![]() |
PROFIL DEMO-ECONOMIQUE DE SANTE DU MALI Po lic y Br ie f N °0 1/ PO -M FG /U N FP A -W C A RO... |
![]() |
1 1 |
▲back to top |
PROFIL DEMO-ECONOMIQUE DE SANTE
DU MALI
Po
lic
y
Br
ie
f N
°0
1/
PO
-M
FG
/U
N
FP
A
-W
C
A
RO
/C
R
EG
/M
LI
©
U
N
IT
ED
N
A
T
IO
N
S
![]() |
2 2 |
▲back to top |
2
INTRODUCTION
Le système de santé malien regroupe tout un ensemble d’ac-teurs dont les actions concourent à la mise en œuvre de
politiques ou stratégies nationales de santé. Ainsi, le système
de santé est composé de plusieurs acteurs à savoir : les struc-
tures et organismes publics (Etat et collectivités territoriales),
les structures privés, communautaires, confessionnelles ainsi
que les ordres professionnels de la santé. Au niveau institu-
tionnel, le système de santé est composé d’un niveau opéra-
tionnel d’appui technique aux CSCom dont le fonctionnement
est assuré par l’équipe cadre du district, d’un niveau régional
intermédiaire d’appui technique constitué des directions régio-
nales de la santé et d’un niveau national stratégique constitué
du cabinet du ministre, du secrétaire général et de services
centraux du ministère.
Concernant l’organisation des structures de prestations de
soins, l’Annuaire statistique 2018 du système local d’in-
formation sanitaire (SLIS) montre que le Mali disposait de
1 368 centres de santé communautaire fonctionnels en 2018
composés notamment d’établissements privés à but non
lucratif qui constituent le premier niveau de contact. En 2018,
les 62 centres de santé de référence présents dans les chefs-lieux
de cercle constituent le premier niveau de référence alors que le
second niveau de référence est composé de huit (08) établisse-
ments publics hospitaliers situés dans les régions de Kayes, de
Kati, de Sikasso, de Ségou, de Mopti, de Gao, de Tombouctou
et l’Hôpital Mère-Enfant le Luxembourg. Les établissements
publics hospitaliers ayant un plateau technique à vocation
général ou spécialisé constituent le troisième niveau de réfé-
rence. Ce niveau de référence est constitué de 05 établissements
publics hospitaliers à savoir l’Hôpital du Point G, Hôpital du
Mali, l’Institut d’Ophtalmologie Tropicale d’Afrique (IOTA),
le Centre National d’Odonto-Stomatologie (CNOS) et l’Hô-
pital Gabriel TOURE. Il convient de souligner l’importance
des ordres professionnels (médecins, pharmaciens et sages-
femmes) et des établissements privés à but non lucratif
(cliniques, cabinets médicaux, laboratoires d’analyse, centres
radiodiagnostics, cabinets dentaires privés) dans le fonction-
nement du système de santé au Mali.
Concernant l’accessibilité des populations aux centres de santé
communautaire, on observe une évolution en dents de scie
entre 2015 et 2018. En effet, le taux d’accessibilité dans un rayon
de 5 km passe de 58% en 2015 à 59% en 2016 puis cela passe de
58% en 2017 à 57% en 2018. Par contre, les proportions sont de
86 % dans un rayon de 15 km en 2018 contre 83,97 % en 2017
(SLIS, 2018). Le ratio de professionnel de santé est de 6 pour
10 000 habitants, largement inférieur à la norme de 23 pour
10 000 habitants recommandés par l’Organisation Mondiale
de la Santé. En 2018, 55 centres de santé communautaire ont
été créés contre 20 en 2017 et le pays compte 1 270 médecins
généralistes et 591 spécialistes toutes spécialités. Il est aisé de
constater donc que la croissance démographique est plus rapide
que les efforts dans la réalisation des infrastructures de santé
et dans la mise à disposition de personnels de santé auprès des
populations. Il faut également reconnaitre que la répartition
des personnels de santé est fortement inégalitaire suivant les
régions et entre milieux urbain et rural.
