3 DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI Graphique 1 : Profils moyens...

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DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


Graphique 1 : Profils moyens comparés de consommation
et de revenus du travail en 2019




Source : ONDD, Equipe Nationale NTA, 2021


Sur le plan macroéconomique, en tenant compte de la
structure de la population du Mali, le poids
démographique du milieu rural fait que le revenu agrégé
du travail est largement supérieur en milieu rural qu’en
milieu urbain (Cf. graphique 2). Le travail en milieu rural
génère jusqu’à 100,7 milliards à l’âge de 36 ans, alors
que le pic en milieu urbain est atteint à 38 ans avec une
valeur de 70,6 milliards de F CFA.


Les revenus du milieu rural proviennent en grande partie
des activités agro-sylvo-pastrorales et l’entrée dans la
vie productive intervient un peu plus tôt que dans le
milieu urbain. Selon les résultats de l’analyse du déficit
de cycle de vie par milieu de résidence (rural et urbain),
il apparait un contraste tant dans le niveau de
consommation que dans celui du revenu, du fait des
comportements de consommation et des types
d’emplois occupés (emplois précaires et vulnérables).


Les jeunes ruraux produisent un surplus dès 28 ans
contre 31 ans pour les jeunes urbains. Le temps
d’accumulation du surplus de revenu du travail s’arrête
à 72 ans en milieu rural contre 65 ans en milieu urbain.
Le graphique n°2 met en évidence, les différences entre
les profils (moyens et agrégés) du revenu de travail et de
la consommation en milieu urbain.






Graphique 2 : Profils agrégés comparés de consommation
et de revenu en 2019



Source : ONDD, Equipe Nationale NTA, 2021


Au niveau national, la dépense de consommation
agrégée est aussi plus élevée en milieu rural (127,7
milliards à 9 ans) qu’en milieu urbain (84,1 milliards à 19
ans). Toutefois, il existe une différence de
consommation totale dans les différentes tranches
d’âge.

Surplus élevé en milieu rural, mais une dépendance
plus longue

En 2019, nous constatons donc un temps
d’accumulation plus prolongé en milieu rural par rapport
au milieu urbain, avec respectivement 45 et 35 ans (soit
une différence de 10 années du cycle de vie).


Les graphiques n°3 et n°4 permettent de mieux
appréhender la situation de déficit de cycle de vie (LCD)
entre milieux urbain et rural.


Graphique 3 : Déficit de cycle de vie moyen, par milieu de
résidence (en FCFA en 2019)


Source : ONDD, Equipe Nationale NTA, 2021


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DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


plus élevés en milieu rural qu’en milieu urbain. Le risque
de mortalité infanto-juvénile diminue du quintile le plus
bas (143‰) au quintile le plus élevé (57‰).


Le rapport de mortalité maternelle est estimé en 2018 à
325 décès pour 100 mille naissances vivantes au cours
des 7 années ayant précédé l’enquête. Environ une
femme sur 50 court le risque de décéder des causes
maternelles durant sa vie reproductive si les conditions
de mortalité et de fécondité restent inchangées.




La croissance économique du Mali est tributaire des
aléas climatiques. En 2019, le pays a enregistré
une croissance de 4,8% (essentiellement tirée par la
production minière et le secteur cotonnier) contre 5,3%
en 2017. La structure de l’économie malienne reste
dominée par les secteurs primaire (66,8%) et tertiaire
(25,9%) en 2019. Le secteur agricole concentre près de
deux-tiers de la population en emploi. L’analyse par
région montre que plus de la moitié des emplois dans les
régions sont dans le secteur primaire, exception faite de
Bamako, Tombouctou et Kidal où prédominent les
services. Dans le district de Bamako, près de quatre
employés sur dix (39,4%) sont dans le commerce.


La pauvreté monétaire est évaluée à travers l’incidence
ou le taux de pauvreté. Elle correspond au pourcentage
de la population dont les revenus ou les dépenses de
consommation se situent en dessous du seuil de
pauvreté qui était de 186 221 FCFA en 2021 contre 263
694 FCFA en 2019.


