RÉPUBLIQUE DU MALI MINISTÈRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE ET DE LA...

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RÉPUBLIQUE DU MALI


MINISTÈRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
ET DE LA POPULATION


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Projet d’Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel
(PAFDDS)-SWEDD-Mali


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Le dilemme économique des générations


CROISSANCE INCLUSIVE
ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALI


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CROISSANCE INCLUSIVE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MALCROISSANCE INCLUSIVE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MAL


Travail des enfants : Les lles plus touchées
que les garçons


La dépendance économique semble légèrement plus élevée au
sein de la population féminine. En eet, on observe dans la population
des hommes, 41 producteurs eectifs pour 100 consommateurs
eectifs contre 40 productrices eectives pour 100 consommatrices
eectives dans la population des femmes.


La décomposition du RSE selon le sexe et le groupe d’âge montre
qu’au niveau des enfants et des jeunes, les lles sont plus présentes
sur le marché du travail que les garçons. En eet, chez les enfants, le
RSE est évalué à 2% pour les lles contre 1% pour les garçons. Ceci
montre que 2 lles de moins de 15 ans sont productrices eectives
contre 1 garçon de moins 15 ans sur 100. Les lles sont plus utilisées
dans les activités de production. Au Mali, les taux de scolarisation
dans l’enseignement fondamental sont en défaveur des lles bien
que les disparités d’accès à l’éducation soient atténuées ces dernières
années. En 2015-2016, selon les statistiques de la CPS / Secteur
Education, le TBS est évalué à 64% pour les lles et 75% pour les
garçons dans le premier cycle de l’enseignement fondamental, et
à 44% pour les lles et 56% pour les garçons dans le second cycle
du fondamental. Cela montre que, comparé aux garçons, moins
de lles sont scolarisées. De plus, les abandons scolaires sont plus
fréquents chez les lles. Les principales raisons de ces abandons
sont l’échec scolaire, les maladies, le manque de moyens nanciers,
le désintéressement des parents, le coût de l’école. Cette situation
explique en partie le fait que les lles soient plus victimes du travail
des enfants que les garçons.


Participation à l’activité de production : le milieu rural
plus dynamique que le milieu urbain


Le graphique ci-après présente les niveaux de RSE par milieu de
résidence et par groupe d’âge. Au niveau global, le rapport des
producteurs eectifs sur consommateurs eectifs est plus élevé en
milieu rural qu’en milieu urbain. Sur 100 consommateurs eectifs
résidants en milieu rural, 41 sont producteurs eectifs, tandis qu’en
milieu urbain le nombre de producteurs eectifs est de 38 pour 100
consommateurs eectifs. Le fait que la proportion des producteurs
eectifs par rapport aux consommateurs eectifs soit relativement
plus faible en milieu urbain pourrait s’expliquer par le nombre assez
important d’élèves ou d’étudiants en cours de scolarité, de retraités
et de femmes au foyer dans les grandes villes. Ce résultat démontre
un certain dynamisme des zones rurales en ce qui concerne la
participation à l’activité de production.


En décomposant le RSE suivant le milieu de résidence et les groupes
d’âge, la tendance globale selon laquelle le ratio est plus favorable en
milieu rural, est également observée parmi les enfants et les jeunes.
Le RSE chez les enfants et les jeunes en milieu rural est plus élevé que
celui de ces mêmes groupes d’âge en milieu urbain. Ainsi, le travail
des enfants est ainsi beaucoup plus observé en milieu rural.


Par contre, du côté des adultes et surtout des séniors, c’est la
situation opposée qu’on observe. En eet, le RSE des adultes en
zone urbaine est supérieure d’un point de pourcentage au RSE des
adultes en zone rurale. La situation est identique du côté des séniors,
l’écart est de 13 points de pourcentage en faveur des citadins. Ainsi,
que ce soit dans la population des adultes ou celle des séniors, la
dépendance économique paraît plus prononcée en zone rurale
qu’en zone urbaine. Cependant en termes de d’eectif, le nombre
d’adultes producteurs est signicativement plus élevé en milieu rural
(2.884.100 individus) qu’en milieu urbain (1.777.510 individus).


