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MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI Graphique 3 : Que pouvons-nous... |
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MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI
Graphique 3 : Que pouvons-nous retenir de l’évaluation
monétaire du travail domestique non rémunéré ?
Source : Calcul de l’équipe NTTA – Mali et du CREG. A partir des
données de EHCVM 2018 / 2019
La structure démographique fortement jeune contribue
à expliquer le tracé des profils agrégés de production et
de consommation de temps de travail domestique. En
2019, la production agrégée du temps domestique des
hommes et des femmes a atteint 2 110,4 milliards FCFA
en 2019 dont 1 666,4 milliards FCFA pour les femmes et
444 milliards FCFA pour les hommes. Les femmes ont
ainsi apporté une contribution équivalente à 79% de la
production totale. Cette production totale représente
22,3% du PIB de 2019, la production des femmes
représentant 17,6% et celle des hommes 4,7%.
Pendant que les femmes restent plus longtemps
excédentaires en termes de temps domestique, les
hommes présentent un important déficit de 607,8
milliards pendant la quasi-totalité de leur durée de vie.
Graphique 4 : Production valorisée du temps de travail
domestique, en % du PIB, par activité et par sexe, 2019
Source : Calcul de l’équipe NTTA – Mali et du CREG. A partir des
données de EHCVM 2018 / 2019
Si le travail domestique non rémunéré était valorisé dans
la comptabilité nationale :
- Les soins aux personnes représenteraient environ
9,1% du PIB,
- Les travaux ménagers compteraient pour 8,5%,
- Et les courses / achats pour environ 2,6%.
PRODUCTION MARCHANDE ET
PRODUCTION NON MARCHANDE
La production marchande réalisée par les hommes
suivant les NTA en 2019 est estimée pour 4 819 milliards
de FCFA de revenu du travail contre 1 178 milliards de
FCFA pour les femmes. Les hommes ont donc contribué
pour 80% à la production de revenu du travail contre 20%
pour les femmes, montrant que les femmes sont
déficitaires sur la durée du cycle de vie.
Sur le plan des NTTA, les femmes produisent 79% du
temps de travail domestique contre 21% pour les
hommes.
Si l’on tient compte de la valeur de la production
domestique, la contribution des femmes au bien-être
passe de 20% (part des femmes à la production de
revenu du travail) à 35% (revenu du travail et production
de temps domestique).
Même si cette contribution globale reste encore faible au
regard du poids numérique des femmes, elle contribue à
améliorer la perception des personnes quant à la
participation des femmes au développement
économique et social.
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Homme Femme
MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI
LA REPARTITION INEGALE DU TEMPS DE
TRAVAIL DOMESTIQUE, UN PHENOMENE
QUASI GENERAL
Les femmes participent plus fortement au travail
domestique non rémunéré, comparativement aux
hommes et ce, à tous les âges. Ces différences sont plus
importantes au Ghana, en Inde ou en Afrique du Sud
comparés au Mexique. Cette situation contribue à
réduire le temps de travail rémunéré des femmes et le
temps consacré à l’éducation par les filles. Le
Tableau 1 : temps de travail rémunéré, de travail non
rémunéré pour les filles et les garçons de 15 ans au Ghana,
en Inde, au Mexique et en Afrique du Sud.
Heures par semaine, chez les filles et garçons de
15ans
Production marchande
Soins et services non
rémunérés
Filles Garçons Filles Garçons
Ghana 12,2 14,5 20,3 8,4
Inde 13,8 21,4 19,6 2,1
Mexique 7,1 28,0 32,4 6,2
Afrique du sud 1,5 3,0 18,5 10,6
Source : Counting Women Work, 2018
- Il se trouve que les filles consomment moins de
temps de travail domestique qu’elles n’en
produisent, transférant du coup une grande partie
de ce temps aux garçons, qui sont plus actifs sur le
marché du travail.
- L’ampleur de la participation au travail domestique
non rémunéré, en particulier le temps consacré aux
soins aux autres, renforce les inégalités entre
hommes et femmes sur le marché du travail.
Graphique 1 : Production et consommation de temps
domestique et cycle de vie
Source : Calcul de l’équipe NTTA – Mali et du CREG. A partir des
données de EHCVM 2018 / 2019
- Une femme âgée de 25 ans consacre en moyenne 25
heures par semaine dans les activités domestiques
alors qu’elle n’en profite que pour 6,8 heures.