Entre 2016 et 2019. On constate qu’en milieu rural,
l’incidence de la pauvreté touche un peu plus de la
moitié de la population (55,2%). L’incidence de la
pauvreté en 2019 a été estimée à 3,8% pour Bamako
contre respectivement 26,4% et 52% dans les autres
villes et en milieu rural. Cependant, la baisse est
beaucoup plus forte dans les villes qu’en milieu rural. La
profondeur tout comme la sévérité de la pauvreté ont
connu une diminution à Bamako et dans les autres villes
entre 2016 et 2018 avant de connaitre une légère
augmentation en 2019. Cette évolution de la profondeur
et de la sévérité a été inversée en milieu rural où elle a
connu des augmentations entre 2016 et 2018, avant
d’enregistrer une baisse en 2019.




Dividende démographique et
disparités spatiales


Consommation et Revenu du travail individuellement
dominés par le milieu urbain, mais globalement moins
élevés

L’analyse du cycle de vie est faite dans les comptes de
transferts nationaux en comparant la consommation et
le revenu du travail. L’objectif des comptes de transferts
nationaux (NTA) est de mesurer comment les individus,
à chaque âge, acquièrent et utilisent les ressources
économiques. Les NTA sont destinés à comprendre la
façon dont les flux économiques circulent entre les
différents groupes d’âges d’une population pour un pays
et pour une année donnée.




Au Mali, la consommation moyenne urbaine est
supérieure à la consommation moyenne rurale (Cf.
graphique 1). Pour le groupe d’âge (0-5 ans), la dépense
de consommation moyenne en milieu urbain est de
387 570 F CFA contre 213 648 F CFA pour le milieu rural.
Cela pourrait s’expliquer par les dépenses de
préscolarisation dont le taux en milieu urbain est
largement supérieur à celui du milieu rural. La dépense
moyenne de consommation en milieu rural augmente de
façon continue à partir de 5 ans pour atteindre son seuil
à 419 569 F CFA à 35 ans. A contrario, elle atteint le seuil
de 850 639 F CFA à 31 ans en milieu urbain. L’on note
une certaine stabilité de la dépense moyenne de
consommation (environ 368 648 FCFA) en milieu rural
alors qu’elle baisse régulièrement en milieu urbain au-
delà du seuil ci-dessus mentionné.




Quant au revenu moyen du travail au Mali, il reste plus
élevé en milieu urbain qu’en milieu rural. Il atteint son
seuil maximum de 1 555 538 F CFA à 46 ans contre
876 536 F CFA à 51 ans en milieu rural.














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DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


Contexte


Le Mali, vaste pays continental (au cœur de l’Afrique de
l’Ouest), couvre une superficie de 1 241 238 km² avec
une population estimée à 19 972 000 habitants en 2019
et 21 112 000 habitants en 2021 (DNP, projections
démographiques, 2019). Il partage 7 420 km de
frontières avec : la Mauritanie, l'Algérie, le Niger, le
Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée Conakry et le
Sénégal.


Si les régions du nord occupent près de deux-tiers du
territoire, elles comptent moins de 10% de la population
totale. Deux tiers de la population vivent dans les régions
de Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou et le district de
Bamako, capitale du pays, compte à lui seul 12,4% de la
population totale. Pour une moyenne nationale de 16,1
habitants au km² en 2019. Cette densité varie de 0,3
habitant au km² dans la région de Kidal à 37,1 habitants
au km² dans la région de Sikasso.

La capitale Bamako, a une densité de l'ordre de 6 780
habitants au km² (Politique Nationale de l’Aménagement
du Territoire). La taille moyenne des ménages représente
en 2019 7,9. Quant au nombre de ménages
propriétaires, il représente 2 183 059 dont 2 116 050
hommes et 67 009 femmes.
La répartition de la population malienne par sexe révèle
que les femmes sont un peu plus représentées que les
hommes dans la population avec respectivement 50,4%
et 49,6% (DNP, projections 2019).


La population demeure cependant en majorité rurale
mais s’urbanise rapidement avec un taux passant de
18,3% en 1998 à 22,5% en 2009 et une estimation de
42% en 2019.