Afin de répondre aux problèmes de financement du système
sanitaire, il a été élaboré, dans le cadre du Programme de déve-
loppement sanitaire et social (PRODESS) 2014-2018, la poli-
tique nationale de financement de la santé. Ce plan met l’accent
sur la couverture santé universelle ainsi que l’amélioration de
la gouvernance sanitaire. L’analyse de la contribution pour le
financement de la santé du PRODESS III (2014-2018) montre
que pour l’ensemble des entités, la part de l’Etat est de 17% des
dépenses totales contre 13% pour le reste du monde, 6% pour
les collectivités décentralisées et un peu moins de 60% pour les
ménages.
En se basant sur les données de WDI (2020) une évaluation du
système de santé au Mali montre que les dépenses totales de
santé étaient passées de 243 milliards en 2010 à 337 milliards
de FCFA en 2017. Toutefois sur la même période, les dépenses
de santé par habitant ont baissé en passant de 33 dollars US à 31
dollars US. Entre 2010 et 2017, la dépense totale de santé (en %
PIB) a légèrement baissé en passant de 4,6% à 3,8%. En 2017,
la contribution des ménages à la dépense totale de santé est de
37,1%, celle des bailleurs de 28 % et celle de l’administration
publique de 34,9 %. Globalement, les financements de la santé
proviennent à 72% de source nationale (ou ressources internes)
et à 28% de ressources externes. Pour le financement de l’Etat,
la part du budget de l’Etat allouée à la santé (tous les ministères
confondus) entre 2010-2017 a augmenté de 2,5 points de pour-
centage (de 3,3% à 5,8%).
Dans le cadre d’une meilleure compréhension de la répartition
de la prise en charge des dépenses de consommation de santé,
il est essentiel d’analyser le profil de consommation de santé
du Mali. Le profil de consommation total de santé retrace les
dépenses allouées à la santé pour chaque individu en fonction
de son âge. Il représente la somme des profils de consommation
privée et publique correspondant respectivement aux dépenses
de santé des ménages et de l’Etat.
PROFIL DEMO-ECONOMIQUE DE SANTE
DU MALI
![]() |
3 3 |
▲back to top |
3
SITUATION SANITAIRE DE LA POPULATION AU
MALI
La population malienne est estimée en 2016 à 18 343 000 habi-
tants dont 49,60% d’hommes et 50,40% de femmes pour une
densité de 11,70 habitants au km2 (INSTAT, 2009). Cette popu-
lation est majoritairement rurale avec 73,2% contre 26,8% de
population urbaine. Sa structure par âge fait ressortir la rela-
tive jeunesse de la population. En effet, cette population est
constituée à 46,06 % de moins de 15 ans et 42,92% d’individus
de 15 à 49 ans. La prédominance des jeunes dans la popula-
tion ainsi que la forte ruralité de la population sont donc des
aspects à prendre en compte quant à la situation sanitaire et
aux dépenses de consommation de santé.
En ce qui concerne l’état de santé au Mali, entre 2012 et
2018, le niveau de mortalité des individus de 15-49 ans est de
3,68‰ décès pour les hommes et de 3,54‰ pour les femmes.
Globalement, l’analyse de l’évolution de la probabilité de
décéder avant 50 ans pour les individus âgés de 15 ans montre
une tendance à la baisse passant de 172‰ en 2001 à 135‰ en
2018 pour les femmes et pour les hommes elle est passée de
182‰ à 137‰ entre 2001 et 2018. La mortalité infantile quant
à elle, est évaluée à 54‰ alors que la mortalité infanto-juvé-
nile est estimée à 101‰ sur la période 2014-2018. Cette situa-
tion montre que près d’un enfant sur vingt (20) décède avant
de pouvoir fêter son premier anniversaire contre un enfant de
moins de cinq ans sur dix (10) qui décède. Toutefois, on note
une tendance baissière des quotients de mortalité infantile et
infanto-juvénile passant de 113‰ à 54‰ et la mortalité infan-
to-juvénile est passée de 229‰ à 101‰ entre 2001 et 2018
(EDS, 2018).