- Les femmes de 15 – 49 ans ont produit en 2019, près
de 4 fois plus de temps de travail domestique que les
hommes de la même tranche d’âge (21,6 heures
contre 5,7 heures par semaine).
- En moyenne, une femme de 15 – 64 ans produit, une
somme de 18,7 heures de travaux domestiques non
rémunérés contre seulement 5,4 heures pour les
hommes de la même tranche d’âge.
- Quel que soit leur âge, un homme produit, en
moyenne, pour moins de 6 heures de temps de
travail domestique par semaine. Sur l’ensemble du
cycle de vie.
- Les déficits sont plus importants à l’enfance et à la
vieillesse, périodes de la vie où les besoins
d’attention sont plus élevés et les capacités de
travail moins importantes.
- De 9 à 63 ans, les femmes produisent plus de temps
de travaux domestiques non rémunérés qu’elles
n’en consomment, transférant ainsi leur surplus aux
membres du ménage, en particulier aux hommes
pour combler leur déficit.
Ce déficit est comblé par l’excédent de même valeur,
dégagé par les femmes.
Les enfants et les adultes (les moins de 40 ans)
contribuent très fortement au déficit estimé car ils
consomment plus de temps domestiques qu’ils n’en
produisent. Cette situation est le reflet de la division
sexuelle du travail.
Graphique 2 : Production de temps domestiques non
rémunérés (15- 49 ans)
Source : Calcul de l’équipe NTTA – Mali et du CREG. A
partir des données de EHCVM 2018 / 2019
- Les travaux ménagers et les soins aux personnes
sont les types de travaux pour lesquels les femmes
ont consacré plus de temps (près de 15 heures par
semaine) tandis que les hommes sont plus actifs
dans les travaux ménagers et les courses / shopping.
- Les soins aux personnes et les travaux ménagers
représentent l’essentiel des activités domestiques
pour lesquelles les enfants et les personnes âgées
reçoivent le plus de transfert de la part des autres
membres du ménage. En effet, les enfants et les
personnes âgées requièrent plus d’attention en
matière de soins et d’entretien.
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Femme Homme
MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI
LE TRAVAIL DOMESTIQUE NON
REMUNERE, UNE CONTRAINTE A LA
PARTICIPATION ECONOMIQUE DES
FEMMES
Si les hommes consomment, à chaque âge, autant
de temps de travail domestique que les femmes, ces
dernières contribuent pour près de 8 heures sur 10 à la
production de ce temps de travail domestique non
rémunéré : en moyenne, elles produisent 21,6 heures de
temps de travail domestique par semaine contre 5,7
heures pour les hommes.
Lorsqu’il est valorisé au « coût moyen du généraliste », il
est estimé à 2 110 milliards de FCFA pour l’ensemble de
la population en 2019 (soit environ 22% du PIB) dont
1 666 milliards de FCFA pour les femmes et 444 milliards
pour les hommes.
La forte participation des filles et des femmes à la
production de temps de travail domestique contraint
leur participation au marché du travail tout en favorisant
celle des hommes. La participation des filles est accrue,
de par le transfert de responsabilité de la part des
femmes adultes et la division sexuelle du travail promue
par les us et coutumes. Elle peut constituer un facteur
contraignant leurs performances scolaires, vu qu’elles y
participent trois fois plus que les garçons, en moyenne.
POLITIQUES PUBLIQUES, GENRE ET
PARTICIPATION A LA PRODUCTION
MARCHANDE
Le statut social des femmes et leur faible niveau de
scolarisation comptent parmi les facteurs qui renforcent
les inégalités en matière de revenu et de participation au
marché du travail. Selon les données de l’EMOP 2019, le
taux d’alphabétisation des 15 ans et plus est près de
deux fois plus élevé (43,9%) chez les hommes que chez
les femmes (24,3%). Lorsqu’elles travaillent, les
femmes reçoivent une rémunération horaire deux fois
moins élevée (207 FCFA / heure) que les hommes (460
FCFA / heure). Chez les 15 – 24 ans, les inégalités entre
hommes et femmes sont également très marquées :
29,2% des hommes de 15 – 24 ans ne sont ni en emploi,
ni en éducation, ni en formation. Cette proportion est de
près de la moitié (45,1%) chez les filles de 15 – 24 ans
(INSTAT, EMOP 2019).