Concernant les jeunes, on dénombre 31 lles productrices pour 100
lles consommatrices, alors qu’on compte 22 garçons producteurs
pour 100 garçons consommateurs. Là aussi, l’écart entre les deux RSE,
soit 9 points de pourcentage, est en faveur des lles.


Marché du travail : les hommes plus présents
que les femmes


A l’opposé de ce que l’on observe chez les enfants et les jeunes où
le RSE est en faveur des lles, la tendance s’inverse chez les adultes et
les seniors. Parmi les adultes, le nombre de producteurs eectifs pour
100 consommateurs eectifs est plus élevé chez les hommes (88) que
chez les femmes (86). L’écart entre le RSE des hommes et des femmes
se creuse davantage au niveau des séniors. En eet, parmi les séniors
hommes, on observe un producteur eectif pour 5 consommateurs
eectifs (20%). Par contre, on compte une productrice eective pour
25 consommatrices eectives (4%) dans la population des séniors
femmes. Ainsi, la participation à la force de travail est plus élevée
chez les hommes que chez les femmes
.


Graphique 4 : Ratio de soutien suivant le sexe et le groupe d’âge


Graphique 5 : Ratio de soutien suivant le milieu de résidence
et le groupe d’âge


Source : Prols NTA 2015 du Mali, Calculs du CREG/CREFAT.


Source : Prols NTA 2015 du Mali, Calculs du CREG/CREFAT.


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Recommandations
En termes de recommandations, il est préconisé de :


Réorganiser le secteur informel pour améliorer les conditions
de travail ;


Adapter les formations au marché de l’emploi en vue de
favoriser l’insertion des jeunes ;


Promouvoir l’insertion socio-économique des jeunes ayant
abandonné les études ;


Promouvoir les unités agro industrielles ;
Inciter les jeunes à investir dans les espèces à cycles courts


(aviculture, aquaculture, pisciculture etc.) ;
Développer des mécanismes de nancement des jeunes et


des femmes pour réduire les inégalités ;
Soutenir les projets des femmes en leur accordant des facilités


d’accès aux crédits ;
Créer plus d’opportunité pour que la pauvreté soit moins


accentuée en milieu rural qu’en milieu urbain ;
Lutter contre le travail des enfants et mieux organiser la


mendicité en milieu urbain ;
Orienter les transferts des migrants vers le nancement à


impact rapide ;
Réduire le poids du secteur informel dans l’économie à travers


la sensibilisation ;


Intensier les transferts sociaux vers les ménages pauvres en
vue d’améliorer l’éducation et la santé ;


Développer le tissu industriel du pays.


Actions
Court terme


Réaliser des pistes rurales ;
Equiper les producteurs et productrices en matériels agricoles.


Moyen terme


Faciliter l’accès des femmes et des jeunes à la terre, aux crédits
et aux intrants ;


Promouvoir des produits artisanaux dans les établissements
touristiques ;


Réaliser et réhabiliter des points d’eaux potables ;
Poursuivre l’installation des plateformes multifonctionnelles.


Long terme
Renforcer la capacité des producteurs en développant


l’interprofession.


AEO (2015), Perspectives Economiques en Afrique – Chapitre sur le Mali, BAD, OCDE, PNUD.


African Development Bank (2012), Labour Force Data Analysis: Guidelines with African Specicities. Tunis: African Development Bank Statistical Division.


CSP / Secteur Education (2016), « Suivi des indicateurs de l’enseignement fondamental de 2013 à 2016 ».


Ianchovichina, Elena and Susanna Lundstrom (2009). “Inclusive Growth Analytics: Framework and Application” World Bank Policy Research Working Paper No. 4851.


INSTAT (2014), « Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP) – Rapport d’analyse Premier passage ».


INSTAT (2015), « Sante, emploi, sécurité alimentaire et dépenses de Consommation des ménages » Rapport résultats Enquête Modulaire et permanente auprès Des ménages (EMOP)


INSTAT (2015) « Consommation pauvreté bien-être des ménages », Rapport Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP).


République du Mali (2016), Rapport national sur le prol du dividende démographique au Mali en 2015, Version dénitive.