La dynamique de la structure de la population selon le
milieu de résidence (urbain, rural) montre une
accélération de l’urbanisation au Mali. La forte fécondité
des femmes (6,3 enfants en moyenne par femme), les
flux migratoires internes (exode rural) et la forte
concentration des infrastructures de base expliquent la
croissance démographique accélérée des villes, en
particulier celle de Bamako.


1 Plusieurs indicateurs proviennent de l’enquête
démographique et de santé (2012/2013 et 2018). Il faut noter
que l’enquête de 2012/2013 n’a pas concerné toutes les régions
du Mali du fait de l’insécurité. L’évolution des indicateurs


La capitale Bamako connait une croissance plus rapide
que celle des autres villes et capitales régionales. Le
développement urbain constitue un défi
multidimensionnel. Il pose de façon drastique, en milieu
urbain, les épineux problèmes de logement,
d’assainissement, de santé, d’emploi,
d'approvisionnement en biens et services, de
détérioration du cadre de vie, bref une forte pression sur
les infrastructures pour les services sociaux de base.


Tous ces problèmes, non résolus, ont des effets négatifs
sur le bien-être des populations. Le développement
urbain n’est pas homogène entre territoires, ni au sein
d’une même région.


Il se traduit par des distorsions entre les ressources et
les besoins (problèmes d'emploi, de logement,). Le
rythme de progression de la population urbaine est deux
fois plus élevé que celui de la population rurale. A cette
allure, la moitié de la population malienne vivra dans les
villes à l’horizon 2050.


Le taux de natalité au Mali était de 39‰ en 20181 et un
indice synthétique de fécondité de l’ordre de 6,3 enfants
par femme. Les femmes en milieu urbain ont un niveau
de fécondité plus faible que celles du milieu rural (5,0
contre 6,5). Selon l’EDSM 2018, les adolescentes
contribuent fortement à la fécondité : le taux de
fécondité pour les filles âgées de 15 – 19 ans est de
164‰ avec une contribution proche de 14% à la
fécondité générale.


Le taux de morbidité en 2021 est de 30 % (EMOP 2021).
Les personnes âgées (60 ans et plus) et les enfants de
moins de 5 ans sont les plus touchés par le phénomène
(45,2% et 39,2% respectivement). Les proportions de
personnes malades ou blessées varient entre 55,4% à
Tombouctou et 17,2% à Ségou. Selon le milieu de
résidence, le taux de morbidité ne varie pratiquement
pas entre les personnes vivant en milieu rural et celles
vivant en milieu urbain. Il est plus élevé pour les femmes
que pour les hommes (27,2% contre 24,0% en 2018).


L'augmentation de l’espérance de vie à la naissance
traduit l'efficacité des politiques de santé. La mortalité
infantile est passée de 56‰ en 2012 à 54‰ en 2018. La
mortalité infanto-juvénile (moins de 5 ans) a atteint
101‰ en 2018. Les risques de décès des enfants sont


pourraient avoir été affectée par ce fait. La prochaine enquête
démographique contribuera à confirmer ou infirmer ces
données.




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MINISTERE DE L’URBANISME,
DE L’HABITAT, DES DOMAINES,
DE L’AMENAGEMENT DU
TERRITOIRE ET DE LA POPULATION


DISPARITES SPATIALES
ET DIVIDENDE
DEMOGRAPHIQUE
AU MALI


68,6% du surplus généré en milieu rural par la
tranche d’âge de 28 – 72 ans.


Avec le soutien de:


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DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


Références Bibliographiques


Latif DRAMANI :« Disparités régionales et émergence des pôles économiques au Sénégal ».


Cellule Technique du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (2019), Rapport de la revue CREDD.


Direction nationale de la Population (2019), Rapport national sur la situation socio-économique du Mali.


Institut national de la Statistique (2019), Rapports de passage de l’Enquête Modulaire Permanente auprès
des Ménages 2019 – 2020, Mali.


Observatoire national du Dividende Démographique (2019), Rapport sur l’Indice de Couverture de la
Dépendance Economique (ICDE).