La politique nationale Genre indique que l’accès aux
facteurs de production est plus important chez les
hommes que chez les femmes en milieu rural. Du fait de
la répartition sociale des tâches, les hommes sont plus
présents dans les activités agricoles de rente produisant
des revenus alors que les femmes sont confinées dans
les tâches domestiques et les cultures vivrières de
subsistance. La femme, en milieu rural, est
particulièrement vulnérable car détenant très peu de
patrimoine. Le document de politique nationale Genre
fait mention de 77% de femmes rurales travaillant sans
recevoir aucune forme de rémunération contre 51% des
hommes. Cette situation peut être assimilée à du travail
domestique non rémunéré.
Le travail domestique non rémunéré est toute activité
conduite au sein des ménages, par les membres du
ménage, sans rémunération. Il n’est donc pas pris en
compte dans l’évaluation du PIB. Le travail
domestique non rémunéré n’est pas à confondre
avec le travail des domestiques, qui est effectué
contre une rémunération et est inclus dans les
comptes économiques. En général et partout dans le
monde, les femmes et les filles sont les plus
impliquées dans les activités domestiques non
rémunérées tandis que les hommes sont plus actifs
dans les activités génératrices de revenus.
L’objectif d’apporter plus d’attention à l’accès des
femmes aux facteurs de production ne pourra conduire
à une plus grande contribution économique de ces
femmes si des investissements massifs ne sont pas faits
dans les opportunités et mécanismes d’allègement des
tâches domestiques.
Si elle cible dans ses interventions, l’amélioration de la
participation économique des femmes, la politique
nationale de l’emploi n’aborde pas suffisamment les
déterminants de la faible participation des femmes et
des filles au marché de l’emploi et spécifiquement le
poids des travaux domestiques non rémunérés et les
normes sociales qui tendent à limiter les interventions
des femmes dans la sphère des ménages.
La politique nationale de l’éducation connait également
les mêmes insuffisances même si d’importants efforts
sont faits pour le maintien des filles à l’école au–delà du
cycle primaire. En effet, les écarts entre garçons et filles
sont de plus en plus importants au fur et à mesure du
cycle d’éducation. Dans de nombreux rapports des
acteurs de l’éducation, le poids des travaux
domestiques compte parmi les raisons des faibles
performances scolaires des filles et des abandons plus
fréquents chez elles, comparés aux garçons. Il devient
ainsi difficile de profiter du potentiel humain d’une
grande proportion de la population, qui se retrouve ainsi
« laissée de côté ».
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MINISTERE DE L’URBANISME,
DE L’HABITAT, DES DOMAINES,
DE L’AMENAGEMENT DU
TERRITOIRE ET DE LA POPULATION
MESURE ET LA
VALORISATION DU
TRAVAIL DE SOINS NON
REMUNERE AU MALI
79% des travaux domestiques non rémunérés
proviennes, environ 22,3% du PIB non comptabilisé.
Avec le soutien de:
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N
°3
MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI
REFERENCE ET BIBLIOGRAPHIE :
Albis (d’) Hippolyte,z Bonnet, C., Navaux, J., Pelletan, J., Solaz, A. (2016), Travail rémunéré et travail domestique : Une
évaluation monétaire de la contribution des femmes et des hommes à l’activité économique depuis 30 ans. Revue de
l'OFCE, Volume 5, page 101-130
Bureau International du Travail (2019), The Unpaid Care Work and the Labour Market. An analysis of time use data based
on the latest World Compilation of Time-use Surveys / Jacques Charmes; International Labour Office – Geneva: ILO, 2019.
Centre de recherche en économie et finances appliquées de Thiès (CREFAT) (2016), Méthodologie de construction des
comptes nationaux de transfert. Version 2.0.
Centre national de documentation et d’information sur la femme et l’enfant Groupe de recherche en économie
appliquée (CNDIFE), 2018. Genre et valorisation du travail domestique non rémunéré au Mali. Avec la participation
technique du Groupe de recherche en économie appliquée et théorique (GREAT)
Counting Women’s Work, 2018. How « Counting Women’s Work » Matters: Evidence from the Global South. Policy Brief
01. May 2018.
Dramani Latif, 2021. How to assess and measure the unpaid care work in West African countries’ economy
Institut national de la statistique (INSTAT), 2020. Enquête modulaire permanente auprès des ménages (EMOP) 2020 -
« Santé, Emploi, Sécurité alimentaire et Dépenses des Ménages ». Rapport
Institut National de la Statistique (INSTAT), Cellule de Planification et de Statistique Secteur Santé-Développement
Social et Promotion de la Famille (CPS/SS-DS-PF) et ICF, 2019. Enquête Démographique et de Santé au Mali 2018.