République du Mali – OCDE (2015), « Mali : vers une stratégie nationale de développement multisectorielle, participative et territorialisée », Document de séance 8, Conférence internationale
pour la relance économique et le développement du Mali.


United Nations (2013), National Transfer Accounts manual: Measuring and analysing the generational economy, Department of Economic and Social Aairs, Population Division.


Références Bibliographiques


Equipe de Rédaction


Equipe Nationale
Moussa SIDIBE, Coordinateur National SWEDD
Robert DABOU, Chargé de Projets-SWEDD
Madou DIALLO, Expert en S&E Projet-SWEDD
Mouhammed KANAMBAYE, INSTAT
Fatimata M’BAYE, CT/CSLP
Mamedi GAKOU, DFM-SANTE
Fatoumata Hamar TRAORE, INTAT
Sadou DOUMBO, Chargé de Programme P&D/UNFPA


Appui Technique CREG/CREFAT
Latif DRAMANI
Edem AKPO
Ousseynou NDOYE
Abdourahmane Bobo NDIAYE
Mame Coura Ndiaye KAMA
Diama Diop DIA


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CROISSANCE INCLUSIVE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MAL CROISSANCE INCLUSIVE ET DIVIDENDE DEMOGRAPHIQUE AU MAL


Contexte et dénition
Après avoir traversé une crise sécuritaire et politique majeure ayant


impacté profondément le développement économique et social, le
Mali s’inscrit désormais dans une trajectoire politique, économique
et sociale apaisée. Dans l’optique de renforcer son dynamisme
économique et social retrouvé, le pays s’est doté d’un nouveau
Cadre Stratégique pour la Relance Economique et le Développement
Durable (CREDD 2016-2018). L’objectif global du CREDD 2016-2018
est « de promouvoir un développement inclusif et durable en
faveur de la réduction de la pauvreté et des inégalités
dans un
Mali uni et apaisé, en se fondant sur les potentialités et les capacités
de résilience en vue d’atteindre les Objectifs de Développement
Durable (ODD) à l’horizon 2030 ».


Le caractère inclusif et durable du développement apparaît comme
une nécessité pour renforcer une cohésion nationale et forger un
sentiment d’appartenance commune, transcendant l’identité tribale.
Et cela découle essentiellement d’une croissance inclusive, d’une
prospérité partagée et équitable et d’un mode de vie durable
pour tous. Le concept de croissance inclusive est fondé sur l’idée
selon laquelle la croissance économique est importante mais pas
susante pour générer une augmentation durable du bien-être. La
croissance inclusive prend en compte les personnes vulnérables et
les couches les plus défavorisées de la population.


A moins qu’elle ne soit plus inclusive et largement partagée, la
croissance économique favorable ne peut pas se traduire par une
réduction durable de la pauvreté et des inégalités. La recherche
d’une croissance inclusive créant des opportunités pour tous les
segments de la population et qui distribue les dividendes de la
prospérité accrue, tant en termes monétaires que non monétaires,
est essentielle pour le pays.


Le présent policy brief, se basant sur des données d’enquête
du Mali, cherche à analyser et à comprendre le degré d’inclusion
économique de la population malienne. Il s’agit également ici de
proposer les éléments de réformes nécessaires pour une croissance
plus génératrice d’emplois.


La méthodologie adoptée dans cette étude est celle de
Ianchovichina et Lundstrom (2009) et des Comptes de transferts
nationaux (United Nations, 2013). La première utilise l’emploi
productif comme principal instrument de la croissance inclusive
et décompose le revenu du travail pour obtenir des indicateurs
d’inclusion économique et de participation des individus à la
création de richesse. La deuxième utilise le prol de consommation
et de revenu pour déterminer le ratio de soutien économique
des diérentes couches de la population et évaluer le niveau de
dépendance économique de celles-ci et leur contribution réelle à
l’économie en termes de producteurs eectifs.


