérieur public. Il est néanmoins possible d’améliorer


significativement la situation actuelle avec les mesures proposées ci-dessous.


La pérennisation passe donc d’abord par une phase d’amélioration de la gouvernance. Ce dernier


terme est entendu comme le regroupement de nombreuses décisions concernant aussi bien la


recherche de financements que la consommation de ressources. Il va de soi qu’une recherche de


ressources supplémentaires sera beaucoup plus problématique si l’IES concernée ne peut pas prouver


qu’elle consomme les ressources actuellement disponibles de manière efficace et efficiente et si elle


n’est pas capable de se projeter sérieusement dans l’avenir à moyen terme en prenant en compte un


certain nombre de facteurs non maîtrisés comme l’évolution des nouveaux entrants.


Un classement des mesures à prendre a été fait à partir des trois principaux défis à relever : les flux


d’étudiants, l’employabilité des sortants et la gestion (terme qui recouvre aussi la recherche de


financements, le pilotage et le renforcement des capacités). La qualité ne figure pas explicitement dans


les défis car elle est fonction de nombreux facteurs qui pourront être pris en compte avec une


meilleure connaissance du fonctionnement effectif des IES. De toute façon, la qualité incorpore la


composante employabilité des diplômés qui, elle, est prise explicitement en compte.


Afin d’aller plus en avant vers l’opérationnalité des mesures recommandées, une matrice a été


construite à partir de ces défis croisés avec les financeurs concernés. Elle figure page suivante.


Des mesures – une trentaine - sont proposées et elles pourraient être réalisées à la fin de l’année 2020


en commençant par les mesures relatives à la gestion qui doivent améliorer la gouvernance. En effet,


la bonne gouvernance nous semble être la première condition à remplir pour obtenir non seulement


des financements supplémentaires mais aussi, et surtout, une plus grande autonomie.


Le déroulement de ces mesures fait appel à de nombreuses études de faisabilité à mener par des


groupes de travail qui peuvent, dans un nombre de cas limité, faire appel à une expertise. Ces groupes


de travail fonctionneront sous la responsabilité d’un (ou plusieurs) ministère(s) et pourront être mixte


(ministères – autres parties prenantes). Le recours à des groupes de travail est dû au désir d’arriver à


un consensus pour chaque mesure, gage d’une meilleure acceptation et d’une mise en œuvre plus


rapide.


Les coûts de ce plan ont été minimisés en supposant que les groupes de travail seront composés de


personnes déjà rémunérées par ailleurs et que les frais entraînés par les réunions, tenues dans des


locaux universitaires ou ministériels, seront limités (pauses café, boissons, etc.) et donc pris en charge


sur les budgets de fonctionnement sans mettre en péril l’organisme financeur.


Les frais d’expertise seront, eux, nettement plus élevés. Ils ont été limités à moins d’une mesure sur


deux, plus techniques que les autres. Dans de nombreux cas, il est apparu que ces mesures rentraient


dans les termes de référence du PADES qui bénéficie de fonds ad hoc. Dans les autres cas, une


recherche de fonds devra être lancée rapidement.




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ANNEXES





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ANNEXE 1


Termes de référence de l’étude sur le financement de l’enseignement supérieur du Mali




I. CONTEXTE ET JUSTIFICATIONS


Dans le cadre de l’amélioration de l’Enseignement supérieur au Mali, le Gouvernement a


entrepris une grande réforme qui porte sur la réorganisation de son dispositif d’enseignement


supérieur et sur la modernisation de sa gouvernance. Dans cette réforme, le Mali est


accompagné par la Banque Mondiale à travers le Projet d’Appui au Développement de


l’Enseignement Supérieur (PADES) et le Gouvernement des Pays-Bas à travers le Projet


NICHE/MLI/215. Le PADES se donne pour objectif d’améliorer la gouvernance, la qualité et la


pertinence des programmes ciblés de formation dans l’enseignement supérieur. Quant au projet


NICHE/MLI/215 intitulé "Modernisation et Professionnalisation de l’enseignement supérieur au


Mali", il vise lui aussi le renforcement de la qualité de la gouvernance des institutions


d’enseignement supérieur (IES) publiques et au niveau du pilotage central (MESRS). Dans le


cadre du projet NICHE/MLI/215, le déploiement du PGI a déjà résulté entre autres choses la


mise en place de Campus Mali et des inscriptions en ligne. Les deux initiatives sont non


seulement complémentaires dans leur logique d’intervention, mais encore étroitement liés dans


leur visée. Ils sont en synergie pour le plus grand bénéfice de l’enseignement supérieur malien.