Bamako, Mali et Rockville, Maryland, USA : INSTAT, CPS/SS-DS-PF et ICF.
National Transfer Accounts, 2018. What Do We Learn When We « Count Women’s Work »? Bulletin n°13, 2018
ONUFEMMES, 2016. Répartir plus équitablement les soins non rémunérés et maintenir la qualité des services de soins :
Une condition préalable à l’égalité des sexes, Note de politique
UNDESA (Éd.)., 2013. Measuring and analysing the generational economy: National transfer accounts manual. United
Nations Department of Economic and Social Affairs. United Nations.
Equipe de rédaction :
Ousmane MAIGA – Observatoire National du Dividende Démographique
Sibiry TRAORE – Direction Nationale de la Population
Dramane COULIBALY – Observatoire National du Dividende Démographique
Cheick Kader M’BAYE – Fonds des Nations Unies pour la Population
Aminata T. DIARRA – Fonds des Nations Unies pour la Population
Robert DABOU – Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel
Moussa SIDIBE – Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel
Kassoum DIAKITE – Observatoire National du Dividende Démographique
MESURE ET LA VALORISATION DU TRAVAIL DE SOINS NON REMUNERE AU MALI
Tableau 2 : Contribution des femmes et des hommes dans la
production du revenu du travail et du travail domestique non
rémunéré
Année 2019 Hommes Femmes
Production au sens des
NTA, en milliards de
FCFA
4 819 1 178
Part dans le global 80% 20%
Production au sens des
NTTA, en milliards de
FCFA
444 1 666
Part dans le global 21% 79%
Production globale NTTA
+ NTTA, en milliards de
FCFA
5 263 2 844
Part dans le global 65% 35%
Source : Calcul de l’équipe NTTA – Mali et du CREG. A partir des
données de EHCVM 2018 / 2019 et de l’EMOP 2019
Si le travail domestique était comptabilisé, la
contribution des femmes (et celles des hommes) à la
création de richesse et au progrès économique et social
serait mieux valorisée.
Il est évident que la forte contribution des femmes aux
activités domestiques non rémunérées réduit leurs
capacités à profiter des opportunités économiques de
création de richesse. En plus la participation active des
filles à l’exécution des activités domestiques non
rémunérées contraint, en partie, leurs performances
scolaires, comparées à celles des garçons.
RECOMMANDATION
Il est nécessaire au Mali d’atténuer les effets de la
division sociale et générationnelle des activités
domestiques sur l’autonomisation économique des
femmes d’une part et sur le bien-être général des
membres des ménages d’autre part, en tenant compte
des aspects socioculturels du milieu. Les
recommandations ci-dessous peuvent être formulé pour
une autonomisation économique des femmes et un
développement économique et social durable et
inclusif.
- Investir massivement pour améliorer la disponibilité
des infrastructures socioéconomiques (eau et
énergie, entre autres) en vue de réduire la
pénibilité et le temps alloué aux travaux
domestiques en faveur des activités
génératrices de revenus et du temps
d’apprentissage, y compris scolaire des filles ;
- Identifier et de développer la formation
professionnelle pour certaines activités
consommatrices de temps (soins aux enfants et aux
personnes âgées, travaux ménagers, courses) dans
un contexte d’urbanisation rapide, de changements
de comportements et de contraintes en temps de
travail rémunéré.
- Faire la promotion d’une masculinité positive pour
une participation accrue des hommes et des garçons
aux travaux domestiques non rémunérés,
ACTIONS A COURT TERME
- Renforcer la disponibilité des plateformes
multifonctionnel au profit des femmes notamment
celle vivant dans le milieu rural ;
- Organiser des campagnes de communication pour
un changement social et de comportement favorable
à la participation des hommes aux travaux
domestiques non rémunérés, tout en veillant à tenir
compte des aspects culturels favorables.
ACTIONS A MOYEN ET LONG TERMES
- Accroître les structures de formation professionnelle
pour les monitrices d’enfant et de soins aux
personnes âgées ;
- Promouvoir les centre formation, perfectionnement
et de placements de personnes qualifiées pour les
travaux ménagers.