Selon le milieu de résidence, les enfants en milieu rural sont
plus exposés que ceux en milieu urbain. En effet, le risque de
décès des enfants de moins de cinq ans est de 111‰ en zone
rurale contre 61‰ en zone urbaine. Les estimations des niveaux
de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 105 ‰
pour les garçons contre 97‰ pour les filles de même âge. En
dépit des efforts consentis dans la santé maternelle, la propor-
tion totale de décès imputable à la maternité est de 21% et le
rapport de mortalité maternelle au cours des 7 années ayant
précédé l’enquête de 2018 estime à 325 décès pour 100 000
naissances vivantes. En d’autres termes, près de 3 femmes pour
1 000 naissances vivantes décèdent durant la grossesse ou au
cours de l’accouchement ou même dans les 42 jours après l’ac-
couchement. Il convient de signaler la tendance baissière du
rapport de mortalité liée à la grossesse entre 2001 et 2018. En
effet, ce rapport passe de 582 pour 100 000 naissances vivantes
au cours des 7 dernières années avant l’enquête de 2001 à 373
pour 1 000 000 naissances vivantes pour les 7 dernières années
précédant l’enquête de 2018 (EDS, 2018). Ces résultats encoura-
geants peuvent s’expliquer par l’importance accordée à la santé
des femmes et des enfants dans les orientations stratégiques du
Plan décennal de développement sanitaire et social (PDDSS
2014-2023). En effet, dans le cadre de ce programme décennal,
le premier objectif stratégique prend en compte les soins préna-
taux, l’assistance à l’accouchement ainsi que l’état nutritionnel
des femmes enceintes, des enfants et des nourrissons. De plus,
on peut ajouter le rôle potentiel de l’accès aux services de santé
de la reproduction et les mécanismes comme la gratuité des
consultations pré et post natales, la gratuité de la césarienne
(CREDD 2019-2023).
Selon EDS de 2018, le nombre d’enfants qu’aurait une femme en
fin de vie féconde si elle avait des enfants aux taux de fécondité
actuels par âge ou Indice synthétique de fécondité est de 6,3
enfants par femme. L’ISF est plus élevé en zone rurale (6,8)
qu’en zone urbaine (4,9).
Selon les informations sanitaires (Annuaire SLIS, 2018), le
paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité
au Mali. Il constitue le premier motif de consultation (32%)
et le pays a enregistré 2 614 104 cas de paludisme confirmés
dont 1 001 décès comptabilisés et ce malgré la mise en œuvre
du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP).
Au-delà du paludisme, les infections respiratoires aigües avec
une prévalence de 10%, les maladies diarrhéiques présumés
infectieuses en dehors du choléra qui affectent 3 % (dont plus de
13% d’enfants de moins de cinq (05) ans, la tuberculose (taux de
détection de 27,2%) et la VIH (taux de séroprévalence globale
de 1,3%) font aussi parties des pathologies dominantes au Mali.
Tout ceci pourrait justifier le niveau relativement peu élevé
de l’espérance de vie à la naissance au Mali qui indique qu’un
enfant né en 2019 dans ce pays avait une espérance de vie d’en-
viron 59 ans. Entre 2007 et 2019, l’espérance de vie à la nais-
sance est passée de 53,5 à 59,3 ans (WDI, 2020).