Un certain nombre d’études sont prévues dans le cadre de la mise en œuvre du PADES. Deux


ont déjà été effectuées : Il s’agit de « L’Enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés de


l’enseignement supérieur du Mali (promotion 2011-2015) » et « l’Enquête sur la satisfaction des


employeurs de la performance des sortants recrutés »


La présente étude intitulée «L’ETUDE SUR LE FINANCEMENT DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR


DU MALI » fait partie des études et analyses de base sur les dépenses, le financement et la


performance du secteur de l’enseignement supérieur, inscrites dans le cadre de la mise en


œuvre du projet.





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II. OBJECTIF GENERAL


Analyser les mécanismes et sources actuels de financement du sous-secteur et proposer des


mécanismes de financement pérennes impliquant l’ensemble des acteurs potentiels du secteur


de l’enseignement supérieur du Mali.




III. OBJECTIFS SPECIFIQUES


 Identifier, présenter et analyser les sources actuelles et les mécanismes de financement de


l’enseignement supérieur au Mali tant dans le public que dans le privé en présentant les avantages


et inconvénients, la soutenabilité, la flexibilité et la faisabilité liée aux leçons apprises de la mise


en œuvre dans le contexte malien;


 faire un examen comparatif des différentes sources de revenus (gouvernement, droits


d'entrée, frais de scolarité, frais d'examen, dons privés, dons d'entreprises et d'organismes


financiers, etc.);


 présenter le schéma de dépenses (par exemple les bâtiments, l'équipement, le


matériel didactique / pédagogique, les services) et les informations sur les audits


internes et externes (le cas échéant).


 donner un aperçu des règles et règlements de gestion financière existants suivis par


les collègues avec des recommandations spécifiques pour la réforme et le


développement.


 faire ressortir les coûts du personnel académique et de la gestion académique dans


les universités privées et faire le rapport avec ceux des universités publiques; la nature


des contrats que les universités privés ont avec leur personnel;


 comparer les coûts unitaires d’un étudiant dans les universités publiques et privées


(frais d'admission, les frais d'examen); Quelles sont les méthodes de recouvrement


des coûts et de partage des coûts en place?


 identifier les contraintes liées à la construction, à l’équipement, à la fourniture et à


l’entretien des laboratoires scientifiques et l’intégration des programmes scientifiques


réguliers dans le curriculum.


 analyser les sources d'aide financière : prêts, bourses d'études, subventions; comment


les gérer et distribuer; qui sont les principaux bénéficiaires; quelles sont les pratiques


de soutien financier aux plus aisés, aux défavorisés?


 Faire un résumé exhaustif des mécanismes et sources de financement de l’enseignement


supérieur dans la sous-région et à travers le monde qui seraient pertinents pour le contexte




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malien, en présentant les avantages, inconvénients, leçons apprises, et soutenabilité, ainsi que


les conditions de mise en œuvre au Mali ;


 Identifier et détailler les mécanismes de financement public et privés les plus viables dans le


contexte malien et présenter les stratégies de mise en œuvre de nouveaux mécanismes et sources


de financement de l’enseignement supérieur public du Mali;


 trouver des catégories d'informations qui montrent l’adéquation entre l’expérience


du personnel dans la gestion financière, la planification et la budgétisation;


 faire une analyse comparative des coûts unitaires par lieu et par discipline;


 proposer de nouvelles stratégies de recherche de financement, y compris le partage


des ressources et des coûts;




IV. RESULTATS ATTENDUS


Le consultant conduira son travail en quatre étapes avec les livrables suivants :


- Etape 1 : Elaboration des outils et instruments de collecte et d’analyse, de la méthodologie


pour la conduite de l’étude avec un calendrier d’exécution, ainsi que la liste des pays et


expériences à inclure dans l’analyse globale. Un premier rapport sera présenté qui couvre,


entre autres, les mécanismes de financement nationaux, les forces et faiblesses, les leçons


apprises, ainsi que les expériences sous-régionales et internationales pertinentes. Ce rapport


sera présenté et discuté avec le MESRS, les PTFs et les principaux acteurs œuvrant dans le


secteur ;


- Etape 2 : Finaliser le rapport de l’étape 1 et Présenter un deuxième rapport sur les


alternatives de financement et les stratégies de mise en œuvre pour le secteur de


l’enseignement supérieur se fondant sur les leçons apprises au plan national et sur les


expériences internationales. Ce second rapport sera présenté au MESRS, les PTFs et acteurs


du secteur pour discussions et feedback. Les discussions feront émerger des pistes et


recommandations devant permettre au consultant de finaliser les choix.


- Etape 3 : sur la base du second rapport finalisé et des recommandations, le consultant


présentera un rapport sur les choix détaillés, les stratégies de mise en œuvre et un plan de


mise en œuvre. Ce rapport sera présenté lors d’un atelier national pour amendement avant


la finalisation du rapport ;


- Etape 4 : Présentation d’un rapport final qui fera la synthèse des trois étapes précédentes.


