![]() |
RÉPUBLIQUE DU MALI MINISTÈRE DE LA POPULATION ET DE L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE... |
![]() |
1 1 |
▲back to top |
RÉPUBLIQUE DU MALI
MINISTÈRE DE LA POPULATION ET
DE L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Quelles actions stratégiques pour sa capture ?
Les femmes économiquement dépendantes sur tout le cycle de vie
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE
AU MALI
w
w
w
.F
lic
kr
.co
m
![]() |
2 2 |
▲back to top |
Page 2
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
Contexte
La population malienne compte plus de femmes que
d’hommes, soit 100 femmes pour 99 hommes en 2015. Le rapport
de masculinité à la naissance est de 105 garçons pour 100 filles,
le même que l’on retrouve quasiment partout dans le monde.
Cependant la mortalité masculine étant plus élevée que la
mortalité féminine, la plupart des populations comportent plus
de femmes que d’hommes.
La nuptialité se caractérise au Mali par la précocité des unions
du côté des femmes. En effet, les femmes maliennes entrent en
union à un âge très précoce : 20% des femmes âgées de 25-49 ans
étaient déjà en union avant d’atteindre l’âge de 15 ans. La moitié
des femmes étaient déjà en union avant l’âge de 18 ans, contre 26
ans pour les hommes de 30-49 ans. Cette tendance est révélatrice
d’une précocité de l’âge au premier mariage chez les filles qui est
de 18 ans en moyenne contre 26 ans chez les hommes.
L’indice synthétique de fécondité (ISF) qui est évalué à 6,1
enfants par femme en 2013, diminue avec l’augmentation du
niveau d’instruction. Cet indice varie en effet de 6,5 parmi les
femmes sans instruction à 5,9 parmi celles ayant un niveau
primaire et à 4 parmi celles ayant un niveau au moins secondaire.
En fonction du niveau de bien-être économique du ménage, on
constate un écart important entre le quintile le plus élevé dans
lequel le nombre moyen d’enfants par femme est de 4,7 et les
autres quintiles dans lesquels il est supérieur à 6.
Moins de filles sont scolarisées par rapport aux garçons. En
effet, 2015, le taux brut de scolarisation (TBS) est plus élevé
chez les garçons que chez les filles (75,0% contre 64,3%) au 1er
cycle de l’enseignement fondamental. De même, au 2e cycle de
l’enseignement fondamental, le TBS demeure toujours en faveur
de la population masculine : 55,5% chez les garçons contre 43,7%
chez les filles (CPS / Secteur Education).
Le taux d’alphabétisation dans la population féminine de 15 ans
et plus est de 22,2% et représente la moitié du taux observé dans
la population masculine (45,1%). En moyenne, sept personnes sur
dix (70,5%) sont sans niveau d’instruction au nombre desquelles il
y a 66,1% d’hommes et 74,8 % de femmes (EMOP 2015).
Avec un taux d’activité de 65,1% en 2015, les femmes sont
moins actives que les hommes ; ces derniers ayant un taux
d’activité (86,1%) qui dépasse celui des femmes de 21 points
de pourcentage1. Il est important de noter que 38,2% de la
population inactive sont des femmes au foyer. En outre, 13,9% des
femmes sont-elles touchées par le chômage en 2015, et ce taux
est supérieur à ce qu’on observe dans la population masculine
(9,7%). La pauvreté touche aussi plus les femmes que les hommes,
l’indice de Gini (qui mesure les inégalités) se situant à 0,34.
1 Ces données concernent l’ancienne norme des CIST. Selon la nouvelle norme, le taux d’activité est de 72,9% dont 83,5% pour les hommes et 63,8% pour les femmes.
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
Quelles actions stratégiques pour sa capture ?
Les femmes économiquement dépendantes sur tout le cycle de vie
w
w
w
.F
lic
kr
.co
m
![]() |
3 3 |
▲back to top |
Page 3
Le concept genre :
définition et prise en compte
dans l’agenda politique
international
Le concept « genre » est né aux Etats-Unis dans les années 1970
d’une réflexion autour de l’articulation entre le sexe biologique
et les identités féminines et masculines. Il pourrait se définir
comme l’ensemble des différentiations entre les hommes et les
femmes, produites par la société dans laquelle ils et elles vivent.
Il se distingue du sexe qui est déterminé par des caractéristiques
biologiques. Il s’agit donc d’un concept social qui trouve son
origine dans les relations inégalitaires qui existent entre hommes
et femmes. Le concept de « genre et développement » est
employé au lieu de « femmes et développement » afin d’exposer
les relations sociales entre les hommes et les femmes par rapport
au développement. Ces relations qui tendent à discriminer la
femme et à l’assujettir sont prises en compte pour la promotion
d’un développement équitable.