©
SO
SC
H
ILD
R
EN
SV
ILLA
G
ES
![]() |
4 4 |
▲back to top |
4
REVUE SÉLECTIVE DE LA LITTÉRATURE
Dans le cadre de l’évaluation du système de santé au Mali,
Anne et al (2017) en analysant les indicateurs de financement
de la santé avaient estimé que la dépense totale de santé était
passée de 165 milliards en 2003 à 359 milliards de FCFA en
2013. Sur la même période, la dépense de santé par habitant
passait de 27,2 dollars US à 42,7 dollars US. Entre 2004 et 2013,
la dépense totale de santé (en % du PNB/PIB) a légèrement
augmenté en passant de 6,3% à 6,6%. En 2013, la contribution
des ménages à la dépense totale de santé est de 51,6%, celle des
bailleurs de 26,4 % et celle de l’administration publique de
11,7%. Globalement, leur étude avait pu montrer que les finan-
cements de la santé proviennent à 73,6 % de source nationale
(ou ressources internes) et à 26,4% de ressources externes. Pour
le financement de l’Etat, la part du budget de l’Etat allouée à
la santé (tous les ministères confondus) entre 2004-2015 a
diminué de près de 13% et la part du budget du ministère en
charge de la santé dans le budget de l’Etat a aussi diminué en
passant de 5,2% à 2,5%.
Dans le cadre d’une analyse relative au financement basé sur
les résultats qui fait partie des expérimentations récentes mises
en place au Mali dans le but d’améliorer la santé maternelle et
infantile, Coulibaly et al. (2020) ont effectué une étude quali-
tative dont l’objectif est de décrire les formes d’appropriation
de cette forme de financement et voir si cela peut constituer
l’émergence d’une politique publique. En se basant sur la
théorie des courants de Kingdon (1984) et d’une approche
liée à l’anthropologie du développement, leur étude permet de
comprendre au plan théorique les aspects liés à l’émergence
d’une politique et au plan empirique de mieux appréhender les
rôles des acteurs locaux et internationaux. Avec des données
qualitatives issues de 33 entrevues auprès d’acteurs divers
notamment ceux du Ministère de la santé, les résultats laissent
suggérer une absence d’émergence d’une politique publique de
financement basé sur les résultats au Mali. Parmi les facteurs
identifiés comme contraintes, les analyses mettent en évidence
le fait qu’il y ait peu d’entrepreneurs politiques, peu de fenêtres
d’opportunités mais aussi la faiblesse des partenaires financiers
intéressés par de tels projets.
Coulibaly et al (2008) ont analysé les facteurs qui déterminent
le comportement thérapeutique des maliens en cas de maladie.
Ayant recours aux données de l’Enquête Légère intégrée auprès
des Ménages de 2003 sur environ 5000 ménages, les analyses
multivariées montrent que la perception qu’on a de la maladie ne
se modifie de façon significative que lorsque le ménage possède
un capital éducatif important. Les analyses montrent aussi que
les plus riches qui représentent 20% de la population malienne
recourent de façon plus intensive à la médecine moderne alors
que les plus pauvres sont plus disposés à recourir à la médecine
traditionnelle. En fait, les coûts directs et indirects de la méde-
cine auraient tendance à rendre les soins de santé moderne plus
accessibles pour les plus nantis de la population malienne.
RÉSULTATS ET ANALYSE DES PROFILS DE
CONSOMMATION DE SANTÉ
L’application de la méthodologie des Comptes nationaux de
transfert (NTA)1 aux données nationales maliennes (Comptes
nationaux, l’enquête et autres sources administratives, etc.) a
permis d’élaborer les profils de consommation de santé ci-après
(graphique 1). Le profil de consommation de santé retrace
1 Voir Dramani L. (2019) “Dividende démographique et développement durable: Fondements théoriques et modèles normatifs, Tome 1,
Ed. L’Harmattan, Sénégal.
l’évolution des dépenses moyennes en consommation de santé
effectuées par l’Etat et les ménages en fonction de l’âge.
Graphique 1: Profil moyen de consommation de santé
Source : CREG (2020) à partir de EMOP 2017 et autres données administra-
tives 2017.