Les différents documents et rapports devront être présentés en français en 5 copies papier relié et


sur support numérique lisible sous format Microsoft Office. Le résumé exécutif des différents


rapports sera traduit aussi en Anglais.




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Durée et calendrier livrables :


Livrables Période Observations


Méthodologie et instruments CS + 3 semaines


Premier rapport CS + 7 semaines


Second rapport CS + 12 semaines


Troisième rapport CS + 16 semaines


Atelier national CS + 18 semaines


Rapport final CS + 20 semaines


CS : contrat signé.







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ANNEXE 2


Liste des organismes et établissements contactés


Nature des
organismes


Liste


Ministères
MESRS : DG Enseignement supérieur, DFM, PADES


MEF : Direction Générale du Budget, Direction
Nationale de la Planification


Autres organismes
centraux


CPS
CENOU


Patronat et
instances


représentatives


Conseil National du Patronat du Mali
Chambre Consulaire des Mines
Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali
FAFPA
CPR/ANPE


Universités
publiques


U de Ségou
ULSH
USSGB


Grandes Ecoles
publiques


ENI-ABT


IPR/IFRA de Katibougou


CeRFiTex


INJS


ENSup


Universités privées
agréées


Technolab-ISTA


U Mandé-Bukari


Grandes Ecoles
privées


ISPRIC


ESIAU


Delta-C
Sup Management


Représentants des
enseignants et étudiants


SYNESUP


AEEM


PTF


BM
France
Pays-Bas (Projet NICHE)
Canada


Collectivités
décentralisées


District de Bamako









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ANNEXE 3


Financement de l’enseignement supérieur en France




1. Quelques caractéristiques générales


En 2016, le financement public de l’enseignement supérieur français représentait un peu plus de 1%


du PIB (0,8% au Mali), l’Etat français finançant 70% des dépenses (88% au Mali en 2015). Les aides aux


étudiants représentaient 26% des dépenses de l’Etat (bourses, prêts, allocations de logement,


allègements fiscaux pour les familles, etc.).


Sur un plan plus général, on note que l’effort national en faveur de l’enseignement supérieur est très


variable selon les pays de l’OCDE : 2,7% aux Etats-Unis, 2,6% au Canada, 2,3% en Corée du Sud, la


moyenne se situant à 1,5%.


En matière d’effectifs étudiants : en 2016, 2,6 millions d’étudiants étaient inscrits (dont 15%


d’étrangers), la tendance étant à la hausse (+ 10% en 5 ans). Parmi les indicateurs chiffrés


régulièrement, trois sont importants pour notre propos :


- Part d’une génération ayant le baccalauréat : 79% (18-20 ans)


- Part des bacheliers s’inscrivant dans l’enseignement supérieur : 75%


- Part d’une classe d’âge ayant un diplôme d’enseignement supérieur : 50% (20-25 ans)


Quant à la réussite, elle est variable : dans le système LMD, mis en place en 2002, 44% des étudiants


inscrits en licence obtiennent leur diplôme en 3, 4 ou 5 ans (27% seulement en 3 ans) et les ¾ des


licenciés poursuivent en master. Dans les filières courtes, la réussite est élevée (75% en section de


technicien supérieur : STS) et l’insertion professionnelle aisée.


2. Le financement


Il est, on l’a vu plus haut, très majoritairement public. Les ménages financent environ 10% de la


dépense nationale. Au niveau des universités, la quasi-totalité des ressources vient du ministère de


tutelle (plus de 90%). Il faut préciser ici la spécificité française : l’enseignement supérieur est partagé


entre les universités qui accueillent le plus gros des effectifs et les grandes écoles sélectives dont le


fonctionnement, nettement plus coûteux qu’à l’université, est davantage assuré par les ménages et


les entreprises que dans les universités.


L’une des préoccupations majeures de ces dernières années a été d’allouer des crédits aux universités


d’une manière plus équitable en agissant à deux niveaux : (i) le financement par étudiant et (ii) le taux


d’encadrement.


- Le financement à l’étudiant


Une partie des crédits ministériels est allouée en fonction d’un coût moyen normatif de l’étudiant en


fonction de la formation dans laquelle il est inscrit. La pondération est la suivante :


4 Licences professionnelles et DUT secondaires / ingénieurs


3 Licences professionnelles et DUT tertiaires / préparations aux concours




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2,4 Licences, masters secondaires / années de santé postérieures à la première


1,1 Licences, masters tertiaires / préparations aux concours


1 Première année de santé


(Formations secondaires : sciences exactes ; formations tertiaires : les autres formations)


Ces pondérations ont été établies non pas seulement en fonction des coûts mesurés qui résultent de


l’histoire de l’institution mais aussi selon de normes qui ont été discutées et affichées.