Principaux résultats
Un revenu des travailleurs aecté
par les crises sociopolitiques et sécuritaires


Au Mali, l’évolution du revenu par travailleur présente deux
tendances entre 2004 et 2013 : une première phase où le revenu a
cru entre 2004-2007, et une seconde phase où le revenu a enregistré
une baisse vers 2013. En eet, le revenu par travailleur a connu, dans
un premier temps, une hausse de 23% en moyenne par année en
passant de 188.140 FCFA en 2004 à 352.041 FCFA en 2007. Toutefois,
il enregistre une baisse en 2013 en chutant à 238.867 FCFA. Cette
baisse est liée à l’instabilité sociopolitique et sécuritaire de 2012 qui a
plongé le pays dans une crise économique et sociale profonde. Cette
période sombre est en eet marquée par la suspension de l’aide
publique au développement, à l’exception de l’aide humanitaire
de la part de la quasi-totalité des partenaires au développement,
l’abandon de nombreux projets d’investissement, la réduction
drastique des ressources et des allocations budgétaires, y compris
dans les secteurs sociaux de base, la fermeture de nombreuses unités
économiques, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie et
du tourisme. Cela a ainsi aecté durement les revenus et l’emploi de
milliers de personnes.


27% de la population âgée de 15 ans et plus reste
indisponible pour le marché du travail en 2013


Au Mali, la LFPR (Labour Force Participation Rate) est estimée à
0,73 en 2013. Cet indicateur mesure la proportion d’individus âgés de
15 ans et plus qui est occupée ou disponible pour être employée (la
main-d’œuvre potentielle). Le calcul de ce ratio inclut dans la main-
d’œuvre potentielle du pays les chômeurs, mais ne prend pas en
compte les étudiants, les personnes au foyer, les invalides et autres
inactifs quel que soit leur âge. De ce fait, cet indicateur renseigne
donc sur la disponibilité de la main d’œuvre. Ainsi, un peu plus du
quart de la population de 15 ans et plus (27%) ne participe pas à la
force de travail au Mali.


L’économie malienne a connu un taux de croissance économique
soutenu depuis 2000 (en moyenne 4,8% entre 2000 et 2015 selon
l’INSTAT) mais avec de très fortes uctuations, dépendantes des
conditions climatiques, du cours de matières premières sur le marché
mondial et de la crise politique. La croissance est largement constituée
par le revenu du secteur primaire (la dévaluation a permis une forte
augmentation des exportations), mais surtout par l’accroissement
de la production d’or devenue depuis l’an 2000 supérieure à celle du
coton. Le reste de la croissance économique provient essentiellement
du commerce, de la production d’électricité et d’eau, des transports
et des télécommunications.


Le taux de pauvreté est relativement élevé. Il est estimé à 46,9% en
2014 (EMOP). Ce qui indique, malgré une baisse du taux de 47,5% à
45,4% entre 2006 et 2011, qu’une part importante de la population
vit dans la pauvreté depuis longtemps. Des disparités sont observées
tant au niveau spatial que suivant les couches sociales de la
population. En eet, la pauvreté est plus accentuée en milieu rural où
elle touche 52% de la population en 2014.


Le grand dé des stratégies de développement en général et du
CREDD en particulier, est de pouvoir combiner une accélération de la
croissance et une réduction marquée des inégalités et de la pauvreté.


Encadré 1 : Dénition de la croissance inclusive
Définition selon la Banque Africaine de Développement (BAD)


La BAD définit la croissance inclusive comme étant une croissance économique
dont le résultat est plus de possibilités de développement socio-économique
durables pour le plus grand nombre de personnes, de régions et de pays,
protégeant en même temps les groupes vulnérables, tout ceci dans un
environnement d’équité, de justice égale, et de pluralité politique. La croissance
inclusive apparaît alors comme un processus grâce auquel chacun a plus de
chances de bénéficier des fruits de la croissance économique (BAD, 2012). Non
seulement elle implique la participation de toutes les couches sociales dans le
processus de création de richesse, mais elle doit également être au profit de les
tous les segments de la société.