La promotion de l’équité et de l’égalité entre les hommes et
les femmes, les filles et les garçons constitue une préoccupation
mondiale depuis plusieurs décennies au regard des disparités
très marquées entre les deux sexes tant au niveau économique,
social que culturel. Ainsi, entre 1975 et 1995, quatre Conférences
Mondiales sur les Femmes sont organisées par l’ONU. En parallèle
de chaque conférence, un Forum des ONG est organisé par les
femmes des sociétés civiles du monde entier. Les conférences
de Beijing (4ème Conférence Mondiale sur les Femmes en 1995)
et du Caire (Conférence Internationale sur la Population et le
Développement en 1994) sont considérées comme des tournants
historiques dans la promotion de l’égalité entre les sexes et la
reconnaissance des droits des femmes. Ces années marquent
également l’émergence du terme gender mainstreaming2,
démarche désormais promue par l’ONU (AFD, 2014).
Les débats sur la prise en compte du genre dans le nouvel
agenda de développement post-2015 reflètent les évolutions
du gender mainstreaming au cours des vingt dernières années.
Cinq ans après la Conférence de Pékin en 1995 et l’émergence
du terme gender mainstreaming, la « promotion de l’égalité et de
l’autonomisation des femmes » constitue l’un des huit Objectifs
du Millénaire pour le Développement (OMD).
Quinze ans plus tard, dans le cadre de la définition des Objectifs
de Développement Durable (ODD), ONU Femmes appelle à
l’adoption d’un objectif transformatif dit « transformative stand-
alone goal » qui, à la différence de l’objectif précédent, devrait
adresser les causes structurelles des inégalités (AFD, 2014). C’est
dans ce cadre que l’ODD 5 cherche à « Réaliser l’égalité de sexes
et autonomiser toutes les femmes et les filles ».
Encadré 1 : Dividendes démographiques
Le premier dividende démographique est lié à la transition
démographique. La transition démographique désigne le passage
d’une économie rurale et agraire, caractérisée démographiquement
par des taux élevés de natalité et de mortalité, à une économie
urbaine et industrialisée, caractérisée par une baisse de ces deux
taux. Dans un premier temps, lorsque les deux taux baissent, avec
moins de naissances, la population active augmente relativement
plus vite que le reste de la population. Autrement dit, le nombre de
producteurs (population active) augmentent relativement plus vite que
celui des consommateurs. Dans ce cas-là, l’économie dispose de plus
de ressources et, toutes choses égales par ailleurs, à productivité,
taux de participation et taux de chômage inchangés, l’augmentation
de la part de la population active augmente mathématiquement la
production par tête. D’où le premier dividende démographique.
Normalement, ce premier dividende démographique peut durer
plusieurs décennies jusqu’à ce que la diminution de la fécondité
réduise le taux de croissance de la population active et que la baisse
de la mortalité des personnes âgées accélère l’augmentation de leur
nombre. Un second dividende démographique est possible.
Ceci dépend de la stratégie dont le pays se dote afin de faire face au
vieillissement, notamment le mode de financement de la retraite. Le
financement de la retraite peut se faire soit par un transfert en instant
« t » (par le soutien familial ou par un système de pension publique
dans le cas du système de répartition), soit par un transfert inter
temporel, c’est-à-dire épargner pour financer le vieillissement futur.
Un second dividende démographique peut apparaître seulement
via le deuxième mode de financement de la retraite. En effet, une
population ayant une part importante de personnes travaillant jusqu’à
un âge relativement avancé et vivant une longue période de retraite
anticipe le vieillissement de la société et est fortement incitée à
accumuler des actifs. En l’absence de transfert familial ou public, la
population est plus incitée à accumuler des actifs afin de faire face
aux dépenses futures. Il y a donc accumulation massive des actifs.
Que ces actifs soient investis dans le pays ou à l’étranger, le revenu
national augmente.
Source : Adapté de CREFAT (2016), Manuel de formation sur la méthodologie des NTA.