- L’encadrement pédagogique par type d’établissement




Tableau 1 : Encadrement pédagogique par type d’établissement


Type d'établissement
Ratio : étudiants en


1er cycle /
enseignants titulaires


Autre classement
par rapport au plus
faible encadrement


Université à dominante scientifique et/ou Santé 14 2,5


Université pluridisciplinaires avec Santé 18 1,9


Université pluridisciplinaires sans Santé 21 1,7


Université à dominante Lettres et Sciences humaines 27 1,3


Université à dominante Droit & Sciences économiques 35 1


Ensemble 21 1,7




En allouant des ressources en fonction de ces deux critères, on garantit une transparence et on peut


faire évoluer la situation des universités vers ce qui est considéré comme une norme acceptable et


valable pour une durée déterminée.


De manière complémentaire, plusieurs mécanismes ont été imaginés pour allouer une partie des


crédits ministériels en fonction de la « performance » des institutions ou encore de leur « valeur


ajoutée ». Ceci est plus délicat et peut entraîner des effets pervers qui risquent d’annuler l’avantage


d’une prise en considération des résultats de l’activité universitaire au travers d’indicateurs.


Une autre caractéristique du financement des universités françaises – souvent dénoncée - est


l’insuffisance des dotations ministérielles pour garantir une qualité et une pertinence des formations,


situation qui est évaluée par la prise en compte d’indicateurs divers, en particulier par comparaison


avec des pays situés au sein de l’OCDE.


En 2008, pour permettre aux universités de mieux optimiser l’utilisation de leurs ressources humaines,


budgétaires et patrimoniales, davantage de responsabilités et de libertés leur ont été accordées par


une loi relative « aux libertés et responsabilités des universités » (LRU). Ceci n’a pas donné les résultats


prévus au moins pour deux raisons :


- En premier lieu parce que les moyens en personnel n’ont pas été accordés sous forme de


masse salariale mais sous forme de postes budgétaires. L’évolution de la masse salariale (2/3


des dépenses ministérielles) a donc continué d’échapper à la responsabilité des universités


puisqu’elle était toujours fixée au niveau national en fonction de critères valables pour tous


les fonctionnaires de l’Etat : valeur du point d’indice, glissement vieillesse technicité (GVT),




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financement des retraites, plan « carrières », etc. N’ayant pas la maîtrise de la fixation des


salaires, les universités ne pouvaient pas mettre en place une politique efficace du personnel.


- En second lieu, parce que les universités sont insérées dans des régions qui présentent de


grandes disparités quant à leur politique universitaire, ce qui se manifeste par des différences


sensibles dans l’allocation de ressources.


En fin de compte, les évaluations faites ont montré qu’il était très difficile aux universités françaises


d’assurer une cohérence et une complémentarité entre leurs diverses sources de financement dont


les critères d’attribution des principales leur échappent le plus souvent.


Un moyen de desserrer cette contrainte est d’accroître les ressources propres qui, actuellement,


représentent un peu plus de 10% de leur financement contre environ 27% en moyenne pour les


universités européennes ainsi que le montre le tableau suivant :


Tableau 2 : Structure du financement universitaire en France et en Europe (en %)


Eléments de financement France Europe


Financement public national et local 89 73


Droits de scolarité 2,5 9


Contrats avec les entreprises 3,4 6,5


Mécénat ND 4,5


Prestations de service 4 4


Financement public international 1 3


Ensemble 100 100




Les universités françaises sont invitées à accroître leurs ressources propres puisque cela est réalisé


dans de nombreux pays européens. Toutefois, il est important de tenir compte du contexte national :


par exemple, le Royaume-Uni a une tradition ancienne de financement élevé des études supérieures


par les ménages alors qu’en France les frais d’inscription sont très peu élevés et, pendant longtemps,


ils ont été fixés unilatéralement par le ministère de tutelle au même montant pour toutes les


universités.


L’une des voies prometteuses est d’utiliser la possibilité donnée en 2008 aux universités de créer des


fondations levant des fonds privés, notamment auprès des entreprises. Mais cela se met en place très


lentement, essentiellement pour des raisons culturelles. Il faut donc réaliser une révolution culturelle


pour renforcer les liens entre les universités et les entreprises. Cela implique un dialogue entre le


monde universitaire et celui des entreprises pour mettre sur pied des conventions équilibrées et


suffisamment souples pour s’adapter aux contextes national et international.