Algérie
Burkina Faso
Cote d’Ivoire
Mauritanie
Niger
Sénégal
Moyenne Pays benchmark
Mali


2004
2007
2013


43
83
67
52
64
76
64
47


224 038
399 006
296 193


118 543
191 132


50 549


43
84
67
53
65
76
64
70


44
83
67
54
65
77
65
73


Pays


Année


2004


Milieu RuralMilieu Urbain


2007 2013


Toutefois, entre 2004 et 2013, ce ratio a connu une hausse (il est
en eet passé de 0,47 en 2004 à 0,70 en 2007, puis à 0,73 en 2013)
qui a permis au Mali de passer au-dessus du niveau moyen des pays
benchmark (dont la LFPR est estimé à 0,65 en 2013).


Cette hausse représente une augmentation de la main-d’œuvre
employée ou disponible pour être employée. Par ailleurs, on note
une forte amélioration chez les jeunes de moins de 25 ans pour qui
la LFPR passe de 0,380 en 2004 à 0,604 en 2007 puis à 0,650 en 2013.


99,3% de la main-d’œuvre disponible est déjà
employée en 2013


La hausse de la LFPR remarquée entre 2004 et 2013 est
accompagnée par une augmentation du taux d’inclusion. Ce
dernier mesure la part de la main-d’œuvre disponible qui exerce
eectivement un emploi. En 2004, on observe que 93,5% de la
force de travail disponible est occupée par un métier. Ce taux est
porté à 97,6% et à 99,3% respectivement en 2007 et 2013. Ces
résultats montrent que la quasi-totalité des personnes disposées à
travailler exercent une activité, que celle-ci soit une activité continue,
ponctuelle ou périodique. Ainsi, l’inclusion économique au sens de
Ianchovichina et Lundstrom est satisfaisante au Mali dans la mesure
où le taux d’inclusion est proche de 1.


Malgré une réduction des disparités du revenu selon
le sexe depuis 2004, le revenu moyen des hommes
demeure toujours supérieur à celui des femmes


En ce qui concerne le revenu moyen de la main-d’œuvre occupée,
l’analyse par sexe montre que les femmes occupées ont en moyenne
un revenu inférieur au revenu moyen chez les hommes bien que le
revenu de ces deux catégories d’individus a cru entre 2004 et 2013.
Par ailleurs, il est important de noter que la croissance du revenu chez
les femmes est plus élevée que chez les hommes. Ainsi, en 2007, le
revenu moyen des hommes est passé à 428.566 FCFA, et celui des
femmes à 273.191 FCFA alors qu’ils étaient respectivement estimés à


270 268 FCFA et 72 628 FCFA en 2004 soit un accroissement moyen
annuel de 17% et 55% respectivement. Cette situation explique la
baisse de l’écart entre le niveau de revenu des deux sexes. Cependant
le revenu moyen des hommes représente 1,6 fois celui des femmes
en 2007.


En 2013, on observe une légère baisse du niveau de revenu par
rapport à 2007. Mais d’une façon générale, le revenu des hommes
est toujours maintenu à un niveau supérieur à celui des femmes. En
outre, cette inégalité liée au revenu se ressent également au niveau
de l’implication dans les activités toujours en faveur des hommes. En
eet, la LFPR est de 0,80 chez ces derniers alors qu’il est de 0,66 chez
les femmes en 2013.


Forte disparité par rapport au milieu de résidence : un
travailleur en milieu rural gagne en moyenne presque
le double du revenu d’un travailleur en milieu urbain


En comparant le revenu moyen des travailleurs en milieu rural à
celui des travailleurs en milieu urbain, il apparait une certaine disparité
du revenu moyen du travail selon le milieu de résidence. En eet
selon le tableau ci-après, en 2004 et en 2007 un travailleur résidant
milieu rural gagne en moyenne presque le double du revenu d’un
travailleur en milieu urbain. Il est vrai que les revenus les plus élevés
sont souvent observés en milieu urbain. Mais du fait de l’ampleur
de secteur informel et surtout de l’existence d’une multitude de
petites activités mal rémunérées dans les villes, le revenu moyen par
travailleur y est plus faible comparativement au milieu rural.