L’analyse du graphique 1 montre qu’en moyenne, sur l’ensemble
du cycle de vie, les dépenses effectuées par l’Etat en termes de
consommation de santé sont supérieures à celles effectuées par
les ménages. A la petite enfance, les ménages consacrent en
moyenne environ 941 F CFA pour les dépenses de consomma-
tion de santé contre 4 186 F CFA (soit plus de 4 fois plus grande)
par l’Etat pour le même âge au Mali. Les dépenses de consom-
mation privée de santé présentent une allure haussière mais
relativement faible sur l’ensemble du cycle de vie. Cela traduit
donc une plus grande prise en compte des dépenses de consom-
mation de santé par les ménages avec l’âge. Le niveau faible de
ces dépenses s’explique en partie par le faible niveau de revenu
des ménages mais aussi par la prépondérance et/ou la primauté
d’autres dépenses vitales supportées par les ménages maliens.
Relativement élevées à la naissance en comparaison à celles
privées, les dépenses de consommation publique de santé
présentent une tendance à la baisse avec l’âge. Il s’agit là d’un
désengagement progressif de l’Etat des dépenses de consom-
mation de santé. En d’autres termes, l’Etat malien se concentre
beaucoup plus sur l’enfance et la jeunesse en ce qui concerne les
dépenses de consommation de santé. Toutefois, sur tout le cycle
de vie, il est noté une présence remarquable de l’Etat dans les
dépenses de consommation de santé au Mali. Cependant, les
montants moyens restent relativement faibles au regard de l’im-
portance de la santé dans le renforcement du capital humain.
Encadré : Définition des concepts
Le profil moyen de consommation de santé traduit la consomma-
tion moyenne de santé à un âge donné.
Le profil agrégé de consommation de santé se définit comme étant
la consommation totale réalisée tous les individus d’un âge donné.
Ainsi,
Comptes nationaux de transfert est une approche de comptabilité
générationnelle qui mesure comment les individus produisent,
consomment, épargnent et distribuent les ressources à chaque
âge (United Nations, 2013). Cette méthodologie sert notamment à
élaborer les profils de consommation de santé.
A l’échelle nationale, le profil agrégé de consommation de
santé est obtenu en multipliant le profil moyen de santé par les
effectifs par âge de la population.
![]() |
5 5 |
▲back to top |
5
Graphique 2 : Profil agrégé de consommation de santé
Source : CREG (2020) à partir de EMOP 2017 et autres données administra-
tives 2017.
Au niveau agrégé, les courbes de consommation publique et
privée de santé présentent la même allure avec la prépondé-
rance des dépenses effectuées par l’Etat sur celles des ménages.
A la naissance, les dépenses de consommation publique de
santé sont estimées à 15 milliards FCFA et atteignent la valeur
maximale de 24 milliards FCFA pour les individus de la
tranche d’âge 15 – 34 ans, puis connaissent une baisse rapide
sur le reste du cycle de vie. Par contre, celles de consomma-
tion privée évoluent faiblement allant de 3 milliards F CFA à la
naissance à la valeur maximale de 9 milliards F CFA pour les
individus de la tranche d’âge 0 – 14 ans avant de connaître une
baisse régulière le long du reste du cycle de vie.
Ces profils montrent qu’au niveau agrégé au Mali, les dépenses
de consommation de santé sont concentrées sur les jeunes avec
une forte participation de l’Etat. De plus, il est noté un désen-
gagement des dépenses de consommation de santé au fur et à
mesure que l’âge évolue en âge. D’une part, cela pourrait s’ex-
pliquer des réalités sociologiques qui consisteraient à s’aban-
donner pour sauver la santé des plus jeunes et d’autre part, par
l’absence et/ou l’insuffisance de programmes de santé et de
protection sociale spécifique au profit des personnes adultes et
des séniors sans négliger le faible effectif des personnes de troi-
sième âge dans la population malienne. Par ailleurs, la faible
prise en charge des ménages des dépenses de consommation de
santé résulterait du niveau de revenu relativement faible dont
ils disposent.