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99








Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (1/3)


Sources


Personnel
Personnel payé directement par l'Etat (postes budgétaires); Attribution des postes en fonction de normes


d'encadrement


Fonctionnement Une partie est attribuée en fonction de coûts normatifs par étudiant


Investissement Discutés au cas par cas si ceux-ci sont importants


Aides variées
En premier lieu : les bourses attribuées principalement sur critères sociaux; allocations de logement pour les


étudiants; réduction d'impôt sur le revenu pour les familles; plus une dizaine d'aides diverses


Emprunts L'Etat se porte caution pour les prêts accordés à des étudiants


Personnel Stabilité du personnel qui peut travailler dans une vision à long terme


Fonctionnement Tient compte des différences de coût dans les formations


Investissement Une politique nationale d'investissement universitaire peut être menée


Aides variées Une grande palette de mesures pour favoriser la poursuite d'études supérieures


Emprunts Ils sont à remboursement différé


Personnel La titularisation et l'avancement automatique réduisent le dynamisme
Fonctionnement Ceci ne réduit pas les différences importantes constatées entre universités depuis longtemps
Investissement L'univesité n'a pas les moyens d'investir sans le financement étatique qui est affecté


Aides variées Ceci coûte très cher dans un contexte de stabilité des dépenses publiques


Emprunts


IES


L'Etat n'a pas les moyens de réduire les écarts entre universités car cela implique de réduire les dotations aux


universités sur-dotées par rapport à la moyenne pour les accorder aux institutions sous-dotées. Un alignement


sur la moyenne risquerait de porter préjudice aux universités excellentes dont le France a besoin


Etudiants La réduction des aides risque d'entraîner de graves troubles sociaux


IES
Elle est assurée à long terme mais le niveau des ressources dépend de la disponiblité d'argent public qui peut


varier chaque année selon des critères différents du nombre d'étudiants


Etudiants L'accroissement des aides suit difficilement celui du nombre d'étudiants


Conditions de


mise en œuvre


au Mali


Deux différences sont importantes : en France, les conditions de fonctionnement des IES (maquettes


pédagogiques notamment) sont connues, de même que la situation de la famille de l'étudiant, ce qui permet


d'accorder des bourses sur critère social. De plus, pour les emprunts, les banques peuvent suivre l'étudiant pour


le remboursement; elles prêtent donc plus facilement surtout si l'Etat favorise les prêts.


Etudiants


Etat


Mécanismes


Avantages


Inconvénients,


risques


Leçons apprises


Soutenabilité


Universités


Etudiants


Universités


Etudiants


Universités




100 100

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100














Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (2/3)


Sources


Formation La formation continue des personnels est assurée en partie dans les universités à partir de conventions signées


Recherche Des contrats de recherche sont signés avec des équipes et des laboratoires universitaires


Autres Des chaires sont parfois accordées à des entreprises sur des thématiques spécifiques


Etudiants Stages
Les formations professionnalisantes accueillent de plus en plus d'étudiants qui doivent effectuer un stage dans


une entreprise. Assez souvent, l'étudiant peut être embauché dans cette entreprise dès qu'il est diplômé


Formation Les formations universitaires deviennent moins théoriques et sont donc plus en prise sur la réalité de l'économie


Recherche Les laboratoires deviennent plus soucieux d'appliquer les résultats théoriques de leurs recherches


Etudiants Stages
Les étudiants connaissent mieux les conditions réelles de la vie active et accroissent fortement leur probabilité


d'avoir un emploi à la sortie de l'université


Formation
Les IES fortement sollicités par les entreprises risquent de prioriser ces formations par rapport aux aspects


strictement académiques


Recherche Ici également la recherche académique risque d'être en partie délaissée au profit de la recherche appliquée


Etudiants Stages Ils peuvent arrêter plus tôt leurs études s'ils ont des possibilités intéressantes d'embauche


Formation Les universités et les entreprises se sont rapprochées progressivement


Recherche Les laboratoires ont eu la possibilité puis la volonté de sortir de leur "tour d'ivoire"


Etudiants Stages


Le lien entre les universités et la sphère productive s'est considéralement resserré, même s'il est encore plus


faible que celui tissé par les grandes écoles qui naturellement sont plus proches des préoccupations des


entreprises


Soutenabilité On peut dire qu'elle semble acquise puisque les collaborations se développent régulièrement


Conditions de


mise en œuvre


au Mali


Le Mali risque fort de manquer d'entreprises susceptibles d'accueillir des étudiants en licence et master


professionnels. Ceci est dommage car l'enseignement restera principalement théorique, ce qui n'est pas la


finalité des formations professionnalisantes


Universités


Leçons apprises


Entreprises


Universités


Avantages


Mécanismes


Universités


UniversitésInconvénients,


risques




101 101

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101


Tableau résumé des sources et mécanismes de financement de l'enseignement supérieur en France (3/3)


Sources


Formation


Elles peuvent rechercher des ressources propres car elles disposent d'une autonomie pour cela ; à la base, il y a les droits


universitaires payés par les étudiants mais ils sont faibles et ne peuvent pas être fixés librement pas les universités


publiques. Ceci est différent des grandes écoles qui souvent appliquent des droits élevés mais avec des possibilités


d'emploi généralement nombreuses et mieux rémunérées que pour les sortants des universités