2 Le Conseil Economique et Social des Nations Unies (ECOSOC) définit le terme gender mainstreaming comme ceci : « Intégrer une perspective liée à l’égalité des genres correspond à un processus d’évaluation
des impacts pour les femmes et pour les hommes, de toute action prévue, notamment des lois, des politiques ou des programmes, dans tous les domaines et à tous les niveaux. Il s’agit d’une stratégie pour que
les expériences et les intérêts des femmes et des hommes fasse partie intégrante de la conception, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation des politiques et programmes dans toutes les sphères politiques,
économiques et sociétales, de sorte que les hommes et les femmes bénéficient des mêmes avantages et que les inégalités ne soient pas perpétuées. Le but final est d’atteindre l’égalité entre les sexes. »
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
w
w
w
.F
lic
kr
.co
m
![]() |
4 4 |
▲back to top |
Page 4
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
La promotion de l’autonomisation des femmes et l’intégration
systématique des problématiques de genre dans les actions
menées par les acteurs de l’aide et les pays partenaires constituent
les principales priorités de l’aide au développement. Ces textes
s’inscrivent dans la continuité des engagements internationaux
pris dans le nouvel agenda pour le développement après 2015.
Contribution du genre au
dividende démographique
au Mali
L’analyse par sexe des profils de consommation et de revenu du
travail indique que :
• les femmes consomment plus que leur revenu durant tout
le cycle de vie (elles sont déficitaires), alors que les hommes
dégagent un surplus de revenu entre 23 et 65 ans ;
• leshommesconsommentplusquelesfemmessaufaucours
de la jeunesse et une partie de l’enfance (08 à 27 ans) ;
• toutefois, l’écartentrelaconsommationdeshommesetdes
femmes n’est pas très important (cet écart est de 30 000 FCFA
en moyenne par année en faveur des hommes). Ainsi
les hommes et les femmes ont presque le même niveau de
consommation sur le cycle de vie ;
• par contre, le niveau de revenu de travail des hommes est
largement supérieur à celui des femmes. En effet, un
travailleur de sexe masculin gagne en moyenne 557 000 FCFA
par âge représentant 4,5 fois le revenu moyen de son
homologue de sexe féminin qui s’élève à 125 000 FCFA par
âge.
La faible contribution des femmes au revenu du travail pourrait
trouver ses explications dans leur faible participation au marché
du travail. En effet, selon l’INSTAT, le taux d’emploi est de 78% chez
les hommes contre 58% chez les femmes (Enquête Modulaire
auprès des Ménages / EMOP, 2015). Ce faible accès serait lui-même
la conséquence de leur niveau de scolarisation, de la pesanteur de
certains us et coutumes et des inégalités de genre persistantes au
niveau de leur intégration dans le système productif.
Graphique 1 : Profils moyens de consommation et de revenu du
travail selon le sexe
Graphique 2 : Profil moyen du déficit du cycle de vie selon le sexe
Source : CREG / CREFAT 2016, Estimations NTA du profil pays à partir des données de 2015.
Source : CREG / CREFAT 2016, Estimations NTA du profil pays à partir des données de 2015.
Encadré 2 : Notion du déficit du cycle de vie
Pour les individus d’un âge a donné, le déficit du cycle de vie, noté
LCD, se définit comme étant la différence entre leur consommation
C(a) et le revenu de leur travail YL(a) :
LCD (a) = C(a)-YL(a)
Il permet d’analyser les besoins de consommation à satisfaire à
chaque âge en respectant le niveau des agrégats de consommation
et de revenu du travail des comptes nationaux.
Cette analyse fait ressortir la notion de dépendance économique. Les
individus d’un âge a sont dit économiquement dépendants lorsque
leur consommation est supérieure à leur revenu du travail (i.e. LCD(a)
positif).
En effet, le LCD de l’âge a mesure la demande totale de réallocations
de tous les individus d’âge a. Un LCD(a) positif indique un surplus de
consommation (ou un déficit de revenu) nécessitant des réallocations
provenant d’autres groupes d’âge avec un surplus de revenu. A
l’inverse, un LCD(a) négatif désigne un surplus de revenu, ce dernier
pouvant être utilisé pour financier la consommation des groupes
d’âge en situation de déficit.
Source : Adapté de CREFAT (2016), Manuel de formation sur la méthodologie des NTA.
![]() |
5 5 |
▲back to top |
Page 5
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
Au niveau agrégé, la moitié de la consommation nationale est
effectuée par les femmes. Cependant, ces dernières participent à
hauteur de 22% seulement à la création de la richesse nationale
(revenu du travail) contre 78% pour les hommes.
Ce contraste met en lumière la complexité des canaux de
financement selon l’âge et le sexe. Les femmes, étant déficitaires
tout le long du cycle de vie, bénéficieraient des transferts de la
part des hommes et du pouvoir public pour pouvoir financer leur
consommation.