Graphique 3 : Part des dépenses de consommation publique de santé dans les
dépenses publiques de consommation totales
Source : CREG (2020) à partir de EMOP 2017 et autres données administra-
tives 2017.
Le graphique ci-dessus montre la part des dépenses de consom-
mation de santé dans les dépenses de consommation totale
selon les groupes d’âge. A l’analyse de graphique ci-dessus, il
ressort que les dépenses de consommation publique de santé ne
représentent que 6,3 % de l’ensemble des dépenses de consom-
mation publique totale en faveur des 0 – 4 ans. Ces dépenses
publiques représentent 5 % des dépenses de consommation
publique des 0 – 14 ans ; 4,7 % des dépenses de consommation
publique des 15 – 34 ans ; 5,4 % des dépenses de consommation
publique des 35 – 64 ans et 4,6 % des dépenses de consomma-
tion publique des 65 ans et +.
Cela montre qu’en moyenne, malgré la part relativement
faible (69 738 F CFA en moyenne et 1 581 milliards F CFA)
des ressources publiques affectées aux ménages pour la prise
en charge des dépenses de consommation de santé au Mali,
moins de 6% (soit 5,1% en moyenne) vont effectivement à la
consommation publique de santé. Cela témoigne d’une part
de la nécessité des renforcer les dépenses publiques de santé
et d’autre part de la primauté d’autres consommations vitales.
Graphique 4 : Part des dépenses de consommation privée de santé dans les
dépenses de consommation privée totales
Source : CREG (2020) à partir de EMOP 2017 et autres données administra-
tives 2017.
A la lecture du graphique ci-dessus, il ressort qu’à l’image de
la part de la consommation publique de santé dans la consom-
mation publique totale, la part des dépenses de consommation
privée de santé ne représente qu’une proportion congrue des
dépenses de consommation privée totale. Au niveau agrégé,
seulement 0,6 % des dépenses de consommation privée totale
sont consacrées à la santé pour les individus de 0 – 4 ans ; 0,5%
pour ceux de la tranche d’âge 0 – 14 ans ; 0,3% pour les 15 – 34
ans et 35–64 ans et 0,4% pour les 65 ans et plus.
Une analyse comparative de la situation du Mali avec d’autres
pays membres du partenariat de Ouagadougou montre une
disparité de réalités en termes de part de la consommation
publique et privée de santé dans la consommation publique/
privée totale.
Graphique 5 : Ratio Consommation de santé / Consommation totale
Source : CREG (2020).
![]() |
6 6 |
▲back to top |
6
A l’image du Burkina Faso, la part de la consommation publique
de santé dans la consommation publique totale est supérieure
à celle de la consommation privée de santé dans la consom-
mation privée totale. Cela signifie que les individus ont rela-
tivement plus recours aux services publics comparativement
aux ménages pour les dépenses de consommation de santé.
Toutefois, bien que les proportions demeurent très faibles au
regard des enjeux de la santé dans le capital humain dans ces
pays, le Burkina Faso présente une situation meilleure (8,9 %)
que celle du Mali dont la part de la consommation publique
de santé ne représente que 5,1 % de la consommation publique
totale.
Cependant, la situation est toute autre pour le cas de la Guinée
et le Mali. Alors que pour ce dernier, le service public est priori-
tairement dans la consommation de santé avec un ratio de 5,1%,
ce ratio est très faible (1,7 %) en Guinée. En effet, la consomma-
tion de santé est principalement à la charge des ménages qui
consacrent environ 4,9 % de leur consommation privée totale à
la consommation de santé.
En somme, en termes de consommation publique de santé,
le Mali (5,1%) se situe derrière le Burkina Faso (8,9 %) mais
devant la Guinée (1,7 %). Mais, en termes de consommation
privée de santé, le Mali (0,4 %) se situe après le Burkina Faso
(4,9%) et la Guinée (4,9%).