Recherche
Les contrats de recherche sont passés avec des administrations et des entreprises. L'université prélèvera un % variable sur


le montant


Formation Ouverture sur l'environnement économique et social et recettes parfois importantes


Recherche Ouverture sur l'environnement économique et social et recettes parfois importantes


Leçons apprises Universités


Le rapprochement des universités avec leur environnement est jugé bénéfique au-delà des ressources nouvelles dont elles


ont pu bénéficier; toutefois la progression de ce type de ressources est lente car elle suppose des changements dans la


vision académique des dirigeants et une organisation des institutions adaptée à ces nouvelles missions


Soutenabilité Universités Tout va dépendre du dynamisme des institutions universitaires


Conditions de


mise en œuvre


au Mali


Universités


Les universités maliennes doivent s'adapter si elles veulent développer ce type de ressources (hormis les droits


d'inscription dont la fixation leur échappe actuellement). En particulier, elles doivent créer une structure pour prospecter


l'environnement économique et social. Ceci suppose un minimum de consensus au sein des facultés et du temps pour


mettre sur pied des formations continues si ceci apparaît comme un besoin important.


Formation
Les étudiants français peuvent bénéficier de plusieurs types de financement pour des études dans d'autres pays


européens avec des équivalences (exemple : bourses Erasmus)


Recherche L'Europe finance des programmes de recherche pluriannuels dont la France est l'un des principaux bénéficiaires.


Formation Ouverture sur l'Europe qui facilite l'harmonisation des formations et donc des diplômes


Recherche Permet une stimulation des chercheurs et un travail en coopération internationale


Inconvénients,


risques
Universités


Formation
Les possibilités offertes aux étudiants d'étudier dans un autre pays européen favorisent les échanges et le rapprochement


des jeunes générations en supprimant notamment l'obstacle de la langue.


Recherche
La recherche de haut niveau ne peut souvent progresser qu'en étant effectuée au niveau international car elle mobilise


des compétences rares et des moyens considérables


Soutenabilité Universités Tout va dépendre du dynamisme des institutions universitaires


Conditions de


mise en œuvre
Universités


Renforcer les possibilités d'étudier dans des pays de la sous-région. Mettre sur pied des programmes de recherche


universitaire sous-régionaux assez ambitieux et solides pour bénéficier d'un financement international extérieur


Leçons apprises


Ressources


extérieures


Avantages Universités


Universités


Pas évident car ces ressources supplémentaires permettent d'améliorer le fonctionnement des institutions
Ressources


propres


Mécanismes Universités


UniversitésMécanismes


UniversitésAvantages


Inconvénients,


risques
Universités




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102


ANNEXE 4


Une vue d’ensemble des missions et des activités du CENOU




Le classement proposé ci-dessous vise à bien identifier les types d’action que réalise le CENOU : parfois,


il exécute des tâches que les services ministériels pourraient gérer ; d’autres fois, il initie de son propre


gré des services qu’il juge très utiles aux étudiants. Entre ces deux situations, il en existe plusieurs qui


sont donc intermédiaires et c’est cet ensemble de situations que le classement proposé ci-dessous


tente de positionner.


I. Le CENOU agit comme un prestataire de services visant à faciliter principalement la vie


matérielle des étudiants afin qu’ils puissent étudier plus facilement et donc mieux réussir.


A) Certains de ces services sont réglementés par l’Etat :


- Bourses (critères d’attribution et montant)


- Indemnité de trousseau (montant)


- Autres indemnités


Le CENOU a pour mission de distribuer ces aides aux étudiants.


B) D’autres services sont moins réglementés par l’Etat qui les finance cependant. C’est une


gestion directe par le CENOU :


- Logement des étudiants (critère d’attribution et prix à payer déterminé par le CENOU)


- Transport quotidien des étudiants (le CENOU fixe le prix du billet)


- Transport gratuit des étudiants à l’occasion des grandes vacances


- Aide sociale versée aux étudiants répondant à des critères dans une limite fixée par arrêté


ministériel




C) D’autres services, enfin, ont été développés par le CENOU pour faciliter le fonctionnement de


la vie universitaire :


- Aide exceptionnelle à des étudiants accidentés


- Appui aux activités sportives et associatives


- Transport assuré gratuitement pour les sorties pédagogiques, généralement à l’intérieur


du pays




II. Les aspects monétaires




A) Montant des aides financières pour des études au Mali


- Bourse entière


 Par mois : 26 250 FCFA


 Nombre de mois : 9


- Demi-bourse


 Par mois : 13 125 FCFA


 Nombre de mois : 9


- Allocation annuelle d’équipement (trousseau) : 38 000 FCFA


- Indemnité de stage (classes terminales) : 8 750 F par mois




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103


- Indemnité forfaitaire de mémoire : 25 000 FCFA


- Indemnité forfaitaire de thèse : 75 000 FCFA




B) Le logement des étudiants


Tarif des lits : de 1 000 FCFA à 3 000 FCFA par mois selon la localisation et la configuration des


chambres.