Recommandations
Le dividende démographique dépend de la capacité des
individus à générer un revenu du travail suffisamment important
pour consommer, transférer à d’autres générations (enfants
et séniors), épargner et investir. Dans ce sens, les disparités du
genre observées au Mali indiquent que les femmes contribuent
très faiblement à la capture du dividende démographique. En
effet, étant donné que leur revenu du travail ne leur permet
pas financer leur propre consommation, les femmes demeurent
économiquement dépendantes sur tout le cycle de vie.
Graphique 3 : Profils agrégés de consommation et de revenu travail
selon le sexe
Graphique 4 : Profil agrégé du déficit du cycle de vie selon le sexe
Source : CREG / CREFAT 2016, Estimations NTA du profil pays à partir des données de 2015.
Source : CREG / CREFAT 2016, Estimations NTA du profil pays à partir des données de 2015.
w
w
w
.F
lic
kr
.co
m
![]() |
6 6 |
▲back to top |
Page 6
GENRE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI
La mise en œuvre effective de politiques permettant aux
femmes de participer pleinement à la vie économique, sociale
et politique est donc essentielle pour optimiser le dividende
démographique. Les recommandations et actions suivantes sont
préconisées dans ce sens.
Amélioration de l’offre de qualité de services (éducation,
santé…) et promotion de la participation féminine dans les
instances de prise de décision.
Favoriser un accès égal à une éducation de qualité, incluant
une formation technique, afin de permettre aux femmes
et filles d’acquérir le savoir-faire et l’expertise permettant
de travailler de façon productive dans l’économie du XXI
siècle ;
Améliorer l’accès des femmes à des soins de qualité et de
proximité en matière de la santé de la reproduction en
vue de réduire la mortalité maternelle ;
Accroitre la participation politiques des femmes et
du leadership féminin pour l’amélioration des efforts de
promotion de l’égalité des chances d’accès des femmes
aux fonctions électives et nominatives ;
Améliorer les conditions de vie des femmes rurales à travers
leur professionnalisation dans les chaines de valeurs par
l’augmentation de leurs revenus ;
Renforcer les mesures pour réduire davantage les
grossesses rapprochées et non désirées qui rendraient
précaire l’état de santé de la mère, la jeune fille et même
des enfants (information, sensibilisation et accès au
planning familial).
Actions
Dans l’immédiat
Promouvoir la budgétisation sensible au genre ;
Promouvoir un accès permanent à la formation technique
professionnelle des filles pour doter la population active
du savoir-faire et de l’expertise nécessaires pour travailler
de manière productive ;
Promouvoir l’éducation des filles ;
Octroyer des bourses aux apprenants surtout les filles ;
Créer des activités génératrices de revenus pour les femmes.
A court terme
Protéger les filles contre les mariages précoces et forcés et
favoriser l’espacement des naissances ;
Créer un environnement favorable à l’entreprenariat
féminin (mesures législatives et réglementaires.
Moyen terme
Sensibiliser à l’égalité femmes/hommes en entreprise ;
Engager les entreprises d’une même branche dans une
réflexion sur les compétences requises :
promouvoir le développement de l’entreprenariat féminin
rural ;
Faciliter l’accès des terres aux femmes ;
Eliminer toutes les formes de violences basées sur le genre ;
Elargir l’offre de service de soutien à la production en vue
d’accroitre les revenus des femmes.
A long terme
Prendre des mesures de nature à éliminer les inégalités
observées en matière de genre ;
Assurer aux femmes et aux filles la liberté et droits essentiels
au contrôle de leur vie, à la poursuite de leurs études, à leur
entrée sur le marché du travail et à l’acquisition de richesses.
AFD (2014), « Pause Genre : L’essentiel sur les enjeux de genre et de développement ».
CREFAT (2016), Manuel de formation sur la méthodologie des Comptes de transfert nationaux.
CPS / Secteur Education (2016), « Suivi des indicateurs de l’enseignement fondamental de 2013 à 2016 ».
INSTAT (2015), « Sante, emploi, sécurité alimentaire et dépenses de consommation des ménages » Rapport résultats Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP)
INSTAT (2015) « Consommation, pauvreté, bien-être des ménages », Rapport Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP).
République du Mali (2016), Rapport national sur le profil du dividende démographique au Mali en 2015, Version définitive.
Références Bibliographiques
Equipe Nationale
Abdoulaye Modibo Maiga - MPFEF
Mme Balkissa Yattara Sylla -DNP
Kissima Sidibé -CNDIFE
Oumarou Maiga - SANTE
Sibiry Traoré –DNP
Appui Technique CREG/CREFAT
Edem Akpo
Yédodé Ahokpossi
Latif Dramani
Mame Coura Ndiaye Kama
Diama diop Dia
Equipe de Rédaction