Equipe de rédaction :
Sibiry TRAORE
– Direction Nationale de la Population
Dramane COULIBALY – Observatoire National du Dividende Démographique
Ousmane MAIGA – Observatoire National du Dividende Démographique
Cheick Kader M’BAYE – Fonds des Nations Unies pour la Population
Aminata T. DIARRA – Fonds des Nations Unies pour la Population
Robert DABOU – Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel
Moussa SIDIBE – Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel
Kassoum DIAKITE – Observatoire National du Dividende Démographique









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DISPARITES SPATIALES ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


Graphique 4 : Déficit de cycle de vie agrégé, urbain et rural
(en milliards de FCFA, 2019)



Source : ONDD, Equipe Nationale NTA, 2021


En 2019, le surplus global généré en milieu rural par la
tranche d’âge de 28 – 72 ans s’élève à 1 297,4 milliards
de FCFA contre un déficit de 2 338,5 milliards de FCFA et
47,1 milliards de FCFA respectivement à la jeunesse et à
la vieillesse.


Ce surplus représente 68,6% du surplus total généré
dans le pays.
La contribution du milieu rural au revenu du travail est
donc plus importante que celle du milieu urbain.

L’effet population (74% de la population totale est
rurale, selon EMOP-2019) l’emporte sur le faible niveau
de rendement du travail (Cf. graphiques ci-dessus).


En définitive, on note qu’en milieu rural la période
déficitaire est moins longue qu’en milieu urbain. Cela
s’explique par le fait qu’en milieu urbain les jeunes ont
plus de difficultés pour accéder à un emploi ou à une
activité rémunérée par rapport au milieu rural, dominé
par des activités agro-sylvo-pastrorales.


En effet, le taux de chômage est estimé à 7,5% en 2021
contre 5,2% en 2020.


Ainsi, la quasi-totalité (97,1% en 2020 et 96,3% en 2021)
des emplois sont informels avec respectivement 98,4%


et 97,7% pour les femmes et 96,2% et 95,4% pour les
hommes. En 2020, le chômage élargi touche 334 656
maliens avec 48,4% de femmes (contre 380 610 en
2019) et de 30,5% d’urbains pour 69,5% de ruraux.


La situation de l’emploi est caractérisée par le taux élevé
de chômage surtout chez les jeunes. Sur la tranche d'âge
15-64 ans, le chômage touche en 2021, 9.1% d'entre
eux, 8% d'hommes, 10.4% de femmes, 8.1% en milieu
rural et 12% en milieu urbain y compris Bamako. Le taux
de chômage des 15-35 ans est de 14.9% en 2017 (14,2%
pour les hommes et 15,7% pour les femmes). Le
chômage des jeunes touche particulièrement certaines
régions administratives plus que d’autres. C’est la région
de Gao qui a le plus fort taux de chômage des jeunes 15-
35 ans (54.8%), suivie de Koulikoro (46.8%) et Bamako
(18.5%). Les régions de Sikasso (4.7%), Ségou (5.5%) et
Kayes (6.1%) sont les moins touchées par le chômage
des 15-35 ans. Le chômage frappe aussi plus
fréquemment les jeunes de niveau d’éducation
supérieur (44.2%) et secondaire (31.8%). En plus du
niveau relativement élevé du chômage, le marché du
travail est caractérisé aussi par le poids extrêmement
élevé (97%) des emplois informels qui sont
généralement précaires et peu rémunérés (Rapport
CREDD 2022).




Recommandations
Il existe d’énormes disparités entre le milieu rural et le
milieu urbain au Mali. Ainsi, à l’issu de l’analyse, les
recommandions suivantes ont été formulées :


 Améliorer les opportunités d’accès à l’emploi et
à l’auto-emploi des jeunes afin de réduire leur
dépendance et plus particulièrement en milieu
urbain du fait du niveau de chômage des jeunes ;


 Mettre en œuvre des actions ciblées en faveur
des jeunes femmes en vue de réduire la forte
dépendance des femmes et en particulier celles
du milieu rural.