C) Restauration


Prix d’un repas : 500 FCFA, y compris pour le personnel universitaire.




D) Transport journalier


Prix d’un trajet ville-campus en autobus spécial : 50 FCFA pour les étudiants.




_______________________




104 104

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105 105

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105







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106


ANNEXE 5


Eléments pour une négociation sur le financement de l’enseignement supérieur privé


L’enseignement supérieur privé occupe une place de plus en plus importante en Afrique de l’Ouest


avec un taux moyen de 27% des effectifs pour l’espace UEMOA et atteignant 51% des effectifs de


l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire. Paradoxalement, au Mali, bien qu’on parle très souvent


d’une prolifération des écoles supérieures privées, la proportion des effectifs d’étudiants dans


l’enseignement supérieur privé n’était que 4% selon une étude de l’UEMOA (2012) réalisée dans le


cadre de l’élaboration d’une politique régionale d’enseignement supérieur dans les pays membres de


l’UEMOA comme le montre le tableau ci-dessous :


Part des effectifs dans les institutions d’enseignement supérieur privé en 2012


Pays
Effectif total


des étudiants
Effectif des étudiants


dans le privé
Proportion


du privé (%)


Bénin 82 402 20 438 25


Burkina Faso 62 889 9 668 15


Côte d’Ivoire 156 772 72 250 46


Guinée-Bissau 6 091 3 224 51


Mali 67 380 3 095 4


Niger 17 800 4 534 25


Sénégal 94 371 28 114 30


Togo 47 303 3 361 7


UEMOA 535 008 144 684 27




A première vue, on peut s’interroger sur les raisons cette faible part de l’enseignement supérieur privé


dans l’enseignement supérieur du Mali comparativement aux autres pays membres de l’UEMOA.


La faible valorisation du rôle de l’enseignement supérieur privé


La perception par les acteurs de l’enseignement supérieur de la faible valorisation de l’enseignement


supérieur privé pour résorber les problèmes d’accès et de qualité de l’enseignement supérieur semble


dénoter un manque de volonté politique et une méfiance des acteurs étatiques vis-à-vis de


l’enseignement supérieur privé. Les acteurs publics de l’enseignement supérieur mettent en avant les


dérives constatées dans l’application de l’orientation des élèves boursiers du secondaire dans les


institutions d’enseignement secondaire privées conventionnées. Plusieurs estiment qu’il faut éviter de


reproduire à tout prix cette expérience dans le supérieur.


Faible allocation des financements publics dans l’enseignement supérieur privé


Dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest, face à la massification des effectifs, des approches de


mise à contribution des écoles privées pour réduire les effectifs allant dans les établissements publics


sont en cours à l’exception du Mali où plusieurs acteurs se montrent hostiles à tout conventionnement


des IES privées en vue de l’orientation des néo-bacheliers dans ces écoles. Au Mali, la plupart les écoles


privées ne bénéficient d’aucune allocation financière publique, ni en termes de subvention, ni en




107 107

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107


termes d’avantages fiscaux. La plupart des IES privées n’a pas pu obtenir le statut d’institution d’utilité


publique, les privant ainsi de ressources publiques.


Des handicaps sérieux de génération de ressources propres


Contrairement aux opinions souvent exprimées par les acteurs publics de gestion de l’enseignement


supérieur, les IES privées sont confrontées à de sérieuses difficultés dans la réalisation d’activités


génératrices de ressources propres. Les principales difficultés rencontrées sont relatives (i) à la


faiblesse du taux de recouvrement des frais de scolarité facturés aux bénéficiaires et à leurs familles


et (ii) aux difficultés liées à la contestation du droit des IES privées de participer aux appels d’offres sur


le marché de la prestation de services et de l’expertise.


Les problèmes de recouvrement des recettes des IES privées


Les promoteurs des écoles privées sont unanimes à affirmer qu’aucune IES privée ne parvient à


recouvrer plus 70% des frais de scolarités dus par les auditeurs. En effet, plusieurs auditeurs non


solvables sont maintenus dans ces IES en sollicitant d’être considérés comme des « cas sociaux »,


aggravant ainsi le manque à gagner qu’enregistrent les écoles.


En outre, la plupart des familles ne sont pas en mesure de dégager un budget pluriannuel pour assurer


le paiement des frais de scolarité de leurs enfants. Cette situation d’instabilité budgétaire des ménages


est le plus souvent à la base de l’accumulation des arriérés de paiement irrécupérables par les IES


privées.