Une disparité accentuée par la crise sociopolitique
et sécuritaire…


Par ailleurs, la crise de 2012 semble avoir eu plus d’impact sur les
activités en milieu urbain car en 2013, l’écart s’est davantage creusé
entre les niveaux de revenu rural et urbain. En eet entre 2007 et
2013, on observe une baisse de revenu moyen dans les deux milieux,
mais cette baisse a été beaucoup plus importante en milieu urbain.
Le revenu par travailleur en milieu est passé de 191.132 FCFA en 2007
à 50.549 FCFA en 2013, soit une baisse annuelle de 20%, tandis la
baisse est de 5% par an en milieu rural sur la même période. Ainsi, un
travailleur en milieu rural gagne en moyenne plus de 5 fois le revenu
d’un travailleur en milieu rural en 2013. Cela démontre en partie que
la crise de 2012 a plus touché durement le milieu urbain que le
milieu rural
.


Le monde rural potentiellement plus actif
que le milieu urbain sur le marché du travail


Le graphique ci-dessous présentant la participation à la force de
travail selon le milieu de résidence révèle que la disponibilité de la
main d’œuvre est généralement plus forte dans les zones rurales
que dans les zones urbaines
. En eet, hormis l’année 2004, la
LFPR est plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain sur toute la
période considérée. En 2007 et en 2013, respectivement 57% et 59%
de la population urbaine âgée de 15 ans et plus est occupée et/ou est
prête à être employée dans une activité de production. Mais lorsqu’il


Graphique 1 : Evolution du ratio d’inclusion (IR) et du taux de
participation à la force de travail (LFPR), 2004-2013


Tableau 1 : Niveau de la LFPR au Mali et dans les pays benchmark (en %)


Tableau 2 : Revenu par travailleur selon le milieu de résidence (FCFA)


Sources : EPAM 2004, 2007 et 2013, Calculs du CREG/CREFAT.


Sources : WDI 2016, EPAM 2004, 2007 et 2013, Calculs du CREG/CREFAT


Sources : EPAM 2004, 2007 et 2013, Calculs du CREG/CREFAT.


s’agit de la population rurale, ce taux de disponibilité de la force de
travail est porté à 75% et à 78% respectivement en 2007 et en 2013.


La forte présence des élèves et étudiants dans les zones urbaines
et le fait que les retraités, au moment où ils arrêtent leurs activités,
ont tendance à s’installer dénitivement dans les villes, sont quelques
facteurs qui pourraient expliquer le bas niveau de la LFPR en milieu
urbain comparé à ce qu’il est en milieu rural.


Un travailleur malien supporte plus de deux
consommateurs


Le ratio de soutien économique (RSE) est le rapport entre le nombre
de producteurs eectifs et le nombre de consommateurs eectifs. Il
permet de capter le poids des travailleurs par rapport au nombre
de consommateurs à prendre en charge. Au Mali, le RSE s’établit à
44% en 2014 pour l’ensemble de la population. Cela indique qu’on
compte 44 producteurs eectifs pour 100 consommateurs eectifs.
Autrement dit, chaque travailleur eectif malien supporte plus de 02
consommateurs eectifs ; la dépendance économique est donc élevée.


Les adultes sont ceux qui supportent le plus la charge
sociale de la population


Le graphique ci-après présente la décomposition du RSE suivant
les catégories d’âge suivantes : enfants (0-14 ans), jeunes (15-24
ans), adultes (25-64 ans) et séniors (65 ans et plus). Il révèle que les
adultes constituent le groupe d’âge qui apporte le plus de soutien
économique aux autres. On observe en eet 95 producteurs
eectifs pour 100 consommateurs eectifs dans ce groupe d’âge,
alors que dans la population des jeunes et des séniors, le nombre
des producteurs eectifs représente respectivement le quart et le
cinquième de celui des consommateurs. Quant aux enfants, seul un
individu sur 100 est réellement producteur eectif. Le niveau élevé
du RSE des adultes montre, d’une part, que les adultes constituent
la part la plus importante de main d’œuvre. D’autre part, c’est sur
ces adultes que repose l’essentiel des charges sociales de toute la
population. Ils sont en eet appelés à supporter économiquement
les groupes d’âge dans lesquels le ratio de soutien est faible.