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Dans les programmes de développement socio-économique, le
Mali met un accent particulier sur le renforcement du capital
humain notamment sur la santé de ses populations. Dans cette
perspective, des efforts remarquables ont été notés dans le
domaine de la santé. Toutefois, ces efforts restent relativement
négligeables au regard de l’importance des enjeux de dévelop-
pement et du contexte socio-économique du pays.
En synthèse, les profils de consommation de santé au Mali
montrent que :
i. L’Etat supporte la charge la plus importante des dépenses
de consommation de santé. En fait, indépendamment du
groupe d’âge considéré, les dépenses de consommation
publique de santé demeurent supérieures aux dépenses de
consommation privée de santé ;
ii. La part de consommation de santé prise en charge par les
ménages est relativement très faible ;
iii. La part de l’Etat dans la consommation de santé baisse
progressivement avec l’âge de la population ;
iv. Les parts (publique et privée) consacrées à la consomma-
tion de santé sont relativement très faibles.
Face à ces constats, il s’avère important pour les décideurs
publics maliens de :
Améliorer le financement public des programmes de santé
des Adolescents/jeunes en particulier dans le domaine de
la SRAJ ;
Accélérer la mise en œuvre de l’engagement d’Abuja (15%
des dépenses publiques allouées à la santé) afin de réduire
la pression des dépenses privées de santé sur les revenus
des ménages ;
Développer et renforcer les programmes de protection
sociale notamment pour les personnes vulnérables en
particulier celles du troisième âge.
REFERENCES
Anne J., Touré B., Ouedraogo H. et Derriennic Y. (2017) «
Évaluation du Système de Santé au Mali ». Bethesda, MD:
Health Finance and Governance Project, Abt Associates Inc.
Annuaire statistique (2018) Système Local d’Information
Sanitaire du Mali, 195 pages.
Coulibaly A., Gautier L., Touré L. (2020) « Le Financement basé
sur les résultats (FBR) au Mali : peut-on parler d’émergence
d’une politique publique de santé ? », Revue internationale de
politique de développement, 12 (12.1), 2020.
Dramani L. (2019) “Dividende démographique et développe-
ment durable : Fondements théoriques et modèles normatifs,
Tome 1, Ed. L’Harmattan, Sénégal.
Institut National de la Statistique (INSTAT), Cellule de
Planification et de Statistique Secteur Santé-Développement
Social et Promotion de la Famille (CPS/SS-DS-PF) et ICF. (2019)
« Enquête Démographique et de Santé au Mali 2018 », Bamako,
Mali et Rockville, Maryland, USA : INSTAT, CPS/SS-DS-PF et
ICF.
Républiques du Mali (2016), Rapport national sur le profil du
dividende démographique au Mali en 2015, version définitive.
Républiques du Mali, Plan Décennal de Développement
Sanitaire et Social (PDDSS) 2014-2023, version validée.
Républiques du Mali, Programme de Développement Socio-
Sanitaire 2014-2018 (PRODESS III), version finale.
Républiques du Mali (2019), Cadre Stratégique pour la Relance
Economique et le Développement Durable (CREDD 2019-2023),
version validée.
United Nations (2013). “National Transfer Accounts manual:
Measuring and analyzing the generational economy, Department
of Economic and Social Affairs, Population Division.
World Development Indicators (2020), données sur les
Indicateurs de Développement dans le Monde, Banque mondial
AUTEURS
Rédaction Supervision Relecture
Pr Latif Dramani
Dr Sam Agbahoungba
Dr Mamaye Thiongane
Pr Cheikh Tidiane
Ndiaye
M. Edem Akpo
M. Rachidou Yorou
CREG (2020) « Profil démo-économique de santé du Mali » Policy Brief - PO N°01-20