Enfin, face aux cas sociaux, notamment en ce qui concerne les étudiants particulièrement brillants, la


plupart des IES accordent des bourses aux élèves de familles pauvres afin de créer une émulation et


renforcer leurs résultats.


Des handicaps sérieux sur le marché des appels d’offres


Les IES privées rencontrent aussi de nombreux problèmes dans la génération de ressources par le biais


des prestations de services sur le marché des appels d’offres publics. Les acteurs des IES privées


estiment être défavorisés sur ce marché car ils constatent que les opérateurs économiques,


notamment certains ordres professionnels, estiment en général qu’une école ne doit pas les


concurrencer sur le marché des appels d’offres publics. Ceci a pu même conduire à un procès en


concurrence illégale. Aussi, pour soumissionner à des marchés publics, les IES privées sont obligées de


s’associer en consortium avec des IES publiques qui, elles, sont en général moins contestées lors des


appels d’offres.


Des handicaps de financement liés à l’absence ou à l’obsolescence de textes règlementaires des


écoles privées


Les acteurs des IES privées soulignent plusieurs handicaps de financement liés à l’absence ou à


l’obsolescence des textes règlementaires concernant l’enseignement privé. En effet, aucun texte


règlementant la fiscalité spécifique aux IES privées n’a été adopté si bien que la plupart des promoteurs


des IES privées estiment que ces institutions sont traitées comme des entreprises privées alors que


leur domaine d’intervention est, à leurs yeux, non marchand.




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108


Par ailleurs, le texte le plus important attendu par ces IES est celui relatif au cahier des charges des


écoles privées. Face à ce vide juridique, les acteurs des IES privées sont frustrés d’être accusés de ne


pas appliquer un cahier des charges dont les textes règlementaires ne sont pas entièrement et


définitivement adoptés.


Par ailleurs, les IES ne parviennent pas à obtenir le statut d’« institution d’utilité publique » afin de


bénéficier de l’allocation de ressources publiques comme les subventions de l’Etat.


Les problèmes liés aux interactions négatives avec les IES publiques


Les acteurs des IES privées signalent des interactions négatives avec les pratiques et la gouvernance


des IES publiques.


Le premier de ces handicaps est relatif aux menaces de contagion des fréquentes grèves que


connaissent les IES publiques. A plusieurs reprises, les étudiants des IES publiques en grève ont menacé


leurs camarades des IES privées qui avaient tendance à ne pas être solidaires avec eux lors des grèves.


Les responsables des IES privées considèrent cette menace d’autant plus sérieusement que l’un des


attraits de ces IES est leur stabilité et le respect du calendrier scolaire.


Le deuxième handicap relatif aux interactions négatives avec les IES publiques est le retard accusé par


les IES privées dans le démarrage des cours, leurs éventuels étudiants maliens étant en général


recrutés parmi les candidats malheureux aux concours d’entrée dans les IES publiques. Plus


généralement, les décalages importants dans le démarrage de l’année universitaire des IES publiques


obligent souvent les IES privées à différer leur rentrée universitaire et à connaître des retards


importants dans le calendrier scolaire et universitaire.


Les handicaps liés à l’accès au crédit


Plusieurs acteurs des IES privées estiment qu’aucune disposition spécifique n’est mise en place pour


améliorer leur accès aux crédits sur le marché financier dans des conditions concessionnelles


conformes à leur mission de service public contribuant à l’amélioration de l’accès et de la qualité de


l’enseignement supérieur au même titre que les IES publiques et avec une valeur ajoutée liée à leur


adaptabilité au marché de l’emploi.


Plusieurs IES privées sont exclues de l’accès au crédit soutenable à cause notamment des taux


d’emprunt dissuasifs appliqués par les institutions bancaires et institutions de micro finance. Leurs


responsables estiment que l’Etat pourrait les accompagner par des mesures de cautionnement, de


garantie ou d’assurance de risques.


Pourquoi ne pas conventionner des IES privées accréditées pour accueillir les néo-bacheliers ?


Les acteurs des IES privées estiment que, contrairement aux cas isolés de pratiques frauduleuses d’une


minorité de promoteurs d’IES, la confiance pourrait s’installer entre l’Etat et les IES privées si toutes


les parties étaient encadrées par des textes règlementaires consensuels adoptés. Ces textes


règlementaires concernent le cahier des charges des écoles et la pratique d’une assurance qualité


conditionnant le conventionnement des IES privées ayant au préalable été accréditées par l’AMAQ-


Sup.




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109


Pour le moment, les dérives et les mauvaises pratiques enregistrées au niveau de l’expérience


d’orientation des élèves du secondaire dans des institutions privées sont évoquées pour remettre en


cause cette démarche de conventionnement pourtant adoptée par la plupart des pays d’Afrique de


l’Ouest qui ont réalisé des progrès importants dans l’enseignement supérieur ces dernières années


comme, on l’a vu plus haut, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.






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