Le travail des enfants, un phénomène bien présent au Mali


Les résultats montrent également la présence du travail des enfants
au Mali. Le RSE des enfants, qui devrait être nul, est estimé à 1%. Vu
leur âge, les enfants ne doivent pas être employés sur le marché du
travail, mais doivent plutôt être scolarisés pour le développement de
leur capital humain. En 2015-2016, le taux brut de scolarisation (TBS)
est estimé à 69,6% dans le premier cycle et à 49,6% dans le second
cycle de l’enseignement fondamental1. Cela révèle qu’une proportion
relativement importante des enfants n’est pas scolarisée et qu’elle est
exposée à être employée dans des activités de production. Toutefois,
on peut se réjouir de la faiblesse du RSE des enfants au Mali. La valeur
de 1% du RSE représente en réalité près de 37.000 enfants travailleurs
eectifs.


Une proportion non négligeable de jeunes occupée
par des activités de production


Dans la population des jeunes, i.e. des personnes dont l’âge est
compris entre 15 et 24 ans, les travailleurs eectifs sont au nombre
de 24 pour 100 consommateurs eectifs. Cette proportion peut
paraître relativement élevée dans le sens où, de nos jours, les jeunes
restent de plus en plus longtemps à l’école. En réalité, les individus de
ce groupe d’âge devraient être inscrits au lycée au à l’université pour
mieux préparer leur entrée dans la vie professionnelle. Cependant, on
observe qu’un quart de ces jeunes sont d’ores et déjà des travailleurs
eectifs.


Cette situation peut s’expliquer par le manque de supports
obligeant certains jeunes à abandonner l’école au prot d’activités
même si elles sont mal rémunérées. Aussi, à cause de leur situation
socio-économique précaire, certains parents préfèrent-ils utiliser les
bras valides pour appuyer la survie familiale au lieu de maintenir leurs
enfants à l’école.


Graphique 2 : Evolution de la LFPR suivant le milieu de résidence


Graphique 3 : Ratio de soutien suivant le groupe d’âge


Sources : EPAM 2004, 2007 et 2013, Calculs du CREG/CREFAT.


Source : Prols NTA 2015 du Mali, Calculs du CREG/CREFAT.


1 Source : CPS / Secteur Education


Encadré 2 : Ratio de soutien économique
Le ratio de soutien économique (RSE) désigne le rapport entre le nombre
de travailleurs effectifs sur le nombre de consommateurs effectifs. Les
désagrégations du RSE sont faites pour permettre de comprendre la profondeur
ou non de la dépendance économique au sein d’une tranche d’âge ou d’une
zone donnée. Le RSE d’une catégorie de population donnée (population
urbaine ou rurale, population féminine ou masculine, population des enfants,
des jeunes, des adultes ou des seniors) s’interprète comme étant le nombre
de producteurs effectifs qu’on dénombre au sein de ce groupe de population
pour 100 consommateurs effectifs de ce même groupe. Si par exemple le RSE
calculé pour les jeunes est égal à 35%, cela indique qu’on compte 35 jeunes
producteurs effectifs pour 100 jeunes consommateurs effectifs.
Il est essentiel d’être assez prudent dans l’interprétation du RSE, surtout quand
celui-ci est très faible. Par exemple, un ratio de 1% exprime certes une forte
dépendance, mais dans ce cas précis, le nombre de travailleurs effectifs peut
être très fort, mais proportionnellement minime par rapport à la masse des
consommateurs.
Les sociétés actuelles, surtout celles africaines, dans leurs efforts pour faire
face à la pauvreté et à la vulnérabilité, bouleversent continuellement le modèle
sociétale de base. Il convient à cet égard de donner les « a priori » «normaux» en
ce qui concerne le ratio de soutien économique :
- les enfants ne doivent pas travailler, donc nous nous attendons à ce que leur
ratio de soutien soit faible voir nul ;
- les jeunes, jusqu’à 25 ans et parfois un peu plus, sont censés être à l’école, à
l’université ou entrain de suivre une formation professionnelle, donc on
s’attend à ce que leur ratio soit faible ;
- les séniors doivent vivre des actifs qu’ils ont accumulés tout au long de
leur cycle de vie, donc leur ratio de soutien économique doit également être
très faible.